Des formations bilingues ou entièrement en anglais : un « cercle vertueux » pour attirer les meilleurs

Portées par une volonté politique d’internationalisation des universités et des grandes écoles, ces cursus se développent dans l’enseignement supérieur français. Symboles d’une concurrence accrue entre établissements, ils permettent d’attirer de bons élèves français et internationaux, au risque de mettre de côté les étudiants moins favorisés.

Recrutement : des espoirs d’éclaircies en 2026, dans les grandes entreprises d’abord

En ce début d’année, les intentions de recrutement de cadres remontent et la confiance des employeurs se redresse très légèrement, mais pas pour tout le monde. L’écart s’accroît entre les entreprises en fonction de leur taille. Quant aux candidats, ils restent inquiets, surtout les jeunes diplômés, dont l’insertion ralentit de nouveau. Ce sont les principaux enseignements de deux enquêtes de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC), publiées mardi 3 février et menées en décembre 2025, auprès de 2 000 cadres et 1 000 entreprises.

« Au premier trimestre 2026, les intentions de recrutement remontent dans les grandes structures », écrit l’APEC. Janvier a été l’occasion d’annonces de gros volumes de recrutement : 3 100 pour le groupe Enedis dont 1 700 en CDI (ingénieurs, techniciens supérieurs, etc.), 2 500 postes à pourvoir sur tous les métiers du Parc Astérix dans la perspective de l’ouverture d’un nouvel hôtel en 2027. Climat des affaires, investissements, embauches : la mécanique bien huilée d’une reprise en trois temps serait amorcée dans les grandes entreprises et celles de taille intermédiaire. L’indicateur du climat des affaires s’est amélioré au quatrième trimestre, l’investissement des entreprises a suivi et au premier trimestre 2026, plus d’une grande entreprise sur deux (51 % vs 48 % un an plus tôt) prévoit l’embauche d’au moins un cadre.

L’APEC évoque même un « coup d’arrêt à la tendance baissière dans les grandes structures », mais pas dans les TPE (moins de 10 salariés), dont la confiance est sérieusement érodée et qui ne sont que 2 % à prévoir des recrutements de cadres au premier trimestre. La contraction de l’emploi qui a touché les cadres en 2024 s’est poursuivie en 2025, atteignant son plus bas niveau au quatrième trimestre, « tiré par les TPE » précise l’APEC : sur les trois derniers mois de l’année, seules 8 % des entreprises toutes tailles confondues avaient recruté au moins un cadre.

Sécuriser l’activité des entreprises

Il vous reste 46.23% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Ce que nous apprend l’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée »

L’expérimentation « Territoires zéro chômeur longue durée » (TZCLD) vise à garantir un emploi en contrat à durée indéterminée (CDI) à des publics « très éloignés du marché de travail », autrement dit des personnes qui, par exemple, du fait de problèmes personnels ou de santé, auraient des difficultés à entrer sur le marché du travail « classique ».

Depuis sa création, en 2016, le dispositif TZCLD a permis d’offrir des CDI rémunérés au smic à environ 4 000 personnes accueillies au sein d’une petite centaine d’entreprises à but d’emploi (EBE). Ces structures sont créées par des territoires volontaires et financées par l’Etat. Point central : elles ont pour objectif de proposer des services utiles à la société, mais non fournis par les entreprises traditionnelles, car ils sont peu rentables.

L’expérimentation vient d’être prolongée jusqu’à la fin de 2026 par l’Assemblée nationale, et le ministre du travail, Jean-Pierre Farandou, affirme son intention de la pérenniser définitivement. Une myriade d’évaluations, tant quantitatives que qualitatives, réalisées notamment par la Cour des comptes et sous la houlette d’un comité ad hoc, permet de dresser trois constats.

D’abord, le coût immédiat du dispositif est effectivement élevé, de l’ordre de 25 000 euros par emploi créé, mais il est partiellement récupéré, parce que les bénéficiaires ne recourent plus à certaines prestations (chômage ou RSA [revenu de solidarité active], par exemple) et que leurs emplois génèrent de nouvelles recettes (cotisations sociales et impôts). A partir d’un chiffrage réalisé par Eval-Lab, le comité d’évaluation estime que le coût net par emploi est en fait deux fois plus faible, entre 11 300 et 13 700 euros.

Public particulier

Ensuite, comme nous le montrons dans une étude de l’Institut des politiques publiques, la valeur marchande des activités des EBE est proche de zéro. Leur valeur ajoutée est, en moyenne, négative au cours des trois premières années d’existence et ne devient que modestement positive à plus long terme, atteignant environ 1 300 euros par bénéficiaire après sept ans d’activité. Ce constat n’est cependant guère étonnant puisque l’objectif des EBE n’est pas d’être rentable, mais de combler des besoins mal pourvus localement (recyclerie, transport de personnes âgées, etc.) sans concurrencer le tissu productif existant. Les bénéfices pour la société de telles activités sont très difficiles à quantifier au moyen des indicateurs économiques classiques.

Il vous reste 31.83% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Logement : la galère des locataires sans CDI

Son dossier dispose d’atouts qui devraient le placer d’emblée en haut de la pile. Eva (les personnes citées par un prénom ont requis l’anonymat), 26 ans, cadre supérieure depuis deux ans dans une prestigieuse administration, gagne 3 000 euros net par mois et dispose de garants solides – des parents fonctionnaires aisés. Sa recherche d’appartement à Paris s’est pourtant « très mal passée ». « Quand j’ai commencé à gagner ma vie, et à pouvoir payer 1 000 euros de loyer, j’ai voulu vivre dans plus grand que ma chambre de bonne d’étudiante. J’ai cherché pendant cinq mois. J’ai essuyé dix refus », raconte la jeune femme, qui a répondu à un appel à témoignages lancé par Le Monde.

La faiblesse de sa candidature ? Etre contractuelle, « c’est-à-dire en CDD [contrat à durée déterminée]. Or, pour toutes les agences immobilières, la première exigence est d’être en CDI [contrat à durée indéterminée], hors période d’essai, dit Eva. Comme on est énormément à chercher un appartement, les propriétaires n’ont que l’embarras du choix ». Elle a finalement trouvé en emménageant avec une colocataire du même âge et un profil identique, mais avec le statut de fonctionnaire.

Il vous reste 89.33% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Le Medef justifie ses idées-chocs sur l’emploi des jeunes

Patrick Martin, président du Medef, lors de « La Nuit de la Nouvelle République », au Palais Brongniart, à Paris, le 27 janvier 2026.

Désamorcer le début de controverse sans se renier sur le fond. Après la révélation de ses idées-choc en faveur de l’emploi des jeunes, qui indignent plusieurs syndicats de salariés et d’étudiants, le Medef tente de justifier sa démarche. Invité, lundi 2 février, de RMC, Fabrice Le Saché, l’un des vice-présidents du mouvement patronal, a, en substance, expliqué que l’unique but de son organisation est de nourrir le débat sur les remèdes à apporter à un mal lancinant et synonyme de « gâchis humain ».

Au cœur de la polémique, il y a des « propositions d’axes de travail » pour favoriser le recrutement des moins de trente ans. Elles ont été remises, le 28 janvier, dans la perspective d’une éventuelle négociation entre acteurs sociaux sur ce dossier. Le document évoque l’hypothèse d’un contrat à durée indéterminé qui pourrait être rompu sans motif pendant les trois premières années, avec une « obligation de formation » pesant sur l’employeur et « une indemnisation croissante » liée à l’ancienneté du salarié si la relation entre les deux parties prend fin. Un dispositif qui présente des similitudes avec le contrat première embauche (CPE) : porté en 2006 par le gouvernement de Dominique de Villepin, ce projet avait été enterré après plusieurs mois de contestation dans la rue.

Il vous reste 71.75% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Repas à 1 euro pour les étudiants : « Tant que les politiques publiques resteront partielles, la précarité continuera de structurer la vie de milliers de jeunes »

La présidente de l’association Cop1 – Solidarités étudiantes, Léonore Maunoury, salue, dans une tribune au « Monde », la généralisation du repas à 1 euro pour tous les étudiants, mais juge cette mesure insuffisante. Elle fustige la suppression annoncée des APL pour les étudiants étrangers non boursiers et appelle à l’ouverture du RSA dès 18 ans.

« Jamais tranquille » : l’épuisante recherche du prochain contrat pour les millions de Français en emploi court

Courir après le prochain CDD, le prochain temps partiel ou la prochaine mission d’intérim. Pour les millions de salariés en emploi précaire (6,1 millions en contrat court et 4,7 millions à temps partiel fin 2025), décrocher un poste ne suffit pas. Il faut toujours penser à l’après. Une bonne partie de leur temps libre est alors consacrée… à la recherche de travail. Reléguant la vie privée au second plan. « Difficile de prévoir des activités régulières, quand l’activité est irrégulière », raconte Thibault, technicien dans le théâtre (les témoins cités sous leur seul prénom ont souhaité garder l’anonymat). Cet intermittent a fait une croix sur les activités sportives ou associatives devant l’impossibilité de s’engager. Il passe sa vie à parcourir la France, mais prévoir des vacances est compliqué. « Difficile de trouver un espace détaché entre travail et non-travail », résume-t-il.

Dans la durée, cela signifie « avoir des craintes pour [son] emploi, devoir changer de qualification ou de métier », expliquent les chercheuses Véronique Rémy et Véronique Simonnet, dans une récente analyse de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques portant sur les caractéristiques de l’emploi temporaire. Selon cette étude publiée en mars 2025, ces travailleurs précaires sont significativement plus exposés à l’insécurité de l’emploi que ceux en CDI. L’indicateur d’insécurité (fondé sur la crainte pour son emploi, l’obsolescence de sa qualification, la facilité à retrouver un poste sans perte de revenus) est de 0,46 pour les intérimaires, 0,42 pour les CDD et… 0,33 pour les CDI.

Il vous reste 75.89% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Recrutement : peut-on maîtriser les secrets des algorithmes avant de postuler ?

L’usage des Applicant Tracking Systems, ces logiciels qui permettent aux ressources humaines de centraliser, d’analyser et de filtrer les candidatures, suscite beaucoup d’interrogations et d’angoisses parmi les futures recrues.

Quand Antony est devenu chômeur, en avril 2025, il ne savait pas ce qu’étaient les Applicant Tracking Systems (ATS), ces logiciels qui permettent aux ressources humaines (RH) de centraliser, d’analyser et de filtrer les candidatures. Il en a pris connaissance en élaborant son CV. « Il était hyper créatif, raconte le graphiste, mais un pote m’a tout de suite mis un gros stop, il m’a dit : ” Ça ne passera jamais l’ATS.” » Il se résigne alors à produire une version « plus sobre », avec une police de caractères classique, et sans graphiques. Il espère ainsi que son profil passera plus facilement cette « première barrière ». Mais après quasiment un an de chômage et des refus qu’il a arrêté de compter, il doute. « Est-ce que j’ai les bonnes techniques ? Je n’en sais absolument rien, confie Antony. Je suis complètement perdu. »

Si les ATS existent depuis les années 1990, leur déploiement s’est accéléré ces dernières années. Quatre-vingts pour cent des recruteurs déclarent y avoir recours ou envisager de le faire en 2024, contre 64 % en 2018, d’après une enquête menée par Hellowork sur un panel de 4 200 professionnels, publiée en mai 2024. Ces logiciels sont utilisés à un premier niveau pour « aspirer l’information », explique Antoine Dufour, responsable du pôle digital de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC), c’est-à-dire pour extraire les données issues des CV des candidats. Une minorité d’ATS propose ensuite des « fonctionnalités augmentées », intégrant de l’intelligence artificielle (IA), par exemple pour résumer un CV ou calculer un « taux de correspondance » entre le profil d’un candidat et une offre d’emploi.

Il vous reste 65.15% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Du recul du salariat à l’essor du microentreprenariat, comment la fragmentation du travail nourrit la précarité

Patricia reprend à peine son souffle lorsqu’elle retrace son parcours de cheffe de cuisine. « En début de carrière, j’ai été en CDD puis en CDI dans plusieurs secteurs, et je l’agrémentais de missions en intérim pour compléter mes revenus », commence la jeune femme de 34 ans (qui n’a pas souhaité donner son nom). Avant de poursuivre : « En 2019, je me suis tournée vers les plateformes de mise en relation pour des missions en restauration, car le salaire paraissait plus attractif. C’était comme de l’intérim, mais plus structuré, plus flexible, ça paraissait révolutionnaire. Jusqu’au jour où la répression des fraudes m’a contactée pour me dire que la plateforme que j’utilisais était poursuivie pour travail dissimulé. » Aujourd’hui, elle continue d’enchaîner les postes dans les restaurants sous le statut de microentrepreneur, jamais très stables, jamais très longtemps, et, dans son secteur comme dans beaucoup d’autres, ils sont des milliers comme elle.

Depuis vingt ans, l’emploi se morcelle en France. Certes, entre fin 2019 et fin 2024, en dépit de la pandémie de Covid-19, des tensions internationales et des incertitudes politiques, le pays a créé quelque 1,7 million d’emplois, soit une hausse de 5,9 %, supérieure à celle de la croissance. Mais ce chiffre masque un phénomène : autrefois considéré comme la norme, le salariat stagne, tandis que les formes de travail non salarié – les indépendants, principalement les microentrepreneurs – prennent de l’essor. Ce n’est pas tout. Les stages de fin d’études ne cessent de s’allonger, les plateformes proposant des jobs à la tâche essaiment et le nombre de « slasheurs », ces personnes contraintes de jongler entre plusieurs petits boulots pour boucler leurs fins de mois, augmente.

Cette « mosaïfication » de l’emploi est lourde de conséquences économiques, sociales et politiques. Elle retarde l’indépendance des jeunes, qui peinent à se loger. Elle fragmente un peu plus encore le rapport au collectif, alors que le taux de syndicalisation est déjà au plus bas. Elle alimente une frustration et un découragement qui ne sont pas sans incidence lorsqu’il s’agit de glisser un bulletin dans l’urne.

Il vous reste 83.53% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Forts remous au sein de La Boîte à bulles, l’éditeur de BD

Dans la section Le Monde des Bulles lors du 49e Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, le 18 mars 2022.

Certains rachats se révèlent de vrais flops. Vincent Henry, créateur de la maison d’édition La Boîte à bulles (BAB) en 2003, a publié au fil des années plusieurs centaines d’albums de BD. En 2017, il cède l’entreprise à laquelle il a voué toute sa vie à Humanoids Inc., présidé par Fabrice Giger, en espérant se développer, arriver sur le marché américain et diversifier ses albums dans l’audiovisuel. Le prix, presque inespéré pour le vendeur, est fixé à 557 000 euros. Aujourd’hui, Vincent Henry est ruiné.

Son erreur ? Avoir vendu à crédit son entreprise, basée à Tours (Indre-et-Loire). Fabrice Giger n’a versé que 41 000 euros lors de l’acquisition. Les 516 000 euros restants ne seront jamais payés. Un sérieux différend a opposé les deux hommes, chacun s’accusant de tous les maux.

Tout commence au moment où La Boîte à bulles, peu ou prou bénéficiaire depuis sa création, commence à perdre de l’argent en 2022. L’année suivante, selon Libération, Fabrice Giger reproche à Vincent Henry de ne pas avoir atteint l’objectif qu’il lui avait fixé : doubler son chiffre d’affaires pour parvenir au seuil de 1 million d’euros. Il lui fait aussi porter l’échec de l’opération commerciale des vingt ans de La Boîte à bulles.

Il vous reste 45% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.