Les syndicats de l’énergie veulent s’inviter dans la campagne présidentielle

Des employés d’EDF fixent une banderole devant la centrale à charbon de Cordemais, dans l’ouest de la France, le 16 septembre 2021.

La banderole est déployée comme un mot d’accueil, blanc sur bleu : « L’énergie est un bien commun. » En arrière-plan, derrière des chapiteaux de circonstance, deux hautes cheminées de centrale à charbon. Organisation syndicale majoritaire dans la branche de l’électricité et du gaz, la CGT a choisi Cordemais (Loire-Atlantique) pour faire entendre son « programme progressiste de l’énergie », jeudi 16 septembre au matin. Avec l’intention de l’inscrire au débat de l’élection présidentielle de 2022, puis des législatives.

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« L’industrie peut évoluer en maintenant, voire en développant les emplois, tout en préservant l’environnement », affirme le secrétaire général de la confédération, Philippe Martinez. Ce n’est pas la première fois qu’il se rend devant la centrale thermique des bords de la Loire. Ni la dernière, pressent-il. Le lieu « fait partie de ces sites, de ces combats qui montrent que l’industrie a de l’avenir dans notre pays, à condition que les salariés s’en mêlent ». Autour de lui, quelque 200 à 300 militants, selon les estimations.

Encore en activité pour assurer l’équilibre du réseau électrique en Bretagne, le site de Cordemais doit fermer au plus tôt en 2024, au plus tard en 2026. Pour Gardanne (Bouches-du-Rhône) et Saint-Avold (Moselle), ce sera dès 2022, d’après la feuille de route initiale du gouvernement. Dans les trois dernières centrales à charbon du pays, la fin de ce combustible très polluant se précise. Mais la suite, pour les salariés et pour le foncier, beaucoup moins…

Certains militent pour la reconversion de la centrale de Cordemais. Leur projet, Ecocombust, propose de remplacer du charbon par de la biomasse

Depuis au moins cinq ans, certains d’entre eux militent pour la reconversion de la centrale de Cordemais (plus de 300 salariés d’EDF, outre une centaine de prestataires). Leur projet, Ecocombust, propose de remplacer du charbon par de la biomasse. La production d’électricité par des déchets de bois permettrait de réduire l’émission de dioxyde de carbone. Projet breveté mais finalement écarté par la direction de l’entreprise, en juillet. Arguments invoqués : le retrait d’un investisseur, Suez, et la crainte d’un manque de rentabilité.

Les représentants cégétistes y croient encore. Sans le citer, ils disent avoir noué contact avec un industriel pour pallier la défection de Suez. Pour Sébastien Menesplier, secrétaire général de la Fédération nationale des mines et de l’énergie CGT, « le projet Ecocombust s’inscrit dans l’avenir du service public de l’énergie, il prend tout son sens dans le mix électrique que nous portons ». Un mix composé de nucléaire et d’énergies renouvelables. Jeudi, deux députés du Nord ont fait le déplacement pour exprimer le soutien de leurs formations politiques. Alain Bruneel, pour le Parti communiste français, et Adrien Quatennens, ancien conseiller clientèle d’EDF, désormais avec son écharpe bleu-blanc-rouge d’élu, pour la France insoumise.

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Ces fonds d’investissement qui misent sur le bien-être en entreprise

Les entreprises « prennent conscience qu’il existe une convergence entre le soin apporté au capital humain et l’amélioration de la productivité et de la performance », constate Aurélie Baudhuin.

Les fonds investissant selon les critères dits « ESG » – environnementaux, ­sociaux et de gouvernance – ont longtemps mis les projecteurs sur la première lettre du sigle, et donner du sens à son épargne se limite encore souvent à choisir des fonds axés sur le climat, la transition énergétique, les ressources naturelles.

« Mais privilégier une croissance vertueuse, c’est, aussi, désormais mettre l’accent sur le S, qui était jusqu’à il y a peu le parent pauvre des fonds ESG », estime Béryl di Nota, gérante chez OFI Asset Management. « En accentuant ce filtre, on investit dans des sociétés s’engageant à améliorer le bien-être de leurs salariés », détaille-t-elle.

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« La prise en compte du bien-être des salariés participe à une identité et à une culture d’entreprise plus forte. Ces éléments donnent plus de cohésion et favorisent la capacité d’innovation », juge Delphine Riou, analyste ESG chez BNP Paribas AM.

Récents et encore peu connus, les fonds axés sur la qualité de vie au travail sont aujourd’hui moins d’une dizaine, plus ou moins spécialisés sur ce vaste sujet. « Grâce à un indicateur maison lancé en 2017, notre objectif est de mesurer l’empreinte sociale de chaque entreprise tout comme on détermine une empreinte carbone et énergétique », explique Aurélie Baudhuin, directrice de la recherche ISR chez Meeschaert AM, qui gère notamment le fonds MAM Human Value.

Absentéisme, congés, salaires…

Pour se constituer un panier de valeurs en ligne avec le soin apporté « au capital humain », difficile à appréhender, toutes les sociétés de gestion engagées sur ce terrain ont d’ailleurs mis sur pied leur propre méthodologie, croisant des critères quantitatifs et qualitatifs.

Plusieurs données reflétant l’ambiance au sein de la société sont analysées, par exemple le turnover des salariés, le taux d’absentéisme, le nombre d’accidents du travail. Les politiques sociales (durée des congés, jours accordés pour les naissances, etc.) et salariales (niveau, écart et évolution des salaires) sont décryptées, tout comme la politique de formation et la mise en place, ou non, d’un actionnariat salarié. L’évolution dans le temps de ces indicateurs est aussi examinée.

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« Mais le bien-être au travail ne s’aborde pas qu’avec des chiffres. Il n’est pas uniforme et varie selon les activités. C’est pour cela que nous mesurons le score de l’entreprise par rapport à son secteur », précise Mme Baudhuin.

L’analyse passe par ailleurs par la consultation « de données et de classements internationaux tels que Greatplacetowork ou Glassdoor. Ce dernier est le Tripadvisor de l’entreprise, avec des avis laissés par des collaborateurs de plus de 6 000 sociétés », explique Cyril Charlot, associé gérant fondateur de Sycomore AM, qui propose Happy@work. Ce fonds pionnier, créé en 2015, intègre 85 critères de sélection.

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Ascoval, à Saint-Saulve : « Vous entendez le bruit ? Ça tourne dans l’usine »

Yeux écarquillés, les enfants sont là. Comme des fourmis face à l’immensité de la forge, du four à arc électrique, du four d’affinage, ou du refroidissoir qui s’étendent sur les 245 000 m2 de l’usine. Ce samedi, c’est jour de fête dans les locaux d’Ascoval, à Saint-Saulve. Les salariés reçoivent leurs familles respectives à l’occasion de portes ouvertes qui signent le nouveau départ de l’aciérie. « Vous entendez le bruit ? Ça tourne, dans l’usine », lance, émue, la déléguée syndicale Nathalie Delabre à la ministre Agnès Pannier-Runacher, venue saluer « les Asco ». Après cinq années chaotiques, l’heure est à la reconquête industrielle.

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Le tribunal de commerce de Paris a validé, le 2 août, l’offre de reprise du groupe sidérurgique allemand Saarstahl, portant sur les sites français en difficulté d’Ascoval dans le Nord et d’Hayange, dans l’Est. « On a affaire à des gens costauds, d’expérience, et qui sont dans l’acier depuis Louis XIV, salue Nacim Bardi, représentant CGT. Ce ne sont pas des financiers mais des vrais industriels. A nous de faire nos preuves et de montrer qu’on est attractifs. »

Une technologie nouvelle

Fondé en 1685 sur concession du roi Louis XIV, le groupe sidérurgiste allemand Saarstahl s’est engagé à investir plus de 40 millions d’euros sur les deux sites avec l’objectif de produire un acier vert européen de haute qualité. « Soyez les bienvenus au sein de la famille Saarstahl, lance Klaus Richter, membre du directoire du groupe allemand, à quelques dizaines de salariés nordistes réunis ce samedi matin sous un grand soleil. Nous croyons beaucoup en ce projet industriel et humain. Et la qualité, c’est la clé. »

Les « Asco » sont sortis rincés par cinq années d’un interminable feuilleton industriel démarré en 2017, quand l’aciérie a quitté le giron de Vallourec

Le site nordiste vient apporter à Saarstahl une technologie nouvelle : la production d’acier par la filière électrique, particulièrement propre en termes d’émissions de CO2, et fondée sur l’économie circulaire. Les sidérurgistes utilisent, en effet, de la ferraille récupérée auprès d’industriels pour produire leur acier. De son côté, le groupe allemand aux 13 000 salariés dans le monde vient offrir à Ascoval de nouveaux débouchés, grâce à ses laminoirs en Allemagne, permettant de servir des segments tels que l’automobile et la construction à hauteur de 20 000 tonnes par mois. Une nouveauté pour les ouvriers d’Ascoval.

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Sous-marins australiens : à Cherbourg, l’amertume face à « des années de boulot rayées d’un trait de plume »

Sur le site de Naval Group à Cherbourg (Manche), le 13 avril 2021.

Venues à Cherbourg-en-Cotentin dans le cadre du « contrat du siècle », une commande de douze sous-marins conventionnels par le gouvernement de Canberra, les quelques familles australiennes présentes dans la cité portuaire, quatre-vingts personnes au total, ont pris un terrible coup sur la tête, mercredi 15 septembre.

« Quand les infos sur une possible remise en cause ont commencé à circuler, ce fut la stupéfaction générale », rapporte l’ami de l’une d’elles. Tous les élus de la presqu’île du Cotentin, sans exception, assurent avoir été « très surpris » par la décision australienne de dénoncer l’accord avec la France au profit d’une nouvelle donne avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. « Une décision incompréhensible après cinq années d’engagement. Ce n’est pas une manière de faire pour des alliés de la France », témoigne Stéphane Travert, député La République en marche (LRM) de la Manche.

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Au sein de Naval Group, ville dans la ville où travaillent 3 400 personnes, 500 salariés sont concernés. « On ne les laissera pas au bord du chemin. Le carnet de commandes de Naval Group me rassure », indique Benoît Arrivé, maire Parti socialiste (PS) de Cherbourg-en-Cotentin. Outre le programme Barracuda de six sous-marins nucléaires d’attaque pour la marine nationale, le plan de charge à l’export est fourni. La ville normande est un concentré de matière grise où la densité d’ingénieurs au mètre carré compte parmi les plus importantes de France.

Recrutements gelés

Dès jeudi après-midi, Pierre-Eric Pommellet, PDG de Naval Group, s’est rendu sur le site cherbourgeois dédié à la construction de sous-marins. Plus de 100 engins y ont été construits depuis 1899, dont le Redoutable, devenu un musée à deux pas de là où il fut construit. « Le boss était sous le choc du revirement australien. Naval Group va geler le recrutement d’ingénieurs », a confié un syndicaliste à l’issue de la discrète visite.

Les élus cherbourgeois et du Cotentin ont réagi d’autant plus rapidement qu’ils ont, à l’unisson, mis en avant la bonne santé économique de leur territoire et « l’exceptionnel savoir-faire » des équipes de Naval Group. « Ce n’est pas un choix industriel. Non, il est géopolitique, tempête le maire de Cherbourg. Le coup de poignard australien doit questionner la diplomatie française. »

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Le maire socialiste de Cherbourg, comme David Margueritte, le président LR de la communauté d’agglomération du Cotentin, insiste sur la dynamique territoriale que connaît la presqu’île normande. « Nous sommes en pleine campagne d’attractivité dans les gares et les stations de métro parisiennes. Plus de 5 000 offres d’emplois sont à pourvoir dans le Cotentin. » David Margueritte renchérit : « Même s’il est vrai qu’en termes d’image, le choc australien n’est pas une bonne nouvelle, l’agglomération du Cotentin est la première de France pour les créations d’emplois. Le taux de chômage est de 6 %. » Parmi les recruteurs, LM Wind, où sont fabriquées de gigantesques pales d’éoliennes, peine à embaucher 300 personnes, faute de candidats.

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Le pouvoir d’achat mérite une stratégie globale

Editorial du « Monde ». Depuis son déclenchement, la crise pandémique ne cesse de nous prendre à contre-pied. Sur le plan sanitaire, le manque d’anticipation et les difficultés d’adaptation aux mutations du SARS-CoV-2 ont rythmé les premiers mois de cette période. Mais, à peine commençons-nous à apprendre à vivre avec le virus, grâce à l’efficacité de la campagne de vaccination et à la mise en place du passe sanitaire, que, sur le plan économique, rien ne se passe non plus comme prévu. La sortie de crise se révèle, elle aussi, déstabilisante.

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Les prévisionnistes s’attendaient à une vague de licenciements et de faillites. Grâce au soutien budgétaire et monétaire à l’économie, la catastrophe a été évitée. L’efficacité de cette politique incite aujourd’hui à renverser l’ordre des priorités. Désormais, l’enjeu ne consiste pas tant à réparer des dégâts qui n’ont pas eu lieu qu’à accompagner une croissance plus forte qu’anticipé, qui réveille les tensions inflationnistes et, du même coup, les revendications sur le pouvoir d’achat.

Il y a moins d’un an, qui aurait imaginé que la question du chômage se trouverait escamotée par celle des salaires ? Dans la campagne pour l’élection présidentielle, qui monte en puissance, malgré les presque 6 millions de demandeurs d’emploi que compte le pays, le débat se focalise désormais sur les pénuries de main-d’œuvre et, surtout, sur le pouvoir d’achat, qui devrait augmenter en moyenne de + 1,5 % cette année.

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Comme surpris par la réussite des mesures prises pour protéger l’économie, Emmanuel Macron doit improviser de nouveaux dispositifs de redistribution. Chèque-énergie, augmentation du smic, revenu d’engagement pour les jeunes… L’accumulation des mesures prend la forme d’une saison 2 du « quoi qu’il en coûte », qui devait pourtant s’achever avec le retour des « jours heureux ». Les candidats à sa succession, focalisés sur la reconquête de l’électorat populaire, ne sont pas en reste. Ils n’hésitent pas à se livrer à une surenchère vertigineuse, financée par un argent devenu magique.

La question du pouvoir d’achat n’en est pas moins légitime, même si elle ne se pose pas à tous les Français de la même façon. L’augmentation générale des prix, qui avait quasiment disparu depuis une dizaine d’années, fait son grand retour. Il reste à savoir si le phénomène est durable ou non. En attendant, les cours des matières premières s’envolent sous l’effet d’une forte reprise de la demande mondiale. Leur hausse se répercute sur le coût de la vie quotidienne. D’ici à la fin de l’année, se nourrir, se chauffer et se déplacer va devenir beaucoup plus compliqué pour de nombreux Français.

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Si la crise a conduit certains à accumuler une épargne forcée, ce n’est pas le cas des salariés dits « de deuxième ligne ». Alors qu’ils ont continué à travailler « sur site » au plus fort de la pandémie pour assurer les services indispensables à la vie quotidienne, leurs rémunérations restent faibles au regard de leur utilité dans le fonctionnement de l’économie. Trouver un moyen d’améliorer leur situation ainsi que celle des plus vulnérables est indispensable.

Pour autant, en matière de pouvoir d’achat, le pays ne peut se contenter de rustines. La question ne se résoudra pas à coups de chèques financés par la dette, mais grâce à une politique de l’emploi, seule capable de créer de la richesse, qui pourra être redistribuée de façon pérenne. C’est sur ces enjeux que devrait se concentrer le débat de la campagne présidentielle, au lieu de se focaliser sur des mesures de court terme qui ne s’attaquent en rien aux causes du problème.

Le Monde

Assurance-chômage : le gouvernement met la dernière main à sa réforme

Emmanuel Macron et le gouvernement ont tenu parole. Conformément à la ligne qu’ils affichent depuis le début de l’été, le nouveau dispositif, qui durcit les règles de calcul de l’allocation-chômage, va – sauf coup de théâtre – entrer en vigueur le 1er octobre. Un projet de décret allant dans ce sens a été transmis, jeudi 16 septembre, aux partenaires sociaux. Il reprend, presque mot pour mot, le contenu d’un autre décret, en date du 30 mars, dont l’application avait été partiellement suspendue par le Conseil d’Etat, à la suite d’un recours de plusieurs syndicats, hostiles à cette réforme. Un énième épisode dans ce chantier engagé il y a quatre ans et que l’exécutif peine à mener à son terme.

Les mesures incriminées portent sur le salaire journalier de référence (SJR). Ce paramètre, qui sert à déterminer le montant de l’indemnisation allouée aux demandeurs d’emploi, va être fixé en vertu de nouvelles dispositions car celles qui prévalaient jusqu’à maintenant favorisent le recours aux contrats courts au détriment des contrats plus longs, selon la ministre du travail, Elisabeth Borne. « Dans certains cas, vous pouvez gagner plus en étant au chômage qu’en travaillant », soutient-elle dans un entretien au Parisien du vendredi 17 septembre.

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Pour les salariés enchaînant de petits boulots et des périodes d’inactivité, les sommes versées chaque mois par l’assurance-chômage seront désormais plus faibles, tout en pouvant être attribuées plus longtemps. Le but est d’encourager la reprise d’un emploi pérenne mais aussi de répondre aux difficultés de recrutement rencontrées par de nombreuses entreprises. « Que ceux qui peuvent travailler davantage le fassent ! », lance Mme Borne dans les colonnes du Parisien. Derrière cette déclaration tranchée, il y a aussi l’idée que jusqu’à présent, le système d’indemnisation enfermait certains chômeurs dans des métiers mal payés et précaires.

« On va attaquer »

Prévus dans un décret du 30 mars, ces changements auraient dû s’appliquer à partir du 1er juillet mais ils avaient été contestés par sept syndicats, dont la CFDT, la CGT et FO, à l’occasion d’un recours en référé devant le Conseil d’Etat. Sans remettre en cause « le principe de la réforme elle-même », la haute juridiction avait suspendu, le 22 juin, les dispositions relatives au SJR, car celles-ci affectent des individus travaillant dans des secteurs où les « incertitudes » économiques sont fortes – selon la formule utilisée dans un communiqué. En d’autres termes, le Conseil d’Etat avait considéré que les conditions n’étaient pas réunies pour instaurer des mécanismes qui sont censés « favoriser la stabilité de l’emploi ».

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Sans les travailleurs européens, la vie bousculée des sociétés britanniques

Des étagères de stockage de caisses de vin après la mécanisation de l’entrepôt d’Europa Worldwide à Corby, au Royaume-Uni, le 10 septembre 2021.

A l’arrière de la principale rue commerciale de Corby, près d’un magasin définitivement fermé, l’agence d’intérim Echo Personnel a affiché dans sa vitrine, en lettres énormes : « On recrute. Salaires compétitifs. » A l’intérieur, pourtant, Julie – qui a souhaité garder l’anonymat – désespère. « On ne trouve personne à embaucher en ce moment. Aujourd’hui, j’avais donné rendez-vous à dix-sept candidats. Seuls cinq sont venus. »

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Dans cette cité ouvrière des Midlands, au centre de l’Angleterre, ravagée dans les années 1980 par la fermeture de l’aciérie, la pénurie de main-d’œuvre est perceptible partout. Depuis une vingtaine d’années, l’endroit est devenu un centre de logistique, avec de nombreux entrepôts qui servent l’explosion du commerce en ligne dans le pays. Une forte immigration d’Europe de l’Est s’est installée dans la ville, essentiellement de Pologne et de Roumanie, comme le rappellent les épiceries Polski Sklep et Baltic Super Market situées juste en face de l’agence d’intérim, elle-même dirigée par une Lettone.

La grande rue piétonne dans le centre de la ville-nouvelle de Corby (Royaume-Uni), le 10 septembre 2021.

La pandémie de Covid-19 et le Brexit ont mis à mal cet équilibre économique. Comme partout dans le monde, les confinements et déconfinements successifs ont complètement désorganisé le marché du travail. Au Royaume-Uni, cependant, la sortie de l’Union européenne (UE) accentue le problème.

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Lors du premier confinement, au printemps 2020, de nombreux jeunes Européens sont rentrés chez eux, préférant passer ce moment difficile en famille. Beaucoup ne sont pas revenus, et ils ne peuvent pas être remplacés par une nouvelle vague d’immigration, puisqu’il faut désormais obtenir un permis de travail pour s’installer outre-Manche. Julie exaspère : « Les gens ici ont voté Brexit [à 64 % à Corby] parce qu’ils pensaient que les Européens leur prenaient leur emploi. Mais maintenant, ils refusent de faire leur travail. »

« On a fermé des pans entiers de l’économie » 

Personne ne sait exactement combien d’Européens ont quitté le Royaume-Uni depuis la pandémie, faut de décompte officiel à la frontière. En extrapolant à partir des statistiques du marché de l’emploi, l’économiste Jonathan Portes, de l’université King’s College de Londres, a fait sensation, en janvier, en estimant que jusqu’à 1,3 million de personnes étaient parties. Il a nettement revu son calcul à la baisse, mais évoque tout de même des « centaines de milliers » de départs.

« Ce n’est pas surprenant. On a fermé des pans entiers de l’économie, qui étaient justement ceux où la population immigrée était surreprésentée », explique-t-il. La tendance générale n’est pas à l’hémorragie : ces centaines de milliers de départs sont à comparer aux six millions d’Européens qui ont demandé le settled status, ce statut qui leur donne le droit de rester vivre et travailler au Royaume-Uni après le Brexit, dont un million de Polonais et autant de Roumains. Il s’agit néanmoins d’un renversement de tendance majeur.

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Renault lance un plan de restructuration prévoyant 2 000 départs et 2 500 embauches d’ici à 2024

Le stand Renault au Salon de l’automobile de Munich, le 11 septembre 2021.

Renault a lancé, jeudi 16 septembre, des négociations avec les syndicats en vue d’un « accord social triennal » 2022-2024 qui impliquerait un grand nombre de départs, mais aussi des embauches, avec la « volonté de positionner la France au cœur des activités industrielles et de recherche et développement [du groupe] », en y installant « des technologies d’avenir », a précisé le constructeur dans un communiqué.

Le groupe automobile « envisage la production de neuf nouveaux véhicules en France à l’horizon 2025 », « dont une majorité 100 % électrique ». Outre les « 500 créations nettes d’emplois », en embauchant notamment des « compétences-clés », Renault prévoit pour ses salariés « 10 000 formations et reconversions sur l’ensemble des métiers », a-t-il ajouté.

Des annonces « dans le bon sens »

Les négociations doivent se poursuivre jusqu’à la fin de l’année, ont déclaré les syndicats. « Pour l’instant, on ne sait pas comment seront réalisés les départs », a précisé Mariette Rih, déléguée Force ouvrière (FO), en souhaitant qu’il n’y ait « aucun départ contraint ». Mais « les annonces faites vont dans le bon sens » pour « l’empreinte industrielle de Renault en France », a-t-elle estimé.

La CFDT « n’acceptera aucun licenciement sec », a prévenu le syndicat. « Le projet présenté est ambitieux, c’est positif », mais « le point noir, c’est l’ingénierie avec de nouvelles suppressions de postes », a regretté Jean-François Nanda, délégué CFDT, qui plaide pour un étalement des départs « sur la période de l’accord ».

« On se positionnera quand on aura tous les éléments au cours de la négociation, par exemple sur le temps de travail. Les populations cols blancs sont les plus impactées par les départs [envisagés] », a souligné Guillaume Ribeyre, délégué CFE-CGC. « Tout est conditionné à l’aboutissement d’un accord », a-t-il relevé.

L’ingénierie et les fonctions support fortement touchées

L’ingénierie et les fonctions support ont déjà payé un lourd tribut à la restructuration de Renault, dans le cadre du plan d’économies détaillé en mai 2020. Sur les 4 600 suppressions d’emplois annoncées alors pour la France (parmi 15 000 suppressions au total dans le monde), 1 500 concernaient l’ingénierie, et 1 000 les fonctions de support.

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Le plan de départs volontaires ouvert pour ces salariés, par le biais d’une rupture conventionnelle collective (RCC), n’est pas encore terminé. Les 2 100 suppressions de postes dans les usines ont été réalisées par départs naturels (retraite…).

Dans son projet présenté jeudi, la direction prévoit 2 000 embauches pour les usines françaises et « plus de 5 000 parcours de formation et reconversion », selon son communiqué.

Pour l’ingénierie, la direction évoque « 1 600 départs potentiels » et « 400 recrutements sur de nouvelles compétences clés, comme les data sciences ou la chimie des batteries », ainsi que 3 000 formations ou reconversions. Dans les fonctions de support, il y aurait 400 départs, 100 recrutements de « compétences-clés » et 2 000 formations ou reconversions.

Cap sur l’électrique

« Sous réserve d’un accord », note la direction, le plan prévoit d’affecter notamment au pôle ElectriCity, qui sera créé en 2022 dans les Hauts-de-France, la fabrication de la future Renault 5 électrique, et la version électrique du modèle Nouveau Kangoo.

En Seine-Maritime, l’usine de Dieppe produirait un nouveau véhicule Alpine, celle de Sandouville fabriquerait le Nouveau Trafic électrique, tandis que le « futur moteur électrique 100 kW » reviendrait à l’usine de Cléon. Le modèle qui remplacera le Master et « un véhicule pour un partenaire » seraient produits à Batilly (Meurthe-et-Moselle).

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« Le projet vise notamment à faire de la France le cœur du véhicule électrique pour Renault Group, en augmentant son activité industrielle dans ce domaine », a relevé la direction.

Eté morose pour le marché automobile européen

Après un printemps encourageant, le marché automobile européen a rechuté en juillet et en août, selon des chiffres publiés, jeudi 16 septembre, par l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA).

Les 823 949 immatriculations de voitures neuves dans l’Union européenne en juillet représentent une chute de 23,2 % par rapport à la même période de 2020. C’est la France qui a enregistré, durant ce mois, la baisse la plus forte (– 35,3 %).

Parmi les principaux constructeurs, le groupe Renault a particulièrement souffert (– 39,5 % de véhicules et 2,5 points de part de marché en moins par rapport à juillet 2020), devant Stellantis (Peugeot, Fiat, Citroen, Opel-Vauxhall, – 24,3 %) et le leader européen Volkswagen (– 20,9 %).

En août, la baisse est de 19,1 %, avec 622 993 immatriculations. Stellantis enregistre une baisse de 29,7 %, avec 2,7 points de part de marché en moins par rapport à août 2020. Le groupe Renault a, quant à lui, observé une chute de 20,6 % sans trop perdre de parts de marché. Volkswagen reste largement numéro un, avec 163 995 véhicules immatriculés mais une chute de 15,9 %.

La reprise se fait attendre avec, en cause, les effets de la crise sanitaire et ceux de la pénurie mondiale de semi-conducteurs. Le secteur garde toutefois la tête hors de l’eau sur les huit premiers mois de l’année grâce aux belles performances du printemps, avec une hausse de 11,2 %, soit 6,8 millions de voitures particulières neuves mises sur les routes.

Le Monde avec AFP