Société générale-Crédit du Nord : l’anxiété avant la fusion

Une agence de la banque française Crédit du Nord, le 20 septembre 2010.

Une annonce fracassante, et puis plus rien. Il y a tout juste un an, les salariés du groupe Société générale apprenaient par la presse l’existence du projet de fusion entre le réseau d’agences de l’établissement et celui de sa filiale Crédit du Nord. Deux enseignes jusqu’alors complètement autonomes. La première est très centralisée, essentiellement tournée vers une clientèle de particuliers, tandis que la seconde, composée de neuf institutions régionales (parmi elles, les banques Courtois, Kolb, Laydernier, Nuger ou Tarneaud), s’est taillé une place de choix auprès des professionnels et des petites entreprises. « Nous étions concurrents, comme avec une autre banque, résume Bruno Deschamp, président du directoire de la Société marseillaise de crédit (SMC), l’une de ces neuf banques régionales. Il n’y avait pas de règles interdisant de débaucher leurs clients. Je disais souvent : “Eux, c’est eux et nous, c’est nous.” »

Les deux maisons vont désormais s’unir, mais les salariés ignorent toujours quelle sera leur place dans la nouvelle banque fusionnée. « L’annonce de la fusion en 2020 a été un séisme. Depuis, nous n’avons aucune information. Nous attendons toujours la vague, sans savoir quelle sera sa hauteur », déplore Franck Torres, spécialiste de l’assurance pour la banque Tarneaud et délégué syndical du Syndicat national de la banque (SNB), de la CFE-CGC. « On nous dit : “Tout va bien se passer”, mais mon poste existe déjà à la Société générale. Ils n’ont pas besoin de moi, ils ne m’attendent pas. C’est nous qui sommes absorbés », s’inquiète Catherine (les prénoms ont été changés), cadre au siège du Crédit du Nord à Paris, qui décrit un climat « très anxiogène ».

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Une appréhension partagée par le réseau d’en face. « Quand ils fusionnent deux agences à la Société générale, ils ne gardent pas toutes les équipes, affirme Jessica, conseillère clientèle pour les particuliers, dans le nord de la France. Donc on est préoccupés de savoir comment ils vont sélectionner les salariés. » Karim, technicien dans un centre de back-office de la banque à Lyon, vit difficilement ce « flou », alors que « l’automatisation des process à la Société générale a déjà entraîné d’importantes suppressions de postes depuis trois ans ».

« La bascule sera violente »

Au siège du groupe bancaire, dans les hautes tours de La Défense, la direction cherche à rassurer. « Il n’y aura aucun licenciement ni aucune mobilité forcée », s’engage le principal artisan du projet, Sébastien Proto, son directeur général adjoint. L’établissement a dévoilé jusqu’à présent très peu d’informations officielles, si ce n’est qu’en mettant fin aux « doublons » dans une même ville, entre les enseignes Société générale et Crédit du Nord, il sera en mesure de fermer 600 agences (le nouveau réseau passera de 2 100 agences, fin 2020, à 1 500, fin 2025).

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