« Non, la hausse des salaires n’entraîne pas inéluctablement une spirale inflationniste »

Le pic du taux d’inflation semble bel et bien passé. Aux Etats-Unis, où il a atteint 9,1 % en juin, le taux est redescendu à 7,7 % en octobre. Les économistes prévoient moins de 3 % en 2023, et espèrent que les Etats-Unis éviteront la récession. En Europe, l’inflation décline aussi. En Allemagne, le pic aurait été atteint en octobre avec 10,4 %, avant de diminuer à 10 %, prévu en novembre. En Espagne, il baisse depuis quatre mois, à 6,8 % en novembre après 7,3 % en octobre.

Les prévisionnistes peuvent se tromper, mais cette tendance confirme l’analyse historique des vagues de hausses de prix survenues depuis 1960 dans les pays développés, publiée le 11 novembre par six économistes du Fonds monétaire international (« Wage-Price Spirals : What is the Historical Evidence ? », Working Papers, 22/221).

Lorsque les prix commencent à monter pour une raison ou pour une autre – qu’il s’agisse d’un choc extérieur comme la hausse du pétrole arabe (en 1973) ou du gaz russe (en 2022), ou d’une trop forte quantité de liquidité circulant sur le marché, comme l’affirment les économistes qui critiquent le « laxisme » des banques centrales pendant la pandémie –, la grande crainte des gouvernements et des entreprises est de voir exploser les revendications salariales. Si les entreprises plient, elles doivent augmenter les prix pour conserver leurs marges, ce qui accroît en retour les revendications, et ainsi de suite… C’est ce que l’on appelle la « spirale prix-salaires », considérée par les économistes comme la principale cause des grandes périodes d’inflation des années 1920 ou 1970.

Stabilisation des prix

Quand, de surcroît, le redémarrage post-pandémie et la mauvaise qualité des emplois proposés dans de nombreux secteurs rendent l’embauche difficile – ce que l’on appelle la « grande démission » –, la spirale semble prête à s’enclencher. D’où le refus actuel du patronat d’une augmentation générale des salaires, d’où la réforme des allocations-chômage pour inciter les chômeurs à accepter des baisses de rémunérations, d’où, enfin, les hausses à répétition des taux d’intérêt pour limiter le crédit et ralentir l’activité – au risque, assumé, d’augmenter le chômage.

Les six économistes ont examiné toutes les périodes de l’histoire récente de 38 pays développés où l’économie a connu pendant trois trimestres consécutifs, comme aujourd’hui, une hausse des prix à la consommation et une augmentation des salaires nominaux (c’est-à-dire une augmentation supérieure à l’inflation). Ils ont identifié 79 séquences de ce type. Or, « ce qui pourra étonner », comme l’écrivent benoîtement les auteurs, une très petite minorité de ces épisodes sont suivis d’une vague d’inflation durable. La plupart débouchent pendant les huit ou neuf trimestres qui suivent sur une simple stabilisation des prix et un retour des salaires réels à leur niveau antérieur. Autrement dit, la hausse des salaires nominaux n’entraîne pas inéluctablement une spirale inflationniste.

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« Mots & illusions » : le pouvoir du jargon managérial

« Mots & illusions : quand la langue du management nous gouverne », d’Agnès Vandevelde-Rougale. 10/18, 112 pages, 6 euros.

Le livre. Prendre soin de « valoriser son potentiel » dans sa vie privée, faire en sorte que les élèves atteignent des « objectifs » à l’école maternelle, développer une « gouvernance agile » dans les universités… Aux yeux d’Agnès Vandevelde-Rougale, « les mots de l’entreprise semblent s’infiltrer partout ».

Quel est l’impact de cette évolution dans notre quotidien, dans notre rapport aux autres, dans notre manière de penser le monde qui nous entoure ? Quel est, en somme, le pouvoir de ces mots ? Ces questionnements se trouvent au cœur d’un ouvrage concis rédigé par la sociologue et anthropologue, Mots & illusions : quand la langue du management nous gouverne (10/18).

Ses recherches sur la rhétorique managériale et sa diffusion l’ont tout d’abord conduite dans les années 1980. C’est à cette période qu’un vocabulaire spécifique s’est imposé dans le monde de l’entreprise. Il s’est par la suite « propagé à travers les différentes strates de la société ». Une « évolution lexicale qui [a] accompagn[é] la diffusion de l’idéologie gestionnaire néolibérale et lui [a] donn[é] l’apparence du bon sens », explique-t-elle.

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Mme Vandevelde-Rougale reconnaît la capacité mobilisatrice de certains mots. Ils ont une influence sur l’auditoire, une aptitude à fédérer et à façonner un imaginaire partagé. « Dans un monde incertain, les promesses de croissance et de maîtrise du discours managérial peuvent être rassurantes », note-t-elle. Les entreprises ont bien compris ce pouvoir. Elles s’en saisissent pour tenter de séduire et de renvoyer une image positive, n’hésitant pas à intégrer des critiques sociales pour en tirer profit (thématique de la responsabilité sociétale, de la diversité…).

Mal-être

Dans le même temps, le vocabulaire utilisé aujourd’hui dans les organisations valorise la responsabilité individuelle, l’autonomie, et invite à « se penser comme des indépendants, à la fois responsables de la gestion de la charge de travail et de la relation avec les autres ». Une rhétorique qui peut fragiliser les individualités, prévient l’autrice, en ce qu’elle « laisse chacun seul aux prises avec ses conditions de travail ».

Elle est, en outre, accompagnée de multiples injonctions (être performant, adaptable, développer son employabilité…) qui peuvent susciter un mal-être lorsque les salariés estiment ne pas avoir la possibilité d’y répondre. Mme Vandevelde-Rougale évoque notamment les dispositifs mis en place pour améliorer le bonheur au travail. « Si, en dépit (…) des baby-foots, des séances de yoga (…), les employés ne sont pas heureux (…), ne sont-ils pas les premiers coupables ? »

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Les contrôleurs de la SNCF en grève vendredi pour une reconnaissance de leur métier

A la gare de Marseille Saint-Charles, le 3 fevrier 2021.

La page Facebook du Collectif national ASCT – pour « agent du service commercial train », soit « contrôleur », en langage courant – montre trois petits singes : le sourd, le muet et l’aveugle. Mais la légende précise que, grâce aux réseaux sociaux et à la mobilisation du groupe, tout ça, c’est fini. Les contrôleurs ont décidé de se faire entendre.

La direction de la SNCF et les voyageurs vont en faire l’expérience, du vendredi 2 au dimanche 4 décembre. Ils se mettent en grève et le mouvement sera très suivi : à 80 %, selon les syndicats. Or, pour des raisons de sécurité, un train ne peut rouler sans chef de bord.

De fortes perturbations sont donc annoncées sur les TGV et les Intercités : 60 % des trains seront annulés. Seulement un train sur quatre roulera sur l’axe Atlantique et les Ouigo, un sur trois sur les lignes TGV Est et Sud-Est, un sur deux sur le TGV Nord et les Intercités. Il n’y aura aucun train de nuit pendant le week-end.

Il faut s’attendre aussi à des perturbations dans les TER, car le mouvement ne touche pas seulement les lignes nationales, mais tout une profession. Il y aura aussi une moindre fréquence sur les lignes étrangères : aucune circulation vers l’Espagne, un train sur trois vers l’Italie et un sur deux vers l’Allemagne.

Un collectif « indépendant et très remonté »

Alors que tout le monde se préparait à la grève du 7 décembre, annoncée par les syndicats CGT, SUD-Rail et CFDT, au premier jour de la négociation annuelle sur les salaires, la révolte des contrôleurs a pris la direction de court.

Elle était pourtant prévisible. Voilà plusieurs semaines que les chefs de bord des trains se parlent sur une boucle Telegram – elle compte 670 membres – et sur leur page Facebook, un groupe de 2 922 membres, réservé « uniquement aux ASCT » et créé le 27 septembre. Il y a 3 000 contrôleurs pour les TGV et Intercités et 10 000 au total, si l’on compte leurs collègues des trains régionaux.

Lire aussi : Les contrôleurs de la SNCF seront en grève du 2 au 4 décembre, 60 % des TGV et Intercités annulés

Le collectif se veut « apolitique et non syndiqué » et dit « travailler pour la reconnaissance de [son] métier ». Il est précisé, dans les règles définies par les administrateurs de la page Facebook, que « les ASCT se foutent complètement des guéguerres syndicales ». Le mouvement est né du terrain, comme les « gilets jaunes ». « Ce collectif est indépendant et très remonté », constate Olivier Armand, de l’UNSA-Ferroviaire. Les syndicats l’ont vu émerger à l’automne avant les élections professionnelles, mais n’ont pu en tirer profit.

Le collectif a tout de même dû accepter l’aide des organisations syndicales représentatives pour engager le dialogue avec la direction et lancer la procédure d’alarme sociale, qui, depuis la loi Sarkozy sur le service minimum, doit ouvrir un dialogue avant la grève. Cette demande de concertation immédiate a été déposée fin octobre par SUD-Rail, l’UNSA et la CFDT. La CGT, elle, a gardé ses distances, même si les contrôleurs cégétistes sont dans le collectif. Cela lui a sans doute coûté des voix aux dernières élections, où son score est passé à 32,44 %, contre 34 % en 2018, tandis que SUD-Rail a gagné 1,5 point, à 18,67 %, pour devenir numéro un sur l’axe sud-est du TGV. C’est d’ailleurs là que le collectif est né.

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Des pistes pour réformer en profondeur la revalorisation du smic

Contexte différent, mêmes recommandations. Dans son rapport annuel, transmis mercredi 30 novembre au gouvernement et aux partenaires sociaux et auquel Le Monde a eu accès, le groupe d’experts sur le smic préconise sans surprise de ne pas donner de coup de pouce au salaire minimum au 1er janvier 2023 et propose trois pistes de réforme pour revoir en profondeur le système de revalorisation actuel.

La progression du smic est aujourd’hui indexée sur deux valeurs : l’inflation, en suivant l’indice des prix à la consommation pour les 20 % des ménages les plus modestes, et la moitié de l’accroissement annuel du pouvoir d’achat du salaire horaire de base des ouvriers et des employés. En temps « normal », c’est-à-dire sans inflation particulière, cette augmentation automatique a lieu le 1er janvier de chaque année. En plus de celle-ci, le gouvernement peut donner un bonus supplémentaire, le fameux « coup de pouce ». Mis en place en 2008, le groupe d’experts est justement chargé d’éclairer l’exécutif dans l’orientation à donner au salaire minimum.

En revanche, en cette période de forte inflation, qui s’élève, selon les derniers calculs de l’Insee, en septembre, à 6,2 % sur un an, les augmentations s’enchaînent. Après deux hausses en 2021, le smic a connu trois nouvelles révisions en 2022 : au 1er janvier, au 1er mai et au 1er août, soit en tout + 5,6 % sur un an (pour s’établir aujourd’hui à 11,07 euros brut de l’heure, soit 1 678,95 euros brut mensuels). Si l’on inclut la revalorisation d’octobre 2021, la hausse est même de 8 %.

« Renforcer le rôle de la négociation collective »

Par conséquent, sachant que le groupe, présidé par l’économiste et professeur à Neoma Business School, Gilbert Cette, ne recommande jamais de coup de pouce habituellement, il est jugé encore moins nécessaire dans ce climat inflationniste. « La revalorisation probable du 1er janvier 2023, liée aux mécanismes de revalorisation automatique, protégera le pouvoir d’achat des salariés au smic face à la hausse de l’indice des prix », indique ainsi le rapport. Selon les calculs du groupe, la revalorisation automatique du 1er janvier 2023 serait de l’ordre de 1,8 %.

Cette indexation du smic sur l’inflation divise les économistes et les politiques. Certains la jugent indispensable pour protéger le pouvoir d’achat des plus modestes et demandent même à appliquer la mesure à l’ensemble des salaires. D’autres estiment en revanche qu’elle risque d’engendrer une hausse du coût du travail fatale aux entreprises, qui se traduirait par des destructions massives d’emploi.

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Les contrôleurs de la SNCF seront en grève du 2 au 4 décembre, 60 % des TGV et Intercités annulés

A la gare de l’Est, à Paris, lors d’une grève de tous les syndicats de la SNCF et de la RATP en décembre 2019.

Une grève des contrôleurs va conduire la SNCF à annuler 60 % des TGV et Intercités de vendredi 2 à dimanche 4 décembre, a annoncé la compagnie mercredi 30 novembre. Une « reprise progressive » est prévue à partir de lundi, avec trois trains sur quatre pour tous les axes TGV, selon un communiqué.

SNCF Voyageurs prévoit un train sur deux pour le TGV Nord, un sur trois pour le TGV Est, un sur quatre pour le TGV Atlantique, un sur quatre pour le TGV Sud-Est, un sur quatre pour les Ouigo et un Intercités sur deux de vendredi à dimanche, a précisé l’entreprise, notant que les voyageurs concernés doivent être prévenus. Il n’y aura aucun train de nuit pendant le week-end. A l’étranger, la compagnie prévoit un trafic normal pour Eurostar et Thalys, un TGV sur trois vers la Suisse, un sur deux vers l’Allemagne, un sur trois vers l’Italie et aucune circulation vers l’Espagne.

Les clients ayant laissé leurs coordonnées apprendront par mail ou SMS mercredi si leur train est maintenu ou annulé. La compagnie leur recommande quoi qu’il en soit de vérifier les horaires des trains avant de se rendre en gare et, quand cela est possible, de reporter leurs déplacements.

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Négociations annuelles obligatoires le 7 décembre

Tous les voyageurs, que leur train soit maintenu ou annulé, et quel que soit leur billet – TGV Inoui, Ouigo et Intercités – pourront être remboursés intégralement pour des voyages prévus entre vendredi 2 et lundi 5 décembre, ou échanger leur billet sans frais dans tous les trains où il reste de la place jusqu’au jeudi 8 décembre inclus, selon SNCF Voyageurs.

Les chefs de bord – généralement appelés « contrôleurs » – assurent une fonction essentielle en matière de sécurité de la circulation et des voyageurs, et sont donc indispensables pour autoriser la circulation d’un TGV dans toutes les conditions de sécurité, a souligné la compagnie publique. « Dans le parcours du voyageur, le chef de bord est le seul cheminot qu’il rencontre. On se retrouve au bout de l’entonnoir de tous les problèmes », a expliqué à l’Agence France-Presse (AFP) Rénald Szpitalnik, élu SUD-Rail et contrôleur sur les TGV Paris-Milan.

Les chefs de bord ont d’ores et déjà déposé des préavis de grève pour les week-ends de Noël et du Jour de l’an. « Une épée de Damoclès », selon Didier Mathis, secrétaire général de l’UNSA-Ferroviaire. Thomas Cavel, secrétaire général de la CFDT Cheminots abonde : « On attend une prise de conscience de la direction sur la condition spécifique des contrôleurs », dont les conditions de travail se sont « dégradées depuis un certain temps », insiste-t-il. La direction regrette un mouvement maintenu « alors que des mesures concrètes et importantes ont été proposées aux organisations syndicales à l’issue de plusieurs semaines de négociations ».

Par ailleurs, une centaine d’employés de sécurité travaillant pour la compagnie ferroviaire transmanche Eurostar au Royaume-Uni vont faire grève pendant quatre jours lors de la période chargée des vacances de Noël, pour réclamer des augmentations de salaire en rapport avec l’inflation qui flambe dans le pays. Ce mouvement social va « sévèrement perturber » le service des Eurostar pour la période précédant Noël, souligne le syndicat Rail, Maritime and Transport. Les membres du syndicat « vont débrayer les 16, 18, 22 et 23 décembre », après un vote largement en faveur de la grève, a fait savoir le syndicat dans un communiqué.

Ces quatre jours de grève s’ajouteront à d’autres débrayages sur les lignes ferroviaires britanniques, dans un contexte social très tendu, des grèves contre le coût de la vie étant prévues dans la plupart des secteurs de l’économie.

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Ces mesures portaient, selon le communiqué, sur le déroulement de carrière spécifique de cette catégorie « avec une augmentation du volume de promotions et une augmentation de leur rémunération annuelle à partir de janvier 2023 ». « Des mesures complémentaires avaient par ailleurs été proposées pour faciliter le changement de métier pour celles et ceux qui le souhaitent », ajoutait le communiqué. « Des miettes », selon les syndicalistes contactés par l’AFP. Cette grève survient à la veille des négociations annuelles obligatoires (NAO), qui doivent s’engager le 7 décembre à la SNCF. La CGT, SUD-Rail et la CFDT ont appelé à une « grève unitaire » ce jour-là.

Le Monde avec AFP

Pourquoi les postes de travail coûtent moins cher aux entreprises

Carnet de bureau. Covid-19, télétravail et inflation ont changé l’économie de l’environnement de travail. La baisse du prix d’un bureau, observée en 2021 (à partir de données de 2020), est toujours là en tendance, mais pour d’autres raisons que le ralentissement d’activité ou la fermeture des sites, décidée pendant la pandémie.

En 2020, la chute de la consommation d’électricité en entreprise avait été telle qu’elle avait absorbé la hausse du prix du kilowattheure. Avec la flambée des prix de l’énergie, ce scénario tire à sa fin.

Mais la baisse du coût de l’environnement de travail par poste devrait continuer. C’est ce que révèlent, mercredi 30 novembre, les « Buzzy Ratios » de l’Association des directeurs de l’environnement de travail (Arseg), à savoir les évaluations faites chaque année par les responsables des services généraux des entreprises.

Pendant et depuis le Covid-19

Au travail, le mètre carré coûte désormais 681 euros, et chaque poste 12 481 euros en moyenne, en tenant compte du loyer, des charges d’exploitation du bâtiment, des équipements, des services aux collaborateurs… Ce qui représente une baisse de 8 % par mètre carré et de 10 % par poste de travail sur les cinq dernières années, et respectivement de 18 % et de 19 % depuis 2009.

L’étude Arseg 2022, conduite auprès de 110 entreprises dont 44 % en Ile-de-France, reflète la situation de 92 371 postes de travail et de 1,8 million de mètres carrés pour 115 464 collaborateurs. La majorité des entreprises interrogées sont de grandes organisations de tous secteurs (commerce, transport, immobilier, banques, assurances, industrie, etc.) comprenant de 250 à plus de 2 000 postes de travail installés sur une surface d’au moins 5 000 mètres carrés.

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Le moteur de la baisse des coûts – malgré la hausse des loyers et des assurances – est la réorganisation du travail pendant et depuis le Covid-19. Essentiellement grâce à deux composantes : les moyens et les services mis à disposition des salariés. Les moyens et équipements ont ainsi connu leur plus forte baisse depuis 2017 : 35 % par mètre carré et 36 % par poste de travail.

Numérisation et télétravail

Pourquoi ? « Digitalisation, diminution des voyages d’affaires et télétravail, répond l’Arseg. Le volume des déplacements est loin de revenir à son niveau pré-crise sanitaire, car, avec l’arrivée massive des outils de visioconférences, la valeur ajoutée des voyages est devenue un sujet central dans des organisations soucieuses de réduire leurs coûts et l’empreinte carbone de leurs activités. » Numérisation et télétravail ont aussi participé, dans une moindre mesure, à la baisse de ce poste « moyens et équipements », par l’intermédiaire de la réduction des fournitures et des impressions.

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Pour garder leur intérêt en entreprise, les réunions doivent devenir plus efficaces

Plus de deux ans après le premier confinement lié à l’épidémie de Covid-19, le télétravail et les échanges à distance n’ont pas fait disparaître la nécessité de se retrouver physiquement. Mais bien que nos agendas soient noircis, 73 % des salariés français souhaiteraient pourtant que leurs réunions soient mieux réalisées dans leur entreprise, selon une étude YouGov commandée par Comet Meetings, une entreprise qui loue des lieux pour se réunir. La généralisation des réunions à distance oblige à repenser l’intérêt des rencontres physiques et à utiliser des outils simples pour mieux capter l’attention, pour développer la créativité ou pour résoudre des problèmes.

Comme pour les nombreux bars branchés qui peuplent le quartier du Sentier dans le centre de Paris, l’enseigne Comet est visible en lettres de néon, puis une grande porte vitrée donne sur un vestibule parqueté décoré de lianes de lierre, de feuilles de palmier et de poutres en bois sculpté. Après un copieux petit déjeuner, installé dans un fauteuil design et une courte séance de gymnastique partagée avec des collègues, c’est le moment, la réunion peut commencer.

Dans l’immeuble moderne de Comet Meetings, à l’entrée de chaque salle de réunion est située une simple roue divisée en compartiments, permettant d’accueillir les téléphones portables pendant le moment d’échanges. Un constat s’impose : « Lorsque les collaborateurs utilisent leur smartphone en réunion, c’est qu’ils ne se sentent pas concernés par le contenu ou qu’ils ne sont pas assez sollicités. La plupart du temps, ces rendez-vous rassemblent beaucoup de personnes qui n’ont pas besoin d’être présentes », souligne Florian Guillot, « meeting evangelist » chez Comet, c’est-à-dire responsable de théoriser les réunions et de diffuser les bonnes pratiques.

Pour éviter de convoquer des personnes de façon superflue, les rassemblements récurrents doivent être limités au maximum. S’ils permettent un suivi, ils peuvent souvent être remplacés par un simple courriel, quitte à ce qu’une personne soit chargée de rassembler les remarques de différents services.

Des espaces de repos soignés

Si les participants sont plus concentrés, il est important de faire davantage de moments de relâche, pour respirer. Partant du constat qu’« il n’y a rien de pire qu’une pause dans un centre des congrès froid », selon Claire Robert du Boislouveau, la directrice de la communication de Comet, l’entreprise de location de salles de réunion soigne les espaces de repos : terrasse verdoyante accueillant la pause cigarette, café, viennoiseries et fruits pour les encas, et même des livres d’évasion à feuilleter sur des poufs à ras le sol.

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« Le Rassemblement national renoue avec une vision pétainiste du travail »

Tribune. Les propos racistes du député Rassemblement national (RN) Grégoire de Fournas, tenus début novembre dans l’Hémicycle à l’égard du député « insoumis » Carlos Bilongo, ont fait tomber les masques : le Rassemblement national est toujours le parti héritier du pétainisme et de son racisme. Un vent nouveau d’indignation souffle désormais sur l’ensemble des bancs républicains de l’Assemblée. Avec la sanction de son député, la stratégie de « normalisation » du RN se fissure.

Depuis leur arrivée à l’Assemblée nationale, les députés d’extrême droite tentent pourtant de jouer la carte de l’opposition constructive. Ils sont calmes, ne haussent pas le ton, joignent leurs voix à de nombreux votes de la majorité ou des oppositions. Le doigt sur la couture du pantalon, aucune tête ne dépasse, seuls les porte-parole du groupe s’expriment avec un verbiage calibré. Mais peut-on juger la crédibilité politique d’un groupe à sa posture ? Bien plus que l’attitude dans l’Hémicycle, c’est l’inspiration politique de leurs propositions qui permet de les démasquer.

L’exemple le plus frappant est venu lors de l’examen de la réforme de l’assurance-chômage commencé en octobre. En portant un amendement excluant les étrangers travaillant en France des élections professionnelles, le Rassemblement national renoue avec une conception vichyste propre à la Charte du travail de Pétain, dans laquelle travailleurs et patrons font cause commune nationale contre les puissances ennemies et contre leurs « alliés de l’intérieur ». Le clivage au sein de l’entreprise, intrinsèquement lié à la relation de subordination entre salariés et directions, y est remplacé par la prévalence des intérêts économiques nationaux.

Une invisibilisation cynique

Cet impératif national impose la modération des revendications salariales, qui sont alors soumises à la générosité que la fibre patriotique est supposée provoquer chez le patronat. Cette logique néocorporatiste se développe dans les années 1930 en réaction et en opposition au concept de lutte des classes qui structure les revendications ouvrières.

Lire l’entretien avec Nicolas Lebourg : Article réservé à nos abonnés « L’extrême droite est une vision du monde, pas un programme »

Au clivage horizontal de l’unité de la classe ouvrière, liée par ses conditions difficiles de vie et son exploitation par la classe patronale qui ne travaille pas, l’extrême droite substitue le clivage vertical d’une unité nationale entre ouvriers et patrons français, liés par la nécessité de défendre la nation dont la survie serait en jeu, en proie à un supposé dévoiement des mœurs, à une prétendue décadence morale, à l’avidité des puissances étrangères et celle de ses fantasmatiques alliés de l’intérieur.

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Salaire incomplet, versé avec un délai, voire pas du tout… Pour les enseignants, la galère des retards de paiement

Trois cent trente euros. C’est ce qu’Emma (tous les enseignants interrogés ont souhaité rester anonymes), enseignante contractuelle dans le sud de la France, a touché depuis qu’elle a signé son contrat avec l’éducation nationale, le 12 septembre. Un maigre « acompte » le premier mois, rien fin octobre, et rien fin novembre. Le rectorat de Toulouse lui a annoncé le versement, début décembre, d’une « avance » de 1 700 euros pour la période de septembre à novembre, avant que sa situation soit régularisée. « J’ai un loyer à payer, le carburant pour me rendre dans mon établissement à une heure de route de chez moi… Je ne sais pas comment je ferais pour travailler si je n’avais pas d’argent de côté », se désole-t-elle.

Les cas comme le sien sont la manifestation la plus extrême d’une problématique plus large et bien connue des enseignants : les retards de paiement, particulièrement fréquents en début d’année scolaire. « Le versement des premières rémunérations occasionne des problèmes récurrents », constate Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-UNSA.

Les messages qui remplissent les boîtes électroniques des syndicats les lendemains de paie donnent un aperçu des difficultés auxquelles sont confrontés certains enseignants dont la situation change au 1er septembre. On y trouve de jeunes titulaires qui s’étonnent de ne toucher encore qu’un salaire de stagiaire ; des professeurs contractuels ou stagiaires qui ne comprennent pas pourquoi rien ne leur a été versé ; ou encore des enseignants mutés dont la paie n’a pas suivi.

Lire aussi les témoignages : Article réservé à nos abonnés De nouveaux enseignants contractuels racontent leurs premières semaines « difficiles »

Ces situations sont loin de se cantonner à l’Ile-de-France, mais c’est cependant là qu’elles sont les plus criantes en raison des effectifs des académies franciliennes et de leurs cohortes de contractuels et de néotitulaires, les plus importantes du pays. Le rectorat de Créteil gère, par exemple, à lui seul 80 000 personnels et doit, à chaque rentrée, mettre en place 8 000 nouvelles paies.

Des comptes dans le rouge

Ces délais riment vite avec précarité pour les personnels concernés. Elie, muté de l’académie de Grenoble vers celle de Créteil à la rentrée, pensait percevoir les 1 900 euros net correspondant à son nouveau statut de titulaire. Il n’a été payé que 1 400 euros en septembre, puis 1 500 euros en octobre, car son changement de grade n’a pas été pris en compte, pas plus que celui des milliers d’autres néotitulaires de l’académie. « Les délais sont variables selon les académies, précise Aurélien Billod, de la section académique de Créteil du SNES-FSU. En 2021, chez nous, il a fallu attendre le mois de mars. »

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Les faillites subites des stars de la tech

Entreprises. La faillite, le 11 novembre, de la plate-forme de cryptomonnaies FTX devrait entraîner de lourdes pertes chez ses nombreux clients et partenaires. Plusieurs plaintes sont déposées et le dirigeant chargé du redressement a dénoncé publiquement « les systèmes de contrôle et l’information financière de l’entreprise ». Or, Il y a deux ans, l’Allemagne aussi était secouée par l’effondrement de Wirecard, le leader du paiement en ligne.

Elizabeth Holmes, la dirigeante de Theranos, entreprise vedette de la Silicon Valley et des biotechnologies, a été condamnée il y a quelques jours pour fraude, après sa faillite en 2015.

Enfin, le XXIe siècle avait débuté avec le scandale Enron, en 2002. Or, on retrouve de nombreux traits communs dans l’histoire et la gouvernance de ces entreprises.

Elles ont toutes incarné un nouveau modèle d’affaires ou une innovation qui avait su capturer les évolutions technologiques de leur temps. Ainsi, FTX, Wirecard et Enron inventaient la digitalisation et la dérégulation de la finance et de l’énergie. Theranos promettait de révolutionner les analyses biologiques médicales et leur coût.

A la tête de ces pionniers, on trouvait des dirigeants loués pour leur charisme et leur créativité. Elizabeth Holmes pour Theranos et Samuel Bankman-Fried pour FTX ont moins de 30 ans quand leur entreprise atteint le sommet de sa renommée. Leur succès est si foudroyant qu’en quelques années ces firmes ont attiré des milliards de dollars, enrichi de façon extravagante leurs dirigeants et été encensées par experts et médias.

Dirigeant mythifié

Le mécanisme qui va conduire à leur chute subite et ruineuse se met en place aussi vite que leur ascension. Les causes en sont toujours multiples, mais la principale réside dans la formation d’un management entourant un dirigeant mythifié… qui le plus souvent décide seul. Avec le succès, l’habitude est prise d’afficher des résultats et des rémunérations exceptionnelles. Les autres personnels sont tenus dans l’ignorance des véritables données et leur travail est encadré dans des services et des filiales étanches.

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De l’extérieur, tout semble aller pour le mieux. Mais en interne, la capacité collective à corriger les erreurs, à structurer la croissance des activités et à innover s’étiole. Et comme la remise en question du dirigeant-héros semble impossible, l’entreprise s’enfonce dans une série d’échecs qu’il faut masquer ou compenser par des stratégies de plus en plus risquées jusqu’à… la fraude et l’escroquerie.

Enron et Wirecard masquent des pertes abyssales en jouant sur leurs multiples filiales. Theranos falsifie les résultats de ses technologies. FTX est accusé de comptes opaques et de conflits d’intérêts. Dans tous les cas, les auditeurs officiels ne lancent l’alerte que trop tard pour les parties prenantes de l’entreprise.

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