Différences salariales femmes-hommes dans le privé : l’écart s’est réduit en 2024 pour atteindre 21,8 %

A la ferme des Ty Breizh, à Merillac (Côtes-d’Armor), le 13 février 2026.

L’écart de revenu salarial entre les femmes et les hommes dans le secteur privé s’est établi à 21,8 % et s’est réduit de 0,4 point en 2024, contre 0,9 point par an en moyenne de 2019 à 2023, a rapporté l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), jeudi 26 février.

Au rythme de 2024, il faudrait ainsi 54,5 années avant que cet écart moyen, dû en grande partie aux métiers moins rémunérateurs et aux temps partiels davantage exercés par les femmes, soit entièrement résorbé. Entre 1995 et 2001, le revenu salarial des femmes était encore inférieur d’environ 34 % à celui des hommes.

Ce revenu, qui prend en compte la rémunération nette tirée de l’ensemble des activités salariées, s’élève pour l’année 2024 à 22 060 euros pour les femmes, contre 28 220 euros pour les hommes, soit un écart de plus 6 000 euros, selon l’étude de l’Insee.

A temps de travail identique, l’écart au détriment des femmes est de 14 %. Il était de 22,1 % en 1995. Le volume de travail annuel des femmes restait inférieur de 9,1 % à celui des hommes en 2024, contre 14,9 % en 1995.

L’écart de salaire net en équivalent temps plein « à emploi comparable » estimé à 3,6 %

L’Insee constate que les inégalités de salaires entre les deux sexes augmentent avec l’âge : l’écart à temps de travail identique n’est que de 3,2 % chez les salariés de moins de 25 ans, contre 24,1 % chez les 60 ans et plus. En nombre d’heures, à l’inverse, les femmes de moins de 25 ans travaillent 15,8 % moins que les hommes, un écart qui n’est plus que de 7,9 % chez les 60 ans et plus. « Cela s’explique notamment par une insertion un peu plus tardive sur le marché du travail des femmes, car elles sont en moyenne plus diplômées que les hommes », selon l’étude.

Par catégories socioprofessionnelles, à quantité de travail égale, les femmes employées sont payées 1,3 % de moins que leurs collègues masculins, contre un écart de 20 % chez les ouvriers, 9,8 % chez les professions intermédiaires et 4,3 % chez les cadres. Par taille d’entreprises, l’écart est le moins élevé dans celles de moins de dix salariés (5,4 %), contre 13,2 % dans les grands groupes de plus de 5 000 salariés.

L’écart de salaire s’explique aussi en grande partie par la « ségrégation professionnelle » qui fait que les femmes exercent souvent des métiers moins rémunérateurs que les hommes, explique encore l’Insee. L’écart de salaire net en équivalent temps plein « à emploi comparable » est ainsi estimé par l’institut à 3,6 %.

Le Monde avec AFP

Conjoncture molle et concurrence chinoise pèsent sur l’emploi industriel en ce début d’année

Dans l’usine Verallia de Châteaubernard (Charente), le 10 septembre 2024.

L’année 2026 a mal démarré pour l’emploi industriel en France. Depuis janvier, les annonces de suppressions de postes s’accumulent : 135 chez LISI, un fabricant de pièces automobiles, 350 chez le constructeur de volets roulants et de domotique Somfy, une centaine chez Hager, fabricant d’appareils électriques, une soixantaine chez le verrier Verallia… Une liste non exhaustive, à laquelle est venue se greffer, mercredi 25 février, l’annonce d’une restructuration chez le fabricant d’électroménager SEB, qui devrait affecter 500 emplois en France. Sans oublier la liquidation ou le dépôt de bilan retentissants intervenus entre fin 2025 et début 2026, ceux du fabricant d’électroménager Brandt, qui emploie 700 personnes à Orléans, et du verrier Arc, qui fait travailler 3 500 personnes dans le Pas-de-Calais. Le sort de cette usine historique sera scellé le 10 mars – mais on ne compte pour l’heure qu’une seule offre de reprise sur la table, prévoyant le maintien de 2 700 emplois.

Pour certaines entreprises, ces réductions d’effectifs traduisent avant tout une dégradation de l’activité, voire une « anticipation d’une croissance plus faible que celle attendue », comme le souligne David Cousquer, gérant du cabinet Trendeo, spécialisé sur le suivi de l’emploi et l’investissement en France. C’est le cas de Somfy : ce groupe familial pâtit de la mauvaise santé de la construction en Europe, son principal marché, et cherche désormais des relais de croissance sur d’autres continents. C’est aussi le cas de Verallia, spécialisé dans les emballages, qui subit notamment le contrecoup de la baisse de la consommation de vin. Plusieurs grands groupes confrontés à un trou d’air de la demande « sont allés chercher de la croissance ailleurs », signale l’économiste Anthony Morlet-Lavidalie, du cabinet Rexecode. Une démarche plus difficile pour les entreprises de petite taille, qui souffrent davantage.

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« Pourquoi ne discute-t-on jamais du confort autorisé par 1 151 euros mensuels ? »

On a cherché dans le dictionnaire une expression plus élégante qu’« à côté de la plaque ». Il nous a proposé « hors sujet », « aux fraises », « aberrant ». Rien qui permette de décrire ce sentiment que le débat public sur le monde du travail semble souvent éloigné de la réalité du terrain, des faits, des chiffres.

Prenons la question récurrente de l’assurance-chômage, qui préoccupe de nouveau le gouvernement, alors que trois réformes ont déjà eu lieu en 2019, 2023 et 2025. A chaque fois, pour durcir les droits à l’indemnisation, réduire leur durée et leur montant. Comme si le système était trop confortable pour inciter les demandeurs d’emploi à rechercher du travail.

Mais que disent les chiffres, publiés annuellement par France Travail et actualisés le 11 février ? Qu’à la fin mars 2025, seuls 46 % des inscrits à France Travail (des principales catégories, A, B ou C) ont effectivement perçu une indemnité. Et que, parmi eux, un sur deux a touché une allocation inférieure à 1 151 euros par mois (trois sur quatre moins de 1 512 euros), alors que le smic sur la période s’élevait à 1 426 euros net. Pourquoi ne discute-t-on jamais du confort autorisé par 1 151 euros mensuels ?

Le même type de raccourci pollue le lancinant débat des « tensions de recrutement » et des « offres non pourvues », qu’Emmanuel Macron a ancré dans les mémoires par sa réplique à un jeune horticulteur en 2018 : « Du travail ? Je traverse la rue, je vous en trouve. » Réduisant le problème à un enjeu de motivation des candidats. A-t-on jamais vu un employeur dans le besoin se voir répondre qu’il n’a qu’à traverser la route pour trouver un chômeur ? Ils sont pourtant 3,3 millions, selon France Travail. Or, tous ceux qui se sont sérieusement penchés sur la question savent que le nœud principal est ailleurs.

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Ludovic Petitdemange, astrophysicien, malvoyant : « Les mathématiques sont mes yeux »

Ludovic Petitdemange, à l’Observatoire de Paris, en novembre 2025.

Sur le toit de l’Observatoire de Paris, la coupole blanche surplombe la ville, dans le vent froid de novembre. Au cœur de ce sanctuaire scientifique, datant de Louis XIV, l’immense télescope pointe vers le ciel. L’astrophysicien Ludovic Petitdemange, 42 ans, guide sans hésitation, avec rapidité et agilité, malgré la neuropathie optique de Leber, maladie génétique dont il est atteint. Altérant le fonctionnement du nerf optique et la transmission des informations de l’œil au cerveau, elle le prive d’une vision centrale précise qui rend difficile la lecture, mais lui laisse encore une vision périphérique lui permettant de se déplacer en terrain connu.

Elle lui vaut une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). Pour exercer sa profession, ses outils sont les « algorithmes » : « Les mathématiques sont mes yeux pour comprendre les étoiles et les planètes », explique ce chercheur au Laboratoire d’instrumentation et de recherche en astrophysique (LIRA), une unité du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Il doit son aisance à sa parfaite connaissance des lieux, maintes fois arpentés depuis son arrivée, en 2011.

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« Repenser l’agir moderne » : face aux périls, l’action collective en question

C’est au cœur du bocage normand que se trouve l’un des cœurs battants de la vie intellectuelle française. Le château de Cerisy-la-Salle (Manche) accueille depuis plus de soixante-dix ans des colloques dont l’exigence est reconnue, où l’on débat tant des « chemins créatifs de la critique » que de la démarche de Jean Cocteau.

L’un de ces rendez-vous a été construit en 2023 autour des travaux d’Armand Hatchuel, professeur émérite à Mines Paris (Université PSL) et chroniqueur au Monde, avec pour problématique générale : « L’action collective peut-elle être créatrice ? » L’ouvrage Repenser l’agir moderne (Eska, 344 pages, 30 euros) permet aujourd’hui de retracer les échanges qu’ont eus, une semaine durant, les participants, chercheurs en sciences de gestion, droit, philosophie, économie ou histoire, ainsi que dirigeants d’entreprise.

Menée sous la direction des universitaires Franck Aggeri, Sylvain Lenfle, Blanche Segrestin et de la présidente de l’Institut Veolia, Dihna Louda, cette publication est tout d’abord l’occasion de se familiariser avec la pensée de M. Hatchuel et de prendre la mesure de l’importance de ses apports, en particulier pour les sciences de gestion.

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Les auteurs rappellent ainsi les différentes théories élaborées par le chercheur (autour de l’action collective, de la conception…) et soulignent la ligne force des travaux de ce « forgeron créatif » : se mettre à distance des dogmes de la modernité (la pensée utilitariste…) et d’un certain nombre d’idées reçues pour proposer des alternatives s’appuyant sur « une rationalité créative ».

Droit maritime et changement climatique

Parmi ces travaux fondateurs, on peut citer sa mise en évidence des rapports de prescription dans les activités marchandes. Il s’est ainsi agi d’« élargir la notion de marché au-delà des relations entre ‘‘l’offre’’ et ‘‘la demande’’ et [d’]envisager d’autres relations que marchandes en portant l’attention sur les savoirs (…) et les relations (entre acheteur, marchand et prescripteur) au cœur de l’action collective marchande », explique Thomas Stenger, professeur des universités à l’IAE de Poitiers.

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Fraudes sociales et fiscales : l’Assemblée nationale s’empare d’un projet de loi décrié par la gauche

Le ministre du travail Jean-Pierre Farandou à l’Assemblée nationale, à Paris, le 25 février 2026.

Après son adoption en première lecture par le Sénat en novembre, l’Assemblée nationale s’est emparée mercredi 25 février en soirée du projet de loi de lutte contre les fraudes sociales et fiscales, vivement critiqué par la gauche qui juge le texte trop focalisé sur la fraude sociale.

Les débats pour cette première lecture doivent se tenir jusqu’à vendredi. Mais avec quelque mille amendements en discussion, sur une grosse centaine d’articles, des députés ont exprimé leurs doutes quant à la possibilité de terminer l’examen avant la pause parlementaire de trois semaines liée aux élections municipales. Une motion de rejet du texte, déposée par la France insoumise, a été repoussée de peu par 69 voix contre. Tous les groupes de gauche l’ont soutenue (62 voix pour).

Nouveaux moyens de détection des fraudes, sanctions et obligations renforcées, partage d’informations amélioré… Le gouvernement espère que le texte fasse entrer dans les caisses environ deux milliards d’euros, une manne bienvenue à l’heure où le déficit public peine à se résorber.

« Il est de notre devoir républicain de lutter contre les fraudes », a déclaré dans l’hémicycle le ministre du travail Jean-Pierre Farandou, appelant les députés à mettre de côté leurs « a priori idéologiques » sur une fraude fiscale « qui concernerait les entreprises », et une fraude sociale concernant « les particuliers ». « Plus de la moitié de la fraude sociale est le fait d’entreprises peu scrupuleuses qui recourent au travail dissimulé et qui éludent le paiement de cotisations », a-t-il souligné.

« Un texte d’affichage »

Sur le volet social, la fraude représenterait un manque à gagner annuel de 13 milliards d’euros, selon le Haut Conseil du financement de la protection sociale. Or seuls 2,9 milliards ont pu être détectés en 2024, avec un taux de recouvrement effectif très faible. Mais la fraude fiscale est elle « estimée entre 80 et 100 milliards d’euros par an », a fait valoir la députée Christine Arrighi (groupe écologiste), soulignant « une asymétrie profonde et injustifiable » du texte. « Plus de deux tiers des articles de ce projet de loi (…) sont consacrés à la fraude sociale », a abondé la socialiste Sandrine Runel, dénonçant « un texte d’affichage ».

Le projet de loi cible « la fraude organisée » et non « les plus modestes », a lui martelé le député macroniste Daniel Labaronne, co-rapporteur. Il propose notamment d’étendre les informations fiscales et patrimoniales auxquelles différents organismes sociaux pourront avoir accès ; de rendre obligatoire la géolocalisation des transporteurs sanitaires et des taxis conventionnés ; de mieux réguler le secteur des voitures de transport avec chauffeur (VTC) ; de s’attaquer à la fraude à la formation ; et de renforcer l’obligation de vigilance du donneur d’ordre et du maître d’ouvrage face au travail dissimulé dans les chaînes de sous-traitance.

Il prévoit aussi de créer une procédure de « flagrance sociale » permettant une saisie à titre conservatoire des actifs d’une entreprise suspectée de travail au noir. Ou encore de suspendre le versement des allocations chômage lorsque France Travail a des « indices sérieux de manoeuvres frauduleuses ». Sur ce point, M. Farandou a annoncé mercredi que le gouvernement serait favorable à des amendements de gauche visant « à maintenir le reste à vivre des allocataires le temps de la suspension conservatoire ».

Fichier des compagnies aériennes

Une mesure similaire de suspension des prestations sociales a été supprimée en commission à l’initiative de la gauche et du groupe centriste Libertés, indépendants, outre-mer et territoires. Des amendements pour la rétablir ont été déposés. « C’est une condamnation à mort financière (…) sur simple suspicion », a tonné le député La France insoumise Louis Boyard.

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Egalement supprimée en commission, cette fois-ci à la demande du rapporteur Les Républicains (LR) Patrick Hetzel, une disposition particulièrement polémique introduite au Sénat, donnant à France Travail l’accès aux données du fichier des compagnies aériennes et aéroportuaires pour mieux détecter les fraudes. Des députés LR tenteront de la rétablir dans l’hémicycle, contre l’avis du ministère du travail.

Face à la grogne des médecins libéraux, le gouvernement a comme promis déposé un amendement pour supprimer le caractère obligatoire de la « mise sous objectif » par l’Assurance maladie des médecins qui sur-prescrivent. Un autre amendement gouvernemental doit permettre aux préfets de prononcer la fermeture administrative temporaire d’un établissement ayant recouru sciemment, directement ou indirectement, au service d’une personne exerçant un travail dissimulé.

Un vote solennel sur le texte est prévu le 31 mars.

Le Monde avec AFP

Ruptures conventionnelles : accord trouvé entre le patronat et la CFDT

Jean-Pierre Farandou, ministre du travail, au palais de l’Élysée, à Paris, le 25 février 2026.

Les trois organisations patronales (Medef, CPME, U2P) et au moins la CFDT sont parvenus à un accord, mercredi 25 février, demandé par le gouvernement, qui réduit la durée d’indemnisation des chômeurs à la suite d’une rupture conventionnelle. Cet accord doit encore être avalisé par les instances de ces organisations, au plus tard le 23 mars, puis être voté par le Parlement pour entrer en vigueur.

Avec cet accord, les salariés qui perdront leur emploi après un accord amiable avec leur employeur verront leur durée maximale d’indemnisation réduite de 18 à 15 mois s’ils ont moins de 55 ans, et à 20,5 mois à partir de cet âge ; contre 22,5 mois aujourd’hui pour les 55-56 ans, et 27 mois pour les 57 et plus.

Cette mesure permettra de réaliser 20 millions d’euros d’économies la première année, 270 millions la deuxième, 760 millions la troisième, puis 940 millions en régime de croisière. Le gouvernement avait demandé aux partenaires sociaux de réaliser 400 millions d’économies par an.

A la demande de la CFDT, « un accompagnement personnalisé et intensif des demandeurs d’emploi à la suite d’une rupture conventionnelle individuelle » sera « mis en place par France Travail », selon le projet d’accord. Le texte prévoit aussi des travaux pour l’« amélioration de la récupération des allocations trop perçues ».

Les organisations signataires « appellent solennellement les pouvoirs publics à entreprendre toutes les actions nécessaires » pour modifier les règles européennes d’indemnisation et de compensation des allocations chômage des travailleurs frontaliers, qui font apparaître un déficit annuel de 860 millions d’euros pour la France.

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Le Monde avec AFP

La recentralisation du RSA, « un levier d’insertion durable » en Seine-Saint-Denis

Des usagers attendent devant la caisse d’allocations familiales de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le 15 octobre 2025.

Wafi Faouzi vit en France depuis trente ans. Depuis un accident de moto, en 2022, il ne peut plus travailler comme boucher et se retrouve allocataire du revenu de solidarité active (RSA), en attendant une éventuelle pension d’invalidité. Père de deux enfants, le natif de Tunis est pour la première fois de sa vie sans activité, désœuvré. Il n’a pas hésité longtemps avant de trouver une façon de mettre à profit ce temps qu’il n’a jamais eu. En 2025, il a suivi le processus d’évaluation en français, lancé par le réseau Apprendre le français en Seine-Saint-Denis.

Lors d’un rendez-vous à Bobigny, son niveau oral et écrit a été mesuré. Après trente ans sur le territoire et la nationalité française, Wafi Faouzi ne sait toujours pas lire et écrire. « J’aurais aimé avoir la possibilité d’apprendre plus tôt, mais je n’y pense pas. L’important, c’est d’avancer. Et maintenant, j’ai hâte de commencer mes cours », s’enthousiasme-t-il. C’est son conseiller France Travail qui l’a aiguillé vers ce programme. « Pour un conseiller emploi classique, ce n’est pas évident de diagnostiquer précisément les besoins de la personne en langue », explique Sarah Jacquard, évaluatrice de français à la permanence de Bobigny pour le réseau, qui a orienté Wafi Faouzi vers des cours deux fois par semaine.

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« Les femmes sont beaucoup plus souvent victimes de violences physiques au travail que les hommes »

Quelle est la nature de la violence interpersonnelle au travail, et quelles en sont les conséquences sur les carrières des personnes concernées, victimes et agresseurs ? Un avis du Conseil économique, social et environnemental (CESE) décrivait, en février 2025, la banalisation de la violence verbale, notamment raciste, dans le débat public, sur les réseaux sociaux et jusque dans les entreprises. La vague #MeToo a révélé l’ampleur des violences sexuelles et plusieurs affaires très médiatisées ont montré l’impunité dont bénéficient leurs auteurs. Mais quelles en sont les conséquences au-delà de ces situations individuelles ?

Répondre à cette question est particulièrement difficile. La plupart des études sur la violence au travail reposent en effet sur des sondages. Si ceux-ci permettent de mettre en évidence l’ampleur du phénomène – avec, selon l’avis du CESE, 14,3 % des personnes en emploi se déclarant victimes de violences verbales – et de documenter les effets sur les victimes, ils peinent en revanche à évaluer l’impact sur les auteurs, rarement enclins à admettre leurs comportements.

Quatre économistes ont surmonté ces limites, sur la base de toutes les plaintes déposées à la police. Cette étude, publiée en 2023, a eu lieu en Finlande, où il est possible de relier les données individuelles des plaintes à des donnés administratives, pour les victimes comme pour les agresseurs. L’étude sous-estime forcément l’ampleur du phénomène, car, en Finlande comme ailleurs, la plupart des violences ne font pas l’objet d’une plainte à la police. Mais elle montre les conséquences sur l’emploi et le revenu des personnes concernées par ces violences, au-delà du ressenti des sondages.

Position hiérarchique

L’une des premières observations est que les hommes sont majoritairement auteurs des violences au travail (84 % des cas de plainte). Plus de la moitié de ces plaintes (55 %) concernent des violences physiques (qui incluent les violences sexuelles), et 17 % sont des menaces verbales. Parmi les victimes, femmes et hommes sont représentés de manière égale.

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Dans les professions face au public, maîtriser ses émotions devient un travail

A bord d’un avion de la compagnie Thai Lion Air, le 29 juin 2021.

Le sourire rassurant des hôtesses de l’air, la froideur intimidante des agents de recouvrement. Au début des années 1980, la sociologue américaine Arlie Hochschild s’intéresse à ces deux métiers et aux postures qu’adoptent au quotidien les professionnels. Ses recherches se révèlent fondatrices : elles mettent en lumière l’existence d’un travail émotionnel, aux côtés des tâches physiques et intellectuelles. Des émotions sont cachées, d’autres mises en avant. Une stratégie exigée par l’entreprise et qui repose sur la capacité des salariés à « jouer un rôle » pour mener à bien leur mission.

Le concept développé par Mme Hochschild a servi de point d’appui à de nombreuses recherches en sociologie du travail. Elles ont montré que cette gestion des émotions s’immisçait dans une multitude de métiers : les commerciaux qui cherchent à créer de la convivialité avec d’éventuels acheteurs, les salariés des centres d’appels qui doivent garder le sourire au téléphone, pour que leur bonne humeur « s’entende », mais aussi les travailleurs des plateformes (livreurs, chauffeurs…) dont l’attitude est sous contrôle, évaluée par le client à peine la mission effectuée.

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