« Malgré mon bac +5, je suis payée au Smic » : pour les jeunes diplômés, la crainte du déclassement

Une mosaïque de visages apparaît sur l’écran de l’ordinateur. Ce lundi d’hiver, ils sont 11 participants à rejoindre l’atelier virtuel de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) animé par la consultante Florence Sequalino. Tous ont obtenu leur diplôme en 2020 et cherchent maintenant un premier emploi… en pleine tempête économique due à la crise sanitaire. « Il y a très peu d’offres, et quand il y en a, souvent les recruteurs demandent au moins cinq ans d’expérience, s’agace Julie, une participante. En revanche, il y a de plus en plus d’offres de stages. »

En deux heures, l’atelier vise à rassurer les participants en les aidant à identifier des axes afin de valoriser leur candidature : grille de questions pour préparer un entretien, révision des actions déjà menées, présentation des outils de l’APEC, des attentes des recruteurs, réflexion sur la prétention salariale, les modules s’enchaînent. Tout comme les bons conseils : travailler les mots-clés de son CV pour ressortir dans les logiciels, identifier ses compétences professionnelles, mais aussi personnelles, en lien avec le poste visé, se positionner sur les réseaux sociaux, rejoindre des groupes de discussion professionnels, partager des contenus pertinents, obtenir des lettres de recommandation… Mais aussi réfléchir aux alternatives à son projet initial. Chaque participant sera ensuite suivi individuellement sur son « plan d’action ». Lancés en septembre par l’APEC, les ateliers « Objectif premier emploi » doivent accompagner 50 000 jeunes bac + 3 ou plus dans leur insertion professionnelle d’ici à l’été 2021. Soit deux fois plus qu’habituellement.

De nouvelles aides

Ces diplômés en quête d’un poste peuvent aussi compter sur de nouvelles aides de l’Etat – et dont les décrets entrent en vigueur le 18 janvier 2021. Deux dispositifs existent. Une aide est réservée aux jeunes de moins de 26 ans inscrits à Pôle Emploi ou à l’APEC (cette aide peut aller jusqu’à 497 euros par mois, avec un plafond à 1491 euros sur une période de six mois). Une autre est destinée aux anciens boursiers de l’enseignement supérieur, égale à 70 % du montant de la bourse anciennement perçue. Une prime mensuelle de 100 euros est ajoutée pour ceux qui ne résident pas chez leurs parents.

Une béquille utile, car même si leur niveau de diplôme les protège plus que les autres, les bac + 5 sont également frappés par la crise. Ainsi, le nombre de diplômés bac+3 ou plus inscrits à Pôle Emploi a augmenté de 25% en novembre 2020, par rapport au même mois en 2019. De son côté, l’Apec constate une chute importante du nombre d’offres destinées aux jeunes diplômés. « Même durant la crise économique de 2008-2009, nous n’avions pas eu un impact aussi important, appuie François Cousin, responsable opérationnel du centre APEC République, à Paris. En ce moment, si elles doivent absolument recruter, les entreprises privilégient des jeunes cadres avec trois à cinq ans d’expérience, car ils vont s’intégrer plus vite tout en coûtant moins cher que ceux qui ont plus de dix ans d’expérience. »

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