Le regard du cinéma sur les transformations du travail complète l’analyse des chercheurs

« Présente-toi en huit secondes. Ajoute une photo pour augmenter tes chances. N’oublie pas que tu seras noté, ne mens pas. » En quelques minutes, sous les conseils d’une voix artificielle, Paul Marquet, le protagoniste d’A pied d’œuvre, long-métrage de Valérie Donzelli sorti le 4 février, s’inscrit sur Jobbing. Sur cette plateforme, des particuliers proposent à d’autres d’effectuer de petites missions dans des domaines variés (bricolage, jardinage…). Celui qui propose le prix le plus bas remporte le « boulot », dans un jeu d’enchères inversées.

Bien que fictive, cette plateforme décrit une tendance bien réelle : le développement, depuis une dizaine d’années, de sites où le travail se vend pour une bouchée de pain, sans le moindre statut. Comme L’Histoire de Souleymane (Boris Lojkine, 2024), A pied d’œuvre utilise la fiction pour décrire l’une des facettes de l’ubérisation du travail.

Il est fréquent que des cinéastes se saisissent des problématiques du monde du travail : qu’il s’agisse du cumul des temps partiels pour les mères célibataires (A plein temps, Eric Gravel, 2021), des ravages de la sous-traitance (Grand Ciel, Akihiro Hata, 2025) ou du combat de travailleurs pour sauver leur entreprise (Reprise en main, Gilles Perret, 2022).

Dans A pied d’œuvre, la fiction ne l’est qu’à moitié, puisque le long-métrage est directement adapté de l’ouvrage éponyme de Franck Courtès, publié en 2023. A 55 ans, ce photographe a fait le choix de lâcher son métier et sa stabilité pour se consacrer à l’écriture.

Inscrit pendant quatre ans

Ne pouvant subvenir à ses besoins avec les seuls droits d’auteur, et souhaitant garder du temps pour écrire, il s’est inscrit pendant quatre ans sur une plateforme, où il a trouvé un « mélange de liberté et de privation de celle-ci ». « Je ne savais rien faire, à mon âge, on ne voulait plus de moi dans la restauration par exemple », se souvient-il. Même s’il a arrêté les missions, il continue de recevoir des propositions d’anciens clients : « Le soir d’une avant-première du film, j’ai reçu par SMS une proposition de pose de suspension luminaire. »

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Démocratie au travail : « L’absence de voix des salariés est une bombe à retardement »

Le gouvernement d’entreprise qui définit notre économie est non seulement dépassé, mais il est l’un des moteurs des crises planétaires et démocratiques actuelles. Pour sauver les systèmes politiques et la planète, nous devons poursuivre la transition démocratique en démocratisant l’entreprise. Telle est la conclusion des travaux menés durant l’année 2025 par le Comité international d’experts sur la démocratie au travail que j’ai présidé, composé de collègues issus d’institutions académiques de premier plan et mis sur pied par la vice-présidente et ministre du travail du gouvernement espagnol, Yolanda Diaz. Le Comité a publié, le 2 février, une étude exhaustive portant sur l’article 129.2 de la Constitution espagnole, une clause qui mandate la participation des travailleurs aux décisions et à la propriété des entreprises.

Il y a près de cinquante ans, la transformation démocratique de l’Espagne a inspiré le monde entier : émergeant de la dictature franquiste, le pays a rédigé une nouvelle Constitution, qui promettait de reconstruire la société sur les fondements de la liberté et de l’égalité des droits. Pourtant, depuis cinq décennies, un élément critique de cette architecture démocratique demeure inachevé. Si les Espagnols ont gagné le droit de choisir leurs dirigeants dans l’isoloir, ils sont restés les sujets d’une autocratie obsolète sur leur lieu de travail – un constat qui s’applique toujours à la plupart d’entre nous.

Le modèle économique espagnol traite les travailleurs comme des « ressources humaines » – des coûts à minimiser. Résultat ? La plupart des citoyens passent leur vie professionnelle dans des lieux où ils n’ont ni voix, ni capacité d’action, ni part à la richesse qu’ils créent. Il n’est pas surprenant que la confiance dans les institutions démocratiques s’érode, l’une des causes de l’effondrement démocratique, partout dans le monde. La Constitution espagnole a eu la sagesse de comprendre qu’on ne pouvait soutenir durablement un Etat démocratique si ses lieux de travail restent régis par des principes autocratiques.

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Recrutement : les jeunes diplômés s’adaptent à la nouvelle donne du marché du travail

Au laboratoire Fuu, qui produit du liquide pour cigarette électronique, à Paris, le 3 février 2026.

Recul de la croissance, des recrutements, du soutien financier de l’Etat à l’apprentissage, menace de l’intelligence artificielle (IA) sur l’emploi qualifié… Dans ce contexte, les étudiants et jeunes diplômés maintiennent leur optimisme et leurs ambitions, apprend-on dans une enquête EDHEC/JobTeaser, publiée le 3 février. Intitulée « Les nouvelles règles pour recruter », cette étude passe au crible les attentes des jeunes à travers un sondage portant sur un échantillon de 2 578 étudiants et jeunes diplômés, âgés de 18 à 30 ans et issus d’écoles de commerce, d’écoles d’ingénieurs ou d’universités, toutes filières confondues, santé exceptée.

Leur perception du travail demeure largement positive : en évocation spontanée, 30 % des sondés associent le travail à un accomplissement personnel (apprentissage, passion, utilité), 24 % à la motivation et à l’ambition, 13 % à l’aspect financier. Seulement 16 % de ces évocations renvoient à des termes négatifs. 96 % de cette population considère le travail comme un facteur d’épanouissement personnel, un score supérieur à 2024, alors même que le marché de l’emploi s’est dégradé.

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Comment la mécanique de la sous-traitance et de l’externalisation fragilise les salariés

Quel est le point commun entre des agents d’entretien qui font le ménage dans des bureaux, des cordistes nettoyant un silo, des fondeurs coulant des pièces auto, des maçons sur un échafaudage, un agent de sécurité devant un magasin ou le technicien envoyé installer votre fibre ? Il y a toutes les chances qu’ils interviennent en sous-traitance, cette opération par laquelle une entreprise confie à une autre le soin d’exécuter pour elle une part de ses activités.

Un phénomène devenu structurel dans l’économie et le quotidien des Français, mais qui reste mal évalué. Contrairement au nombre de CDI ou d’intérimaires, il n’existe pas de catégorie statistique du travail en sous-traitance. Lequel reste un contrat commercial, liant deux entreprises, qui n’apparaît que dans le détail des plans comptables. Le président de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) reconnaît manquer de chiffres : « Parce que personne ne le déclare, constate Jean-Christophe Repon. Tout le monde dit qu’il n’y a pas de problème avec la sous-traitance. Mais que personne ne soit fier de la déclarer cache une démarche qui, parfois, est subie par une des parties. »

La dernière fois que l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a posé la question aux chefs d’entreprise, en 2021, un sur deux a reconnu intervenir dans une chaîne de sous-traitance, en tant que donneur ou preneur d’ordre. Ce chiffre atteint six sur dix chefs d’entreprise dans la construction et 83 % des grands groupes. La Fédération des entreprises de propreté, d’hygiène et services associés (FEP) estime, elle, que 70 % à 80 % des prestations de propreté sont aujourd’hui externalisées en France, et quasiment 100 % dans le tertiaire.

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L’intelligence artificielle au travail : « Des transformations hétérogènes, voire paradoxales »

Dans les cabinets de radiologie, l’introduction de systèmes d’intelligence artificielle (IA) peut avoir des conséquences particulièrement sensibles sur l’activité des travailleurs. Les radiologues pourront ainsi y trouver une « seconde paire d’yeux », « utile pour détecter des lésions passées inaperçues (…), notamment en situation de fatigue ou de travail de nuit ». Pour les secrétaires, en revanche, « le système automatisant la rédaction des comptes rendus est à l’origine de la perte d’apprentissage ».

L’impact de l’IA sur le contenu et l’organisation du travail est un sujet d’enquête complexe qui invite à la nuance et à la prudence, soulignent différents chercheurs dans le numéro de la revue Chroniques du travail paru en décembre 2025. Présentant leurs travaux sur cette thématique, ils montrent combien, selon les études et les contextes d’observation (logiques organisationnelles, marges de manœuvre des collectifs de travail, capacité d’appropriation des outils…), les conséquences peuvent être variables pour les professionnels.

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« Dans certains cas, l’utilisation de ces systèmes se traduit par différents types de bénéfices (augmentation de la productivité, gain de temps, fiabilité des diagnostics, automatisation de tâches fastidieuses, diminution de la charge de travail, etc.) », note Moustafa Zouinar, professeur associé au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM).

Des « pertes de performance »

A contrario, certains travaux mettent en lumière des « pertes de performance, une complexification de l’activité, de “nouvelles” tâches qui sont parfois coûteuses en termes de temps et d’allocation de ressources attentionnelles ». Un « manque de distance critique vis-à-vis des productions de l’IA » est aussi évoqué, de même qu’une perte d’expertise.

Cette dernière a, par exemple, été observée à l’occasion d’une enquête dans un cabinet de comptabilité. « [Elle] est notamment liée à un désengagement progressif des salariés des tâches qui avaient été automatisées, avec une baisse de leur motivation à maintenir et améliorer leurs compétences », précise l’ouvrage.

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Le chômage des jeunes, une « bombe à retardement » qui menace les pays en développement

Lors d’un grand forum de l’emploi, au stade Talkatora, à New Delhi, le 19 juin 2025.

Ce sont des chiffres qui illustrent à eux seuls l’ampleur de la crise de l’emploi dans les pays en développement, en particulier chez les jeunes. En 2025, les chemins de fer indiens ont reçu 18,7 millions de candidatures pour 60 000 places disponibles. Au Nigeria, 1,8 million de personnes se sont disputé les 50 000 places proposées dans la fonction publique. Ces postes de fonctionnaires sont si convoités qu’ils s’obtiennent parfois contre des pots-de-vin en Afrique ou dans le sous-continent indien. Sur les nombreux forums en ligne, les internautes s’échangent des conseils sur le montant à débourser pour pouvoir décrocher un poste dans la police ou dans une administration.

Ce n’est que le début de la crise, a averti la Banque mondiale dans un rapport publié le 13 janvier. Selon ses calculs, 1,2 milliard de jeunes, entre 15 et 24 ans, vont entrer sur le marché du travail d’ici à 2035 dans les pays en développement. Au Ghana, le ministre du développement, George Opare-Addo, qualifie le chômage des jeunes de « bombe à retardement » tandis qu’au Bangladesh, le sujet monopolise les débats de la campagne électorale, à quelques semaines du scrutin organisé le 12 février.

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Les entreprises sont loin d’avoir compensé les récentes pertes de pouvoir d’achat pour leurs salariés, malgré des hausses de salaires supérieures à l’inflation pour 2026

C’est une plongée dans la réalité des pratiques salariales en France pour 2026 que livre le Centre études & data du Groupe Alpha dans sa nouvelle note, publiée en avant-première par Le Monde, mercredi 4 février. Contrairement à la plupart des enquêtes salariales, élaborées à partir d’un sondage des directions et de budgets prévisionnels, l’étude du Groupe Alpha s’appuie sur l’analyse exhaustive des accords de négociations annuelles obligatoires (NAO) déjà conclus pour 2026 et disponibles début janvier dans la base Legifrance.

Ainsi sur 1 285 accords salariaux, 800 se sont révélés « exploitables », avec des données précises sur les augmentations du salaire de base, représentant un panel de 800 entreprises de tout secteur et de toute taille, employant au total environ 430 000 salariés.

Premier constat : le niveau des augmentations négociées baisse pour la troisième année d’affilée. La hausse moyenne constatée dans les entreprises qui revalorisent les salaires est de 1,73 % (1,71 % pour les cadres, 1,75 % pour les ouvriers et employés), contre 2,27 % pour 2025 et 3,5 % pour 2024. Les augmentations sont en recul dans l’ensemble des secteurs avec les budgets les plus élevés dans les services financiers (2,06 %) et l’énergie-chimie (1,97 %), et les plus bas dans les transports (1,42 %) et dans les entreprises de l’économie sociale (1,45 %).

L’inflation s’étant imposée ces dernières années comme le référentiel-clé des NAO, son ralentissement, à 0,8 % sur un an en décembre 2025, a sans surprise fait diminuer le niveau des budgets consacrés aux salaires. « Ils restent tout de même bien au-dessus de l’indice des prix à la consommation, ce qui signifie donc des hausses de pouvoir d’achat pour les salariés concernés. Pour autant, selon nos calculs, seules 32 % des pertes de pouvoir d’achat connues durant la période de forte inflation ont été compensées à ce jour et, à ce rythme, cela nécessitera plusieurs mois voire années », souligne Alice Rustique, chargée d’études au Groupe Alpha.

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Appel à témoignages : votre reconversion ne s’est pas passée comme prévu et vous avez décidé de retourner à votre premier métier. Racontez-nous

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