Au Creusot, l’urgence d’attirer de nouveaux habitants : emploi, maison, école, « on nous a tout livré sur un plateau »

« Trouvez votre coin de paradis en Bourgogne-Franche-Comté, bénéficiez d’un accompagnement personnalisé avec un chargé d’accueil. » Le message, peu banal, circule depuis plusieurs mois sur les réseaux sociaux, posté par une région de tradition industrielle, en mal de nouveaux habitants. Il renvoie au site Internet Venez vivre en Bourgogne-Franche-Comté, qui détaille un dispositif d’aide à l’installation avec « séjours immersifs » pour choisir un territoire, « contact local » et « relation suivie dans le temps ».

Davide Saraiva, contrôleur qualité dans l’industrie installé en Ariège, est « tombé dessus » en consultant des annonces d’emploi, en avril 2025. « Je cherchais un poste dans le secteur de la radioactivité – ma formation – et j’ai vu sur le site de la région qu’elle accompagnait les familles », se souvient-il. Il remplit le formulaire, puis tout se passe très rapidement. Stéphane Rouget, chargé d’accueil, le rappelle, sonde ses projets, fait circuler son CV. L’aciérie Industeel, filiale d’ArcelorMittal, installée au Creusot, lui propose un entretien d’embauche. Un mois après sa première demande de renseignements, il revient avec sa femme, Emilie, signer un contrat à durée indéterminée (CDI), visiter une maison de village repérée par le chargé d’accueil et rencontrer le maire de la petite commune en surplomb du Creusot, à sept minutes en voiture de l’usine. C’est aussi Stéphane Rouget qui s’arrange pour inscrire les deux petites filles du couple à l’école alors que la date limite est dépassée. « On nous a tout livré sur un plateau », résume Davide Saraiva.

Centre-ville du Creusot, le 10 février 2026.
Stéphane Rouget, agent d’accueil des nouveaux arrivants pour le dispositif « Venez vivre en Bourgogne », au Creusot (Saône-et-Loire), France 10 février 2026

Son épouse a choisi d’arrêter son métier de coiffeuse pour engager une reconversion d’éducatrice spécialisée auprès d’enfants en situation de handicap. Ses premières démarches pour un stage n’aboutissent pas. « Et c’est là que mon rôle est intéressant, j’ai des contacts sur le terrain, souligne M. Rouget. J’en ai parlé à quelqu’un travaillant dans une structure, il m’a dit “il faut me l’envoyer, on va la prendre”, et voilà c’était réglé. » Après cette première expérience, Emilie Saraiva peut désormais faire des remplacements avec la perspective d’un parcours de qualification et d’un possible CDI. « On a le sentiment d’un nouveau départ. Sans le soutien d’un chargé d’accueil, on n’aurait peut-être pas réussi ce changement de vie, dit-elle. On ne se sent jamais perdu, si on a un problème c’est “allô ! Stéphane”. »

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« Les prédictions pessimistes sur les conséquences de l’automatisation par l’IA sur le marché du travail ne sont pas nouvelles »

Cela fait presque dix ans que, dans un discours resté célèbre, Geoffrey Hinton, un des pères de l’intelligence artificielle (IA) moderne et Prix Nobel de physique 2024 pour ses travaux dans ce domaine, déclarait qu’il était urgent de ne plus former de radiologues. Vu les progrès fulgurants de l’IA dans la reconnaissance d’image, il était, selon lui, « parfaitement évident » qu’elle dépasserait dans les cinq ans les capacités humaines dans ce domaine et rendrait les radiologues obsolètes.

Aujourd’hui, motivés par la volonté d’entretenir la frénésie actuelle d’investissements dans ce secteur, les dirigeants des nouveaux géants de l’IA sont aussi friands de prophéties fracassantes. En janvier, Dario Amodei, PDG d’Anthropic, à l’origine du chatbot Claude, dont l’entreprise est actuellement valorisée à 350 milliards de dollars (environ 300 milliards d’euros), a publié un long texte dans lequel il prédit que l’IA remplacera la moitié des emplois de cols blancs débutants à un horizon de cinq ans. Plus fort, Mustafa Suleyman, directeur de l’IA à Microsoft, affirmait, début février, que l’IA remplacerait, d’ici à dix-huit mois, la plupart des tâches des cols blancs.

S’il est trop tôt pour savoir si ces deux derniers auront raison, il est clair que la prédiction de Geoffrey Hinton sur les radiologues a mal vieilli. Ces médecins n’ont pas disparu, mais sont aujourd’hui aux Etats-Unis, pays où les hôpitaux utilisent le plus l’IA, la troisième spécialité médicale la mieux rémunérée. Depuis dix ans, leur nombre a même augmenté de plus de 17 %, ce qui n’a pas suffi à combler une forte demande. En témoigne un article, publié en mars 2025 par l’Association de radiologie nord-américaine, s’intitulant : « La pénurie croissante de radiologues : défis et possibilités ».

Chômage technologique

Les prédictions pessimistes sur les conséquences du progrès technologique et de l’automatisation sur le marché du travail ne sont pas nouvelles. Certains des plus grands économistes de leur temps, de David Ricardo, au XIXe siècle, observant la première révolution industrielle, jusqu’à Wassily Leontief, au XXe siècle, face à l’informatique, ont également douté des bienfaits du progrès technologique pour les travailleurs. Leontief avait d’ailleurs bien conscience que deux siècles de progrès technologiques n’avaient pas jusqu’alors entraîné de chômage technologique massif.

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Les dessous du baby-sitting étudiant : précarité, exploitation et violences

Une journée entière de baby-sitting, huit heures de travail, 50 euros. Macha (tous les jeunes interrogés dans le cadre de cet article ont souhaité garder l’anonymat) n’en revient toujours pas. Cette Parisienne de 24 ans a appris à ses dépens que le baby-sitting étudiant peut rimer avec exploitation. « La famille en question était pourtant très aisée et possédait un château. J’ai décliné la fois suivante, et ils ont fini par embaucher une dame philippine », relate Macha. L’étudiante en école de commerce, qui garde des enfants depuis l’âge de 13 ans, apprécie pourtant cette activité qui lui permet, en même temps, de « réviser les cours » et de gagner de l’argent, entre 500 euros et 1 000 euros par mois en travaillant « au noir » pour plusieurs familles.

Le baby-sitting est plébiscité par les jeunes – sur les 40 % des étudiants qui travaillent, 18 % font du baby-sitting, selon une enquête menée en 2020 par l’Observatoire national de la vie étudiante. Et notamment par les jeunes femmes, souligne Hélène Malarmey, chercheuse en sociologie au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) : « Les petites filles sont éduquées pour s’occuper des autres, puis poussées à faire du baby-sitting quand elles cherchent un petit job. » Mais la profession reste mal encadrée : le travail non déclaré et les abus sont monnaie courante. Selon la loi, les familles ont l’obligation de déclarer les services d’aide à domicile et de les rémunérer au minimum au smic horaire. En réalité, constate Elise Tenret, sociologue à l’université Paris-Dauphine, « c’est dans le baby-sitting qu’on retrouve le plus d’étudiants sans contrat de travail ».

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Les députés votent la suspension des allocations chômage en cas de suspicion de fraude

Jean-Pierre Farandou, ministre du travail, à l’Assemblée nationale, le 25 février 2026.

L’examen du texte a été suspendu, mais les députés ont adopté l’une de ses mesures les plus controversées : l’arrêt provisoire du versement des allocations-chômage en cas de suspicion de tricherie. Dans la nuit du vendredi 27 au samedi 28 février, vers minuit, l’Assemblée nationale a interrompu ses travaux sur le projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales. Elle les reprendra à une date qui n’est pas encore connue, les élus du Palais-Bourbon étant appelés à siéger à nouveau à partir du 23 mars, après la coupure liée aux élections municipales.

L’article incriminé avait été introduit lors de la première lecture du texte au Sénat, en octobre 2025. Il renforce les attributions et élargit les capacités d’action de France Travail, l’établissement qui est chargé de l’indemnisation des demandeurs d’emploi. Ses agents seront désormais autorisés « à traiter les données de connexion et de traçabilité » contenues dans le « système d’information » de l’opérateur public. Ils auront également la possibilité d’interroger les services du ministère des affaires étrangères qui tiennent « le registre des Français établis hors de France ».

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Contre la précarité de l’emploi, le CESE adopte vingt préconisations

Sur la chaîne de production du fabricant français de poêles et casseroles Cristel, à Fesches-le-Chatel (Doubs), le 23 mai 2024.

Sur 45,9 millions de contrats signés en 2024 en France métropolitaine dans le secteur privé, seuls 4,2 millions avaient été signés en CDI, du fait du recours croissant aux CDD et à l’intérim, indique l’Insee. Quand bien même les emplois stables avec un contrat durable (CDI + fonctionnaires) concernent 73 % des salariés, cette proportion a légèrement diminué. On assiste à une augmentation du nombre de travailleurs indépendants ou à temps partiel, dont une part importante subit plus qu’elle ne choisit ces statuts : ainsi, en 2023, 24,4 % des personnes à temps partiel souhaitaient travailler davantage, selon la direction de recherche d’études et de statistiques du ministère du travail.

La précarité professionnelle progresse sur l’ensemble des territoires, dans la majorité des secteurs d’activité, qu’ils soient privés ou publics, estiment les membres du Conseil économique social et environnemental (CESE) Jean-Marc Boivin, du groupe Associations, et Saïd Hammouche, du groupe Agir autrement pour l’innovation sociale et environnementale, tous deux rapporteurs d’un avis pour le CESE. Une précarité qui pousse à s’interroger, sachant que les gouvernements de tout bord n’ont cessé, ces dernières décennies, d’empiler des mesures censées favoriser l’emploi des plus fragiles.

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