« Une vision désirable et émancipatrice doit limiter l’importance personnelle et sociale du travail »

Tribune. Dans une récente tribune, des universitaires de renom prônent une réforme du travail à l’aune de la crise du coronavirus et de la crise écologique (« Il faut démocratiser l’entreprise pour dépolluer la planète », Le Monde du 18 mai). Nous espérons que ce texte lancera un débat nécessaire sur le rôle du travail dans nos sociétés.

En principe, nous partageons leurs inquiétudes et suggestions.

Néanmoins, nous pensons que certaines propositions vont en réalité dans la mauvaise direction et sont en retard sur le potentiel progressiste des débats actuels sur le travail.

Les auteurs esquissent également une image acritique et uniment positive du travail et sont étonnement silencieux sur beaucoup des problèmes posés par le travail.

Vision discriminatoire et antidémocratique

La tribune pointe à juste titre l’exclusion des travailleurs de la plupart des mécanismes décisionnels des entreprises. Etendre la démocratie au monde du travail est une nécessité qui ne saurait attendre davantage. Mettre en œuvre la cogestion dans les entreprises est donc indispensable.

Cependant, cela ne change pas la finalité principale des entreprises privées : générer du profit pour les propriétaires du capital. Mettre l’intérêt des travailleurs au centre requiert donc d’autres formes d’organisation, comme les coopératives possédées et gérées directement par les travailleurs.

Surtout, la vision implicite d’un futur où il faut un travail pour se prononcer sur la marche de l’économie est discriminatoire et fondamentalement antidémocratique. Elle exclut de larges parts de la population, notamment en marginalisant plus avant les chômeurs et les personnes engagées dans les activités domestiques et de soin non ou sous-rémunérées, typiquement les femmes et les migrants.

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Une réelle démocratisation du travail nécessite d’aller bien plus loin et d’inclure la démocratisation de l’économie tout entière, où la société dans son ensemble décide du nombre d’heures travaillées, de ce qui est produit, comment et au bénéfice de qui.

Une délibération collective portant, par exemple, sur la finalité du secteur financier ou la nécessité des emplois dans l’armement ou l’abattage industriel mettrait rapidement en question le nombre croissant de « bullshit jobs » (« boulots à la con », pour reprendre l’expression de l’anthropologue américain David Graeber) inutiles et même destructeurs pour notre société. La pandémie due au coronavirus a ainsi jeté une lumière crue sur la liste plutôt limitée des emplois et secteurs essentiels pour satisfaire les besoins sociaux de base.

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« Je ne veux plus télétravailler », « Franchement, j’en ai ma dose » : les dégâts du télétravail

COLCANOPA

Le télétravail ne fait pas que des heureux. La généralisation du travail à distance a fait chuter la motivation des salariés. « Du jamais-vu depuis cinq ans », indique l’étude WorkAnyWhere réalisée en avril auprès de 6 500 salariés, publiée jeudi 7 mai. « Nous sommes tous débordés, franchement en surchauffe, on passe la journée à régler les questions immédiates, je dois me bloquer des plages dans mon planning pour pouvoir réfléchir », témoigne Amélie, cadre supérieure dans une PME de recherche et développement.

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« Là où tout se réglait par des interactions de quelques minutes en présentiel, ça prend actuellement des proportions énormes en temps, et en énergie. Habituellement, on règle plein de choses en se montrant les documents, les prototypes. A distance, ça nécessite de s’envoyer un premier mail pour dire qu’on veut se voir. On n’a pas du tout la culture du mail, tout se réglait à l’oral. C’est beaucoup plus long à l’écrit : il y a plusieurs allers-retours, des incompréhensions et des conflits, qu’il ne faut pas laisser perdurer, pour éviter les dégâts irréversibles. Il faut une heure là où ça prenait cinq minutes. Et dès qu’on doit interagir à plus que deux, il faut prendre rendez-vous. C’est une charge mentale supplémentaire très importante. »

« Les salariés parlent d’abandon, de solitude, de surcharge cognitive liée au trop grand nombre d’informations à traiter », Eric Goata, directeur général délégué du cabinet Eleas

Pour beaucoup de salariés, le télétravail est devenu synonyme de tensions, de stress, de burn-out. Au bout de deux mois, il y a déjà un phénomène d’usure. Le nombre de lignes d’écoute de psychologues mises à disposition des salariés a doublé, indique Eric Goata, directeur général délégué du cabinet Eleas, spécialisé dans la prévention des risques psychosociaux : « Les salariés parlent d’abandon, de solitude, de surcharge cognitive liée au trop grand nombre d’informations à traiter, de surcharge de travail, d’un sentiment d’être surveillé à l’excès par les managers, des difficultés à coopérer avec les collègues et de l’impossibilité de concilier vie privée-vie professionnelle ».

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Pour François-Xavier, responsable technique projet dans un grand groupe, qui s’exprime sous couvert de l’anonymat, « avec le télétravail, les comportements toxiques sont devenus nocifs. Les managers qui ont besoin de contrôle permanent pour se rassurer, au bureau on passait simplement les voir, mais à distance, c’est plus compliqué à gérer. Aujourd’hui, j’ai dénombré 28 mails du même responsable. Derrière un écran, on est un peu en mode tout-puissant. On n’a pas forcément conscience que ça pèse sur le moral du salarié de se sentir épié tout le temps ».

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Le marché du travail américain à l’épreuve du Covid-19

Les chiffres ont de quoi donner le tournis. Entre février et avril, le taux de chômage aux Etats-Unis est passé de 3,5 % à 14,7 %. Une telle flambée n’avait jamais été observée depuis la guerre.

Une envolée du chômage, symbole d’un marché du travail ultra-flexible

Infographie Le Monde
Infographie Le Monde

Le nombre d’emplois aux Etats-Unis est donc revenu à son niveau du début 2011 (environ 131 millions, contre 152 millions avant la pandémie). Dans le secteur le plus touché, les loisirs et l’hébergement, le nombre d’emplois a été divisé par près de deux.

Si le taux de chômage s’est envolé aussi rapidement, c’est que le marché du travail américain est l’un des plus flexibles au monde et que les autorités y interviennent peu, que ce soit du point de vue de la régulation que de celui des aides aux salariés et aux chômeurs.

Des mesures-chocs pour tenter d’endiguer la crise

Le gouvernement américain a néanmoins mis en place plusieurs aides visant à maintenir l’emploi ou à aider les personnes qui auraient tout de même été licenciées.

Les Américains peu convaincus dans les sondages

Malgré les efforts du gouvernement de Donald Trump, la vision qu’ont les Américains de leur économie semble ébranlée, et les effets de l’épidémie de Covid-19 se font ressentir dans près d’un foyer sur deux.

Récemment, la presse américaine a révélé que de nombreuses sociétés cotées en Bourse ont elles aussi bénéficié du Paycheck Protection Program. Bien que certaines aient renvoyé ces sommes, l’opinion américaine reproche la façon dont ces aides ont été gérées.

L’approbation aux réponses apportées par Donald Trump à la crise du Covid-19 diffère toujours très largement selon les affinités partisanes.

Sources : BLS, FED, OCDE, Associated Press-Norc, CNN, LLRI, Fivethirtyeight

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Les géants du numérique, apôtres du télétravail

Facebook veut être « l’entreprise la plus en avance du monde sur le télétravail », a lancé, presque comme un slogan, Mark Zuckerberg, jeudi 21 mai. Pour le fondateur du réseau social, qui s’adressait à ses employés dans une conférence retransmise en ligne, la moitié des employés du groupe pourraient travailler de chez eux, d’ici cinq à dix ans. Ce genre de projection est fragile, vu le contexte incertain, mais l’annonce est frappante : en effet, M. Zuckerberg parle de travail à distance à plein temps, sans poste de travail attribué dans les locaux de l’entreprise, et pas d’un mélange entre activité au bureau et à la maison. Son annonce symbolise un mouvement amorcé par les géants du numérique à la faveur du confinement.

Lire l’enquête : Télétravail: ce qu’en retiennent les entreprises

Concrètement, Facebook va commencer à recruter des télétravailleurs : il va embaucher des milliers d’employés dans trois villes américaines où elle ne possède aucun bureau, Denver (Colorado), Atlanta (Géorgie) et Dallas (Texas). Et aussi dans les périphéries élargies de ses locaux actuels (jusqu’à quatre heures de route). Voire dans des zones « encore plus éloignées », a précisé le patron américain.

Aucune philanthropie

Certains des 45 000 salariés existants, qui travaillent à distance depuis début mars, vont aussi pouvoir exprimer le souhait de le faire de façon permanente ou non. Selon un « sondage » réalisé en interne, 40 % d’entre eux sont très ou un peu intéressés par cette option, alors que 50 % aimeraient retourner au bureau le plus vite possible. 60 % seraient ouverts à un mélange bureau-domicile. Et 75 % des gens intéressés par le télétravail complet envisageraient, dans ce cas, de déménager.

Cette évolution de Facebook n’est pas philanthropique, a prévenu son fondateur. « Le but ultime est de faire notre travail mieux », et pas d’offrir à tout prix à chaque individu « le maximum de flexibilité ». D’ailleurs, la cible première de ce travail à distance sera les « ingénieurs expérimentés ». Les débutants et les professions qui nécessitent une présence physique – techniciens de maintenance de matériel informatique ou de centres de données, modérateurs, responsables des relations extérieures, commerciaux, etc. – n’y auront pas accès.

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La firme californienne espère certains bénéfices : une productivité égale ou supérieure, ainsi qu’un meilleur recrutement et une fidélisation des employés très qualifiés – deux casse-tête dans des régions concurrentielles et chères comme la Californie. Officiellement, la réduction des coûts n’est pas une motivation, mais Facebook baissera le salaire des employés qui s’installeront dans des zones où la vie est moins chère. Et si l’entreprise est prudente sur le modèle hybride bureau-domicile, c’est notamment par peur de « coûts doubles » (payer au salarié un bureau et son équipement à la maison). L’autre est la crainte de locaux dévitalisés par les « postes de travail inoccupés ».

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Les entreprises françaises face aux vagues de faillites qui s’annoncent

Des employés de l’usine Renault de Flins travaillent sur la chaîne de montage automobile, le 6 mai.
Des employés de l’usine Renault de Flins travaillent sur la chaîne de montage automobile, le 6 mai. GONZALO FUENTES / REUTERS

La vague n’est pas encore là, mais l’onde de choc provoquée par la crise du Covid-19 commence à se faire durement ressentir sur le tissu industriel hexagonal. Le report des charges sociales, les prêts garantis par l’Etat et le chômage partiel ont permis de traverser les semaines de confinement sans trop de casse sociale. Mais à l’heure des comptes, les chiffres donneront le tournis. Les huit semaines de confinement ont coûté 120 milliards d’euros à l’économie française, d’après les chiffres de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), dont environ 40 milliards qui pèsent sur les entreprises. Un montant « colossal », selon l’économiste Eric Heyer, qui risque bien de se traduire, dans les semaines et les mois qui viennent, par des défaillances d’entreprises et d’inévitables plans sociaux.

« Pour l’instant, les entreprises sont portées par les mesures gouvernementales, résume Loïc Belleil, président du tribunal de commerce de Nantes. Mais la vague viendra dans les mois prochains. Elle touchera tous les secteurs, notamment les entreprises qui ont des contrats internationaux, qui se trouvent inévitablement fragilisés. » Ce temps de décalage s’explique aussi par les cycles de production, comme l’explique Jérôme Gernais, président de la chambre du commerce et de l’industrie de l’Indre :

« Il ne faut pas se laisser tromper par les entreprises qui ont continué à travailler durant ces deux mois de confinement : elles assuraient des commandes antérieures. Mais les carnets de commandes ne vont pas se remplir de sitôt, ça va être très long et c’est un problème mondial ».

Dans les cabinets de conseil spécialisés dans les redressements ou restructurations d’entreprises, ce constat est largement partagé. « Les dossiers que nous traitons actuellement, tels que Conforama, La Halle, Naf Naf ou Presstalis, sont plutôt des dossiers d’entreprises qui étaient en difficulté avant la crise et elles seraient tombées de toute façon, note Cédric Colaert, cofondateur du cabinet de conseil en restructurations Eight Advisory. Mais la période qui vient va être fondamentale. » « Les vagues vont arriver en juin et septembre de façon cumulative, quand tous les dispositifs d’accompagnement tels que le chômage partiel seront éteints, prédit Arnaud Marion, spécialiste du management de crise. Le pic de tensions devrait être atteint en septembre-décembre, avec un étalement sur 2021. » S’ajoute une inquiétude sur le « mur de la dette », qui se dressera désormais sur le chemin de la reprise.

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Coronavirus : alerte sur l’état de santé mentale des internes en médecine

Au sein du service de soins intensifs de l’hôpital Robert-Ballanger, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 30 avril.
Au sein du service de soins intensifs de l’hôpital Robert-Ballanger, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 30 avril. GONZALO FUENTES / REUTERS

« La fatigue, les morts… En service de réanimation, on prend toujours quelques années à chaque garde, mais peut-être un peu plus en ce moment. » C’est avec des mots pudiques que Marie Saleten, interne en anesthésie-réanimation, décrit ce qu’elle a vécu ces derniers mois durant la crise due au Covid-19, en rejoignant l’unité montée en urgence à l’hôpital militaire de Bégin, à Saint-Mandé (Val-de-Marne). La jeune femme de 27 ans souffle depuis une quinzaine de jours, alors que l’épidémie recule.

Les quelque 30 000 jeunes praticiens de médecine – entre leur 7e et leur 11e année d’études –, en première ligne aux côtés de l’ensemble des médecins, vont devoir surmonter le choc de la crise sanitaire. D’après l’étude réalisée par l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI), rendue publique vendredi 22 mai, leur état de santé mentale est « extrêmement préoccupant ». « L’épidémie a été très anxiogène pour les internes, toutes spécialités confondues », souligne Justin Breysse, président de l’ISNI.

« On s’attendait à une dégradation mais c’est très alarmant ; nous partions déjà d’un seuil très élevé », souligne Justin Breysse

Les chiffres sont inquiétants dans cette enquête réalisée par questionnaire en ligne, à laquelle 892 internes ont répondu entre le 20 mars et le 11 mai, en s’appuyant sur les échelles des études psychiatriques habituelles. De fait, 47,1 % des répondants présentent des symptômes d’anxiété, 18,4 % des symptômes dépressifs. Soit respectivement près de 15 points et 10 points de plus qu’en 2017, date de la dernière étude menée par le syndicat. Quelque 29,8 % des répondants rapportent également des symptômes de stress post-traumatique. « On s’attendait à une dégradation mais c’est très alarmant ; nous partions déjà d’un seuil très élevé », souligne Justin Breysse.

« C’était bien pire que d’habitude »

La question de la santé mentale des internes n’est pas nouvelle, avec sa face la plus visible que sont les suicides – 4 internes se sont suicidés entre janvier et mars, selon le décompte de l’ISNI. Les problématiques que rencontrent ces jeunes médecins au statut compliqué – autonomes, avec des responsabilités mais encore en stage – sont régulièrement dénoncées : des conditions de travail difficiles, avec un temps de travail hebdomadaire moyen de cinquante-huit heures d’après la dernière enquête du syndicat, des jours de repos non respectés… La « dernière roue du carrosse » sur laquelle s’appuie l’hôpital « ne va pas tenir longtemps », alerte Justin Breysse. Là-dessus est venue s’ajouter la crise due au Covid-19.

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Covid-19 : des aides jusqu’à 5 000 euros pour protéger les salariés dans les petites entreprises

« Le dispositif vise à rembourser jusqu’à 50 % (hors taxes) de l’investissement dans du matériel de protection. Cette aide concerne les équipements destinés à faire respecter les distances et à protéger les postes de travail » (Salon de coiffure, le 11 mai, à Saint-Rémy-les-Chevreuses).
« Le dispositif vise à rembourser jusqu’à 50 % (hors taxes) de l’investissement dans du matériel de protection. Cette aide concerne les équipements destinés à faire respecter les distances et à protéger les postes de travail » (Salon de coiffure, le 11 mai, à Saint-Rémy-les-Chevreuses). NICOLAS KRIEF POUR « LE MONDE »

Hygiène renforcée, port de masques, de gants… La facture des aménagements pour protéger la santé des salariés contre le Covid-19 risque de peser lourd dans la trésorerie des petites entreprises. Depuis lundi 18 mai, la branche « risques professionnels » de l’Assurance-maladie déploie une nouvelle subvention, afin d’aider les organisations de moins de cinquante salariés et les travailleurs indépendants à financer la mise en place des gestes barrière.

Le dispositif vise à rembourser jusqu’à 50 % (hors taxes) de l’investissement dans du matériel de protection. Cette aide concerne les équipements destinés à faire respecter les distances et à protéger les postes de travail (vitres, Plexiglas, barrières…), ainsi que les supports d’information (écrans, tableaux…).

Premiers arrivés, premiers servis

Pour les petites structures qui souffrent de locaux exigus et inadaptés, la prise en charge inclut les surfaces additionnelles et provisoires, ainsi que les installations supplémentaires pour l’hygiène (toilettes, lavabos, etc.).

En revanche, masques, gel hydroalcoolique et visières de protection ne sont pris en charge que si l’entreprise a investi dans au moins une de ces mesures barrières. Quant aux gants et aux lingettes, ils ne sont pas subventionnés. De même que les équipements pour le télétravail (tablettes, ordinateurs portables…) et les éléments à usage unique (Scotch, feutres…).

Toute entreprise de moins de cinquante salariés, qui achète ou loue ces équipements entre le 14 mars et le 31 juillet, est éligible à cette subvention plafonnée à 5 000 euros, à condition que son investissement soit d’au moins 1 000 euros. Les travailleurs indépendants, notamment ceux qui sont en contact avec du public, peuvent aussi y recourir, avec un seuil de dépenses fixé à 500 euros.

Les demandes sont à adresser, avant le 31 décembre 2020, à la caisse régionale d’Assurance-maladie à laquelle l’entreprise est rattachée. Le dossier à constituer est relativement léger, mais gare aux fraudeurs : les bénéficiaires sont susceptibles d’être contrôlés. La subvention sera versée en une seule fois, dans un délai qui n’est pas précisé. Le budget alloué à cette subvention étant limité a 20 millions d’euros, les premiers arrivés seront les premiers servis.

Quelques conditions

Sont exclus de ce dispositif les établissements couverts par la fonction publique territoriale et hospitalière, de même que les entreprises qui ont déjà bénéficié d’une aide publique portant sur les mêmes investissements ou d’un contrat de prévention au cours des deux années précédentes.

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Dans l’Aisne, « l’incertitude » de Pôle emploi sur une vague de chômage après la crise sanitaire

A l’entrée de l’agence Pôle emploi de Laon (Aisne), le 20 mai.
A l’entrée de l’agence Pôle emploi de Laon (Aisne), le 20 mai. SIMON AUFFRET POUR LE MONDE

A l’entrée de l’agence Pôle emploi de Laon (Aisne), mercredi 20 mai, impossible de se soustraire au strict protocole sanitaire : la porte ne s’ouvre qu’une fois le rendez-vous dûment confirmé, et le port du masque est obligatoire. A l’accueil, une conseillère demande à chaque visiteur « une adresse mail et un numéro de téléphone », qui seront transmis à l’Agence régionale de santé, si un cas de contamination au Covid-19 est découvert sur le site.

Mickaël Bouvier, conducteur d’engins de chantier, vient de passer toutes ces étapes pour accéder aux postes informatiques disponibles. « Mon contrat s’est terminé pendant le confinement, le 5 mai », raconte-t-il. A la mi-journée, il est le seul demandeur d’emploi présent dans l’agence de Laon. Depuis sa réouverture au public, le 18 mai, moins d’une quinzaine de personnes se sont physiquement déplacées pour effectuer leurs démarches. Seuls neuf des soixante-six conseillers sont physiquement présents, l’accompagnement s’effectuant en grande partie par téléphone et sur Internet.

Peu d’inscriptions, mais peu d’embauches

Malgré une baisse de 50 % du nombre d’offres d’emploi et 246 100 chômeurs de catégorie A supplémentaires à la fin du mois de mars en France, aucune hausse importante des inscriptions à Pôle emploi n’a été constatée dans l’Aisne et dans la Somme. « L’utilisation de l’activité partielle a permis à beaucoup d’entreprises de ne pas procéder à des licenciements », estime Jean-Pierre Tabeur, directeur territorial de Pôle emploi pour les deux départements.

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Dans le département, le confinement a même été l’occasion de procéder à plusieurs vagues de recrutements rapides dans des secteurs en tension, à l’hôpital de Laon par exemple, chez des industriels comme Daunat ou dans certaines exploitations agricoles – malgré, pour ce dernier secteur, le succès limité de la plate-forme Internet Desbraspourtonassiette.

« Le nombre d’entrées à Pôle emploi est stable, mais le nombre de sorties vers l’emploi est, lui, quasi nul », explique cependant M. Tabeur. Selon Pôle emploi, la forte augmentation du nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A provient moins de nouveaux chômeurs que du transfert de demandeurs de catégorie B ou C, déjà inscrits, dont les contrats courts et intermittents se sont interrompus durant le confinement.

« On entre dans une période tampon »

Pour les prochains mois, cependant, « c’est l’incertitude », estime le directeur de l’agence de Laon, Youssef El Grimat. « On entre dans une période tampon, entre le moment où les entreprises vont arrêter de bénéficier de l’activité partielle et le retour à la normale progressif de la demande », poursuit Jean-Pierre Tabeur. Son équipe table sur un échelonnement des licenciements plutôt qu’une hausse soudaine du nombre d’inscrits.

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« Renault joue sa survie » : l’Etat demande au constructeur de s’engager sur le maintien de ses activités en France

Le ministre de l’économie Bruno Le Maire quitte l’Elysée, à Paris, le 20 mai.
Le ministre de l’économie Bruno Le Maire quitte l’Elysée, à Paris, le 20 mai. IAN LANGSDON / AFP

« Renault joue sa survie », a prévenu Bruno Le Maire. Le prêt de 5 milliards d’euros, « je ne l’ai pas encore signé », a expliqué le ministre de l’économie dans un entretien publié jeudi 21 mai au soir par Le Figaro, en demandant aux constructeurs automobiles de s’engager sur trois points, dont « la localisation en France de leurs activités technologiquement les plus avancées ».

Renault se retrouve dans une très mauvaise situation, ayant vu ses usines et son réseau commercial paralysés par la crise sanitaire et les confinements décidés notamment en Europe, qui ont fait chuter le marché du neuf de 76,3 % en avril en Europe. Le groupe était déjà fragilisé avant cet épisode, ayant subi en 2019 sa première perte nette en dix ans.

L’Etat français, premier actionnaire de Renault avec 15 % du capital, a accepté de voler à son secours en garantissant un prêt bancaire d’environ 5 milliards d’euros, qui a été approuvé par l’Union européenne. Mais il faut encore qu’il soit validé par M. Le Maire et un décret publié au Journal officiel.

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Des engagements du groupe automobile attendus

(FILES) In this file photo taken on May 06, 2020 an employee wearing a protective mask against the spread of the novel coronavirus, COVID-19, walks along the assembly line that produces both the electric vehicle Renault Zoe and the hybrid vehicle Nissan Micra, at Flins-sur-Seine. French manufacturer Renault plans to definitively stop car production at the Flins (Yvelines) factory which assembles the electric city car Zoe and the Nissan Micra, according to a source close to the file, partially confirming information from the Canard Enchaine. The group will unveil on May 29, 2020 the outlines of a vast savings plan of 2 billion euros announced in February. Four factories would be closed in France: first the ones in Choisy-le-Roi, Dieppe and the Foundries of Brittany, and Flins at a later date, according to the newspaper. / AFP / Martin BUREAU
(FILES) In this file photo taken on May 06, 2020 an employee wearing a protective mask against the spread of the novel coronavirus, COVID-19, walks along the assembly line that produces both the electric vehicle Renault Zoe and the hybrid vehicle Nissan Micra, at Flins-sur-Seine. French manufacturer Renault plans to definitively stop car production at the Flins (Yvelines) factory which assembles the electric city car Zoe and the Nissan Micra, according to a source close to the file, partially confirming information from the Canard Enchaine. The group will unveil on May 29, 2020 the outlines of a vast savings plan of 2 billion euros announced in February. Four factories would be closed in France: first the ones in Choisy-le-Roi, Dieppe and the Foundries of Brittany, and Flins at a later date, according to the newspaper. / AFP / Martin BUREAU MARTIN BUREAU / AFP

Le groupe doit présenter vendredi 29 mai son nouveau plan stratégique, et a déjà chiffré les économies nécessaires à 2 milliards d’euros. Ce plan pourrait comprendre la fermeture de trois usines de taille moyenne en France, ainsi qu’une reconversion de l’installation industrielle emblématique de Flins (Yvelines), selon le Canard Enchaîné et une source proche du dossier.

Si le constructeur n’a pas commenté ces informations, elles ont suscité une levée de boucliers, le premier ministre, Edouard Philippe, prévenant mercredi que le gouvernement serait « intransigeant » sur la préservation des sites.

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« Nous poursuivons nos discussions dans le cadre du plan de soutien à l’industrie automobile », a précisé Bruno Le Maire en révélant que ce plan, attendu par la filière tout entière, serait annoncé la semaine prochaine par le président de la République.

Dans ce cadre, « nous demandons aux constructeurs de prendre des engagements dans trois directions : le véhicule électrique, le respect de leurs sous-traitants et la localisation en France de leurs activités technologiquement les plus avancées », a détaillé le ministre.

« Toutes les aides que nous apportons aux entreprises doivent être orientées dans ces deux directions : la décarbonation de l’économie française et l’amélioration de sa compétitivité. »

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La suspension des règles de discipline budgétaire pour 2021

Dans cet entretien, le ministre de l’économie revient aussi sur les règles de discipline budgétaire entre membres de l’Union européenne : « Nous souhaitons que les règles du pacte de stabilité, suspendues pour 2020, le soient également pour 2021. » « Rien ne serait pire que de relancer la machine économique tout en appuyant sur le frein des dépenses publiques. C’est une erreur qui a été commise en 2009 et que nous ne commettrons pas à nouveau », a ajouté le ministre.

Interrogé sur le projet de relance de 500 milliards d’euros proposé lundi par le président français, Emmanuel Macron, et la chancelière allemande, Angela Merkel, qui doit encore néanmoins recevoir l’onction des autres membres de l’Union, dont certains renâclent, il a déclaré :

« L’Autriche, les Pays-Bas, la Suède, le Danemark ont exprimé leurs réserves. Pourtant, les économies de ces Etats bénéficient du marché unique : c’est donc leur intérêt que l’économie redémarre chez tous leurs partenaires en Europe. »

« Ce redémarrage dépendra de la puissance du plan de relance. Lever de la dette en commun est l’instrument le moins cher, parce que les taux sont faibles et que nous rembourserons la dette sur une longue durée, supérieure à dix ans. C’est donc bien la solution la plus frugale, a plaidé M. Le Maire. L’Europe ne peut pas être construite sur les seuls intérêts nationaux, elle ne peut être construite que sur la solidarité. »

Enfin, dans le domaine fiscal, le ministre a réitéré son souhait d’un « accord international sur la taxation des géants du numérique, qui sortent renforcés de la crise, de mettre en place une taxation minimale à l’impôt sur les sociétés pour lutter contre l’optimisation fiscale et d’instaurer une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne ».

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Le Monde avec AFP

Facebook veut devenir « l’entreprise la plus en avance » sur le télétravail

Mark Zuckerberg a annoncé qu’il comptait transformer Facebook en « l’entreprise la plus en avance du monde sur le télétravail ».
Mark Zuckerberg a annoncé qu’il comptait transformer Facebook en « l’entreprise la plus en avance du monde sur le télétravail ». JOSH EDELSON / AFP

La moitié des employés de Facebook pourraient travailler de chez eux, de façon permanente, d’ici cinq à dix ans, a annoncé Mark Zuckerberg lors d’une conférence pour ses employés diffusée en public sur la plate-forme, jeudi 21 mai.

Le géant des réseaux sociaux va être « l’entreprise la plus en avance du monde sur le télétravail », a assuré le fondateur et patron de Facebook, qui comptait quarante-cinq mille employés dans le monde à la fin de l’année dernière. Fin avril, il a annoncé son intention de recruter dix mille personnes supplémentaires, tant les changements de société liés à la pandémie représentent d’opportunités et de marchés à conserver ou conquérir pour le groupe américain.

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Mais les nouveaux salariés, dont une partie passera des entretiens uniquement en ligne, vont intégrer un univers en plein bouleversement, sans possibilité proche ou lointaine de retour à la normale. « Je voudrais insister sur le fait que le Covid-19 ne va pas disparaître avant longtemps », a déclaré M. Zuckerberg, avant de présenter les retours d’expérience et son plan pour l’organisation du travail au sein de son entreprise.

95 % du personnel actuellement en télétravail

Facebook, dont 95 % du personnel est en télétravail en ce moment, avait déjà annoncé récemment que ses employés continueraient à travailler en majorité de chez eux jusqu’à la fin de l’année. Aucun rassemblement de plus de cinquante personnes ne sera organisé avant juillet 2021 au mieux.

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Selon une étude en interne, plus de 50 % des employés s’estiment plus productifs en télétravail, et 20 % à 40 % se disent intéressés par la possibilité de télétravailler de façon permanente. Mais 50 % aimeraient retourner au bureau le plus vite possible.

M. Zuckerberg s’est dit « optimiste » sur le potentiel bénéfique du télétravail. « Nous ne le faisons pas parce que des employés le réclament, mais parce que nous sommes là pour servir le monde, et notre communauté, et débloquer autant d’innovation que possible. »

Parmi les avantages, il a évoqué plus d’égalité des chances dans les carrières, des recrutements plus diversifiés, des économies sur les infrastructures et les salaires (qui seront ajustés en fonction du lieu de résidence) et une meilleure rétention des personnes obligées de déménager pour des raisons personnelles.

« En 2020, il est plus facile de déplacer des octets que des atomes, donc je préfère que nos employés se téléportent par vidéo ou réalité virtuelle plutôt qu’ils soient coincés dans les embouteillages à polluer l’environnement », a également déclaré M. Zuckerberg.

Le Monde avec AFP