Les salariés de Bosch Rodez craignent d’être « les sacrifiés » du diesel

Des employés de l'usine Bosch de Rodez, dite la

Onet-le-Château, son patrimoine médiéval, ses pavillons paisibles et son usine cinquantenaire encore appelée affectueusement « la Bosch ». Sous une apparente tranquillité, le feu couve dans cette usine de fabrication de pièces automobiles pour moteurs diesel, implantée sur cette commune accolée à Rodez, la capitale aveyronnaise. Le 10 novembre, la déclaration du président de Bosch France a provoqué un émoi sans précédent et ravivé l’inquiétude des salariés.

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Dans un contexte marqué par le recul des ventes de véhicules diesel, accéléré par la crise sanitaire, Heiko Carrie aurait déclaré envisager plusieurs hypothèses pour le site, dont sa fermeture. Une piste qui fait chanceler cette énorme usine qui fait travailler 1 300 personnes, 6 000 en comptant les emplois indirects.

« Qu’est-ce que je vais laisser à ma fille de 3 ans ? Est-ce que j’aurai les moyens de l’aider à faire des études, de lui acheter une voiture ? », s’interroge à haute voix Michel, technicien opérateur au lavage des pièces. « Est-ce que je dois partir d’ici ? Il est difficile de se projeter, mais j’apprendrai un autre métier. Il faudra bien », estime, résigné, ce Ruthénois de 45 ans, employé chez Bosch depuis vingt et un ans

Production en nette baisse

« Le jour de l’annonce, ma famille m’a appelé pour me demander comment j’allais payer le crédit de ma maison », rapporte Julien, « écœuré ». « On se sent abandonnés par les politiques et on constate le désengagement de Bosch », regrette ce technicien embauché à ses 18 ans. « Mon CV est à jour. Je regarde les annonces des industriels proches de mes compétences, et à Toulouse. Mais je ne postule pas beaucoup. La pandémie est passée par là. »

Depuis la mise en évidence des méfaits des particules fines sur la santé et le scandale des moteurs truqués, en 2015, le diesel est en plein déclin. « Nous constatons une érosion des ventes de véhicules diesel en France et en Europe, que la crise mondiale du Covid-19 a intensifiée », rappelle la direction de Bosch. En France, son poids dans les achats de véhicules neufs est en net recul, de 73 % en 2012 à 34 % en 2020.

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Une catastrophe pour le site aveyronnais, où la production est en nette baisse : le nombre d’injecteurs produits est passé de 2,4 millions en 2018 à un peu moins de 1,2 million en 2020. Le volume des buses s’est effondré, de 7,8 millions à 4,1 millions. La pilule ne passe pas pour les syndicats. « C’est un choc », enrage Jean-Pierre Cabrol, délégué syndical Sud. « Bien sûr, on savait que la situation était compliquée, mais de là à fermer… On ne s’y attendait pas. D’autant que nous, salariés, avons fait des efforts pour gagner du temps, maintenir les compétences et éviter un plan de sauvegarde de l’emploi. »

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« Big Four » : vent de révolte chez EY & Associés

Petite révolution dans le monde élitiste des Big Four (PwC, EY, Deloitte et KPMG), ces cabinets qui dominent le secteur de l’audit : une intersyndicale CGT-CFTC-UNSA vient de se créer chez EY & Associés (ex-Ernst & Young), société spécialisée dans le commissariat aux comptes et le conseil financier. Et le 5 novembre, elle a diffusé un communiqué, intitulé « L’union pour la défense des droits sociaux chez EY ! ». Le texte avance plusieurs revendications en matière de dialogue social, de « respect des textes légaux et conventionnels sur le temps de travail », ainsi que de « partage de la valeur ajoutée » pour améliorer les salaires. Il déplore aussi « le manque de transparence financière » vis-à-vis des élus du personnel, notamment « le refus de communication d’informations » pourtant obligatoires dans le cadre de la base de données économiques et sociales (BDS) dont doit disposer le comité social et économique.

La décision de rendre public ce mécontentement trouve son origine dans l’échec des négociations annuelles obligatoires (NAO), au printemps 2020 : « Sur tous ces sujets, nos demandes ont été rejetées en bloc par la direction », déplore Marc Verret, porte-parole de l’intersyndicale et délégué syndical CGT, qui salue, « sans illusion, une petite tentative récente d’ouverture », avec, mardi 15 décembre, une négociation sur la BDS.

« Ce communiqué n’est pas du tout représentatif de l’état d’esprit des salariés », estime Stéphane Pedron, responsable de la stratégie RH

La direction se dit « surprise et extrêmement déçue » par cette initiative. « Ce communiqué n’est pas du tout représentatif de l’état d’esprit des salariés », estime Stéphane Pedron, associé responsable de la stratégie ressources humaines (RH). Les syndicats signataires « ont une représentativité très limitée », ajoute Audrey Deconclois, directrice RH. Lors des élections au comité social et économique, fin 2019, selon la direction, sur 2 279 inscrits, 451 salariés ont voté ; 131 voix se sont portées sur la liste CGT-CFTC, la liste des indépendants (qui a fusionné au second tour avec celle de la CGC) recueillant, quant à elle, 262 voix. « Les salariés s’engagent peu parce qu’ils ne se projettent pas dans l’entreprise », estime M. Verret. Leur passage par le cabinet est un tremplin vers des postes haut placés, ailleurs.

« Equilibre vie professionnelle-vie privée »

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De la faillite à la reprise, la bonne affaire des actionnaires du lunettier jurassien L’Amy

Début novembre, les titres de la presse annonçant le sauvetage et la préservation de l’emploi chez L’Amy ont fait bondir les anciens salariés du lunettier jurassien. « Plusieurs opticiens, avec lesquels on travaillait depuis plus de quinze ans, nous ont appelés pour nous dire : “Alors, tout va bien pour vous, finalement.” On a l’impression de n’avoir jamais existé », se désolent plusieurs d’entre eux.

Car ceux qui ont vécu la crise de l’intérieur n’ont pas la même lecture des faits. Eux pensent être victimes de l’ordonnance du 20 mai qui facilite, en raison de la crise sanitaire, la reprise d’une entreprise par les actionnaires qui l’ont mise en faillite. Et sur laquelle s’est appuyé le tribunal de commerce de Lons-le-Saunier (Jura), le 2 novembre, pour autoriser ILG − actionnaire suisse de L’Amy depuis 2015 − à reprendre le fabricant de montures à la barre du tribunal, en s’associant avec MadaLuxe, un distributeur californien. Cette disposition avait déjà simplifié la reprise d’Alinea, Orchestra Prémaman, Phildar… par leurs anciens dirigeants.

Lunettier jurassien créé en 1810, L’Amy produit et commercialise des lunettes sous licences, avec des marques grand public « comme Chevignon, Cerruti, Sonia Rykiel, ou Paddington pour les enfants. L’attente des opticiens était sur ce créneau », relèvent les anciens salariés. En 2017, la société s’étend vers le segment du luxe en reprenant le fabricant de montures Henry Jullien, alors en liquidation.

Chômage partiel

Au début du premier confinement, les 102 employés de L’Amy − 73 à Morez (Jura) dans l’unité de fabrication et 29 à Paris pour l’approvisionnement et la commercialisation − sont placés en chômage partiel. Le 11 mai, « c’était la libération. On avait reçu des kits sanitaires, et il était prévu que les commerciaux repartent sur le terrain. C’est alors que la direction nous explique que la société est en grande difficulté », relate un ancien salarié. « Ils nous disaient que l’activité allait reprendre. Ils nous ont menés en bateau », lance un autre.

En coulisses, la direction discute avec les représentants du personnel d’un plan de licenciements

Le 28 mai, L’Amy demande sa mise en cessation de paiement, auprès du tribunal de commerce de Lons-le-Saunier. L’entreprise est placée sous observation jusqu’à début décembre. Des administrateurs sont nommés et les salaires payés par le régime de garantie des salaires (AGS). Le 21 juin, par visioconférence, les salariés sont incités à « trouver des idées pour continuer à travailler avec les marques de moyenne gamme ». Mais, en coulisses, une autre histoire est à l’œuvre : la direction discute avec les représentants du personnel d’un plan de licenciements.

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Le gouvernement cherche à améliorer la couverture chômage des indépendants

Le gouvernement cherche à mieux protéger les travailleurs indépendants qui sont – ou vont être – privés d’emploi à cause de la crise. C’est Alain Griset, le ministre délégué chargé des petites et moyennes entreprises, qui a récemment exprimé cette intention. « Il faut qu’on arrive à mettre en place une assurance-chômage » pour cette catégorie d’actifs, a-t-il déclaré, le 8 décembre, au Salon des entreprises SME Online, précisant qu’il formulera des « propositions dans les prochaines semaines ». Sollicité par Le Monde, M. Griset indique qu’une « concertation » va avoir lieu avant « l’annonce » des mesures.

L’exécutif vole ainsi à la rescousse d’une classe sociale dont l’une des principales caractéristiques est sa très grande hétérogénéité : du médecin au commerçant en passant par l’artisan ou le livreur à vélo qui exerce son métier avec le statut de microentrepreneur, quelque 3,5 millions de personnes sont répertoriées sous l’étiquette d’indépendants. Elles n’étaient pas éligibles, jusqu’à une date très récente, au régime d’indemnisation des demandeurs d’emploi géré par l’Unédic, l’association paritaire que le patronat et les syndicats copilotent.

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La situation a un peu évolué depuis la loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » de septembre 2018 et un décret d’application, publié en juillet 2019. Ces textes sont censés traduire l’une des promesses de campagne d’Emmanuel Macron : transformer l’assurance-chômage « pour en faire un droit universel », ouvert – en particulier – aux indépendants. Ces derniers peuvent désormais percevoir une allocation mensuelle d’environ 800 euros durant six mois s’ils perdent leur emploi. Mais les règles prévues pour être éligible à cette somme sont strictes : avoir exercé une activité non salariée pendant au moins deux ans, être placé en liquidation ou (à certaines conditions) en redressement judiciaire, etc.

Circonspection

L’admission dans le dispositif étant très sélective, le nombre de bénéficiaires s’avère pour l’heure quasi anecdotique : un peu plus de 700 personnes, seulement, ont touché la prestation depuis son entrée en application, le 1er novembre 2019, jusqu’à la fin octobre, comme l’a révélé le quotidien Les Echos. Un nombre légèrement supérieur de dossiers est toujours en cours d’instruction, tandis que les refus d’attribution se situent aux alentours de 800. Si l’on rapporte ces chiffres à ceux des défaillances d’entreprises (52 000 en 2019, selon le cabinet Altares), l’objectif d’universalité est donc loin d’être atteint – ce que M. Griset a d’ailleurs implicitement reconnu, à travers ses propos du 8 décembre.

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Dans le Jura, le tissu industriel souffre mais ne rompt pas

Une manifestation d’employés de MBF Aluminium à Saint-Claude, dans le Jura, le 15 octobre.

Jamais on ne croirait que cet entrepôt anodin aux confins du Jura et de l’Ain cache une usine d’outils de précision. Vincent, 56 ans, et Carine, 44 ans, font fièrement la visite, décrivant les techniques qui permettent de transformer de longues tiges d’acier en minuscules pointes effilées.

Lui, vingt et un ans d’ancienneté chez LMT-Belin, l’a formée elle, arrivée il y a deux ans et demi. Une reconversion après treize ans dans la grande distribution. « J’ai appris sur le tas, j’ai tout donné pour y arriver », confie-t-elle. Vincent balaye l’atelier du regard : « Tout ce savoir-faire perdu… Tuer une entreprise qui fonctionne, c’est choquant. » Car le groupe allemand LMT Tools, qui a racheté cette PME en 2001, la ferme malgré ses bons résultats pour relocaliser la production en Allemagne. Le 3 décembre, le groupe et les syndicats ont trouvé un accord entérinant les 80 licenciements, avec jusqu’à quatorze mois de congés de reclassement pour les plus de 50 ans, près de la moitié des effectifs. « Je vais devoir reprendre une formation » prévoit Vincent. « Le perçage par électroérosion, on n’en trouve pas par ici », s’inquiète Carine, qui craint de repartir à zéro.

Il faudra aller chercher plus loin, dans d’autres secteurs. Le Jura, département rural, est aussi le plus industrialisé de l’Hexagone en proportion du nombre d’emplois salariés (33 % contre 13,3 % en France). Mais ici aussi, les sous-traitants de l’aéronautique et de l’automobile connaissent une forte baisse d’activité.

« Exode »

En parcourant 20 km par le parc naturel régional du Haut-Jura, on rejoint Saint-Claude, petite ville encaissée entre les montagnes. « Usine en danger » dit la banderole le long de la fonderie MBF Aluminium qui fait des pièces pour moteurs thermiques. Le Covid-19 a aggravé une situation financière compliquée, avec une dette fiscale et fournisseurs de près de 10 millions d’euros. En redressement judiciaire, la société a jusqu’au 18 janvier pour trouver un repreneur. 260 emplois sont en sursis, 300 avec les intérimaires. « A terme, c’est de l’exode vers les grandes villes, et la disparition des services publics ici », souligne Nail Yalcin, délégué CGT. La ville a perdu plus de 2 000 habitants en dix ans. Sa maternité a fermé en 2018.

« Il ne faudrait pas que cette main-d’œuvre très qualifiée parte en Suisse », s’inquiète Jean-Pierre Parizon, président de la CCI

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L’argot de bureau : le « benchmark » a fait du plagiat un outil de stratégie d’entreprise

Gad Elmaleh dit rendre hommage à l’humoriste Jerry Seinfeld lorsqu’il reprend nombre de ses blagues dans ses sketchs, Pierre-Frédéric, élève de CM2, aime beaucoup s’« inspirer » du devoir de mathématiques de son voisin, quant à Michel de la compta, il est aussi réputé pour reprendre en réunion une phrase brillante lancée par un autre à la machine à café. Tous trois sont des experts du benchmark.

C’est la géométrie qui a donné naissance à ce mot étrange : les benchmarks étaient à l’origine de petites marques sur les structures en pierre, des repères. En anglais, un benchmark, c’est une référence, un point de comparaison, et le benchmarking consiste donc à comparer son entreprise à un concurrent sur des points précis.

La technique du benchmark est née au début des années 1980 : le fabricant d’imprimantes américain Xerox était dans l’impasse, alors que ses concurrents japonais arrivaient à produire pour bien moins cher. L’issue était pourtant à portée de main : et si nous allions au Japon pour observer leurs petits secrets, et les rapatrier aux Etats-Unis ?

Un outil de prospective

Le benchmark est le résultat d’une analyse pour voir ce qui marche, et surtout ce qui cloche : sur un aspect particulier de son activité, on part à la pêche aux bonnes idées parmi les gros poissons du marché. Dans le secteur de la téléphonie, Orange est réputé pour développer des axes de progression grâce au benchmarking, en ayant par exemple étudié le portail Internet et le service après-vente de Bouygues Telecom ou SFR.

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Darty a lancé en 2009 en France le désormais célèbre « click and collect » : force est de constater que cela fonctionne. Et si moi, libraire, je créais mon propre service « commande et cueillette » ? En jouant sur les mots et la manière de reprendre une innovation, on peut alors se l’approprier et l’adapter à son entreprise.

On ne parlera donc pas de vol, mais d’inspiration, d’un outil de prospective. En français, on pourrait traduire le benchmark par un « étalonnage concurrentiel », une « inspiration stratégique » ou une « analyse comparative ».

Une nouvelle politique du chiffre ?

Le benchmark, évolutif, nécessite de toujours garder un œil ouvert sur ce qui se fait ailleurs : il y aura toujours un concurrent qui proposera quelque chose de plus, quelque chose de mieux… Il ouvre la porte à une amélioration perpétuelle de la productivité et est devenu, au fil des ans, un pilier de la stratégie d’une entreprise.

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Peut-on cumuler revenus professionnels et pensions de retraite ?

Le cumul des pensions de retraite et des revenus d’activité peut être limité en montant, ou intégral, selon les cas.

Question à un expert

Puis-je continuer une activité professionnelle en état à la retraite ?

Le cumul emploi-retraite permet de reprendre ou continuer son activité professionnelle tout en percevant ses pensions de retraite. Pour bénéficier du dispositif, il faut liquider l’ensemble de ses retraites des régimes de base et complémentaires en France et à l’étranger (sauf exceptions).

Les règles du cumul diffèrent selon que vous reprenez une activité relevant d’un régime de retraite de base auquel vous n’avez jamais cotisé ou d’un régime auquel vous avez déjà cotisé.

Ainsi, si vous étiez salarié et que vous vous mettez à votre compte, vous pouvez cumuler revenus et retraite sans limite de montant. En revanche, si vous demeurez dans le même régime, le cumul ne sera illimité que si vous êtes dans l’un des cas suivants : vous avez l’âge du taux plein automatique à votre départ à la retraite (de 65 à 67 ans, selon votre année de naissance) ; ou vous avez au moins 62 ans et le nombre de trimestres nécessaire pour obtenir le taux plein (il varie selon les générations – c’est par exemple 167 trimestres pour ceux nés en 1958).

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Sinon, le cumul sera limité, en montant. Pour les salariés, par exemple, le cumul est plafonné lorsque le total des retraites et salaires dépasse 2 463 euros mensuels (plafond 2020) ou, si c’est plus favorable, la moyenne des trois derniers salaires. Un plafonnement existe aussi pour les non-salariés, avec des modalités différentes.

En pratique, vous devez avertir votre caisse de retraite dans le mois qui suit la reprise d’activité et, si vous ne remplissez pas les critères du cumul illimité, vous devrez respecter un délai de carence de six mois avant la reprise d’activité lorsque vous travaillez chez le même employeur. N’oubliez pas que, dans tous les cas, vous continuerez à cotiser pour la retraite sans que ces cotisations n’augmentent vos pensions.

Guerre commerciale : l’Europe s’arme enfin

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à Bruxelles, le 10 décembre.

« Le jour d’après ne ressemblera pas au jour d’avant », promet-il, la main sur le cœur. Ce jour-là, le 31 mars, Emmanuel Macron rend visite aux salariés de l’usine Kolmi-Hopen, produisant des masques à Saint-Barthélemy-d’Anjou (Maine-et-Loire), près d’Angers. Alors que la première vague de la pandémie de Covid-19 frappe l’Europe, certains pays membres se découvrent, avec stupeur, à court de masques, de médicaments et de matériel médical, en grande partie fabriqués en Asie. Pour répondre à l’inquiétude des Français, le chef de l’Etat s’engage alors : le combat contre le virus sera aussi celui des relocalisations. « Notre priorité est de produire plus sur le sol national pour réduire notre dépendance, martèle-t-il. Nous devons rebâtir notre souveraineté nationale et européenne. »

Dans l’industrie automobile, l’informatique ou la fabrication de vélos, les usines tricolores ou allemandes se heurtent rapidement au même problème : parce que les frontières se ferment pour endiguer la propagation du coronavirus, certaines pièces indispensables à la production sont bloquées dans l’empire du Milieu. « La pandémie a accéléré une prise de conscience à l’œuvre depuis quelques années : celle de notre trop grande dépendance à la Chine », résume Chloé Ridel, directrice adjointe de l’Institut Rousseau, un think tank de gauche. Les chaînes d’approvisionnement, mondialisées à l’extrême ces dernières décennies pour des raisons de coût, apparaissent soudain comme le maillon faible de l’Europe.

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Il n’en fallait guère plus pour relancer le débat sur les délocalisations, récurrent en France, et la nécessité d’une « Europe qui protège ». Celle-ci en fait-elle assez contre la concurrence des pays à bas coût ? Se défend-elle suffisamment face au géant chinois ? Est-elle allée trop loin dans l’ouverture ? Peut-être. Il faut dire que l’Union européenne (UE) est, depuis son origine, l’un des grands promoteurs du libre-échange. « C’est même dans son ADN », rappelle Sébastien Jean, spécialiste du commerce et directeur du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii). A l’après-guerre, c’est pour rendre « matériellement impossible » les conflits entre eux que les pays fondateurs ont bâti un marché commun sans droits de douane, d’abord pour le charbon et l’acier, avant de l’élargir. Puis de défendre les mêmes valeurs à l’extérieur.

« L’UE affiche un surplus commercial important »

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Covid-19 : « Il est probable que lors des deux vagues, les trajets domicile-travail ont largement contribué à la propagation du virus »

Tribune De quoi les Français ont-ils le plus de mal à se priver pendant cette période de restrictions ? De se rendre sur leur lieu de travail… Tous les chiffres le confirment. Le 29 octobre, avant l’instauration du couvre-feu, la fréquentation des musées, magasins et restaurants était en baisse de 34 % en Ile-de-France par rapport au niveau pré-crise, alors que la fréquentation des bureaux ne reculait que de 17 %.

Une fois le deuxième confinement engagé en novembre, cette fréquentation des lieux de travail baissait de seulement 31 %, alors qu’elle avait chuté de 56 % lors du premier confinement. Déjà, avant la crise, seuls 7 % des salariés français pratiquaient régulièrement le télétravail… alors même que l’amélioration de la productivité et de la satisfaction des employés a été maintes fois démontrée.

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Cet apparent besoin de se retrouver sur le lieu de travail aggrave-t-il la propagation du virus ? Très probablement. D’abord, tout le monde le reconnaît, à cause des contaminations entre collègues qui représentent plus d’un quart des clusters identifiés. Ensuite, et c’est moins largement admis, à cause des trajets domicile-travail.

L’heure de pointe expose à un risque de contamination

Si les images de quais et rames de métro bondés enflamment régulièrement les réseaux sociaux, certains, s’appuyant sur les rapports de Santé publique France, ont cru pouvoir annoncer que les transports n’avaient que peu d’impact : « Moins de 1 % des clusters sont détectés dans les transports en commun. » C’était sans compter que les clusters identifiés ne représentent que 10 % des cas de contamination.

Les entreprises et les rassemblements familiaux ne sont pas les principaux lieux de transmission : ils sont les seuls que nous savons retracer. Si rien ne peut être prouvé, tous les indices convergent cependant. En Ile-de-France, 65 % des trajets domicile-travail se font en transports en commun, durent en moyenne 1 heure 24 et continuent à s’effectuer à 71 % en heure de pointe malgré les risques afférents.

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Malgré une fréquentation moyenne en baisse de 30 % en octobre, la promiscuité de l’heure de pointe expose à un risque important de contamination, comme l’indique le professeur Yves Buisson, membre de l’Académie de médecine et responsable de la cellule de veille sur le Covid-19 : « Si vous restez plus de dix minutes entassés les uns sur les autres dans les transports en commun et qu’un porteur du virus se trouve au milieu, la contamination peut arriver. »

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Les « logiciels espions » s’invitent chez les salariés

Accusé d’aider les employeurs à « fliquer » leurs salariés, Microsoft revoit la copie de son « score de productivité ». Fin octobre, la firme américaine avait dévoilé cette nouvelle fonctionnalité incluse dans sa suite bureautique, qui mesure le temps passé par chaque collaborateur sur ses outils en ligne pour en tirer un score visant à refléter son « niveau d’engagement et de productivité ».

La fonctionnalité Workplace Analytics promettait déjà d’« harmoniser productivité et bien-être » en dressant un panorama assez complet de l’utilisation de la plate-forme au sein d’un groupe de travail. La mise en place du « score de productivité » de chaque salarié a été le pas de trop. Confronté à une polémique croissante, Microsoft a finalement annoncé le 1er décembre que les données recueilles au niveau de chaque salarié seraient anonymisées et disponibles seulement à l’échelle de l’entreprise ou d’un groupe de travail.

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Cette levée de boucliers illustre les crispations grandissantes autour des tentatives de surveillance des salariés en télétravail. Depuis plusieurs années, un certain nombre d’outils plus ou moins légaux, accessibles en quelques clics sur le Net, permettent de garder un œil sur les faits et gestes de chaque télétravailleur : des « keyloggers », qui enregistrent tout ce qu’un utilisateur tape sur le clavier, jusqu’aux logiciels de capture d’écran pour vérifier que le salarié est bien en train de travailler devant son ordinateur, en passant par les outils de communication en ligne qui contrôlent la connexion. Des solutions communément utilisées, comme Microsoft Teams ou Google Drive, ont déjà cette option.

La crise sanitaire favorise son utilisation

L’avènement du télétravail promet un bel avenir à ces outils. Alors que des milliers de salariés travaillent à domicile, nombreux sont les employeurs qui contrôlent qu’ils ne se traînent pas devant Netflix au lieu de plancher sur leurs dossiers. Près de la moitié (45 %) des 1 309 salariés interrogés par GetApp, dans un sondage mené en France au cours du mois de novembre, travaillent dans une entreprise qui utilise des outils de surveillance. 20 % déclarent que cette surveillance a débuté à l’occasion de la crise sanitaire.

Pourtant, certaines de ces solutions sont à la limite de la légalité. En 2019, la surveillance des employés au travail générait 10,7 % des plaintes reçues par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). Sollicitée sur ces sujets, l’autorité administrative indépendante a rappelé à plusieurs reprises dans quelles conditions l’employeur a le droit de surveiller les horaires de travail et de connexion du salarié.

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