EDF : nouvelle journée de grève très suivie contre le projet Hercule

A la centrale nucléaire de Chinon (Indre-et-Loire), à Avoine, en juillet 2020.

Le projet de réorganisation d’EDF n’est pas encore engagé, mais la mobilisation syndicale reste forte. Mardi 19 janvier, près d’un agent sur quatre (23 %, selon la direction) était en grève à la mi-journée. Une mobilisation en légère baisse comparée aux dernières journées de grève à l’automne 2020 (autour de 30 % fin novembre et début décembre, 28 % à la mi-décembre), mais qui reste à un niveau élevé dans la maison EDF.

Les syndicats demandent de manière unanime le retrait du projet Hercule, qui vise à une réorganisation complète d’EDF. Dans une lettre adressée au président de la République, Emmanuel Macron, début janvier, les dirigeants des confédérations CGT, CFDT, CGC et FO ont demandé la fin d’un projet « qui ne répond en rien aux exigences de notre époque et à l’avenir de nouvelles générations ».

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Hercule est un chantier qui vise à refondre totalement l’architecture d’EDF, en le séparant en trois entités : EDF Bleu, entreprise publique, comprendrait principalement les activités liées au nucléaire ; EDF Vert, dont le capital serait ouvert au privé, rassemblerait les activités de fourniture et de distribution d’électricité, ainsi que les énergies renouvelables ; enfin, EDF Azur aurait un statut particulier et serait chargé de la gestion des barrages hydroélectriques.

Trouver un modèle financier plus soutenable

Ce découpage répond d’abord à la volonté d’EDF de trouver un modèle financier plus soutenable qu’aujourd’hui. Le groupe, qui a l’appui du gouvernement, estime que les règles qui régissent la manière dont il revend l’électricité produite par les centrales nucléaires à ses concurrents sont inéquitables. Ce dispositif, appelé « Accès régulé à l’électricité nucléaire historique » (Arenh) a été mise en place en 2011 pour rassurer la Commission européenne sur la bonne volonté des Français d’ouvrir le marché de l’électricité. Le gouvernement négocie depuis des mois à Bruxelles un nouveau dispositif, plus favorable à EDF. Le projet Hercule est en quelque sorte une contrepartie à cette réforme de l’Arenh.

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Les syndicats considèrent qu’il s’agit d’un « démantèlement » du groupe, mais la direction et le gouvernement promettent qu’ils peuvent maintenir « l’intégrité du groupe », tout en obtenant de Bruxelles une meilleure rémunération du nucléaire français.

Des actions ont été menées toute la journée dans plusieurs villes. A Paris, la CGT a déversé des dizaines de compteurs Linky devant le siège de La République en marche. Aux côtés des militants présents, le sénateur communiste de Seine-Saint-Denis Fabien Gay a dénoncé une « spoliation du bien commun ».

Le gouvernement temporise

Plusieurs députés ont invité, mercredi, les représentants syndicaux d’EDF à l’Assemblée pour échanger autour d’Hercule. Depuis plusieurs semaines, de nombreux élus de l’opposition, des Insoumis aux Républicains, en passant par les communistes, ont fait part de leur opposition au projet. Valérie Rabault, la présidente du groupe socialiste, a livré son intention de déposer une proposition de référendum d’initiative partagée (RIP) contre le projet. « On ne peut pas, comme le fait Emmanuel Macron, tenir un discours sur la souveraineté et démanteler un fleuron industriel. Hors de question d’y toucher », martèle la députée du Tarn-et-Garonne.

Le gouvernement temporise, en assurant que les discussions avec Bruxelles sont loin d’être terminées. « Nous ne sommes qu’au début du chantier. A ce stade, nous ne sommes pas encore parvenus à un accord global avec la Commission européenne, et les échanges se poursuivent. Cela prend du temps, mais c’est aussi parce que le gouvernement tient bon sur les points essentiels du projet et parce qu’on veut qu’il soit solide », a ainsi expliqué la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, lors d’un débat au Sénat, début janvier. Mme Pompili s’est engagée à ce que les parlementaires puissent discuter du projet, une demande formulée notamment par des élus de la majorité.

« Non, nous n’allons pas dépecer EDF (…). Non, nous n’allons pas non plus démanteler le groupe. Et oui, évidemment, nous préserverons le statut des salariés », a assuré Barbara Pompili. Le projet a également été défendu par Bruno Le Maire lors de ses vœux. « Aujourd’hui, EDF va dans le mur, si nous ne sommes pas capables de lui donner les moyens d’investir », a-t-il souligné. Des arguments qui se veulent rassurants, mais qui, pour l’heure, n’ont pas convaincu les syndicats d’EDF. Ils prévoient d’ores et déjà de nouvelles journées de mobilisation.