Aides à domicile : le privé veut une harmonisation avec le secteur associatif

Hausse historique ou traitement de faveur ? En annonçant une augmentation de 13 % à 15 % au 1er octobre 2021 des salaires des personnels qui interviennent auprès des personnes âgées dépendantes ou handicapées, Brigitte Bourguignon avait déclaré le 1er avril : « Jamais nous n’avons été aussi loin dans la revalorisation des métiers de l’aide à domicile. » En réalité, cette évolution ne concerne que le secteur associatif, soit quelque 154 000 postes. La ministre déléguée chargée de l’autonomie se voit reprocher par les entreprises commerciales du secteur – qui revendiquent environ 111 000 salariés auprès des « publics fragiles » – de créer une « distorsion de concurrence salariale » alors qu’elles « peinent déjà à recruter ».

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« Le gouvernement a voulu éteindre, à peu de frais, l’incendie dans les rangs des aides à domicile, traitées comme les dernières de corvée durant la crise sanitaire, se désole Antoine Grézaud, directeur général de la Fédération du service aux particuliers (FESP). En n’intégrant pas les entreprises privées dans son équation, l’équipe Bourguignon n’aura fait que souffler sur les braises. »

« Pas de marges suffisantes »

Un mauvais procès selon le cabinet de cette dernière. « Ce qu’on reproche à la ministre, s’agace-t-on au ministère, c’est d’avoir fait son boulot ! » La branche associative a signé, en février 2020, un avenant à sa convention collective en vue d’une remise à niveau salariale de 13 % à 15 %. Mais l’avenant doit être agréé par l’Etat pour s’imposer aux employeurs. Mme Bourguignon a pris l’engagement d’accorder l’agrément d’ici fin mai. Tutelle et financeurs, services d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD), les départements vont verser aux structures qui ont un statut associatif une dotation spécifique pour couvrir la hausse des salaires au terme de l’avenant. Le coût serait de 300 millions d’euros pour les départements. Mme Bourguignon a proposé que l’Etat prenne en charge 50 % de la somme via les 200 millions d’euros inscrits dans la loi de financement de la protection sociale (PLFSS) pour 2021.

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Plusieurs départements ont déjà annoncé qu’ils mettraient la main à la poche : le Maine-et- Loire, le Morbihan, le Rhône… « Jamais aucun gouvernement depuis celui de Lionel Jospin n’avait fait autant pour les aides à domicile que celui de Jean Castex avec Brigitte Bourguignon », se félicite Julien Mayet, président de l’Union syndicale de la branche du domicile (USB), au nom du secteur associatif. « Il est évident que la revalorisation des salaires du secteur associatif va majorer nos rémunérations par rapport au privé. Mais personne, ajoute-t-il, n’empêche le secteur privé d’augmenter les salaires… »

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« Ils en ont marre » : après un an de crise sanitaire, les travailleurs font face à un certain abattement

Dans quel état d’esprit sont les travailleurs après un an de crise sanitaire ? Alors que la France vit un troisième confinement, l’institut Kantar, mandaté par la CFDT, a posé la question à 1 000 personnes, issues du public et du privé, et interrogées du 12 au 20 avril selon la méthode des quotas. « Ils en ont marre et sont fatigués psychologiquement », résume Emmanuel Rivière, qui dirige la division Public du cabinet d’études. Sans surprise, c’est le principal enseignement de cette enquête, que Le Monde a pu consulter en exclusivité et qui intervient après une précédente édition en mai 2020.

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Un an plus tard, la quasi-totalité des personnes interrogées travaillent (91 %) quand elles n’étaient que 67 % lors du premier confinement. A l’époque, 17 % avaient totalement basculé en chômage partiel, ils ne sont plus que 5 % aujourd’hui. Parmi les travailleurs qui continuent leur activité, les deux tiers se rendent exclusivement dans leur entreprise tandis que les autres, principalement des cadres, sont soit en télétravail toute la semaine, soit alternent entre l’entreprise et le domicile.

« Lassitude », « patience » et « inquiétude »

Mais, après plus d’un an de contraintes dues à l’épidémie de Covid-19, un certain abattement s’est installé. Les sondés définissent leur état d’esprit principalement avec trois mots : « lassitude », « patience », « inquiétude ». Parmi eux, 61 % estiment que l’état psychologique de leurs collègues s’est détérioré et ils sont 53 % à avoir ce sentiment à titre individuel. C’est particulièrement vrai chez les professions intermédiaires, les employés et les cadres. Les raisons invoquées sont multiples mais révélatrices de la période actuelle : « l’angoisse face à l’avenir incertain », « la dégradation ou diminution des interactions sociales » ou encore « l’isolement du fait des mesures sanitaires ». Trois réponses qui arrivent devant « l’inquiétude face au risque de contamination ».

Une majorité de ceux qui ont une activité (54 %) dit n’avoir pas vu ses conditions de travail changer mais 29 % des autres, notamment les cadres, soulignent une détérioration. Cette dégradation est aussi décrite par les personnes employées dans un établissement recevant du public ou qui exercent en extérieur. A noter également que 46 % des personnes interrogées, notamment parmi les ouvriers et dans les petites entreprises, indiquent avoir subi une baisse de salaire ou en anticipent une dans les mois à venir.

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Le coaching appartient au futur

Livre. Pourquoi un nouveau livre sur l’accompagnement et le coaching ? Parce que, loin d’être un simple effet de mode, le coaching est une tendance de fond, même si « on ne sait toujours pas exactement ce qu’on met derrière ce mot », regrette Evelyne Deret, la responsable de formation des formateurs à l’université Paris-Dauphine, qui a coordonné De l’accompagnement au coaching en entreprise (Erès).

« De l’accompagnement au coaching en entreprise », coordonné par Evelyne Deret. Editions Erès, 240 pages, 20 euros.

L’ouvrage est le résultat de deux décennies d’échanges. Depuis 1996, au sein de l’association AD Coach, une équipe de professionnels actifs se réunit régulièrement pour partager perceptions et analyses quant aux évolutions des métiers et de l’accompagnement. Ils pratiquent dans différents secteurs d’activité pour des profils variés : équipes de direction, salariés d’entreprises, d’administrations, d’associations, d’organismes de formation, cadres, etc.

Le livre s’adresse aux spécialistes de la pratique, ainsi qu’à tous les esprits curieux désireux de connaître l’univers de l’accompagnement en général, et plus spécifiquement celui du coaching. Il présente les multiples facettes de l’activité, « sans omettre des points de vue critiques et en envisageant ses évolutions probables et souhaitables ».

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Initialement réservé au domaine sanitaire et social, le terme d’accompagnement s’est généralisé à tous les secteurs d’activité. Se faire guider, suivre, chaperonner devient de plus en plus naturel, que ce soit en lien avec une institution ou à titre personnel. Pour autant, le coaching n’est « en rien une formule magique, à laquelle chaque institution ou chacun d’entre nous devrait recourir. Mais au-delà d’un engouement parfois surprenant, le recours au coaching est une réponse à des besoins profonds de nos sociétés ».

Légitimité et légitimation

Après un premier chapitre rappelant le contexte historique et social favorable à l’émergence de l’accompagnement, les auteurs reviennent sur les pratiques diversifiées du coaching, et ce qui le structure. Une de ses spécificités est qu’« il n’hésite pas à s’inscrire dans une certaine forme de subversion », en testant les limites du chemin emprunté par le coaché, en en questionnant la raison d’être, et la possibilité d’envisager d’autres voies.

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L’ouvrage évoque aussi les modes de légitimité et de légitimation des coachs, et propose une réflexion prospective sur le futur de leur travail et sa professionnalisation. Son ambition est de « contribuer, à plus long terme, à l’élaboration d’une véritable politique de l’accompagnement, à la hauteur de la mondialisation à la fois économique et sociétale, de plus en plus profonde et radicale ».

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En Isère, les ouvriers de FerroPem veulent sauver leur usine

Devant l’usine FerroPem des Clavaux, à Livet-et-Gavet (Isère), le 19 avril 2021.

Lorsque Xavier Millan a découvert, à la fin du mois de mars, son licenciement et celui de l’ensemble des 128 autres ouvriers de l’usine FerroPem des Clavaux, située à Livet-et-Gavet (Isère), au sud de Grenoble, l’agent de fabrication assure être « tombé de très haut ». Aux yeux de ce père de famille de 39 ans, qui a grandi et travaille au pied des pentes abruptes de la vallée de la Romanche, sur cet immense site de production de silicium chimique, les arguments avancés par le groupe hispano-américain Ferroglobe – la maison mère de FerroPem – pour justifier leur éviction ne passent pas. C’est un « coup monté », s’indigne-t-il. « Ils veulent nous faire croire qu’elle est à genoux. C’est inadmissible. »

Pour expliquer la mise en sommeil de son usine iséroise et de celle de Château-Feuillet, en Savoie, ainsi que le licenciement de 350 ouvriers sur un total d’un millier d’employés en France, Ferroglobe, qui a perdu près de 74 millions d’euros en deux ans, s’appuie sur le défaut de compétitivité de ses sites. Mardi 13 avril, la direction a enclenché la procédure de licenciement, ouvrant la voie à de premières négociations avec les syndicats début mai.

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Comme Xavier Millan, ouvriers et responsables syndicaux des Clavaux soutiennent que la rentabilité de cette usine centenaire, nichée au cœur d’une vallée en pleine désindustrialisation, n’a pas été jugée équitablement. Ils affirment que l’examen de sa compétitivité, effectué sur les trois derniers exercices, a été faussé par la prise en compte de la production réalisée chaque année de janvier à mars – lorsque le prix de l’énergie est le plus élevé –, alors que les autres usines de FerroPem étaient temporairement à l’arrêt.

« On est les dindons de la farce »

« La conséquence, ce sont des coûts de revient supérieurs de 200 euros », analyse Sébastien Manca, le responsable des produits finis. Le quadragénaire explique que les fours des Clavaux ont été les seuls à fonctionner sans interruption durant cette période pour absorber les commandes. « On a joué les élastiques pour entretenir les relations du groupe avec ses clients. Aujourd’hui, on est les dindons de la farce », peste-t-il, évoquant l’objectif dissimulé de la direction « d’embaucher de la main-d’œuvre à moindre coût ».

« Le problème n’est pas structurel, mais conjoncturel. On est un dommage collatéral du Covid », s’indigne de son côté Mourad Moussaoui, le délégué syndical central FO de FerroPem. Le responsable syndical déplore que « l’usine ait été jugée sur ses faiblesses à un instant T » et enjoint à sa direction d’instaurer le chômage partiel de longue durée ou d’ouvrir la porte à une reprise. « Si on est si peu compétitifs, quel risque prend-elle à nous vendre ? », s’interroge-t-il.

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Des manifestants mobilisés contre la fermeture du dernier site français de recyclage papier

Fumigènes, banderoles, des mannequins en bois portant gilets de sécurité et pancartes « SOS » ont été lancés dans la Seine.

Une centaine de papetiers en France se sont donné rendez-vous au pied de Bercy, à Paris, mercredi 28 avril, pour réclamer l’aide de l’Etat contre la délocalisation du dernier centre de recyclage de papier situé dans la banlieue de Rouen. « Sauvons la Chapelle Darblay ! » : le collectif Plus jamais ça !, qui regroupe syndicats et associations, a appelé à une « action de désobéissance » tôt jeudi matin pour avoir l’oreille du ministre de l’économie, Bruno Le Maire.

Fumigènes, banderoles, mannequins en bois portant gilets de sécurité et pancartes « SOS » de la CGT, FSU, Solidaires, de Greenpeace et d’Attac ont été lancés dans la Seine. « On a besoin d’appuyer plus fort pour sauver la Chapelle Darblay. Ce combat représente l’avenir de l’industrie en France, cette usine représente un tiers du recyclage du papier français », a expliqué le délégué syndical de la CGT, Cyril Biffault, devant une grande banderole tendue sur le quai de Bercy proclamant « pour qu’industrie rime avec écologie ».

Sans repreneur depuis sa mise en vente en 2019 par le géant finlandais du papier UPM, l’usine Chapelle Darblay de Grand-Couronne (Seine-Maritime) est maintenue en état de marche jusqu’au 15 juin, date à laquelle les machines seront envoyées sur un nouveau site en Amérique du Sud, selon le collectif.

« On a une usine qui (…) conjugue industrie et écologie avec des salariés compétents et on a un propriétaire qui refuse de vendre, alors qu’il y a des repreneurs. Et un Etat qui nous dit : “si le propriétaire ne veut pas vendre, qu’est-ce que vous voulez que je fasse ?” Donc ce qu’on exige de Bercy, de M. Le Maire (…) c’est qu’ils disent par écrit : “oui, on s’engage à la réouverture du site dans les plus brefs délais” », a complété le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez.

Après presque quatre heures de présence, Greenpeace France a regretté dans un tweet que le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, et son homologue déléguée à l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, « refusent » de les recevoir. « Ma porte est ouverte aux organisations syndicales. Je regrette que la main tendue ce matin ait été refusée », a répondu un peu plus tard sur Twitter Mme Pannier-Runacher.

« Symbole d’économie sociale et solidaire »

La Chapelle Darblay, où 228 personnes ont été licenciées en 2020, représente un « symbole d’économie sociale et solidaire », selon Greenpeace. « Il y en a marre des belles paroles sur la transition écologique et sociale. Si ce gouvernement veut être crédible, qu’il commence par sauver cette usine de Chapelle Darblay, a déclaré la porte-parole d’Attac, Aurélie Trouvé. On attend aujourd’hui un engagement concret et ferme [de Bercy]. Tant qu’on n’a pas cet engagement, on reste là. » « Il faut être attentifs à la reprise du site industriel, on veut que Bruno Le Maire s’implique, il est capable de peser sur le choix du repreneur », a fait savoir la directrice générale d’Oxfam France, Cécile Duflot.

Le collectif est né en mars 2020 avec la publication d’une tribune signée notamment par Les Amis de la Terre, Attac, la CGT, la Confédération paysanne, la FSU, Greenpeace, Oxfam, l’union syndicale Solidaires, se donnant pour objectif de « reconstruire ensemble un futur écologique, féministe et social » face au « désordre néolibéral ». Une réunion des antennes locales du collectif en vidéoconférence est prévue les 28 et 29 mai, selon la CGT.

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Le Monde avec AFP

Un possible changement d’actionnariat en vue chez Ascoval

Le site de d’Ascoval, à Saint-Saulve, dans le Nord.

A Saint-Saulve (Nord), les 280 salariés d’Ascoval pensaient en avoir fini avec l’interminable feuilleton industriel débuté il y a trois ans. Mais une nouvelle période d’incertitude se profile. Après le projet avorté de reprise, fin 2018, par le groupe franco-belge Altifort, le britannique British Steel reprenait l’usine, avant de faire faillite. Un autre britannique, Liberty Steel, filiale de GFG Alliance, reprenait l’aciérie l’été 2020 aux côtés d’une autre ex-propriété de British Steel, l’usine de rails d’Hayange (France Rail Industry), en Moselle, principal fournisseur en rails de la SNCF. Début mars, la faillite de la société financière britannique Greensill, principal financeur de GFG Alliance, a plongé l’empire industriel du magnat de l’acier anglo-indien Sanjeev Gupta dans l’expectative.

Le 20 mars, le ministre de l’économie, des finances et de la relance, Bruno Le Maire, annonçait le déblocage d’un prêt de 20 millions d’euros pour Ascoval, « pour payer les salaires, la fourniture nécessaire pour faire tourner l’usine et garantir qu’il n’y ait pas de rupture d’activité », promettant aux salariés de ne « jamais les laisser tomber ». L’argent du prêt a bien été obtenu et placé sur un compte séquestre consacré à Ascoval pour financer la croissance de l’aciérie.

L’Etat français va pouvoir enclencher un processus de vente d’Ascoval

Problème, l’Etat a exigé de GFG Alliance de mettre également 20 millions d’euros sur la table avant le 31 mai pour financer la croissance du besoin en fonds de roulement (BFR). Or, de sources proches du dossier, Liberty et Sanjeev Gupta, financièrement fragilisés par la chute de Greensill, ne parviendront pas à débloquer les fonds d’ici là. Conséquence, l’Etat français va pouvoir enclencher un processus de vente d’Ascoval. Bercy confirme que compte tenu de la situation financière du groupe depuis la faillite de Greensill, le scénario d’un changement d’actionnaire est évidemment à l’étude, sans en dire plus à ce sujet.

Précédemment, le groupe ArcelorMittal, le chinois Jingye, le spécialiste italien des aciers spéciaux Calvi Networks, ou encore SecuFund Industry, qui travaille avec Frank Supplisson, l’ancien président d’Ascometal, s’étaient portés candidats pour reprendre l’aciérie. Cette fois-ci, entre cinq et six repreneurs du secteur métallurgique se sont déjà manifestés, parmi lesquels les grands groupes industriels sidérurgiques étrangers. Et pour cause : Ascoval va bien.

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Une production multipliée par cinq

Avec un carnet de commandes plein, un chiffre d’affaires multiplié par cinq depuis trois mois (l’usine est passée de 5 000 tonnes d’acier produites chaque mois à 25 000 tonnes), et le projet de passer de trois à quatre équipes pour permettre le développement d’une nouvelle clientèle, tous les feux sont au vert dans l’aciérie du Nord.

Les sites d’Hayange et de Saint-Saulve ont désormais leur avenir lié par ce partenariat autour de ce marché du ferroviaire

En modifiant son outil industriel il y a six mois pour pouvoir produire des blooms (des barres d’acier carrées), l’une des usines sidérurgiques les plus modernes d’Europe (grâce à son four à arc électrique) s’est ouvert les portes du marché des rails. Son principal client, France Rail Industry (à 80 %), à Hayange, fournit SNCF Réseau en rails reconnus comme étant d’excellente qualité. Les sites d’Hayange et de Saint-Saulve ont désormais leur avenir lié par ce partenariat autour de ce marché du ferroviaire. Après de nouvelles embauches sur le site d’Ascoval, le projet de créer une quatrième équipe dès le mois de juin, pour passer au minimum à 32 000 tonnes d’acier par mois, n’est pas remis en question.

Le futur repreneur devra assurer aux salariés du Valenciennois de nouveaux clients, idéalement de la taille d’Hayange, histoire que l’avenir d’Ascoval soit, enfin, moins agité. « Le carnet de commandes est plein, la qualité est au rendez-vous, mais s’il y a une reprise d’actionnariat, les salariés ont besoin de retrouver de la confiance après autant de déceptions », confie un syndicaliste. A Ascoval, un comité social et économique (CSE) se déroulera ce jeudi 29 avril, à 9 heures.

Le nombre de demandeurs d’emploi de longue durée atteint un niveau inégalé

Soumis à de violentes secousses en 2020, le marché du travail vient d’entrer dans des eaux plus calmes. Au premier trimestre, le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A, c’est-à-dire sans aucune activité, a reculé de 0,4 % par rapport aux trois derniers mois de l’année passée : il s’établit désormais à un peu plus de 3,8 millions sur l’ensemble du territoire (outre-mer compris, sauf Mayotte), selon les données diffusées, mardi 27 avril, par la Dares, la direction chargée des études au ministère du travail. Après avoir culminé à 4,4 millions – en moyenne – au printemps 2020, cet indicateur a reflué, rapidement dans un premier temps, avant de ralentir peu à peu sa course descendante.

« La situation est en train de se stabiliser, avec des effectifs dans la catégorie A de Pôle emploi qui demeurent à un niveau élevé, proche du record enregistré fin 2015, début 2016, commente Yannick L’Horty, professeur d’économie à l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée. La crise, consécutive à l’épidémie de Covid-19, a surtout produit des effets au deuxième trimestre 2020, en raison du confinement décidé à l’époque qui avait mis à l’arrêt de nombreuses entreprises. »

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Au bout du compte, les personnes en quête d’un poste ont vu leur nombre s’accroître de 6,3 % en un an. Une hausse préoccupante, mais qui a pu être contenue, grâce aux multiples mesures de soutien instaurées depuis le début de la récession en faveur des employeurs et des actifs. « Le marché du travail est comme anesthésié, avec le recours au chômage partiel, qui reste intense, puisque 2,3 millions de salariés en bénéficiaient au mois de mars », souligne Eric Heyer, de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Hausse des entrées en stage

Les statistiques dévoilées mardi montrent également qu’il y a davantage d’inscrits dans la catégorie D – où se trouvent, notamment, des demandeurs d’emploi en formation (+ 16,7 % en un an en métropole). « Cette augmentation des entrées en stage, au profit de chômeurs, a permis de limiter les dégâts », explique Eric Heyer.

Il faut aussi rappeler le regain de dynamisme en matière de recrutements : entre début janvier et fin mars, les déclarations d’embauche de plus d’un mois (hors intérim) ont connu une poussée de 6,4 % alors qu’elles étaient en repli de 14,5 % au dernier trimestre 2020.

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Dans le tableau présenté mardi par la Dares, une autre statistique doit être signalée : la part des individus inscrits à Pôle emploi depuis au moins un an, qu’ils aient exercé ou non une activité (catégories A, B et C). « Ce ratio est légèrement supérieur à 50 %, pour la première fois depuis que la série statistique existe, c’est-à-dire depuis 1996, constate Yannick L’Horty. C’est une mauvaise nouvelle, du point de vue de l’employabilité de ces personnes. » Elles sont désormais un peu plus de 3 millions à vivre une telle situation, sur l’ensemble du territoire. En un an, « l’ancienneté moyenne » à Pôle emploi a progressé de presque un mois, atteignant six cent soixante-huit jours (pour ceux qui émargent dans les catégories A, B et C en métropole). « Plus les périodes de chômage s’allongent, plus il est difficile, pour les intéressés, d’en sortir », décrypte Eric Heyer.

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Le manageur, la santé et la vie privée du salarié

Carnet de bureau. Il n’est pas très étonnant qu’en 2021, la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail se tienne, mercredi 28 avril, sur le thème de l’anticipation et des systèmes de sécurité et de santé au travail résilients, parce que l’environnement dans lequel avait été conçu le système de protection des salariés a été modifié. Le risque santé en entreprise a été amplifié par la crise sanitaire et la frontière entre vie privée et vie professionnelle s’efface.

A l’issue d’un an de débats, l’accord national interprofessionnel du 9 décembre 2020 sur la santé au travail a intégré le nouveau paradigme : « Il fait passer notre médecine du travail d’une logique historiquement centrée sur le suivi médical individuel et la réparation à une approche fondée sur la prévention au cœur des enjeux de santé et sécurité au travail des salariés », déclarait Laurent Pietraszewski, secrétaire d’Etat chargé des retraites et de la santé au travail, le 10 décembre 2020.

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Le Covid-19 a servi de déclencheur pour une meilleure prise en compte de la santé des salariés par l’employeur. Près de huit dirigeants sur dix (78 %) considèrent désormais que la santé de leurs salariés et la performance de leur entreprise sont étroitement liées, révèle l’étude Santé des dirigeants publiée le 28 avril par le mutualiste Malakoff Humanis.

Un rôle bousculé

La crise sanitaire a redéfini la place de la santé en entreprise et bousculé le rôle du manageur. Le 20 avril, une vingtaine de métiers (agents d’entretien, caissières des commerces d’alimentation, salariés des entreprises de transformation des viandes, etc.) concernant quelque 400 000 travailleurs de la deuxième ligne, sont devenus prioritaires pour se faire vacciner à partir du 24 avril.

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Etait-ce une question personnelle ou un nouveau dossier confié aux manageurs de proximité ? Si un employeur ne peut pas exiger que ses salariés se fassent vacciner, le manageur est obligé de tenir compte de la campagne de vaccination pour coordonner son équipe. L’inquiétude des uns, l’appel au civisme des autres et la gestion des absences pour vaccination lui incombent.

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Le rôle du manageur s’est complexifié avec la crise. Sur le seul sujet du Covid, depuis plus d’un an, « les consignes des autorités sanitaires sont évolutives », comme aime à le rappeler Laurent Pietraszewski. Les services de santé au travail sont régulièrement invités à rester sur le pont, et dans l’entreprise, le manageur doit appliquer, et faire appliquer, des consignes qu’il n’a pas forcément encore reçues, et répondre aux attentes des salariés qui précèdent bien souvent les décisions publiques.

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Michelin veut se débarrasser de ses manageurs « toxiques »

C’est une de ces carrières rectilignes, rapides, qui vous propulsent vers les sommets de l’entreprise. « Vingt-quatre ans chez Michelin dont vingt-deux d’un parcours parfait pendant lequel j’ai réussi à concilier ma vie professionnelle et ma vie personnelle », résume Sylvie (le prénom a été changé). Avant 40 ans, ce qui est rare chez le numéro deux mondial du pneu, elle est nommée « cadre groupe » avec une responsabilité globale sur une activité stratégique. « Son équipe était considérée comme une équipe d’élite », témoigne une responsable syndicale de la CFE-CGC.

L’entreprise, qui a détecté un haut potentiel, est aux petits soins : formation interne hypersélective, et coaching personnalisé pour l’aider à briser le plafond de verre qui bloque la carrière des femmes. Mais pour Sylvie, « tout a dérapé avec l’arrivée d’un nouveau supérieur hiérarchique ». « On nous avait prévenus qu’il était tordu. Dès la première réunion, il m’a attaquée en disant qu’il ne comprenait pas la valeur de mon poste dans l’équipe. »

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D’attaques répétées en humiliations, « le cauchemar a commencé, confie Sylvie. Il a réussi à me faire douter de mes compétences et j’ai développé un sentiment d’imposture. J’avais honte d’en parler. Au bout de deux mois, j’étais complètement épuisée ». Le harcèlement prend un tour extrême quand son responsable lui demande de tirer un trait sur un outil qu’elle a créé et dont le développement a coûté des millions d’euros. Au siège de Michelin, à Clermont-Ferrand, on la met en garde : « Ton chef est en train de dégommer ton équipe. » D’autres femmes accusées de manquer de vision stratégique sont dans le collimateur.

Un zéro pointé à l’unanimité

« En mars 2020, avec le confinement et le télétravail, le cauchemar a été décuplé. Je n’avais plus de relation qu’avec mon supérieur. C’était très violent. » C’est finalement son mari qui a tapé du poing sur la table et qui l’a envoyée chez le médecin. Elle ne voulait pas d’arrêt de travail mais son généraliste, qui n’a pas compris comment elle tenait encore debout avec 8 de tension, a rapidement posé le diagnostic : syndrome d’épuisement professionnel. Autrement dit, un burn-out sévère lié à un harcèlement moral.

Pour Christophe Haag, professeur à l’Ecole de management de Lyon et chercheur en psychologie sociale, le tableau est somme toute classique. L’auteur de La Contagion émotionnelle (Albin Michel, 2019) estime que Sylvie a eu affaire à un « manageur toxique avec une faible intelligence émotionnelle. (…) Cela peut entraîner chez les victimes des troubles psychosomatiques très importants et des dépressions graves. Je vois régulièrement des cadres qui sont devenus des zombies médicamentés et désocialisés. C’est un reflet de la société actuelle avec des manageurs sous pression qui baignent dans un contexte émotionnel négatif ».

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Le casse-tête de l’activité partielle pour garde d’enfants

Droit social. Les enfants de maternelle et de primaire ont rejoint les bancs des écoles le lundi 26 avril. Depuis le début de la crise sanitaire, l’« activité partielle garde d’enfant » aura joué les alternants. Mis en place par la deuxième loi de finances rectificative pour 2020 au 1er mai 2020, l’accès à ce dispositif avait été fermé à compter du 5 juillet 2020 puis réactivé au 1er septembre. Il est maintenu au-delà du 26 avril en cas de fermeture de classe pour raison sanitaire, pour cause de cas contact par exemple. Un soutien financier réel, mais un vrai casse-tête pour les employeurs comme pour les salariés.

Ce mécanisme permet de placer en « activité partielle » (ex-chômage partiel) notamment les salariés contraints de garder un enfant de moins de 16 ans ou handicapé maintenu au domicile. Il conduit à une prise en charge par l’Etat et au versement à l’employeur d’une partie de la rémunération antérieure brute maintenue du salarié.

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A la suite des annonces du président de la République du 31 mars relatives à l’élargissement des mesures de freinage de la circulation du virus du Covid-19, dont la fermeture des écoles, ce dispositif a été réactivé et modifié.

Application rétroactive

De plus, le décret de mise en œuvre des mesures n’a été publié que le 13 avril 2021. Entre ces deux dates, un communiqué de presse du ministère – qui devient une véritable source de droit à défaut d’avoir une place dans l’ordre juridique français – et une mise à jour d’une circulaire de type « questions/réponses» (très à la mode, qui tente, comme son nom l’indique, de couvrir tous les cas de figure pratiques imaginables) ont présenté les conditions d’éligibilité à l’activité partielle.

A la différence des règles antérieures, l’aide d’Etat n’est accordée que si le salarié ne peut pas décaler ses congés et s’il n’y avait pas de modes de garde alternatifs et, bien entendu, s’il est dans l’incapacité de (télé) travailler.

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Le décret n° 2021-435 du 13 avril, publié au Journal officiel du 14 avril, a légalisé ces annonces ministérielles et les a même appliquées rétroactivement à compter du 1er avril 2021.

En conséquence, les entreprises qui, entre le 1er avril et le 15 avril, ont permis aux salariés de ne pas travailler avec maintien de salaire, sans vérifier si les salariés pouvaient prendre des congés ou étaient en mesure d’organiser des « modes de garde alternatifs », risquent, par application du décret du 13 avril, la non-prise en charge par l’Etat des rémunérations. Malgré la déclaration du 2 avril de la ministre du travail affirmant que seraient éligibles « les salariés qui ne peuvent pas télétravailler, parce que ce n’est pas gérable avec les enfants à la maison ».

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