Recrutement : les jeunes diplômés s’adaptent à la nouvelle donne du marché du travail

Au laboratoire Fuu, qui produit du liquide pour cigarette électronique, à Paris, le 3 février 2026.

Recul de la croissance, des recrutements, du soutien financier de l’Etat à l’apprentissage, menace de l’intelligence artificielle (IA) sur l’emploi qualifié… Dans ce contexte, les étudiants et jeunes diplômés maintiennent leur optimisme et leurs ambitions, apprend-on dans une enquête EDHEC/JobTeaser, publiée le 3 février. Intitulée « Les nouvelles règles pour recruter », cette étude passe au crible les attentes des jeunes à travers un sondage portant sur un échantillon de 2 578 étudiants et jeunes diplômés, âgés de 18 à 30 ans et issus d’écoles de commerce, d’écoles d’ingénieurs ou d’universités, toutes filières confondues, santé exceptée.

Leur perception du travail demeure largement positive : en évocation spontanée, 30 % des sondés associent le travail à un accomplissement personnel (apprentissage, passion, utilité), 24 % à la motivation et à l’ambition, 13 % à l’aspect financier. Seulement 16 % de ces évocations renvoient à des termes négatifs. 96 % de cette population considère le travail comme un facteur d’épanouissement personnel, un score supérieur à 2024, alors même que le marché de l’emploi s’est dégradé.

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Comment la mécanique de la sous-traitance et de l’externalisation fragilise les salariés

Quel est le point commun entre des agents d’entretien qui font le ménage dans des bureaux, des cordistes nettoyant un silo, des fondeurs coulant des pièces auto, des maçons sur un échafaudage, un agent de sécurité devant un magasin ou le technicien envoyé installer votre fibre ? Il y a toutes les chances qu’ils interviennent en sous-traitance, cette opération par laquelle une entreprise confie à une autre le soin d’exécuter pour elle une part de ses activités.

Un phénomène devenu structurel dans l’économie et le quotidien des Français, mais qui reste mal évalué. Contrairement au nombre de CDI ou d’intérimaires, il n’existe pas de catégorie statistique du travail en sous-traitance. Lequel reste un contrat commercial, liant deux entreprises, qui n’apparaît que dans le détail des plans comptables. Le président de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) reconnaît manquer de chiffres : « Parce que personne ne le déclare, constate Jean-Christophe Repon. Tout le monde dit qu’il n’y a pas de problème avec la sous-traitance. Mais que personne ne soit fier de la déclarer cache une démarche qui, parfois, est subie par une des parties. »

La dernière fois que l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a posé la question aux chefs d’entreprise, en 2021, un sur deux a reconnu intervenir dans une chaîne de sous-traitance, en tant que donneur ou preneur d’ordre. Ce chiffre atteint six sur dix chefs d’entreprise dans la construction et 83 % des grands groupes. La Fédération des entreprises de propreté, d’hygiène et services associés (FEP) estime, elle, que 70 % à 80 % des prestations de propreté sont aujourd’hui externalisées en France, et quasiment 100 % dans le tertiaire.

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L’intelligence artificielle au travail : « Des transformations hétérogènes, voire paradoxales »

Dans les cabinets de radiologie, l’introduction de systèmes d’intelligence artificielle (IA) peut avoir des conséquences particulièrement sensibles sur l’activité des travailleurs. Les radiologues pourront ainsi y trouver une « seconde paire d’yeux », « utile pour détecter des lésions passées inaperçues (…), notamment en situation de fatigue ou de travail de nuit ». Pour les secrétaires, en revanche, « le système automatisant la rédaction des comptes rendus est à l’origine de la perte d’apprentissage ».

L’impact de l’IA sur le contenu et l’organisation du travail est un sujet d’enquête complexe qui invite à la nuance et à la prudence, soulignent différents chercheurs dans le numéro de la revue Chroniques du travail paru en décembre 2025. Présentant leurs travaux sur cette thématique, ils montrent combien, selon les études et les contextes d’observation (logiques organisationnelles, marges de manœuvre des collectifs de travail, capacité d’appropriation des outils…), les conséquences peuvent être variables pour les professionnels.

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« Dans certains cas, l’utilisation de ces systèmes se traduit par différents types de bénéfices (augmentation de la productivité, gain de temps, fiabilité des diagnostics, automatisation de tâches fastidieuses, diminution de la charge de travail, etc.) », note Moustafa Zouinar, professeur associé au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM).

Des « pertes de performance »

A contrario, certains travaux mettent en lumière des « pertes de performance, une complexification de l’activité, de “nouvelles” tâches qui sont parfois coûteuses en termes de temps et d’allocation de ressources attentionnelles ». Un « manque de distance critique vis-à-vis des productions de l’IA » est aussi évoqué, de même qu’une perte d’expertise.

Cette dernière a, par exemple, été observée à l’occasion d’une enquête dans un cabinet de comptabilité. « [Elle] est notamment liée à un désengagement progressif des salariés des tâches qui avaient été automatisées, avec une baisse de leur motivation à maintenir et améliorer leurs compétences », précise l’ouvrage.

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Le chômage des jeunes, une « bombe à retardement » qui menace les pays en développement

Lors d’un grand forum de l’emploi, au stade Talkatora, à New Delhi, le 19 juin 2025.

Ce sont des chiffres qui illustrent à eux seuls l’ampleur de la crise de l’emploi dans les pays en développement, en particulier chez les jeunes. En 2025, les chemins de fer indiens ont reçu 18,7 millions de candidatures pour 60 000 places disponibles. Au Nigeria, 1,8 million de personnes se sont disputé les 50 000 places proposées dans la fonction publique. Ces postes de fonctionnaires sont si convoités qu’ils s’obtiennent parfois contre des pots-de-vin en Afrique ou dans le sous-continent indien. Sur les nombreux forums en ligne, les internautes s’échangent des conseils sur le montant à débourser pour pouvoir décrocher un poste dans la police ou dans une administration.

Ce n’est que le début de la crise, a averti la Banque mondiale dans un rapport publié le 13 janvier. Selon ses calculs, 1,2 milliard de jeunes, entre 15 et 24 ans, vont entrer sur le marché du travail d’ici à 2035 dans les pays en développement. Au Ghana, le ministre du développement, George Opare-Addo, qualifie le chômage des jeunes de « bombe à retardement » tandis qu’au Bangladesh, le sujet monopolise les débats de la campagne électorale, à quelques semaines du scrutin organisé le 12 février.

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Les entreprises sont loin d’avoir compensé les récentes pertes de pouvoir d’achat pour leurs salariés, malgré des hausses de salaires supérieures à l’inflation pour 2026

C’est une plongée dans la réalité des pratiques salariales en France pour 2026 que livre le Centre études & data du Groupe Alpha dans sa nouvelle note, publiée en avant-première par Le Monde, mercredi 4 février. Contrairement à la plupart des enquêtes salariales, élaborées à partir d’un sondage des directions et de budgets prévisionnels, l’étude du Groupe Alpha s’appuie sur l’analyse exhaustive des accords de négociations annuelles obligatoires (NAO) déjà conclus pour 2026 et disponibles début janvier dans la base Legifrance.

Ainsi sur 1 285 accords salariaux, 800 se sont révélés « exploitables », avec des données précises sur les augmentations du salaire de base, représentant un panel de 800 entreprises de tout secteur et de toute taille, employant au total environ 430 000 salariés.

Premier constat : le niveau des augmentations négociées baisse pour la troisième année d’affilée. La hausse moyenne constatée dans les entreprises qui revalorisent les salaires est de 1,73 % (1,71 % pour les cadres, 1,75 % pour les ouvriers et employés), contre 2,27 % pour 2025 et 3,5 % pour 2024. Les augmentations sont en recul dans l’ensemble des secteurs avec les budgets les plus élevés dans les services financiers (2,06 %) et l’énergie-chimie (1,97 %), et les plus bas dans les transports (1,42 %) et dans les entreprises de l’économie sociale (1,45 %).

L’inflation s’étant imposée ces dernières années comme le référentiel-clé des NAO, son ralentissement, à 0,8 % sur un an en décembre 2025, a sans surprise fait diminuer le niveau des budgets consacrés aux salaires. « Ils restent tout de même bien au-dessus de l’indice des prix à la consommation, ce qui signifie donc des hausses de pouvoir d’achat pour les salariés concernés. Pour autant, selon nos calculs, seules 32 % des pertes de pouvoir d’achat connues durant la période de forte inflation ont été compensées à ce jour et, à ce rythme, cela nécessitera plusieurs mois voire années », souligne Alice Rustique, chargée d’études au Groupe Alpha.

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Appel à témoignages : votre reconversion ne s’est pas passée comme prévu et vous avez décidé de retourner à votre premier métier. Racontez-nous

La Société éditrice du Monde souhaite présenter dans ses publications une sélection de témoignages, sous forme d’écrits, de photographies et de vidéos (ci-après désignés ensemble ou séparément « Contribution(s) ») qui lui sont soumis librement par les internautes.

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Les taxis et entreprises d’ambulances fragilisés par les nouvelles règles du transport sanitaire

Des chauffeurs de taxi lors d’un un rassemblement devant le ministère de l’économie, à Paris, le 11 juin 2025.

Au printemps 2025, les taxis s’étaient fait entendre partout en France, dénonçant la perte de revenus qu’occasionnerait la nouvelle convention-cadre élaborée par la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM) pour le transport sanitaire. A l’automne, quelques mobilisations locales subsistaient. En ce début d’année, aucune manifestation n’est à l’ordre du jour. Signe d’un problème réglé ? Non, plutôt d’une résignation : « Sur le plan tarifaire, nous prévoyions des pertes de chiffre d’affaires aux environs de 30 % à 40 %. C’est bien le cas aujourd’hui, déplore Dominique Buisson, secrétaire de la Fédération nationale du taxi. Car ce n’est pas viable, certaines entreprises ont déjà commencé à licencier leurs salariés, voire à cesser leur activité. »

Selon Altares, les défaillances ont augmenté de 33 % entre 2024 et 2025 chez les taxis, et de 137 % chez ceux qui évoluent en entreprise individuelle. Les autres acteurs du secteur ne sont pas en reste : « Les redressements et liquidations judiciaires ont plus que doublé entre 2024 et 2025, cela a concerné 180 entreprises d’ambulances sur moins de 5 000 en 2025, ajoute Dominique Hunault, président de la Chambre nationale des services d’ambulances. On s’est rendus compte que beaucoup d’ambulanciers ont une double activité. Sur les 40 000 taxis conventionnés, une moitié dépend d’entreprises d’ambulances, donc nous avons aussi été touchés. »

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L’apprentissage des langues étrangères résiste à la déferlante de l’IA

A Davos (Suisse), lors du Forum économique mondial, le 18 janvier 2026.

« Est-ce qu’on va continuer à exiger la maîtrise de la langue pour nos équipes chargées de la gestion des sinistres internationaux ?, s’interrogeait récemment le DRH de la Macif, Nicolas Llorens. Je dois conserver l’intérêt au travail des salariés sans être rattrapé par la pression économique », confie-t-il. Les capacités de traduction instantanée de l’intelligence artificielle (IA) ont rapidement séduit les entreprises. A fortiori dans un contexte de globalisation de l’économie et d’internationalisation des sociétés, qui oblige à développer ses activités dans des environnements multilingues. Il suffit désormais de cliquer sur une icône ou d’activer une application pour rédiger un mail en anglais, déchiffrer la proposition commerciale d’une entreprise brésilienne ou indienne, traduire un tutoriel allemand ou recevoir le compte rendu en français d’une réunion où l’on n’est pas sûr d’avoir tout compris, et ce tant à l’oral qu’à l’écrit.

Pourtant, le recours aux formations linguistiques ne faiblit pas. En 2025, en France, une formation professionnelle sur cinq a concerné l’apprentissage ou le perfectionnement d’une langue étrangère. De même, en 2025, 10 % des offres d’emploi sur le site de Welcome to the Jungle mentionnaient l’anglais, contre moins de 7 % en 2024, et 5,5 % en 2023.

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Lésions psychiques : un risque d’accident du travail en hausse

Carnet de bureau. Un chef de rayon qui, après avoir préparé des commandes clients, est retrouvé en pleurs dans le bureau du comité social et économique ; un salarié d’un centre d’appels téléphoniques qui s’effondre après avoir été confronté à un cas houleux. Les médecins consultés constatent « une dépression réactionnelle » pour l’un, « un trauma psychique » pour l’autre. Et les deux salariés sont reconnus comme accidentés du travail, avec pour conséquence pour l’entreprise une hausse de la cotisation patronale.

De plus en plus d’affections psychiques sont ainsi qualifiées d’accidents du travail. Le Rapport annuel de l’Assurance-maladie, de novembre 2025 qui vient d’être actualisé à la mi-janvier, en souligne la hausse : près de 29 000 accidents du travail ont ainsi été reconnus en 2024 et identifiés comme étant en lien avec des affections psychiques ou des risques psychosociaux, « représentant ainsi plus de 5 % des accidents du travail », inscrits au bilan 2025 de l’Assurance-maladie sur les risques professionnels.

Ce type de lésions ne représentait que 1,6 % des accidents du travail il y a dix ans. « La charge mentale devient une vraie problématique sociétale et donc aussi au travail : isolement (Covid, télétravail), banalisation de la violence (notamment dans certains secteurs), incertitude sur l’emploi (IA, robotique) », explique Raphaël Haeflinger, le directeur général d’Eurogip, l’observatoire des risques psychosociaux.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés La santé mentale des salariés s’est légèrement dégradée

Paradoxalement, l’accident du travail est plus facile et plus rapide à établir qu’une maladie professionnelle. La décision de la caisse est rendue en trois mois au lieu de huit, car il y a peu de choses à vérifier : essentiellement l’existence d’un choc, le lieu et le temps de travail. D’un point de vue juridique (article L. 411-1 du code de la Sécurité sociale), l’accident du travail est une lésion manifestée sur le temps et le lieu de travail et rattachée à une situation professionnelle.

Les bonnes pratiques en la matière

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Face à l’ubérisation et l’éclatement du salariat, les syndicats contraints de se réinventer

Vingt-deux mois de lutte, dont huit de grève, concrétisés par une victoire pour les femmes de ménage de l’hôtel Ibis Batignolles à Paris (17e). Entre 2019 et 2021, dix-neuf employés du sous-traitant de nettoyage STN dénonçaient une inégalité de traitement entre eux et les salariés de l’établissement. A l’issue d’un accord négocié entre la CGT, AccorInvest et STN, ils avaient vu leurs conditions de travail s’améliorer et leur rémunération augmenter.

Plus récemment, en décembre 2023, ce sont les livreurs des plateformes comme UberEats ou Deliveroo qui avaient entamé une grève nationale, avec des actions dans une cinquantaine de villes françaises. Un appel à mobilisation qu’avait lancé la CGT et Union-Indépendants, affilié à la CFDT.

Pour les travailleurs indépendants, ceux de la sous-traitance ou encore de l’intérim, ces mobilisations, parfois auréolées de victoires et appuyées par un syndicat, reflètent mal la réalité. La fragmentation du travail à l’œuvre depuis les années 2000 a des conséquences particulièrement négatives sur la syndicalisation, et sur la protection des travailleurs qui va avec. Un phénomène qui exacerbe un mal ancien.

La France fait figure de mauvaise élève quand on observe le taux de syndicalisation. Depuis la fin des années 1970, ce dernier décroche inexorablement. En 2019, seuls 10,3 % des salariés étaient syndiqués, contre près de 20 % en 1975, selon la dernière étude disponible de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques, rattachée au ministère du travail. Un déclin encore plus marqué dans le privé (7,8 %) que dans le public (18,4 %). Des statistiques loin de celles de nos voisins européens comme la Belgique (près de 50 % des salariés) ou surtout des pays scandinaves (plus de 60 %).

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