En Allemagne, la stagnation de l’emploi cache une profonde mutation du travail

Une personne dépose une lettre à l’Agence pour l’emploi de Dortmund (Allemagne), le 10 avril 2025.

Dans une Allemagne en stagnation économique depuis plus de cinq ans, le marché du travail semble être le lieu de tous les paradoxes. Le nombre de chômeurs est passé, en janvier 2026, au-dessus de la barre symbolique des 3 millions de personnes, sous l’effet d’un ralentissement d’hiver, mais surtout des plans sociaux dans l’industrie depuis 2024. Dans le même temps, le manque de travailleurs qualifiés dans certains secteurs continue à être un frein majeur au retour de la croissance, dans un contexte où des dizaines de milliers de salariés partent à la retraite.

Derrière ces contradictions, se cachent des transformations profondes du marché du travail allemand. Elles sont particulièrement visibles dans le dernier rapport de l’Agence pour l’emploi, daté de fin janvier 2026 à partir des données de novembre 2025. Il montre, d’un côté, une forte accélération des destructions de postes dans l’industrie manufacturière, à un rythme qui atteint désormais 14 000 par mois ; de l’autre, que les seuls secteurs créateurs d’emplois sont proches de l’Etat, comme les services publics, les services sociaux et ceux de la santé, portés par le vieillissement de la population. Les deux évolutions ne se compensent pas, ce qui explique la hausse du chômage, passé de 6,4 % à 6,6 % en douze mois.

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Louvre : nouvelle journée de grève, le musée n’est que partiellement ouvert ce lundi

Cette photographie montre le musée du Louvre fermé, le 15 décembre 2025 à Paris.

Une assemblée générale des personnels du Louvre a voté la grève, lundi 16 février, obligeant l’établissement à n’ouvrir que partiellement. « Une assemblée réunissant quelque 200 à 250 personnes a voté la grève et reconduit le préavis de grève », a déclaré Valérie Baud, représentante CFDT, à l’Agence France-Presse (AFP).

Le mouvement a obligé le musée à n’ouvrir que « partiellement », en proposant « le parcours “chefs-d’œuvre” » qui inclut la Joconde et la Vénus de Milo, selon une porte-parole du musée. « Les personnels souhaitent que [Laurence] des Cars [la présidente] se présente devant eux dans la semaine pour répondre à leurs revendications », a ajouté Christian Galani, représentant CGT.

Selon Valérie Baud, « cela fait deux mois que l’on dit la même chose. Les personnels ont l’impression que la réalité du travail n’est pas écoutée par l’administration, on n’a pas d’avancées », a-t-elle regretté.

Vol, fraude à la billeterie, fuite d’eau

Le mouvement de grève lancé le 15 décembre vise à dénoncer les conditions de travail des agents dans le musée le plus visité au monde, en particulier les sous-effectifs et les écarts de rémunération avec d’autres agents relevant du ministère de la culture.

Depuis le début de la mobilisation, le musée a déjà été contraint de fermer totalement à quatre reprises et d’ouvrir partiellement ses espaces à quatre autres occasions (ce lundi compris).

Victime d’un vol spectaculaire d’un montant de 88 millions d’euros le 19 octobre, le musée a en outre annoncé jeudi avoir été la cible d’une fraude géante à la billetterie qui a occasionné un préjudice de plus de 10 millions. Vendredi, une fuite d’eau a abîmé un plafond peint du XIXe siècle et l’a obligé à fermer certaines salles temporairement.

Le Monde avec AFP

Patrick Artus : « Ces réformes impopulaires auxquelles la France devrait pourtant s’atteler »

Un certain nombre de mesures de politique économique provoquent un refus presque instinctif de la part d’une majorité de Français. Comme frappées d’un tabou, plusieurs réformes, pourtant susceptibles d’améliorer la situation économique et sociale, ne peuvent guère être évoquées sans susciter l’opprobre. Citons-en cinq : l’introduction d’une part de capitalisation dans le système de retraite ; le passage d’une logique de protection de l’emploi à celle d’une protection des personnes et des compétences ; la réforme du système éducatif ; le transfert d’une partie des cotisations sociales vers la TVA ; et une réorganisation en profondeur du secteur public. Passons-les en revue.

La capitalisation

Il ne s’agit évidemment pas d’abandonner le système de répartition (dans lequel les actifs financent les pensions des retraités) pour un régime de retraite intégralement fondé sur la capitalisation (dans lequel ils épargnent pour leurs vieux jours). Car le passage de l’un à l’autre impliquerait en effet forcément, dans un premier temps, une double contribution pour les actifs, l’une finançant les pensions actuelles, l’autre constituant leur propre capital retraite. En revanche, la création, à côté du régime général et des régimes complémentaires, d’un « troisième pilier » obligatoire sous forme de capitalisation permettrait de relever sensiblement le niveau de vie futur des retraités.

Le rendement réel moyen d’un placement en actions françaises, dividendes compris, depuis 1990 a été de 6,9 %, à comparer avec une croissance de l’économie de 1,4 % par an. Difficile dans ces conditions de comprendre le rejet massif de l’opinion de l’introduction d’une dose de capitalisation dans le système de retraite.

La flexisécurité

Deuxième tabou : le passage de la protection de l’emploi à la protection des personnes, sur le modèle de la flexisécurité qui a été, par exemple, mis en place au Danemark. En France, une trop forte protection de l’emploi rigidifie la structure productive et freine la diffusion des compétences. Dans les entreprises, le coût élevé des licenciements dissuade certaines évolutions pourtant nécessaires et certains investissements. Cette situation est particulièrement néfaste au secteur technologique, dans lequel le taux d’échec de projets innovants est important.

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Procès de Paprec à Nîmes : si le code du travail avait été respecté, « l’accident n’aurait pas eu lieu »

Jules Pertet a 21 ans lorsqu’il part travailler, le 26 juillet 2023, à l’aube. Au moment de quitter la maison, sa mère, Sylvie, lui dit « sois prudent ». Quelques heures plus tard, elle reçoit un appel de la police. Son fils est mort sur son lieu de travail. Il était technicien de maintenance depuis six mois à l’usine Paprec de Nîmes. Ce jour-là, il procède au nettoyage de la machine « aspire-sacs » lorsque celle-ci se remet brutalement en route, relancée par un autre salarié. Il est aspiré, son crâne sectionné. L’accident est d’une telle gravité que la famille ne pourra jamais voir le corps.

Jules Pertet est mort sur son lieu de travail, mais son employeur conteste toute forme de responsabilité. Une ligne de défense très habituelle dans les affaires d’accidents graves et mortels du travail. Paprec Méditerranée, filiale du géant français du recyclage aux 17 000 salariés répartis dans dix pays, était jugé pour « homicide involontaire », jeudi 12 février, au tribunal correctionnel de Nîmes. Le directeur du site de l’usine, David Dumaine, ainsi que le chef d’équipe ayant redémarré la machine sont également poursuivis à titre individuel. Une série de manquements à la sécurité leur est reprochée.

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Le travail au noir comme « technique de survie » pour les étudiants

Neuf mètres carrés. Un lit, un bureau, quelques affaires entassées dans un coin. Dans son studio d’une résidence du Crous, Charlotte (le prénom a été modifié à sa demande), étudiante en première année à l’Institut de formation en soins infirmiers de Nice, passe ses comptes au crible : 500 euros de bourse pour tenir le mois, 250 euros de loyer, le reste pour manger, s’assurer, se déplacer… « Littéralement pas assez », retrace-t-elle trois ans plus tard. Elle tente de travailler en étant déclarée, mais lorsqu’elle dépose des CV dans les bars et les restaurants, on ne lui propose que du travail non déclaré. « Quand t’as pas le choix, tu prends ce qu’il y a », résume l’étudiante.

Après sa première année, Charlotte décroche son diplôme d’aide-soignante. Par le biais de la mère d’une amie, elle trouve des soins à domicile chez une dame, au noir. Horaires souples, au gré des appels. Et un salaire intéressant : deux semaines par mois suffisent souvent à générer près de 3 000 euros, réglés en cash par le fils de la résidente. « C’était mieux rémunéré qu’un emploi déclaré, donc je n’ai pas hésité », explique la jeune femme de 21 ans. Elle y restera deux ans. A l’été 2025, à l’issue de sa troisième année, elle passe finalement en CDD à l’hôpital, un poste « plus stimulant sur le plan médical ».

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La pauvreté à l’adolescence impacte les trajectoires scolaires et professionnelles, confirme une étude

Des enfants passent devant un immeuble innocupé du quartier populaire de Cantepau, à Albi, le 4 février 2026.

A l’âge de 26 ou 27 ans, 28 % des personnes ayant connu une pauvreté sévère à l’entrée au collège ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (une situation qu’on résume sous l’acronyme anglais « NEET », pour « not in education, employment or training »), contre 10 % parmi ceux qui n’ont pas été exposés à la pauvreté. Ces mêmes personns en situation de pauvreté au collège sont également 29 % à toujours vivre chez leurs parents au même âge (contre 17 % chez les non-pauvres), et parmi ceux qui travaillent, près d’un sur trois touche un salaire parmi les 20 % les plus faibles de la cohorte étudiée.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés La pauvreté et les inégalités au plus haut depuis trente ans

Ces résultats sont ceux d’une note d’analyse du chercheur Clément Peruyero, de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, diffusée le 12 février par le Haut Commissariat à la stratégie et au plan. Le chercheur montre l’impact très marqué de la pauvreté sur la trajectoire des individus à partir de l’analyse d’une cohorte de 18 000 personnes interrogée en 2008 et en 2023, c’est-à-dire au début du collège, vers 11 ans, et à l’entrée dans la vie adulte, vers 26-27 ans.

La cohorte est constituée d’un panel d’élèves de 6e en 2007, constitué par la Direction des statistiques de l’éducation nationale (DEPP), apparié avec l’enquête Entrée dans la vie adulte (EVA) de l’Insee. Elle éclaire d’un jour nouveau deux phénomènes bien connus : l’impact de la pauvreté sur la scolarité, d’une part, et les mécanismes de transmission de la pauvreté d’une génération à l’autre, d’autre part.

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Dominique Glaymann, sociologue : « Plutôt que l’insertion des jeunes, c’est l’accès des débutants à un emploi stable qu’il faut améliorer »

Le « CDI jeunes », imaginé par le président du Mouvement des entreprises de France [Medef], Patrick Martin, rappelle le contrat première embauche que le gouvernement de Dominique de Villepin avait tenté en vain d’imposer en 2006. Ce CDI jeunes n’est en effet qu’une nouvelle mouture des emplois non durables et sous-payés qui prétendent améliorer les débuts de vie professionnelle des jeunes et aboutissent en réalité à enfermer, plus ou moins durablement, les débutants dans la précarité.

Au risque de répéter des arguments déjà connus, il faut rappeler pourquoi cette proposition, présentée comme une aide à l’entrée en emploi des jeunes, est, au mieux, une fausse solution de plus et, au pire, un leurre visant à franchir un nouveau pas dans la déconstruction des droits des salariés. Si le gouvernement ne semble pas vouloir reprendre cette proposition, il faut sans doute y voir un ballon d’essai dont on pourrait retrouver l’écho dans la campagne présidentielle de 2027.

Depuis cinquante ans, du premier pacte pour l’emploi des jeunes du gouvernement Barre, en 1977, au plan 1 jeune 1 solution du gouvernement Castex, en 2020, les politiques publiques ont empilé des dizaines de mesures censées faire reculer le chômage des jeunes. Ces politiques s’appuient sur un diagnostic renvoyant le chômage des jeunes à trois causes : leur inexpérience, qui rendrait leur recrutement risqué, leur coût salarial, qui serait excessif, compte tenu de leur productivité, et les formations, qui prépareraient mal aux attentes des recruteurs et des employeurs. Ces causalités supposées guident l’accumulation des dispositifs engagés depuis un demi-siècle.

D’un strict point de vue pragmatique, si ces innovations étaient efficaces, on s’en serait aperçu depuis longtemps. Or, on observe au contraire la permanence d’un surchômage des moins de 25 ans depuis la fin des années 1970 : leur taux de chômage est en permanence de 2 à 2,5 fois supérieur au taux de chômage moyen. Ainsi, en 2024, 18,8 % des actifs de moins de 25 ans étaient au chômage, contre 7,3 % de l’ensemble des actifs. Une observation attentive des chiffres montre aussi une sensibilité de l’emploi (et du chômage) des moins de 25 ans aux aléas conjoncturels de l’économie et de l’emploi.

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Bertrand Martinot, économiste : « Un smic-jeunes pourrait remettre le pied à l’étrier de nombreuses personnes précarisées »

Le 28 janvier, le Medef (Mouvement des entreprises de France, organisation patronale) a évoqué, parmi d’autres pistes, la création d’un « smic-jeunes » pour favoriser l’emploi et l’insertion de certains jeunes non qualifiés, ou très peu. Il n’en fallait pas plus pour ranimer de vieilles polémiques : la CGT y a vu une « déclaration de guerre » et l’UNEF [Union nationale des étudiants de France, à gauche] a aussitôt appelé la jeunesse à « se mobiliser ».

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Le Medef justifie ses idées-chocs sur l’emploi des jeunes

Les postures sont bien rodées. Et, comme un diable qui sort de sa boîte, le spectre du contrat d’insertion professionnelle (CIP) d’Edouard Balladur [en 1994] est réapparu. En réalité, nul ne devrait se plaindre que l’on parle enfin de la jeunesse après un long et pénible débat budgétaire marqué par des choix, par exemple sur les retraites, que l’on pourra difficilement qualifier de porteurs d’avenir. Mais, sur le fond, que penser de la proposition du Medef ?

Pour en juger, il faut commencer par rappeler dans quelle situation se trouve une partie de la jeunesse par rapport au marché du travail. Selon l’Insee, le taux de chômage des jeunes de 16 ans à 24 ans a, certes, baissé de manière significative depuis le début des années 1990 (passant d’environ 25 % à 18,6 %) ; mais, en réalité, cette baisse n’a bénéficié qu’aux diplômés. Pour les jeunes les moins qualifiés (niveau bac et infra), elle n’a pas eu lieu. Sur la même période, le taux de chômage a même fortement augmenté pour les jeunes sans diplôme, atteignant aujourd’hui près de 33 %.

En fait, à de tels niveaux, la notion de taux de chômage perd de son sens, car de nombreux jeunes en déshérence ne sont même plus comptabilisés dans la population active. C’est pourquoi les économistes préfèrent mesurer la proportion des jeunes de 15 ans à 29 ans qui ne sont « ni en emploi, ni sous statut scolaire, ni en formation » (les NEET, selon l’acronyme anglais des statisticiens).

Au vu de cet indicateur, la situation reste très préoccupante, puisque cette proportion s’établit à 12,5 % à l’automne 2025 selon l’Insee, soit un niveau supérieur à celui de 2003, année où elle a été estimée pour la première fois, et deux fois plus élevée qu’en Allemagne. Ces jeunes sont très majoritairement peu qualifiés, puisque 72 % d’entre eux ont un niveau de diplôme inférieur ou égal au bac. En outre, on ne soulignera jamais assez les disparités territoriales en la matière : près de 30 % des 15-29 ans sont dans cette situation à La Réunion et plus de 20 % dans plusieurs dizaines de bassins d’emploi métropolitains.

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