Amazon : « aux Etats-Unis, ce n’est plus l’Etat-providence, mais l’“entreprise-nounou” »

Centre de distribution d’Amazon, à Staten Island, à New York, en février 2019.

Pertes & profits. Qui a dit que la révolution numérique ne créait pas d’emplois ? Sûrement pas Amazon, qui n’en finit pas de gonfler ses effectifs. A la fin de l’année 2019, l’entreprise revendiquait 750 000 salariés dans le monde. A la fin de 2021, elle devrait dépasser le million et demi d’employés. Deux fois plus en deux ans. Mardi 14 septembre, elle a annoncé qu’il lui en fallait 125 000 de plus pour ses entrepôts américains. Sans compter les 55 000 personnes qu’elle cherche pour ses autres activités, comme l’informatique, le cinéma, les satellites et autres ; ni même les saisonniers qu’elle embauche en plus pour passer le cap des ventes de Noël.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Amazon : Jeff Bezos laisse un groupe aussi puissant que critiqué

Avec 1,34 million d’employés, dont 950 000 aux Etats-Unis, la société est le deuxième employeur américain derrière la chaîne de distribution Walmart (2,3 millions). A ce train-là, elle pourrait bien la rattraper rapidement. La société fondée par Jeff Bezos en 1994 ouvre désormais un entrepôt par jour dans le pays, 100 sur le seul mois de septembre. On pourrait bien sûr arguer que ces créations brutes d’emplois ne tiennent pas compte des destructions qu’elles occasionnent dans les magasins de toutes les villes du pays. Cela est vrai, mais ne se retrouve pas dans les chiffres globaux. Il existe aujourd’hui 10 millions d’emplois à pourvoir sur l’ensemble du territoire, pour 9,5 millions de chômeurs. Une situation qui ne s’était pas vue depuis vingt ans.

Concurrence écrasée

Face à une telle pénurie, largement due à la vigueur de la reprise et aux aides octroyées aux ménages durant la crise, les employeurs jouent des coudes pour attirer les candidats. Et, dans ce domaine, Amazon aussi écrase la concurrence. Le salaire moyen d’embauche dépasse maintenant les 18 dollars (15,20 euros), alors que le minimum dans l’entreprise est de 15 dollars et de 12 dollars chez Walmart. Il offre en plus l’assurance-santé, paye les frais de scolarité des étudiants et accorde un bonus de 1 000 à 3 000 dollars. Ce n’est plus l’Etat-providence, mais l’« entreprise-nounou », qui rappelle les riches heures du paternalisme d’après-guerre.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Quand Amazon accuse de partialité Lina Khan, la présidente de l’Autorité de la concurrence américaine »

Il faut dire que ces employés, qui remplissent des cartons à longueur de journée, valent de l’or. Sans eux, impossible de fournir le client à temps, qui partira immédiatement à la concurrence. Les conséquences financières seraient catastrophiques. Alors, on lâche le lest nécessaire. C’est la raison pour laquelle les syndicats ne parviennent toujours pas à franchir la porte de ces entrepôts. Mais, à la différence de l’Etat-providence, la générosité de l’entreprise est provisoire et directement indexée sur le marché du travail. Que celui-ci se détende, ce qui arrivera, et les nouveaux prolétaires de la logistique retourneront à leur condition ingrate.

Après la récession due au Covid-19, la reprise en dents de scie de l’intérim

Les entreprises de travail temporaire restent convalescentes, même si leur état de santé s’est amélioré par rapport au début de la crise sanitaire. En juillet, elles représentaient près de 825 000 postes en équivalent temps plein, soit 37 000 de moins qu’il y a deux ans, selon des données diffusées, mardi 14 septembre, par Prism’emploi, l’organisation patronale du secteur. L’intérim se trouve aujourd’hui à un niveau inférieur à celui qui prévalait avant la récession déclenchée par l’épidémie de Covid-19.

Au premier trimestre 2020, les sociétés qui mettent à disposition des intérimaires avaient subi un effondrement sans précédent de leur activité, avec un recul de 40 % de l’emploi, selon l’Insee. Le premier confinement et la mise à l’arrêt d’une partie de notre économie avaient conduit des milliers de patrons à se séparer de cette catégorie de main-d’œuvre. Avec le redémarrage de la conjoncture, le travail temporaire a retrouvé des couleurs, mais la reprise s’effectue en dents de scie depuis le début de l’année, d’après Prism’emploi : hausse en janvier, rechute en février, nouvelle progression entre mars et mai suivie d’une baisse à partir de la fin du printemps. Désormais, les effectifs équivalent à ceux de 2017 – une année « qui n’était pas notre maximum », comme l’a rappelé Isabelle Eynaud-Chevalier, la déléguée générale de Prism’emploi, lors d’une conférence de presse, mardi.

Les évolutions sont très contrastées, suivant les branches. L’industrie et le BTP, qui font travailler environ « 55 % des intérimaires », sont en retrait d’environ 8,5 % par rapport à juillet 2019. La tendance est la même pour les services et le commerce, mais dans des proportions moindres. Seul le monde du transport et de la logistique tire son épingle du jeu, la croissance dans ces branches s’élevant à 11,4 % en deux ans.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT : « Les salariés n’ont pas à payer ce qui vient de se passer »

Les chiffres de Prism’emploi sont un peu différents de ceux qui sont produits par la Dares – la direction de la recherche du ministère du travail. Mais celle-ci aboutit néanmoins à des constats identiques : à la fin juin, l’emploi intérimaire demeurait « inférieur de 2,9 % au niveau de fin décembre 2019 », explique-t-elle dans une note publiée le 8 septembre. Ces statistiques retiennent l’attention, car elles ne vont pas dans le même sens que celles qui concernent les sociétés du privé, prises dans leur globalité : pour elles, l’emploi dépasse de près de 86 000 le seuil qu’il avait atteint à la fin 2019.

Il vous reste 38.31% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Augmentation du smic au 1er octobre du fait de l’accélération de l’inflation

Le smic va connaître une augmentation automatique au 1er octobre, du fait d’une hausse de 2,2 % de l’indice des prix servant de base à de possibles revalorisations, selon le chiffre publié mercredi 15 septembre par l’Institu national de la statistique et des études économiques (Insee), qui confirme par ailleurs une accélération de 1,9 % de l’inflation en août sur un an.

« Cette hausse de l’inflation résulte notamment du rebond des prix des produits manufacturés (+ 1,1 % après  1 %) », de ceux de l’énergie, de l’alimentation et des services, explique l’Insee.

« L’indice des prix à la consommation hors tabac des ménages du premier quintile de la distribution des niveaux de vie (…) est en hausse de 2,2 % » par rapport à novembre 2020, mois de référence lors de la dernière revalorisation du smic au 1er janvier dernier, ajoute par ailleurs l’Insee.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi L’inflation pourrait provoquer une légère augmentation du smic

Aller au-delà de la hausse automatique

Cette évolution ouvre la voie à une augmentation du salaire minimal, puisque, selon le code du travail, une progression d’au moins 2 % doit entraîner une revalorisation du smic au 1er octobre. Le montant exact du smic revalorisé au 1er octobre devrait être communiqué dans la journée par le ministère du travail.

Le smic avait été augmenté de 0,99 % au 1er janvier pour atteindre 1 554,58 euros brut par mois, soit une hausse de 15 euros. Cette hausse, qui correspondait à une revalorisation automatique du smic, a porté le montant brut horaire à 10,25 euros.

Chaque année, certains syndicats, comme la Confédération générale du travail (CGT) qui réclame un smic à 1 800 euros, demandent au gouvernement d’aller au-delà de la hausse automatique, mais le dernier « coup de pouce » remonte à juillet 2012, au lendemain de l’élection du président socialiste François Hollande.

Les gouvernements qui ont suivi se sont abstenus de toute hausse exceptionnelle, jugeant que cela nuirait à l’emploi des moins qualifiés. Dans le détail, la hausse des prix de l’alimentation (+ 1,3 %), de l’énergie (+ 12,7 %) et des services (+ 0,7 %), s’est encore poursuivie en août.

L’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH), qui sert de base de comparaison au niveau européen, a, lui, augmenté de 2,4 % sur un an, après + 1,5 % en juillet. Sur un mois, il a progressé de 0,7 % après + 0,1 % le mois précédent.

Lire aussi Trois questions pour comprendre comment le smic est revalorisé

Le Monde avec AFP

Depuis la crise, vous avez quitté un de ces métiers qui peinent à recruter ? Racontez-nous

La Société éditrice du Monde souhaite présenter dans ses publications une sélection de témoignages, sous forme d’écrits, de photographies et de vidéos (ci-après désignés ensemble ou séparément « Contribution(s) ») qui lui sont soumis librement par les internautes.

Contenu de la Contribution

Votre Contribution doit respecter la législation en vigueur, notamment la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, les articles 9 et 9-1 du code civil sur le droit à la vie privée et au respect de la présomption d’innocence et les dispositions du code de la propriété intellectuelle. Aucune Contribution contraire à la loi ne pourra être publiée.

Une orthographe et une mise en forme soignées sont exigées (pas de textes en lettres capitales, pas d’abréviations ou d’écrits de type « SMS »).

Vous devez être l’auteur des textes, photographies et vidéos que vous proposez dans le cadre de votre Contribution, ou avoir l’autorisation de leur auteur pour leur publication dans les conditions ici définies. Le nom de l’auteur doit toujours être mentionné, de même que la date et le lieu où ont été pris vos documents photographiques ou vidéo et rédiger une légende descriptive.

Votre Contribution doit être signée de vos prénom et nom. Les demandes d’anonymat en cas de publication seront examinées par la rédaction de la Société éditrice du Monde au cas par cas.

La Société éditrice du Monde se réserve le droit de refuser toute Contribution, ou d’effacer toute Contribution préalablement publiée, pour quelque cause que ce soit, notamment si :

  • elle est contraire à la loi (racisme, appel à la violence ou à la haine, diffamation, pornographie, pédophilie, sexisme, homophobie, …).
  • elle est contraire aux règles de conduite du Monde.fr et des autres publications concernées (mauvaise orthographe, propos non conforme au sujet demandé, forme peu soignée, …).
  • son sujet ou sa forme présente peu d’intérêt pour les lecteurs, la Société éditrice du Monde étant seule décisionnaire à ce titre.
  • elle a déjà été proposée et publiée ou elle est similaire à un témoignage récemment publié.
  • elle contient la représentation ou la désignation d’une personne physique pouvant être identifiée, en particulier une personne mineure.
  • elle contient la représentation d’une œuvre pouvant relever du droit d’auteur d’un tiers sans l’autorisation de celui-ci.
  • elle contient des photographies ou vidéos dont la qualité technique est insuffisante (photos floues, vidéos illisibles ou de mauvaise définition, bande son inaudible, …), la Société éditrice du Monde étant seule décisionnaire à ce titre.

Règles applicables à la Contribution

En participant à cet appel à témoignages, vous autorisez la publication totale ou partielle de votre Contribution sur le site Le Monde.fr, dans le quotidien Le Monde, dans M le Magazine du Monde et/ou sur toute autre publication ou site où la Société éditrice du Monde publie du contenu éditorial (Facebook, Twitter, Digiteka, Instagram, etc., dans le monde entier, pour la durée d’exploitation de la publication concernée.

La Société éditrice du Monde est libre de publier ou non les Contributions qui lui sont proposées.

Votre réponse à l’appel à témoignages, ainsi que votre autorisation pour l’exploitation éventuelle de votre Contribution, sont accordées à titre gracieux et ne peuvent donner lieu à une quelconque rétribution ou gratification ou versement de quelque nature que ce soit, à quelque titre que ce soit.

Les informations recueillies dans le questionnaire sont enregistrées dans un fichier informatisé par la Société éditrice du Monde, et communiquées aux seuls journalistes à l’origine de l’appel à témoignage et aux équipes techniques en charge de la gestion du traitement.

Elles ne seront utilisées que dans le cadre de cet appel à témoignages. Les données associées à une Contribution sont conservées pour une durée maximale de deux ans. Vous pouvez accéder aux données vous concernant, les rectifier, demander leur effacement ou exercer votre droit à la limitation du traitement de vos données, retirer à tout moment votre consentement au traitement de vos données.

Pour exercer ces droits ou pour toute question sur le traitement de vos données dans ce dispositif, vous pouvez contacter dpo@groupelemonde.fr

Consultez le site cnil.fr pour plus d’informations sur vos droits.

Qui a pu se former depuis le Covid ?

« Plus que les moyens, effectivement déployés, ce sont l’information, l’organisation et le contexte de crise sanitaire que les salariés ont désignés comme obstacles à la formation sur cette période. »

Carnet de bureau. Pendant la crise sanitaire, la formation continue, mais pas pour tout le monde. C’est ce que pointe le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq), qui prépare un grand bilan sur l’impact du Covid sur la formation professionnelle, coordonné par Ekaterina Melnik-Olive. L’étude titrée « Impact de la crise sanitaire sur les mobilités, les projets, les aspirations professionnelles, les compétences et le travail » a été menée de mars 2020 à mai 2021 et aborde trois volets : « l’accès à la formation », « l’adaptation des parcours durant la crise » et « l’évolution des aspirations professionnelles ».

Les éléments chiffrés extraits du premier volet, qui viennent d’être transmis au ministère du travail et devraient prochainement être publiés, indiquent que les moyens déployés pour faire face à la situation exceptionnelle de télétravail généralisé et de chômage partiel massif n’ont pas réduit les inégalités d’accès à la formation.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les entreprises face au risque d’un système à deux vitesses, entre les télétravailleurs et les autres

Les salariés qui se sont formés pendant le Covid sont plutôt les diplômés : à 52 % de niveau bac + 2/3/4, contre 29 % seulement pour les sans diplôme ; à 48 % en emploi sur des professions intermédiaires contre 33 % pour les ouvriers ; et majoritairement (56 %) dans des grandes entreprises (2 000 et plus) contre environ un quart dans les sociétés de 10 à 49 salariés.

Des obstacles

Durant la crise sanitaire, le dispositif FNE-Formation a été élargi de manière à permettre aux entreprises concernées par l’activité partielle de former leurs salariés. Dès avril 2020, le ministère du travail annonçait une mise à disposition massive des ressources pédagogiques en ligne pour favoriser la formation à distance.

Pourtant 60 % des salariés suivis par le Céreq n’ont bénéficié d’aucune formation pendant la crise, et les aides n’ont pas permis aux laissés-pour-compte de la formation professionnelle d’y accéder. « Les personnes qui ne s’étaient pas formées de 2014 à 2019 se retrouvent majoritairement parmi celles qui n’ont pas eu d’occasion de se former pendant la crise », indique le Céreq. Mais pas forcément pour les mêmes raisons.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Le manageur face à la pandémie de Covid-19 »

Le désordre du Covid a jeté une ombre de plus sur le circuit de la formation professionnelle déjà très brumeux. Plus que les moyens, effectivement déployés, ce sont l’information, l’organisation et le contexte de crise sanitaire que les salariés ont désignés comme obstacles à la formation sur cette période. De nombreuses propositions ou demandes de formation n’ont pas abouti. Davantage pour les femmes (37 %) que pour les hommes (32 %) ; et plus pour les salariés diplômés (37 % des bac + 5, 41 % des bac + 2) que pour les non-diplômés (28 %).

Il vous reste 12.68% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Des entreprises américaines affichent leur volonté de sortir du « greenwashing »

« Dans un avis de 2013, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), tout en reconnaissant que le captage et le stockage de CO2 représentent un levier d’action, qualifie cette technologie de « coûteuse et énergivore. »

« Nous traversons une crise existentielle. Si nous n’agissons pas vite, nous courons à la catastrophe », affirme Elizabeth Willmott, ancienne militante écologiste, devenue directrice du programme carbone du groupe Microsoft. Finie l’époque où les grandes entreprises américaines se refaisaient une beauté verte à peu de frais, en plantant quelques arbres sur leur campus. Le réchauffement climatique a convaincu les équipes dirigeantes qu’elles étaient attendues par la société et par leurs salariés sur le changement de paradigme et la création de projets d’envergure.

Lorsque Elizabeth Willmott a rejoint le groupe de Seattle cinq ans plus tôt, en 2016, ils n’étaient qu’une poignée à plaider la cause. Ils sont maintenant plus de vingt et travaillent dans l’équipe du docteur Lucas Joppa, le premier chef de l’environnement, diplômé en écologie de l’université Duke. Microsoft a aussi créé un conseil du climat, où siègent dirigeants, vice-présidents et experts pour suivre les progrès réalisés.

« La carotte et le bâton »

Depuis 2020, le groupe s’est engagé à devenir « carbone négatif » en 2030. Ce qui veut dire qu’il éliminera plus de CO2 qu’il n’en produit. L’objectif 2050 est de retirer de l’atmosphère, tout ce que l’entreprise a émis depuis sa création, dans les années 1970. L’entreprise est certes neutre en carbone depuis 2012, mais cet engagement laisse sceptiques les défenseurs de l’environnement, qui n’y voient que vaines promesses : la technique de l’enfouissement de CO2 préconisée par Microsoft n’en étant qu’à ses balbutiements. Dans un avis de 2013, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), tout en reconnaissant que le captage et le stockage de CO2 représentent un levier d’action, qualifie cette technologie de « coûteuse et énergivore ».

Microsoft veut convaincre de sa volonté politique à laquelle elle associe tous ses salariés. L’entreprise facture ainsi à chaque département (immobilier, centres de données, services cloud, approvisionnement…) un prix pour ses émissions de carbone. Le tarif interne est de 15 dollars (environ 12,70 euros) la tonne.

Depuis 2020, la chaîne d’approvisionnement est incluse dans le système. Ce qui signifie que lorsqu’une branche utilise les services d’un fournisseur très pollueur, elle en paie le prix. « C’est la carotte et le bâton, reconnaît Mme Willmott. Les groupes qui ne veulent pas payer choisissent d’eux-mêmes de meilleurs fournisseurs. » « Pour une intello comme moi, ce prix est vraiment important car on ne peut pas gérer ce qu’on ne mesure pas », conclut-elle.

Il vous reste 54.44% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Covid-19 : « Les intermittents ont été très accompagnés, mais de nombreux artistes restent au bord du chemin »

Françoise Benhamou, au Théâtre de L’Odéon (Paris), le 25 novembre 2020.

Professeur d’économie à Sorbonne Paris Nord (Paris-XIII) et à Sciences Po Paris, Françoise Benhamou, également coprésidente du Cercle des économistes, dresse un bilan contrasté de la culture après des mois de crise sanitaire. Selon l’universitaire, de nouveaux modèles devraient s’imposer.

Quel est l’état du secteur de la culture en France après plus d’un an et demi de pandémie ?

Les situations sont extrêmement contrastées. Les secteurs les plus touchés dépendent de l’événementiel et du tourisme, notamment international. Et si la culture a été très aidée, très accompagnée par les pouvoirs publics, il y a eu malgré tout un sentiment de relégation dans les priorités publiques, comme si la culture arrivait toujours un peu après tout le monde, tel un sujet de deuxième rang.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le Covid-19 affecte inégalement les professionnels de la culture

Qui a le plus souffert ?

De manière évidente, c’est le spectacle vivant. Dans le secteur musical et les théâtres privés, les festivals, qui ont souvent un statut privé associatif, les dégâts sont les plus forts, et on ne les a pas encore bien évalués. Il faudra du temps. La partie du secteur ayant un statut public est moins touchée financièrement ; les subventions y ont été largement maintenues. En revanche, que l’établissement soit public ou privé, on ne rattrape jamais un spectacle qui n’a pas été joué.

« Un extrême éparpillement du soutien, avec une multiplicité de guichets »

Les salles de cinéma ont souffert mais ont été très aidées. Le jeu vidéo va bien et le livre a constitué une bonne surprise grâce au réflexe de solidarité des publics vis-à-vis des librairies. Leurs ventes n’enregistrent in fine qu’une très petite baisse, ce qui masque des difficultés dans certains segments, comme les livres d’art liés aux expositions ou les livres sur le tourisme par exemple.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Editeurs et libraires confiants dans l’avenir proche

Les aides publiques ont-elles été à la hauteur de cet enjeu de société ?

Beaucoup d’aides ont été engagées, comme le milliard d’euros pour l’année blanche des intermittents, qui sera porté, avec la nouvelle rallonge, à 1,3 milliard. Sur le plan de relance, 2 milliards ont été dégagés pour la culture. La Rue de Valois assure avoir budgété 13,4 milliards d’euros d’aides depuis le début de la pandémie ; il faudrait disposer du détail et des calendriers de versements. Ce qui me frappe, c’est qu’il n’y a pas une semaine sans que de nouvelles aides, souvent des micromesures, soient annoncées. Le résultat est un extrême éparpillement du soutien, avec une multiplicité de guichets.

Lire aussi Covid-19 : prolongation des aides pour les intermittents du spectacle

A titre de comparaison, Mario Draghi va dégager, sur le plan de relance européen, 7 milliards d’euros pour la culture en Italie, ce n’est pas mal. Il y a eu aussi beaucoup d’aides en Allemagne. En France, on a une politique culturelle très vivante, mais d’autres pays font beaucoup pour la culture, de manière plus décentralisée et de ce fait moins mise sur le devant de la scène.

Il vous reste 71.42% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Le « French Fab Tour », treize étapes pour redorer le blason de l’industrie

Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l’industrie,  à Hayange (Moselle), le 13 septembre 2021.

Ce lundi 13 septembre, les collégiens de 3e de l’établissement Pierre-Adt de Forbach (Moselle) ont fait l’école buissonnière. Par un temps radieux, accompagnés de deux professeures, ils se sont rendus à Metz. Non pas pour visiter la cathédrale Saint-Etienne aux pierres dorées, mais pour participer à la première étape du tour de France de la French Fab − après une première édition en 2019 − qui se tenait sur la place d’Armes, au pied de l’édifice religieux. La French Fab ? Derrière l’anglicisme, qui signifie « usine française », c’est la fine fleur de l’industrie française, emmenée par l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) et Bpifrance, qui tente de redorer son blason meurtri par des années de désindustrialisation, de plans sociaux et autres délocalisations.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Microphyt, pépite des biotechnologies à la française

Depuis le début des années 2000, 2 millions d’emplois ont été détruits pour tomber à quelque 3,2 millions, selon l’UIMM. La tendance ne s’est inversée qu’en 2017. En trois ans, l’industrie a créé 38 000 emplois. Même si la crise sanitaire a interrompu cette dynamique, le secteur est aujourd’hui à la recherche de sang neuf. C’est la mission assignée à la « tournée French Fab » : séduire les jeunes et les inciter à rejoindre ses rangs.

Les représentants de la profession ou les élus qui se pressent sur le plateau du « village » installé à Metz, au milieu des stands promouvant la chimie, la plasturgie et autres technologies, n’y vont pas par quatre chemins. « Ici, nous avons un taux de chômage de plus de 30 % dans certains quartiers, alors que l’industrie peine à trouver de la main-d’œuvre : on est dans un paradoxe total », lance François Grosdidier, maire de Metz et président de Metz Métropole.

Brillant passé

Hervé Bauduin, président de l’UIMM Lorraine, enchaîne, appelant la jeunesse à venir « irriguer » l’industrie. Jean Rottner, président de la région Grand-Est, rappelle le brillant passé industriel de l’Alsace et de la Lorraine. Il appelle à redevenir la deuxième région industrielle du pays et à « repartir à la conquête nationale et européenne ».

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Une entreprise industrielle sur trois a eu un projet financé par l’Etat »

La ministre déléguée à l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, venue directement d’Hayange, en Moselle, où elle s’est rendue sur l’usine de rail reprise par le groupe industriel allemand Saarstahl, le 2 août 2021, enchaîne pour plaider la cause de ce secteur prioritaire pour le gouvernement. Pas moins de 35 milliards d’euros, soit le tiers du plan de relance, sont consacrés à la réindustrialisation, rappelle-t-elle, soulignant que « c’est du jamais-vu ». Surtout, « plus de 70 000 postes sont à pourvoir dans l’industrie. Aujourd’hui, on n’arrive pas à recruter, car l’industrie souffre d’une mauvaise image », assure la ministre.

Il vous reste 51.92% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

« Il nous faut concevoir les modalités d’un télétravail soutenable »

« Il y a d’évidence le risque d’envahissement de la vie privée, ainsi que l’inadaptation du domicile à un travail dans de bonnes conditions matérielles et humaines. »

Entreprises. Avec la perspective espérée d’une accalmie du Covid-19, le télétravail devrait changer de nature. Face à l’épidémie, et lorsqu’il est possible, c’est un recours salvateur qui permet la continuité de l’activité, celle de la vie sociale et la poursuite de certaines formes d’enseignement. Mais, une fois le risque de contagion maîtrisé, le télétravail devient une modalité alternative, partielle ou totale, qui doit démontrer son acceptabilité, son efficacité et son… innocuité.

Cette question a déjà suscité plusieurs enquêtes et études qui soulignent la large acceptabilité du télétravail parmi les salariés concernés, tout en alertant sur ses effets nocifs pour la santé de ces derniers et pour le bon fonctionnement des entreprises.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le manageur, la santé et la vie privée du salarié

Une synthèse récente (Le travail à distance dessine-t-il le futur du travail ? par Suzy Canivenc et Marie-Laure Cahier, Presses des Mines) montre que, au-delà des pratiques inventées pendant l’épidémie, le télétravail ouvre de nombreuses transformations qui imposent la prudence.

Autonomie et empreinte carbone

Une enquête de la CGT (« Télétravail, un an après », septembre 2021) alerte ainsi sur les menaces pour la santé psychique des salariés qu’induisent un trop grand éloignement et des surcharges de travail difficiles à détecter à distance.

Enfin, un accord dans la fonction publique énonce une série de normes et de points de vigilance à respecter dans la mise en place du télétravail. Cette normalisation va-t-elle freiner une innovation déjà largement adoptée ?

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Dans les entreprises, la délicate mise en place des nouvelles règles de télétravail

Elle devrait, au contraire, favoriser le déploiement innovant et soutenable d’un mode de travail qui suscite de multiples et fortes adhésions. Elle offre à une partie des salariés une autonomie sans précédent : ils peuvent choisir les lieux et l’organisation de leur activité ; elle permet aux entreprises de réduire sensiblement les coûts liés aux espaces de travail et aux déplacements ; elle contribue directement à réduire l’empreinte carbone et le temps des transports domicile-travail. Elle crée de nouveaux lieux de travail à distance. Ces effets positifs sont visibles pour tous. Cependant, certaines dérives du télétravail peuvent être d’autant plus dommageables qu’elles sont moins observables.

Isolement toxique

Il y a d’évidence le risque d’envahissement de la vie privée, ainsi que l’inadaptation du domicile à un travail dans de bonnes conditions matérielles et humaines. Plus insidieusement, le contrôle de l’activité à distance, par l’entreprise, pourrait conduire à une standardisation forcée du travail, dans ses processus et dans la mesure de ses résultats.

Il vous reste 23.89% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Haut-Rhin : 280 emplois supprimés après une chute des ventes de tablettes de chewing-gum

La filiale française du groupe américain Mars Wrigley a annoncé, lundi 13 septembre, la suppression prochaine de 280 emplois sur les 350 que compte son usine de chewing-gums de Biesheim (Haut-Rhin), à cause de la chute de ses ventes.

« C’est la mort du site, c’est le démantèlement industriel de Mars Wrigley (…). C’est une annonce difficile à entendre », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Didier Dossmann, délégué de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) de Mars Wrigley sur le site proche de Haguenau (Bas-Rhin). 

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Pendant la reprise, les plans sociaux se poursuivent dans l’aéronautique

« C’est un choc pour le territoire : Wrigley, ça représente quelque chose, tout le monde ici a dans son entourage quelqu’un qui y travaillait ou y travaille », a commenté le député du Haut-Rhin Yves Hemedinger (Les Républicains). Touchant une usine située à quelques kilomètres de la centrale nucléaire de Fessenheim arrêtée l’an dernier, ce plan social va « un peu plus fragiliser ce territoire », a déploré M. Hemedinger, qui a appelé l’Etat à « accélérer » la reconversion de cette zone.

Les tablettes « en train de disparaître du marché européen »

Ce projet aboutira à l’arrêt, d’ici un an, de la production de tablettes, commercialisées sous la marque Freedent. La fabrication de gommes sera maintenue pour fournir d’autres usines du groupe en Europe et en Afrique. 

« Face à une baisse drastique et continue de la demande de chewing-gums aux formats tablettes sur les marchés européens, la direction du site Mars Wrigley de Biesheim a informé ses partenaires sociaux et ses salariés d’un projet de restructuration », a précisé Mars Wrigley France dans un communiqué. Cette restructuration entraîne la « suppression de 280 postes » et le « maintien de 69 postes », et un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) sera mis en œuvre pour trouver des solutions de reclassement internes et externes au groupe, a complété le groupe.

Lire notre decryptage : PSE, plan de départ volontaire, liquidation… Ce que veulent dire les mots des plans sociaux

Les tablettes, format traditionnel du chewing-gum, « sont littéralement en train de disparaître du marché européen », où les ventes ont subi une baisse de 37 % entre 2016 et 2019, aggravée depuis par la crise sanitaire, a poursuivi le groupe.

Les volumes produits à l’usine de Biesheim ont baissé de 74 % entre 2012 et 2020, et l’usine ne tournait plus l’année passée qu’à 28 % de ses capacités, selon un porte-parole. Le site employait encore 639 salariés en 2013, juste avant un précédent plan social qui avait supprimé 207 postes.

Le Monde avec AFP