Le télétravail oblige les salariés à repenser leurs modes de communication

Quand elle s’installe devant son écran en travail à distance, Faustine, employée comme analyste dans l’assurance, écrit à chacun de ses collègues un « hello », suivi d’un émoji, comme elle ferait le tour du service en serrant des mains. Pour son chef, elle préfère un plus formel « bonjour » et parle directement de ses objectifs de la journée. Auprès de lui, elle soigne particulièrement son langage et relit son orthographe systématiquement.

Car elle sait que son manageur interprétera chacune de ses formulations, comme ses camarades de bureau virtuel, d’ailleurs. Microsoft Teams, l’application de messagerie qu’elle utilise, a modifié son rapport à l’écrit. En usant son clavier, qui porte les traces de ses doigts, elle a dû apprendre de nouveaux codes, voire un nouveau langage, qui se situe entre l’oralité et l’expression écrite.

La banalisation du télétravail a conduit à une augmentation et à une diversification importante de l’écrit, que ce soit les courriels, l’utilisation de messageries instantanées, les SMS professionnels ou les comptes rendus. Un changement qui s’accompagne d’une demande supplémentaire de formation.

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« Depuis quelques mois, un tabou se lève avec des lacunes à l’écrit de plus en plus visibles et des stratégies d’évitement plus difficiles à appliquer, explique Marie Planchon, gérante de Orthogagne, une entreprise de formation en orthographe. En soignant son message, l’expéditeur témoigne de l’importance qu’il accorde à son destinataire, qui aura moins de difficultés à décoder son message. » Son conseil : relire les phrases de bas en haut afin de se concentrer sur la grammaire et l’orthographe et non sur le sens du discours.

Remplacer l’informel

Pour masquer un manque de maîtrise de l’orthographe voire du français, ou par peur de déranger, certains ont pris l’habitude de téléphoner. Mais la pratique agace, alors que les applications de messagerie se multiplient, promettant une lecture quasi instantanée et une réponse rapide, en fonction du degré d’importance. Sur des groupes WhatsApp consacrés au travail ou sur des canaux de diffusion type Slack, le message participe d’un flux, du plus récent au plus ancien, avec ses propres codes : par exemple, sur ces applications, un point en fin de phrase est parfois interprété comme un signe d’agacement.

Ainsi, loin de la formalité du mail, « les conversations de couloir se sont transformées en flux continu sur des groupes de discussion en tout genre, où l’écrit tente de remplacer en partie la communication non verbale avec l’usage du smiley », pointe Xavier North, ancien délégué à la langue française du ministère de la culture et auteur d’un guide de bonnes pratiques linguistiques dans les entreprises. Un petit visage chargé d’une émotion permet de donner le ton de la phrase et d’éviter l’interprétation, car « la hantise du télétravail, c’est le malentendu », assure le linguiste.

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« Il est temps de reconnaître le travail des aides à domicile »

Tribune. Une journée de mobilisation des aides à domicile, baptisée « 24 heures sans aide à domicile », aura lieu le 23 septembre. Les près de 700 000 aides à domicile, en première ligne durant la crise sanitaire, sont les « grandes oubliées » du Ségur de la santé ou des plans de relance, en dehors d’une prime ponctuelle de 1 000 euros, en réalité rarement obtenue en totalité. Elles sont à 97 % des femmes, sous-payées, aux conditions de travail extrêmement difficiles, subissant l’isolement professionnel, la précarité et le temps le partiel imposé. Qui plus est, elles relèvent d’une myriade de statuts : entre le secteur associatif non lucratif (la branche de l’aide à domicile), le privé lucratif (les services à la personne), le public (du secteur hospitalier ou des collectivités locales) et, enfin, le particulier employeur.

Mais elles ont en commun d’être toutes précarisées, aussi bien dans le secteur privé que dans le public : on estime entre 70 % et 90 % le temps partiel dans ce secteur, un temps partiel imposé ; 58 % travaillent le samedi ; 41 % le dimanche. Mais ce temps de travail rémunéré ne couvre pas tout le temps de travail réel. Afin de baisser le coût, et partant pour contourner le smic, les employeurs ne rémunèrent pas une partie du travail : celui lié au relationnel. En réalité, « ces emplois ne sont pas à temps partiel, mais sont payés à temps partiel », comme le disent les économistes François-Xavier Devetter et Emmanuelle Puissant (Le Monde du 15 juin 2020). De plus, l’amplitude de la journée de travail peut dépasser les douze heures. Des aides à domicile racontent qu’elles travaillent plus de cinquante heures hebdomadaires, tout en étant payées à temps partiel !

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Les aides à domicile font partie de ces métiers du soin et du lien aux autres, très féminisés, qui sont dévalorisés. On ne reconnaît pas leur qualification, ni l’expertise et la technicité pourtant essentielles pour faire face à un public invalide, malade ou âgé. On ne tient pas compte du réel degré de responsabilités lorsqu’elles ont à porter, à accompagner des patients parfois en fin de vie. On nie enfin l’importance des contraintes physiques et nerveuses de ces emplois. Rappelons que les accidents du travail y sont trois fois plus fréquents que la moyenne (94,6 accidents pour 1 000 salariées) !

Revalorisation et reconnaissance pour toutes

C’est parce que ces emplois sont très féminisés et s’appuient sur des compétences considérées comme « naturelles » pour les femmes (aider, soigner, accompagner, nettoyer, écouter…) qu’ils sont sous-payés. Cette dévalorisation du travail et ces modes de comptabilisation du temps de travail expliquent les bas salaires dans ce secteur. Il existe encore, dans certaines conventions collectives, des minima qui sont en dessous du smic horaire ! Du fait du temps partiel, le salaire médian pour une aide à domicile est en moyenne de 900 euros brut, bien loin du smic mensuel (cette rémunération est variable selon les conventions collectives et la détention ou non d’un diplôme du secteur). 17,5 % d’entre elles vivent sous le seuil de pauvreté, soit deux fois plus que l’ensemble des salariés. Elles ne bénéficient pas ou très peu d’évolution de carrière et la majorité est toujours au smic après dix-sept ans d’ancienneté.

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La direction de SFR condamnée pour « déloyauté » dans sa conduite du nouveau plan social

En conflit ouvert avec leur direction, les syndicats de SFR ont décroché une victoire symbolique mardi 21 septembre. Le tribunal judiciaire de Paris a condamné l’opérateur téléphonique pour sa conduite jugée « déloyale » du nouveau plan de départs volontaires qui vise environ 1 700 postes, soit environ un salarié sur cinq.

Lors des négociations sur le précédent plan de départs de 5 000 postes en 2016, la direction du groupe et les syndicats s’étaient mis d’accord sur un « new deal », qui prévoyait notamment le maintien des emplois jusqu’à fin 2020. Les dirigeants ont tenu parole jusqu’à cette échéance. Ils ont même présenté à l’automne dernier un plan d’orientations stratégiques du groupe prévoyant le maintient des emplois pour les deux prochaines années.

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Mais la donne a changé en mars 2021, avec l’annonce d’un nouveau plan social. Le directeur général de SFR Grégory Rabuel avançait à l’époque, pour justifier ce plan, la concurrence, les tarifs « toujours très bas du secteur » ou encore une « réglementation pénalisante », en référence à l’interdiction faite à SFR d’utiliser des antennes du chinois Huawei pour déployer la 5G, qui va le contraindre à désinstaller une partie de ces équipements.

La direction a « dissimulé les données »

Sauf que ces éléments étaient déjà connus fin 2020, selon les syndicats, qui estiment donc que les orientations stratégiques du groupe dévoilées à l’époque étaient mensongères et que le plan social a été préparé dans leur dos. Le tribunal judiciaire de Paris leur a donné raison dans son jugement, que Le Monde a pu consulter. « L’argument de la direction [de SFR] tiré de difficultés économiques et de la détérioration de sa situation suite à la crise du Covid-19 […] n’est […] pas justifié », tranche le tribunal.

Ce dernier juge que la direction de SFR a bien « dissimulé les données et perspectives dont [elle] avait déjà connaissance pour les communiquer quatre mois plus tard » et a fait preuve de « déloyauté » lors de sa conduite du nouveau plan social. Verdict : SFR est condamné à verser 10 000 euros de dommages et intérêts à chacune des quatre organisations syndicales à l’origine de la plainte, auxquels s’ajoutent 4 000 euros supplémentaires pour chacun au titre des frais de procédure.

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Le jugement du tribunal judiciaire vient conforter les syndicats, opposés au nouveau plan social. « Ce qu’on dénonçait, c’est-à-dire la déloyauté de l’entreprise dans la conduite du plan social, est avéré », se félicite Christophe Morin, secrétaire fédéral de la CFDT en charge de la branche des télécommunications. Mais il ne remet pas en cause le plan de départs sur le fond. Ce dernier est actuellement en cours d’homologation à la direction régionale et interdépartementale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (Drieets, anciennement la Direccte). Contactée par Le Monde, la direction de SFR n’a pas souhaité réagir dans l’immédiat.

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Le groupe Arc sollicite un troisième prêt de l’Etat en moins de deux ans

La ministre déléguée chargée de l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, va-t-elle devoir à nouveau sortir le carnet de chèques de Bercy pour venir en aide à l’entreprise Arc France ? Le géant verrier traverse encore des difficultés financières. Le directeur général en poste depuis 2017, Tristan Borne, a été écarté début septembre. La relève est depuis assurée par Nicholas Hodler.

La direction et les actionnaires ont besoin de cash, au moins 20 millions d’euros, pour boucler l’année. « Il s’agit d’un décalage de trésorerie temporaire lié à des éléments internes et externes, dont l’augmentation du coût des matières premières ou le triplement du prix du gaz, rassure le directeur des ressources humaines du groupe Arc, Guillaume Rabel-Suquet. Le management est confiant, car Arc a des potentialités énormes, mais il faut qu’on reprenne le contrôle de la situation. »

Convalescent, le groupe verrier, racheté par le fonds d’investissement américain Peaked Hill Partners (PHP) à la famille Durand, en 2015, espère bénéficier d’un prêt de l’Etat, le troisième en moins de deux ans. En avril 2020, le ministère de l’économie et des finances a en effet accordé un prêt de 31 millions d’euros à l’entreprise pour faire face à un problème de trésorerie lié aux conséquences de la crise sanitaire. Arc France avait vu son chiffre d’affaires chuter de 70 % sur un mois.

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Puis, en juillet 2020, un nouveau prêt de 108 millions d’euros, émanant principalement de l’Etat (94 millions), en plus de la région et de la communauté d’agglomération du Pays de Saint-Omer (Pas-de-Calais), avait été octroyé au groupe. De quoi permettre au leader mondial des arts de la table de traverser la crise liée au Covid-19 et de poursuivre sa modernisation.

« On investit n’importe comment »

Mais, dans la soirée du lundi 20 septembre, lors d’une réunion organisée à Bercy, le groupe a de nouveau sollicité l’Etat, après en avoir pris la décision lors d’un comité social et économique (CSE) de l’entreprise, le 15 septembre. Samedi 19, lors de sa visite dans le Nord, chez Ascoval, Mme Pannier-Runacher expliquait en aparté au sujet d’Arc : « On peut comprendre que, de temps en temps, il y ait des difficultés dans la conduite de la vie d’une entreprise, mais on est un peu stupéfaits de cette situation qui n’a rien à voir avec le savoir-faire des salariés, ni avec les carnets de commandes remplis à bloc, ni avec la reconnaissance de la marque Arc. Il faut que les actionnaires et les dirigeants prennent leurs responsabilités. »

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Société générale-Crédit du Nord : l’anxiété avant la fusion

Une agence de la banque française Crédit du Nord, le 20 septembre 2010.

Une annonce fracassante, et puis plus rien. Il y a tout juste un an, les salariés du groupe Société générale apprenaient par la presse l’existence du projet de fusion entre le réseau d’agences de l’établissement et celui de sa filiale Crédit du Nord. Deux enseignes jusqu’alors complètement autonomes. La première est très centralisée, essentiellement tournée vers une clientèle de particuliers, tandis que la seconde, composée de neuf institutions régionales (parmi elles, les banques Courtois, Kolb, Laydernier, Nuger ou Tarneaud), s’est taillé une place de choix auprès des professionnels et des petites entreprises. « Nous étions concurrents, comme avec une autre banque, résume Bruno Deschamp, président du directoire de la Société marseillaise de crédit (SMC), l’une de ces neuf banques régionales. Il n’y avait pas de règles interdisant de débaucher leurs clients. Je disais souvent : “Eux, c’est eux et nous, c’est nous.” »

Les deux maisons vont désormais s’unir, mais les salariés ignorent toujours quelle sera leur place dans la nouvelle banque fusionnée. « L’annonce de la fusion en 2020 a été un séisme. Depuis, nous n’avons aucune information. Nous attendons toujours la vague, sans savoir quelle sera sa hauteur », déplore Franck Torres, spécialiste de l’assurance pour la banque Tarneaud et délégué syndical du Syndicat national de la banque (SNB), de la CFE-CGC. « On nous dit : “Tout va bien se passer”, mais mon poste existe déjà à la Société générale. Ils n’ont pas besoin de moi, ils ne m’attendent pas. C’est nous qui sommes absorbés », s’inquiète Catherine (les prénoms ont été changés), cadre au siège du Crédit du Nord à Paris, qui décrit un climat « très anxiogène ».

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Une appréhension partagée par le réseau d’en face. « Quand ils fusionnent deux agences à la Société générale, ils ne gardent pas toutes les équipes, affirme Jessica, conseillère clientèle pour les particuliers, dans le nord de la France. Donc on est préoccupés de savoir comment ils vont sélectionner les salariés. » Karim, technicien dans un centre de back-office de la banque à Lyon, vit difficilement ce « flou », alors que « l’automatisation des process à la Société générale a déjà entraîné d’importantes suppressions de postes depuis trois ans ».

« La bascule sera violente »

Au siège du groupe bancaire, dans les hautes tours de La Défense, la direction cherche à rassurer. « Il n’y aura aucun licenciement ni aucune mobilité forcée », s’engage le principal artisan du projet, Sébastien Proto, son directeur général adjoint. L’établissement a dévoilé jusqu’à présent très peu d’informations officielles, si ce n’est qu’en mettant fin aux « doublons » dans une même ville, entre les enseignes Société générale et Crédit du Nord, il sera en mesure de fermer 600 agences (le nouveau réseau passera de 2 100 agences, fin 2020, à 1 500, fin 2025).

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Les partenaires sociaux et le ministère du travail croisent le fer sur les minima salariaux sectoriels

D’un côté, il y a le ministère du travail. De l’autre, les syndicats de salariés et le patronat de la grande distribution, qui – fait très inhabituel – forment un front uni. Depuis des mois, les deux camps s’opposent sur les règles relatives aux minima salariaux dans les enseignes « à prédominance alimentaire ». Saisi par les partenaires sociaux, le Conseil d’Etat a examiné le litige, lundi 20 septembre, alors que le débat fait rage au sujet du pouvoir d’achat – en particulier pour les travailleurs dits « de la deuxième ligne », très nombreux dans ce secteur avec les employés de magasins. Au vu du déroulement de l’audience, lundi, il est possible que la haute juridiction donne satisfaction aux requérants, contraignant les pouvoirs publics à reconsidérer leur doctrine.

Le différend résulte des ordonnances Macron de septembre 2017, qui ont modifié la hiérarchie des normes en matière de droit du travail. Désormais, s’agissant de la quasi-totalité des primes, les accords conclus dans une entreprise l’emportent sur ceux qui sont signés dans la branche professionnelle : autrement dit, un patron et les élus du personnel de sa société ont la faculté de sceller un compromis écartant le versement d’une gratification, même si celle-ci est mentionnée par la convention collective. A l’inverse, les accords de branche conservent la primauté en matière de salaires minimaux hiérarchiques, ce qui signifie que les entreprises du champ concerné ne peuvent pas descendre sous ce seuil lorsqu’elles paient leurs collaborateurs.

Fin mai 2018, la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) et quatre syndicats de salariés ont signé un avenant sur les minima salariaux au sein des enseignes à prédominance alimentaire. Le texte a intégré dans le salaire minimal hiérarchique une prime annuelle et des temps de pause payés – dont les travailleurs du secteur bénéficient depuis plusieurs décennies.

Une décision « très attendue »

Pour que cette mesure s’applique à toutes les entreprises de la branche, les partenaires sociaux ont demandé à la direction générale du travail (DGT) de prendre un arrêté d’extension. Ce qui a été fait en juin 2019, mais l’arrêté en question a exclu les stipulations permettant d’inclure la prime annuelle et les pauses payées : celles-ci n’ont pas lieu d’être, aux yeux de la DGT, car elles méconnaissent la répartition des pouvoirs entre les branches et les entreprises issue des ordonnances Macron. Selon l’administration, le salaire minimal hiérarchique équivaut à un salaire de base qui doit être entendu de façon stricte, c’est-à-dire sans l’ajout de compléments de rémunération.

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La réindustrialisation par le vélo, rêve ou projet ?

Un employé assemble un vélo électrique à l’usine Moustache Bikes, à Thaon-les-Vosges (Vosges), en août 2020.

Des pédaliers, des rayons, des fourches, en enfilade et à perte de vue. Dans les travées, des jeunes femmes et hommes, en short ou pantalon d’été, peignent, vissent, soudent, sans précipitation, mais sans faiblir. Ce jour-là, dans l’usine d’Arcade Cycles, à La Roche-sur-Yon, les ouvriers assemblent des bicyclettes couleur bordeaux siglées du logo Daunat, une marque de sandwichs qui organise un « jeu concours » pour faire « gagner des vélos ». Arcade, dont l’usine est idéalement située, à quelques centaines de mètres d’une sortie d’autoroute, s’est spécialisée dans la conception et l’assemblage de « vélos robustes, nécessitant peu d’entretien », destinés aux opérations publicitaires ou aux gestionnaires de flottes, telles les boutiques de location dans les stations balnéaires.

Un créneau manifestement porteur : « Notre chiffre d’affaires est passé de 22 millions à 33 millions d’euros entre 2019 et 2021 », sourit François Lucas, PDG d’Arcade Cycles. Une cinquantaine de kilomètres plus au nord, à Machecoul-Saint-Même (Loire-Atlantique), la Manufacture française du cycle (MFC), qui compose les bicyclettes vendues par la marque Intersport, connaît elle aussi une forte croissance. Son chiffre d’affaires a été multiplié par six depuis 2013, et atteint aujourd’hui 120 millions d’euros.

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La même fièvre frappe la société Moustache Bikes, qui produit des vélos à assistance électrique haut de gamme à Thaon-les-Vosges, dans l’agglomération d’Epinal, et dont le chiffre d’affaires a bondi de 50 millions d’euros en 2018 à 100 millions en 2020, ou encore Cycleurope France, à Romilly-sur-Seine (Aube), qui affiche une progression de 20 % en un an. En cette fin d’été, les usines de vélos, quel que soit le segment de marché auquel elles s’adressent, tournent à plein régime, quitte à jongler avec les fournisseurs pour pallier la pénurie de composants. Car ces entreprises ne sont pas à proprement parler des fabricants, mais des assembleurs, qui importent les pièces du monde entier.

Les lieux de production se ressemblent tous un peu : un vaste bâtiment en tôle ondulée posé au milieu d’un parking d’une zone industrielle sur lequel la plupart des employés garent leur voiture. De plus en plus vaste, le parking : Arcade employait 110 personnes il y a deux ans, et en salarie 165 aujourd’hui. En Loire-Atlantique, MFC est passée de 500 employés en 2019 à 700 en 2021. Moustache emploie 160 personnes, contre seulement 20 en 2016.

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Deliveroo France et trois de ses anciens dirigeants renvoyés en correctionnelle pour travail dissimulé

L’entreprise est accusée d’avoir « dissimulé un grand nombre d’emplois ». La plate-forme de livraison de repas Deliveroo et trois de ses anciens dirigeants sont cités à comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris pour « travail dissimulé », selon des sources proches du dossier, lundi 20 septembre. Les trois anciens dirigeants de Deliveroo France, dont son ex-directeur général, sont convoqués devant le tribunal du 8 au 16 mars 2022 pour des faits remontant à la période 2015-2017.

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Le parquet soupçonne Deliveroo et certains de ses anciens dirigeants d’avoir « recouru à des milliers de travailleurs sous un prétendu statut indépendant via des contrats commerciaux, alors que ceux-ci étaient placés dans un lien de subordination juridique permanente à son égard, comme l’avait constaté l’inspection du travail dans un procès-verbal de décembre 2017 ».

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Depuis mai 2018, la plate-forme faisait l’objet d’une enquête préliminaire confiée à l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI).

« Depuis ses débuts en France, la société Deliveroo France opère en tant que plate-forme digitale de mise en relation avec des partenaires livreurs prestataires indépendants, de manière totalement transparente, revendiquée et dans le strict respect des dispositions légales », a réagi l’entreprise dans un communiqué. « Toutes les décisions de justice rendues définitivement en France ont été favorables à Deliveroo France », assure l’entreprise.

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« Un bond géant contre l’ubérisation »

Et d’ajouter qu’elle abordait « donc avec confiance cette audience qui lui permettra de démontrer le caractère infondé [des faits reprochés] et continuera de plaider pour ce modèle qui correspond aux aspirations d’une immense majorité des livreurs partenaires ».

Kevin Mention, avocat de plusieurs livreurs plaignants dans ce dossier, a salué sur Facebook « un petit pas » dans ce genre de dossiers « mais un bond de géant contre l’ubérisation ».

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Dans le cadre de cette enquête, la justice a procédé à la saisie à titre conservatoire de trois millions d’euros sur le compte bancaire français de la société, une somme correspondant à une partie des cotisations sociales que l’entreprise est soupçonnée de ne pas avoir acquittée durant la période 2015-2016.

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Le Monde avec AFP

Les agents publics perdent le sens de leur travail, alerte un collectif

Les bureaux d’une Caisse primaire d’assurance-maladie dans le Val-de-Marne.

Les agents publics souffrent d’une perte de sens dans leur activité professionnelle, prévient un collectif de fonctionnaires, Nos services publics. Le groupe de réflexion a publié une enquête, lundi 20 septembre, qui révèle que 80 % des agents publics interrogés se déclarent « confrontés “régulièrement” ou “très fréquemment” à un sentiment d’absurdité dans l’exercice de leur travail ».

L’enquête a été menée entre mai et août sur Internet et sur la base du volontariat. En tout, 4 555 agents ont répondu. Ceux qui relèvent de la catégorie « A » (correspondant à des fonctions d’encadrement) sont plus nombreux que les deux autres, « B » et « C ». Le panel n’est donc pas représentatif. Mais toutes les catégories d’âge sont représentées, comme les statuts ou les secteurs d’activité. Il y a des « biais », reconnaît Arnaud Bontemps, du collectif, qui n’ont pas été redressés. Pour autant, « les résultats sont très significatifs par l’unanimité » qui s’y exprime, insiste-t-il.

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De fait, l’étude révèle « un mal-être profond ». Le collectif Nos services publics a demandé aux agents s’ils s’étaient déjà dit dans leur travail : « C’est absurde. Ou si cela a un sens, ce n’est pas celui pour lequel je me suis engagé. » Seuls 3 % disent n’avoir jamais été confrontés à un tel sentiment d’absurdité. En revanche, 48 % se sont régulièrement fait cette réflexion et 32 % très fréquemment. Soit huit agents sur dix.

Ce sentiment est plus marqué quand on progresse en âge. Les moins de 29 ans sont 22 % seulement à expérimenter une perte de sens très fréquente, contre 30 % entre 30 et 39 ans, 34 % entre 40 et 49 ans et 33 % au-delà. Il est également plus marqué dans l’éducation nationale : « 43 % déclarent être confrontés “très fréquemment” à un sentiment d’absurdité, contre 27 % parmi le total des personnes interrogées hors éducation nationale », assure Nos services publics.

L’intérêt général, un moteur

Le collectif a recueilli plus de trois mille témoignages écrits. Cela lui a permis d’identifier cinq motifs récurrents expliquant la perte de sens. Parmi ceux-ci, il y a le manque de moyens, qu’il s’agisse des outils défaillants, d’une absence de ressources ou de l’obligation de devoir baisser les « coûts ». Un fonctionnaire territorial a déploré qu’on lui demande de « faire des propositions de nouveaux projets à l’automne et d’avoir à proposer de nouvelles sources d’économies six mois plus tard ». Une professeure d’anglais en lycée note : « On m’impose de faire cours à 35 élèves par classe en donnant la priorité à l’interaction orale. »

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Salaire des fonctionnaires : « On entre dans une logique de contractualisation et de liberté »

Alors que la ministre de la transformation et de la fonction publiques, Amélie de Montchalin, ouvre, mardi 21 septembre, une conférence sur les perspectives salariales des fonctionnaires, le spécialiste de la réforme de l’Etat Luc Rouban, directeur de recherches au CNRS, chercheur au Centre d’études de la vie politique française de Sciences Po (Cevipof), montre que cela sous-tend une transformation profonde de la fonction publique.

A six mois de la présidentielle, ouvrir une conférence de six mois sur la rémunération des fonctionnaires, est-ce un gadget politique ou le début d’un vrai travail de fond ?

C’est le début d’un vrai travail de fond. S’il s’agissait d’un gadget politique, le calendrier serait particulièrement mal choisi. Des promesses faites aujourd’hui n’engagent à rien… Ce serait même plutôt un mauvais calcul politique.

Là, il s’agit de régler un problème de fond. La disparition d’un certain nombre de corps (celui des préfets, des inspections, etc.) amorce une réforme plus large de la fonction publique française. Celle-ci sort d’un modèle corporatif et se dirige vers un modèle d’emploi, comme dans la plupart des pays européens.

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C’est-à-dire ?

L’existence de corps fait que le parcours des fonctionnaires est prévu à l’avance. Là, on fait sauter le verrou corporatif, et une nouvelle architecture de la fonction publique se met en place, avec une relation plus individualisée entre l’agent et l’employeur. Cela permet une plus grande mobilité pour les fonctionnaires. Mais cela remet aussi en cause tout le système de rémunération et de progression. Il faut donc d’autres règles générales pour encadrer cette nouvelle situation, situation dans laquelle le jeu stratégique entre les syndicats et le gouvernement est brouillé.

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Car on sort également de l’habitude du grand rendez-vous salarial annuel tournant autour de la question de l’augmentation générale du point d’indice, avec une application corps par corps. On entre dans une logique de contractualisation et de liberté. Le poids de l’avancement pèse sur le fonctionnaire à titre individuel beaucoup plus qu’avant : ce sera à lui de se préparer, de chercher des formations, de rédiger un bon CV, de solliciter un autre ministère ou un autre établissement public, d’accepter d’être mis en concurrence avec d’autres agents ou des candidats venant du privé.

On se rapproche de la logique du privé. C’est plus compliqué pour le fonctionnaire, mais les corps conduisent aussi à ce qu’après quelques années, on se retrouve bloqué dans son avancement. Vous arrivez à 45, 50 ans et vous n’avez plus beaucoup d’avenir. Il est souvent impossible d’accéder à l’indice salarial le plus élevé, et cela nourrit de la frustration et du mécontentement.

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