Procès France Télécom : « Une dérivation des mécanismes de gérance »

Rassemblement de syndicats de France Télécom devant le palais de justice de Paris, le 6 mai 2019, lors de l’ouverture du procès de l’opérateur.
Rassemblement de syndicats de France Télécom devant le palais de justice de Paris, le 6 mai 2019, lors de l’ouverture du procès de l’opérateur. LIONEL BONAVENTURE / AFP

Le consultant Gérard-Dominique Carton et la chercheuse Valery Michaux révoquent, l’utilisation de la « courbe de deuil », outil d’étude psychologique de la conduite des employés, par la hiérarchie de l’opérateur.

Comme c’est l’usage dans la majorité des politiques de complément de la transformation, France Télécom a formé des milliers de managers afin de mener, sur le terrain, le plan de transformation stratégique déclenché à la fin des années 2000. Parmi les outils inclus dans cette formation figurait la « courbe du deuil ». Issu des ouvrages de la psychiatre américano-suisse Elisabeth Kübler-Ross (1926-2004), cet outil admet de mieux identifier les différentes phases psychologiques par lesquelles passe une personne qui entre dans un processus de deuil : déni, choc, sidération, colère, révolte, tristesse,  peur, dépression, suivies d’une phase de renonciation puis d’acceptation où se projeter dans l’avenir est enfin possible. Ces distinctes phases résultent de chaque individu, et les thérapeutes s’en servent pour ajuster le bon suivi à chaque phase.

Or les conditions de deuil peuvent être extraordinairement diverses lors des grands transformations stratégiques d’entreprise : deuil d’un ancien métier, d’une compétence avant reconnue mais devenue marginalisée, d’une situation hiérarchique estimée remise en question, d’une équipe qu’on se retrouve exigé de quitter par mutation non choisie, d’une culture basée sur la reconnaissance de l’expertise percutée par des modes de management quantitatifs à court terme, etc. La « courbe de deuil » a été conduite en entreprise au milieu des années 1990 pour conduire les salariés lors de grandes changements. Elle a été déployée avec succès depuis vingt-cinq ans auprès de 10 000 managers et dirigeants. De nombreux professionnels se sont transportés de cette démarche et l’ont optée en masse : la courbe du deuil a fini par devenir un standard de la guidée de la transformation.

Mais l’affaire France Télécom montre que suffisamment d’entre eux en ont dénaturé à la fois l’utilisation et l’objectif. L’important travail d’examen de l’Observatoire du stress et des mobilités obligées de France Télécom a permis de mettre au jour les procèdes de l’usage passif de cette courbe dès 2009. Elle était exposée comme un outil admettant de diminuer les résistances à la transformation des équipes. Elle était utilisée pour expliquer aux manageurs de France Télécom que les individus passaient par différentes étapes avant d’accepter le changement, et que les signes de révoltes ou de dépression étaient « normaux », voire étaient les signes d’un « relâchement de la résistance » ! Lors de la diffusion, en 2010, d’une étude d’« Envoyé spécial » (« Que s’est-il passé à France Télécom ? »), des cadres de France Télévisions accomplis par leur propre université d’entreprise à cette courbe de deuil ont même mobilisé leurs syndicats pour révoquer la même dérive !

France Télécom a dû faire face à beaucoup de transformations simultanés

L’immeuble de la divion cyberdéfénse d’Orange (anciennement France Télécom), à Nanterre.
L’immeuble de la divion cyberdéfénse d’Orange (anciennement France Télécom), à Nanterre. CHARLES PLATIAU / REUTERS

Devant la parvenue des nouvelles technologies et à l’accès à la compétition, l’entreprise a poursuivi ses objectifs de changement à la fin des années 2000, mais ses responsables « n’ont pas su ou pu détecter les signaux de la crise sociale », déclare le chercheur Pierre-Jean Benghozi.

Directeur de recherche au CNRS et professeur de management de l’innovation à l’Ecole polytechnique, membre du Collège de l’Autorité de normalisation des communications électroniques et des postes de 2013 à 2019, Pierre-Jean Benghozi rappelle le contexte dans lequel s’est étendue la crise managériale de France Télécom de 2008-2009.

Innovation technologique, arrivée de nouveaux prétendants, crise économique… les sociétés sont généralement comparées à des chocs extérieurs qui les pressent à changer en profondeur leur stratégie, leurs métiers, leur suite. Pourquoi, dans le cas de France Télécom, cette mutation a-t-elle été aussi douloureuse ?

France Télécom a dû faire face conjointement quatre transformations majeurs, quelquefois réunis. Premièrement, une croissance phénoménale de son activité avec l’explosion des usages de la téléphonie, due à l’arrivée d’Internet et de la technologie du mobile. C’était à la fois une occasion et une forte pression sur la charge de travail. Deuxièmement, il fallait accomplir des investissements colossaux pour répondre à la demande, tant dans la téléphonie fixe, pour faire face à la forcée du dégroupage (l’utilisation du réseau par les concurrents) et au déploiement de nouveaux réseaux à très haut débit, que dans la téléphonie mobile. En troisième lieu, la transmutation de statut du public au privé, décidé par le pouvoir politique. Quatrièmement, l’ouverture à la concurrence dans un contexte de forte vitalité commerciale et de dénigrement de France Télécom, avec des acteurs tels que Free, dont les stratégies alternatives et low-cost vont graduellement bouleverser le marché à trois (France Télécom, SFR et Bouygues), trio sanctionné, en 2005, de manière record par l’Autorité de la concurrence pour s’être entendus. Différemment dit, l’entreprise devait gérer simultanément une envolée des investissements, une mutation de modèle professionnel – avec le mobile, une ligne téléphonique n’est plus attachée à un lieu géographique, une adresse, mais à une personne, un usager –, une baisse impérative des revenus – entre 1997 et 2005, la consommation moyenne par client a été multipliée par 2,5 alors que les prix diminuaient de 30 % –, et un changement technologique, du cuivre à la fibre et au mobile.

« C’est l’économie que nous convoitons bâtir qui se trouve actuellement sur le banc des accusés »

Devant le palais de justice de Paris, le 6 mai 2019, jour de l’ouverture du procès France Télécom.
Devant le palais de justice de Paris, le 6 mai 2019, jour de l’ouverture du procès France Télécom. LIONEL BONAVENTURE / AFP

La chercheuse Florence Palpacuer examine, la façon dont s’est étendu le mouvement de résistance qui a autorisé de résilier les pratiques managériales imputés des suicides des employés en 2008 et 2009.

Depuis le 6 mai, une affaire sans précédent se développe au tribunal de grande instance de Paris, mettant en cause l’implication de beaucoup hauts responsables de France Télécom et celle de l’entreprise elle-même – aujourd’hui Orange – en tant que personne morale, dans la crise sociale qui aura conduit au suicide plus d’une trentaine de salariés en 2008 et 2009.

Tout comme la crise sociale de 2009, ce procès éprouve une forte conséquence dans les médias. Il est l’occasion d’entendre, lors des présentations à la barre, les témoignages de salariés, responsables syndicaux, médecins et inspecteurs du travail, mais aussi de manageurs qui ont franchi cette période de restructuration.

Sa conduite symbolique sera forte quant aux formes d’implication que l’entreprise et ses dirigeants sont menés à assumer lorsque leurs terminaisons et leurs pratiques managériales sont à même de mettre en souffrance les salariés, en attaquant les identités professionnelles, les liens sociaux et les valeurs communes que ces derniers ont étendus dans l’exercice de leur travail.

Cela tout notamment lorsque les réaménagements touchent des personnels de statuts variés, comme c’est dorénavant le cas dans nombre d’entreprises de services, qui relèvent de formes juridiques hybrides, entre public et privé, et où les modes de normalisation sociale, devenus incertains, méconnus, voire déniés, peuvent autoriser le pouvoir en place à une toute-puissance abusive.

Formes d’actions nouvelles

Le caractère exceptionnel de ce procès tient nécessairement, pour partie, à la violence des pratiques de management entre 2006 et 2008, mais il tient aussi, pour beaucoup, au mouvement de changement sociale par lequel des membres de l’entreprise ont porté ces pratiques dans le débat public, pour rendre visibles, développer et dénoncer leurs effets humaines et pour revendiquer une autre vision de l’entreprise et du travail.

C’est à ce mouvement de résistance que notre travail de recherche s’est employé, à partir d’entretiens approfondis avec les principaux acteurs qui, au sein de l’entreprise, de la société civile et de l’Etat, ont su mettre en commun des ressources, étaler des actions innovantes et porter ensemble une éthique fondée sur le respect du droit et des personnes dans la conduite managériale de l’entreprise (« Resisting via hybrid spaces : the cascade effect of a workplace struggle against neoliberal hegemony », Florence Palpacuer et Amélie Seignour, Journal of Management Inquiry, 15 mai 2019).

Renault enlisé : le coût de l’alliance échouée avec Fiat

Jean-Dominique Senard, le président de Renault, lors d’une conférence de presse au siège de Nissan, à  Yokohama, au Japon, le 11 mars.
Jean-Dominique Senard, le président de Renault, lors d’une conférence de presse au siège de Nissan, à  Yokohama, au Japon, le 11 mars. BEHROUZ MEHRI / AFP

La régression soudaine de l’offre italo-américaine a mis en lumière le rôle incertain de l’Etat, premier actionnaire du fondateur français.

Durant tout l’après-midi du 6 juin, la rumeur a couru le monde parisien des affaires : « Jean-Dominique Senard va démissionner, c’est imminent », glissaient à l’oreille de leurs voisins, banquiers et communicants. Durant ce temps, le président de Renault, répliquait, impavide, à ses engagements en adhérent au conseil d’administration puis à l’assemblée générale de Saint-Gobain, dont il est aussi administrateur référent. Mais, dans sa tête, cela dirigeait forcément à cent à l’heure…

La déception, la nuit antérieure, du projet de fusion entre Renault et Fiat Chrysler Automobiles (FCA) débute à laisser des traces. Alors que le conseil d’administration du groupe au losange avait sollicité un report de la décision d’accepter ou non une union à 50-50 avec FCA, John Elkann, le président du groupe italo-américain a brusquement retiré son offre évaluant que « les conditions politiques en France ne sont pas complètement réunies pour qu’une telle association puisse être mené à bien ».

Les estimations sur une fragilisation de M. Senard sont une première manifestation de ce qui menace d’être une crise soumise pour Renault. De fait, les deux tentatives consécutives pour relancer le groupe français lancées par celui qui est enrichi à la présidence de Renault uniquement en janvier, se sont soldées par des revers. D’abord, le projet de resserrer strictement les liens capitalistiques avec son allié de vingt ans Nissan a été rejeté par le groupe japonais en avril. Et actuellement l’idée d’une fusion avec FCA est enfermée.

« Nuit des dupes »

Résultat, c’est un dirigeant à l’autorité déprimée, qui dirigera son premier rassemblement générale mercredi 12 juin. L’épisode de cette « nuit des dupes » qui a achevé au retrait du projet de FCA laisse le sentiment que le pouvoir chez Renault est d’abord dans une sorte de duopole faite par l’Etat français, primordial actionnaire de Renault, et les dirigeants de Nissan, épaulés par le gouvernement japonais.

Pour Bercy, un peu d’agacement s’est fait jour envers M. Senard dans la marche de la rebuffade italienne : « Il a discuté avec FCA sans mettre Nissan au courant et il est revenu de Tokyo en interprétant de travers la position des Japonais. Cela n’a pas aidé », déclare une source proche du ministère de l’économie.

Mais l’Etat ne désirerait surtout pas joindre une crise majeure de gouvernance à l’enfoncement actuel. Dans une interview au Figaro parue vendredi 7 juin, le ministre de l’économie, a déclaré accorder sa confiance à M. Senard. L’Elysée lui a aussi fait passer le message qu’Emmanuel Macron calculait sur lui dans ces moments compliqués. De quoi apaiser ce serviteur de l’industrie française meurtri par l’épisode.

Google affiche immédiatement les offres d’emploi vacantes sur Internet

Google lance en France une fonctionnalité qui réunit, directement sur sa page de résultats, les offres d’emploi issues de distinctes plates-formes.
Le géant américain va annoncer des offres d’emploi immédiatement dans sa page de résultats. Déjà existante dans beaucoup  de pays du monde, l’application débarque vendredi 7 juin pour la France. Concrètement, lorsqu’un internaute effectue une requête de type « emploi » accompagnée d’un nom de métier et d’une localisation, le moteur de recherche affichera un encadré proposant plusieurs offres, si elles existent.
Celles-ci sont issues de différentes plates-formes proposant des annonces d’emploi, comme HelloWork, Pôle Emploi, Cadremploi, Monster, Ouest-France-Emploi, etc., avec lesquelles Google a noué des partenariats.
Cet encadré s’affiche en réponse à la requête « emploi marketing Marseille ».
Cet encadré s’affiche en réponse à la requête « emploi marketing Marseille ». Capture d’écran
Activer des alertes
L’engagement de Google : esquiver aux internautes de décortiquer chaque jour les annonces de ces différentes plates-formes une à une, avec leurs images. En les identifiant toutes dans un même espace, Google veut rendre la recherche plus fluide et aspire d’éviter les doublons – un pari pas tout à fait réussi.Par contre, si les annonces sont directement consultables sur Google, le chercheur d’emploi devra pour solliciter se rendre sur la plate-forme où l’offre a initialement été diffusée.Pour voir toutes les annonces reliées à sa requête, l’internaute peut atteindre à une page spéciale où toutes les annonces sont associées et consultables. Il faudra nonobstant, pour solliciter, se rendre sur la plateforme ayant publié l’offre initialement.Les recherches peuvent être nettoyées par critères, comme le type de contrat, la date de publication de l’annonce, la distance géographique, l’employeur… L’utilisateur a aussi la éventualité d’activer des alertes et de mettre des annonces de côté.

Les Japonaises et les talons au travail

Le ministre du travail japonais a refusé de légiférer pour interdire aux sociétés d’obliger les employés à porter des escarpins.

Yumi Ishikawa, fondatrice du mouvement « Kutoo » contre le port obligatoire de talons au travail pour les Japonaises.
Yumi Ishikawa, fondatrice du mouvement « Kutoo » contre le port obligatoire de talons au travail pour les Japonaises. CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Un ministre une journée en talons aiguilles ? « Chiche », ont initié des milliers  de Japonaises, le 6 juin, sur les réseaux sociaux. Leur but : le ministre du travail, Takumi Nemoto, dont elles n’ont pas aimé le refus de légiférer pour interdire aux entreprises d’obliger les emplyés à porter des chaussures à talons.

« Il est généralement admis dans la société que porter des hauts talons est nécessaire et approprié au travail », a dit M. Nemoto. Il répondait à Kanako Otsuji, députée du Parti démocrate constitutionnel (opposition), pour qui obliger une femme à se jucher sur des hauts talons était « dépassé ». Un code de vêtement ne concernant que les femmes s’apparente selon elle à de « l’abus de pouvoir ». « Il n’y a abus de pouvoir que quand une employée est forcée d’en porter alors qu’elle a les pieds douloureux », a déclaré M. Nemoto.

La vice-ministre du travail, une femme, Emiko Takagai, a toutefois déclaré qu’il ne fallait pas forcer les femmes à porter des hauts talons. Ce qui n’a pas empêché les critiques de fuser en ligne, reflétant le succès d’une mobilisation lancée par une actrice de 32 ans, Yumi Ishikawa.

Mot-dièse « Kutoo »

Le 24 janvier, Mme Ishikawa disait dans un tweet ses problèmes à tenir huit heures par jour en talons pour un travail effectué dans un hôtel. « J’espère faire disparaître l’habitude de voir les femmes porter des talons et des escarpins au travail », déclarait-elle dans ce message retweeté 30 000 fois.

Juste après, Mme Ishikawa a créé le hashtag « Kutoo »dont la prononciation joue sur la similarité entre « kutsu » (chaussure) et « kutsuu » (douleur), et la proximité avec le mouvement #metoo. Elle a aussi initié une demande qu’elle a remise le 3 juin, visée par 18 000 personnes, au ministère du travail. « Il semble que les hommes ne comprennent pas que porter des talons hauts peut être douloureux et provoquer des blessures », a ajouté Mme Ishikawa à Reuters.

Le succès du mouvement s’expliquait le mécontentement augmente chez des Japonaises dans un pays classé 110e en termes d’égalité des genres par le Forum économique mondial. Le cabinet du premier ministre Abe ne compte ainsi qu’une seule femme – sur dix-neuf ministres. Depuis avril, les Japonaises sortent manifester chaque 11 du mois  pour appeler à plus d’égalité.

Les réseaux sociaux ont métamorphosé la vie des émigrés

Les réseaux sociaux ne remplacent pas les rencontres physiques, par exemple dans ce café français de Sydney.
Les réseaux sociaux ne remplacent pas les rencontres physiques, par exemple dans ce café français de Sydney. Michael Amendolia/Panos-REA
Actuellement, d’un simple clic, les expatriés peuvent découvrir tous les bons plans dont ils ont besoin sur les réseaux sociaux. Agathe, 30 ans, qui vit à l’étranger depuis l’âge de 7 ans, se retient que cela n’a pas continuellement été le cas. « Quand j’étais au collège à Djibouti, en 2000, il n’y avait même pas de téléphone », déclare-t-elle.

L’unique opérateur local, Djibouti Télécom, venait de s’introduire, en 1999. « Je me souviens que mes parents allaient aux soirées organisées par l’ambassade pour rencontrer d’autres expatriés et échanger des conseils pour trouver un médecin ou un coiffeur », mentionne la jeune Franco-Canadienne, expatriée au Mali depuis trois ans, qui a désiré garder l’anonymat.

Sur seulement Facebook, 92 millions d’expatriés sont structurés par pays ou par communauté. Les Français y ont leur groupe dans presque tous les pays du monde, de l’Indonésie au Pérou en passant par la Nouvelle-Zélande. Certains, comme « Français en Nouvelle-Zélande », assimilent plusieurs dizaines de milliers de membres. « Mon utilisation des groupes sur Facebook a explosé depuis que je vis au Pérou », ajoute Lauriane Brulebeaux, 37 ans. « Il y a le groupe des expats, celui des mamans, ou encore celui des entrepreneurs… En tout, je suis active dans une bonne dizaine de groupes, sans établir ceux que je regarde seulement de temps en temps », déclare la jeune maman.

Les réseaux sociaux assistent amplement la solidarité entre les expatriés, témoigne Michaël Briffaud, installé aux Etats-Unis depuis août 2018. Quand il s’est déplacé à Washington, tout le monde lui a conseillé de s’inscrire sur le Google Group francophone « Mamans autour de DC ». Un forum qui héberge quelque 31 000 sujets de conversation. De quoi trouver son bonheur, commodément installé dans son canapé. « Quand ma belle-sœur est venue nous rendre visite, nous avions besoin d’une poussette pour mon neveu de 3 ans et nous voulions éviter d’en acheter une. Sur le groupe, nous avons trouvé une Suisse qui nous en a prêté deux gratuitement », déclare l’expatrié de 34 ans.

« Ils ne remplacent pas la rencontre humaine »

Les réseaux sociaux complètent les réseaux physiques. « Au Mali, tu ne peux pas sortir dans la rue “pour aller voir ce qui se passe ce soir”. Du coup, les réseaux sociaux nous aident à trouver les soirées qui sont organisées », explique Agathe. Mais « ils ne remplacent pas la rencontre humaine », estime Lauriane Brulebeaux. « Le groupe Facebook des Français au Pérou n’existe pas physiquement, les gens échangent des infos mais ne se rencontrent pas, alors que certaines associations d’expatriés, comme Lima Accueil, organisent des événements. C’est une communauté qui existe vraiment et qui ne peut pas être remplacée par les réseaux sociaux. » Lauriane Brulebeaux conserve en tête l’épisode de son accouchement, il y a presque un an. A ce moment-là, bien qu’en contact avec ses proches sur les réseaux sociaux, elle a senti un grand besoin de les avoir physiquement près d’elle.

Pour ce qui concerne les contacts commodités avec les proches restés au pays, le rôle des réseaux sociaux est à double tranchant. « Avant, le départ était “sans appel”, avec une coupure nette de communication avec ses proches car le téléphone était très coûteux et les courriers arrivaient après plusieurs jours », rappelle l’anthropologue Audrey Chapot. Seul le retour en France, même ponctuel, remettait un contact ferme. Selon l’enquête « Liens et relations avec la France des Français résidant à l’étranger », accomplie par Ipsos en 2015, 78 % des Français résidant à l’étranger rentrent en France au moins une fois par an.

Actuellement, entre deux « retours », ils demeurent connectés au pays d’origine, surtout par WhatsApp ou Messenger. « Mon père et ma belle-mère se sont inscrits sur Messenger quand nous sommes partis aux Etats-Unis. On s’appelle en visioconférence tous les dimanches et pour eux, c’est vraiment important de nous voir. Cela nous permet de maintenir un lien quotidien beaucoup plus facilement que par mail », déclare Michaël Briffaud. « Les réseaux sociaux permettent la simultanéité de la communication », note l’anthropologue Audrey Chapot.

Parler sans tabou

Agathe estime aussi de pouvoir garder une liberté d’expression sans tabou en communiquant aisément avec ses proches, même si depuis le Mali les conversations vidéo sont impossibles. « La vie d’expatrié n’est pas toujours facile. Du coup, c’est réconfortant de pouvoir échanger avec des gens qui ont la même culture que soi, sans risquer de dire quelque chose qui choque », déclare la jeune femme.

Par contre, la constance des échanges gâche quelque peu la qualité des relations. « Je me suis rendu compte que quelques personnes ne saisissaient pas de nouvelles parce qu’elles pensaient connaître ma vie grâce aux photos que je postais sur Facebook », ajoute Agathe, qui a définitivement décidé de fermer son compte. Audrey Chapot certifie que ce phénomène peut aller jusqu’à créer des pénuries au retour de l’expatrié. « Avant que les réseaux sociaux n’existent, le retour signifiait redécouverte mutuelle, de l’autre et du pays d’origine. Actuellement, sous prétexte que le lien est habituel, que le blog ou Facebook présentent des détails du quotidien, l’épisode de redécouverte semble inutile, alors que dans les faits, il est essentiel », expose l’anthropologue.

A tant vouloir conserver un lien avec leur pays d’origine, les Français placés à l’étranger risquent aussi de ne pas bénéficier pleinement de leur expatriation. « Un lien quasi quotidien avec la France (proches, médias, contact avec d’autres expatriés français) freine l’immersion totale, donc empêche ou ralentit l’intégration dans le pays d’accueil », ajoute Audrey Chapot.

Plus de 5 000 personnes attendues au Forum Expat 2019

Le Forum Expat se déroulera les 12 et 13 juin au Carreau du Temple, à Paris. Ce fait créé par Le Monde en 2013 réunit des acteurs économiques, universitaires et diplomatiques pour répondre aux enjeux de la mobilité internationale : comment arranger son départ et surtout son retour ? A quelle assistance sociale se vouer ? Comment bâtir son patrimoine ?

Cette 7e édition organisée autour de trois thématiques – mobilité professionnelle, gestion de patrimoine et vivre au quotidien – décryptera l’expatriation selon les motivations de départ : pour se former en Allemagne, pour travailler au Canada, pour investir à l’île Maurice.

Le Forum fera deux focus sur l’Europe, but favorisée pour plus de 50 % des expatriés français : l’un sur la République tchèque et l’autre sur l’impact du Brexit. Une dizaine de fins seront justement indiquées : le Portugal, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne, la République tchèque, l’île Maurice, les Etats-Unis, le Canada et la Nouvelle-Zélande.

Le mercredi 12 juin de 10 heures à 21 heures et le jeudi 13 juin de 10 heures à 18 heures. Au Carreau du Temple, 4, rue Eugène-Spuller, 75003 Paris. Entrée gratuite, inscription sur www.leforumexpat.com

Fin du numerus clausus en médecine 

Les annonces gouvernementales ne affirmassent pas que le nombre de médecins formés va bien aggraver ni que la question des déserts médicaux sera décidée.

A la rentrée 2020, presque cinquante ans après sa conception, le numerus clausus aura évidemment disparu. Cette suppression, enseignée par le chef de l’Etat en septembre 2018 et choisie lundi 3 juin lors de l’examen de la loi santé au Sénat, doit mettre fin au gâchis humain d’une première année de médecine ultra-sélective, la Paces, où plus des trois quarts des quelque 60 000 inscrits échouent à décrocher une place dans les filières médicales. Elle doit aussi collaborer à dénouer la carence de médecins.

Mais cette promesse extraordinaire pourrait éveiller quelques déceptions. La commission des affaires sociales du Sénat a déjà mis en garde contre une « communication gouvernementale potentiellement trompeuse quant à la suppression du numerus clausus et à ses conséquences ». Et dans le monde universitaire et médical, l’affaire semble expérimentée, jusque dans les rangs feutrés des doyens de faculté de médecine : cette « suppression » du numerus clausus serait en réalité amplement en trompe-l’œil.

Pourquoi une telle suspicion envers une mesure pourtant amplement saluée ? Certes, le nombre de places ouvertes dans les filières des études de santé (médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie) ne sera plus établi par l’Etat pour chacune des trente-sept facultés françaises (13 523, dont 8 205 en médecine à la rentrée 2018). Mais il restera : aux universités désormais de fixer ce contingentement, en fonction de leurs capacités de formation et des besoins de santé du territoire, « sur avis conforme de l’agence régionale de santé [ARS] », et au regard « d’objectifs nationaux pluriannuels relatifs au nombre de professionnels à former établis par l’Etat ». Il y aura donc toujours un chiffre couperet.

« On va avoir une forte désillusion »

Si la transformation apparaît comme source d’une plus grande souplesse, difficile en revanche d’y voir un changement. « On laisse croire qu’on va ouvrir les vannes pour rejoindre les études médicales, que ça va être “open bar”, alors que ce ne sera pas du tout le cas », pointe un universitaire.

Le chef de l’Etat a beau annoncer qu’« il n’y aura plus de concours à la fin de la première année », des épreuves sélectives – en cours de définition, elles seront précisées par décret – viendront le remplacer. Au même temps, la Paces, première année aboutissant à ces épreuves, elle aussi enseignée comme « supprimée », va persister dans une version proche, même si des voies alternatives vont monter en force.

Des outils pour perfectionner votre anglais

Un vendredi sur deux, « La Matinale » vous conduit dans votre vie branchée. Actuellement, des idées pour se restituer sans s’accabler à parler « english », que l’on soit beaucoup, moyennement ou juste un peu rongé.

LA LISTE DE LA MATINALE

Depuis quelque temps, ce truc qui vous servait de muscle pour apprendre l’anglais a pris la forme d’un mollusque inquiet. Vous avez baissé les bras, lâché le combat, faute d’exercices réguliers. On compatit : le nôtre ne valait guère mieux avant la préparation de cette liste forte utile.

Vous avez la conséquence que vos verbes irréguliers restent enfouis six pieds sous terre ? Certes. Mais la reprise de l’entraînement peut être à la fois simple, ludique et même gratuite. Dans l’infinité du Web, vous n’imaginez pas tout ce qui subsiste et vous tend les bras. Parce que oui, les temps ont modifié depuis vos années collège avec Mr Smith. Podcasts, sous-titres intelligents, précautions en tout genre (avec de l’hypnose ou des voies virtuelles) : tous les moyens sont bons pour se rétablir à l’anglais sans trop suer.

On a testé une large subdivision de ressources digitales, avec le sentiment d’avoir repris confiance et de s’être bien désencrassé les english neurones. Une bonne fois pour toutes, vous allez pouvoir arranger votre voyage en terre anglophone. Envoyer votre candidature à ce poste convoité. Oser reprendre Mariah Carey pour la chorale de fin d’année. [Ici, ajoutez tout ce que vous voudrez.]

Selon l’abondance de vos objectifs, on vous laisse le choix entre la dose homéopathique, sans forcer depuis votre canapé ; la reprise en douceur mais appliquée ; et la version forte si vous êtes prêt à soulever de la fonte pour enfin dire adieu à ce mollusque ridicule. L’idéal étant, bien sûr, de mixer les trois options à l’envi.1

L’option « light » : le b.a-ba.

Quelques minutes par jour, dans le métro ou une salle d’attente, plus salutaire que Candy Crush, vous pourriez choisir pour l’application Duolingo, probablement l’une des plus connues dans le domaine des langues.

Vous choisissez votre objectif au départ : combien de temps êtes-vous prêt à dédier journellement à Duo, le hibou vert ? Et dans quel but : voyage ou entraînement cérébral ? Addictif et moins accusant qu’une soirée à geeker sur les réseaux sociaux, ce petit jeu est certes enfantin mais il a le mérite de remettre le pied à l’étrier. Avec un système de vies à gagner, on touche à tout : vocabulaire, grammaire, articulation, compréhension orale, etc. A chaque unité apprise, autour des animaux ou du pronom personnel objet, le niveau augmente et les messages d’assistances se multiplient : « Tu es un perfectionniste ! », nous déclare Duo. On va finir par rougir.

Bic va suspendre 450 postes partout dans le monde

La société française de stylos, briquets et rasoirs jetables va créer au même temps 400 postes dans les nouveaux métiers du digital, dont une quarantaine à Clichy et près de deux cents en Bulgarie.

Au total, le groupe compte actuellement 13 600 salariés dans le monde, dont 1 800 en France.
Au total, le groupe compte actuellement 13 600 salariés dans le monde, dont 1 800 en France. ERIC PIERMONT / AFP

Le groupe français des stylos, rasoirs et briquet Bic a déclaré jeudi 6 juin son intention de suspendre environ 450 postes dans le monde, principalement dans ses fonctions administratives, tout en créant 400 nouveaux postes dans les nouveaux métiers du digital.

Les suspensions de postes doivent initier à partir de la fin de 2019, après une procédure d’information-consultation du personnel, et s’échelonneront jusqu’en 2022. Elles vont surtout concerner une centaine de salariés du siège social à Clichy (Hauts-de-Seine), qui en comprend en ce moment quatre cents, a précisé à l’Agence France-Presse (AFP) Sophie Palliez-Capian, directrice des relations extérieures du groupe.

Objectif affiché : se rapprocher davantage de ses clients

Du côté des emplois créés, « une quarantaine » le seront à Clichy. Mais le gros des créations d’emplois – près de deux cents –, qui devraient être faites au même temps des suppressions, sera réalisé à Sofia, en Bulgarie, où un centre de services pour le groupe va être installé, a-t-elle ajouté. Au total, le groupe compte en ce moment 13 600 travailleurs dans le monde, dont 1 800 en France. Ses usines ne seront pas concernées par cette valse d’effectifs.

Ces nouveaux emplois intéresse des profils recherchés par le groupe dans le cadre d’un plan de changement de ses activités à l’horizon 2022 présenté en début d’année, visant à gagner en efficacité et à se rapprocher davantage de ses consommateurs finaux, par le biais surtout des nouvelles technologies. Bic va ainsi recruter « des data scientists [analystes de données], des spécialistes du marketing numérique et du e-commerce », a déclaré Mme Palliez-Capian.

Plusieurs autres mesures au niveau de la production et du développement des produits devraient porter au total de 45 millions d’euros les économies annuelles du groupe à partir de la fin de 2022, contre 20 millions d’euros déclaré jusque-là, assure le communiqué.

Bic n’a en revanche pas chiffré pour le moment la répercutions de ces mesures sur sa rentabilité à court terme. Le groupe anticipe déjà un nouveau déclin de sa rentabilité cette année, en raison surtout du renchérissement des matières premières, d’effets de change défavorables et de la hausse de ses coûts de production liée à la baisse de ses volumes de ventes.