Boom de l’apprentissage dans la fonction publique

L’apprentissage dans la fonction publique a explosé pendant le quinquennat d’Emmanuel Macron. Et la ministre de la transformation et de la fonction publiques, Amélie de Montchalin, devait présenter de nouvelles mesures en conseil des ministres, mercredi 24 novembre, pour accélérer le mouvement.

L’administration a longtemps été derrière le privé. « Il y avait un retard à rattraper, reconnaît-on dans l’entourage de Mme de Montchalin. Il a commencé à l’être. » Entre 2017 et 2021, le nombre d’apprentis recrutés dans les trois fonctions publiques (Etat, collectivités locales, hôpitaux) est passé de 13 000 à 24 800.

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Le gouvernement a analysé les freins qui empêchaient un développement encore plus marqué. Dans un rapport remis au Parlement, il en décrit trois : l’insuffisance de moyens financiers, la difficulté à mobiliser des maîtres d’apprentissage, et les difficultés pour l’administration à gérer des contrats qui relèvent du droit privé.

Incitations financières

La ministre devait donc présenter en conseil des ministres de nouvelles incitations financières. En 2022, les limitations d’emplois des ministères seront déplafonnées pour les apprentis. Cela représente 7 000 postes à temps plein de plus. De même, toujours pour la fonction publique d’Etat, les maîtres d’apprentissage toucheront une prime de 500 euros dès le 1er janvier. L’objectif fixé par le premier ministre de recruter dans l’administration d’Etat près de 15 000 jeunes alternants sera dépassé en 2022, assure-t-on chez Mme de Montchalin. Ils n’étaient que 5 600 en 2016.

Dans les hôpitaux, une aide de 3 000 euros vient d’être instaurée pour 1 000 contrats d’apprentissage, dès lors que ceux-ci ont été signés depuis le 1er juillet. « Plus de 1 000 demandes ont déjà été déposées », dit-on de même source. Cela devrait permettre de faire passer le nombre d’alternants dans le secteur médical public de 500 en 2016 à 1 800 cette année.

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Pour ce qui relève des collectivités locales, qui ont mis en place cette aide depuis 2020, escomptant 8 500 nouveaux apprentis chaque année, le processus de financement sera simplifié. C’est dorénavant le Centre national de la fonction publique territoriale qui sera l’interlocuteur unique. Pouvant mobiliser un budget de 80 millions d’euros en 2022 issu des contributions de différents acteurs, dont l’Etat pour 30 millions, il financera directement ces frais de formation.

Enfin, pour l’ensemble de l’administration, toutes les offres d’apprentissage sont dorénavant disponibles sur le site 1jeune1solution. gouv. Le contrat sera dématérialisé et, d’ici la fin de l’année prochaine, la signature électronique instituée.

La réforme du régime de garantie des salaires toujours engluée

La tension monte entre le patronat et plusieurs syndicats. A l’origine de leurs désaccords, il y a l’avenir du régime de garantie des salaires – un dispositif méconnu mais essentiel puisque c’est lui qui assure la rémunération des personnels travaillant dans des entreprises défaillantes. Mardi 23 novembre, les partenaires sociaux devaient se prononcer sur un texte qui transforme en profondeur le fonctionnement de cet organisme. Mais le vote n’a pas eu lieu, car la CFE-CGC, la CFTC, la CGT et FO, qui sont contre le projet, se sont coalisées pour qu’il n’y ait pas de quorum, bloquant ainsi toute délibération.

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Le régime de garantie des salaires constitue un objet à part dans notre système de protection sociale. Sa gouvernance est assurée par « l’association AGS », dans laquelle siègent exclusivement des représentants de mouvements d’employeurs, parmi lesquels le Medef ainsi que la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). Les opérations concrètes, elles, sont confiées à une autre entité : la délégation Unédic AGS (DUA), qui est un « établissement » de l’Unédic, l’association chargée du pilotage de l’assurance-chômage. L’activité de la délégation obéit à une « convention de gestion » signée par les responsables de l’association patronale AGS et par les dirigeants de l’Unédic – qui est une structure paritaire, administrée par des organisations d’employeurs et de salariés.

Une « boîte noire » à la main du patronat

Un tel dispositif peut difficilement être cité en exemple pour sa simplicité. La Cour des comptes l’a d’ailleurs fait remarquer : dans un rapport remis en 2019, elle a préconisé « une clarification des rôles » de chaque protagoniste. Les syndicats, de leur côté, expriment depuis des années un autre grief : le régime de garantie des salaires est une « boîte noire », entièrement à la main du patronat.

En 2019, la délégation a été plongée dans la tourmente, à la suite de soupçons de malversations mettant en cause plusieurs de ses cadres. Des plaintes pour « abus de confiance » et « corruption active et passive » ont été déposées.

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C’est dans ce contexte que les organisations d’employeurs, à la tête de l’AGS, ont dénoncé, en 2019, la « convention de gestion » fixant les règles de la délégation. De longues discussions se sont ouvertes entre représentants syndicaux et patronaux. Après maintes réécritures, un projet de texte a été ficelé. Il prévoit notamment le transfert des personnels de la Délégation vers l’association AGS.

Ce document, qui aurait dû être examiné mardi lors d’un conseil d’administration de l’Unédic, n’a donc pas pu l’être, en raison de l’hostilité de quatre confédérations. Elles ont exposé leurs arguments, lors d’une prise de parole commune devant la Maison de la Mutualité, à Paris, où était programmée la réunion.

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La chaîne d’information internationale France 24 suspend sa grève

Six jours de mouvement qui s’achèvent par des avancées sociales. La grève d’une partie du personnel de la chaîne de télévision d’information internationale France 24, commencée jeudi dernier, a été suspendue mardi 24 novembre, a annoncé en début de soirée le compte Twitter du mouvement, F24 Solidaires.

« Seulement 13,9 % des salariés réunis en assemblée générale ce mardi ont souhaité poursuivre la grève. La grève est donc suspendue et nous nous félicitons des grandes avancées qu’elle a permis d’obtenir, notamment pour les plus précaires avec l’embauche de 50 pigistes ! », écrit F24 Solidaires.

Les pigistes seront titularisés en contrat à durée indéterminée (CDI) d’ici à la fin de 2023 (dont une trentaine dès 2022), avaient fait savoir précédemment les journalistes à l’initiative du mouvement.

« On garde la menace d’une nouvelle motion »

« On va rester attentif à ce que tout avance et progresse dans le bon sens dans les mois qui viennent. On garde la menace d’une nouvelle motion, d’une nouvelle grève », a précisé Antoine Mariotti, membre de la délégation de douze personnes qui a été désignée par l’assemblée générale pour négocier avec la direction et les syndicats.

Les journalistes du service Internet et de la chaîne arabophone, qui font toujours état d’un malaise au sein de leurs équipes, seront reçus par la direction mercredi lors de deux réunions différentes, a-t-il ajouté.

Cette grève s’inscrivait dans la continuité de plusieurs semaines de contestation sociale, qui s’était traduite par le vote, au début du mois, d’une motion de défiance à l’égard de la majorité des membres de la direction. Les salariés protestaient notamment contre l’organisation de la charge de travail, trop lourde et mal reconnue, les méthodes de management, considérées comme décourageantes, voire « destructrices », ainsi que le manque de moyens.

France 24 propose quatre chaînes mondiales d’information continue (en français, en anglais, en arabe et en espagnol), émettant vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept dans 444 millions de foyers sur les cinq continents. Elle propose ses programmes depuis la fin de 2006 et appartient au groupe France Médias Monde (qui chapeaute également Radio France internationale, RFI).

Le Monde avec AFP

A Londres, les nouvelles lois de l’attraction de la City

Sourire charmant, voix assurée, Anna va droit au but dès les premières minutes de la discussion : « Ce qui m’intéresse, c’est l’argent. » Gagner de l’argent, bien sûr, mais aussi comprendre comment fonctionnent l’argent et ses circuits. Anna (tous les prénoms ont été modifiés) est une Suédoise de 28 ans qui travaille depuis sept mois à la City, à Londres, après des études d’économie et de gestion. Comme son petit ami, Arthur, un Belge de 27 ans, elle a commencé par boursicoter en ligne : quelques cryptomonnaies, des ETF (des produits financiers qui suivent des indices boursiers), des actions… « J’aime voir comment l’argent crée l’argent. »

Voilà des années qu’Anna se prépare à travailler dans la finance, comme sa mère. Jean, un Français de 27 ans, est tombé dedans un peu par hasard : bon étudiant, la voie s’est ouverte à lui naturellement. Et le goût de la plus-value aussi : il a gagné 25 000 euros à partir d’une mise de 100 euros en pariant sur une cryptomonnaie peu connue. « J’aurais même pu gagner 400 000 euros si j’avais attendu plus longtemps », regrette-t-il.

« Les jeunes qui entrent en finance sont soit très bons en maths, soit veulent devenir riches. Ça ne change pas. » Un ancien de Goldman Sachs

Treize ans après la grande crise financière de 2008, la City attire toujours les jeunes générations. La clé de cet article nous a été donnée par un ancien de Goldman Sachs, vieux routier des marchés. Est-ce que les jeunes qui travaillent dans la finance sont différents d’autrefois, en quête de sens et aspirant à une vie plus équilibrée, comme on l’entend parfois ? Pas sûr, répond-il. « Les jeunes qui entrent en finance sont soit très bons en maths, soit veulent devenir riches. Et ça ne change pas », répond-il. Les générations passent, la City reste ce même obscur objet du désir… Anna et Jean en sont aux balbutiements de leur carrière et ne gagnent pas des millions, loin de là. Leurs salaires annuels tournent autour de 40 000 euros, auxquels il faudra ajouter quelques mois de bonus. Ils ne sont pas des tradeurs, ni des banquiers d’affaires, mais travaillent dans deux entreprises différentes au service de clients, s’occupant de suivre les positions prises par ces derniers sur les marchés.

A l’extrême opposé du spectre se trouve Lars, un autre Suédois. Entre son salaire et son bonus, il touche plus d’un demi-million d’euros par an à 32 ans. Son métier est le private equity, c’est-à-dire acheter des entreprises non cotées en Bourse, les restructurer et les revendre au bout de quelques années. Le travail est très intéressant : à son jeune âge, il siège à plusieurs conseils d’administration, prend des décisions stratégiques pour ces entreprises, passe parfois de très longues nuits à préparer des acquisitions… « Mais difficile surtout de ne pas parler de la bonne rémunération », précise-t-il sans fard.

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Quand l’assurance-vie devient solidaire

les fonds solidaires consacrent environ 800 millions d’euros au financement de l’économie sociale et solidaire.

Le monde de la finance solidaire est en ébullition. A partir du 1er janvier 2022, tous les contrats d’assurance-vie auront l’obligation de proposer au minimum un fonds solidaire, c’est-à-dire un produit consacrant de 5 à 10 % de son actif au financement de structures de l’économie sociale et solidaire (ESS). Ces fonds sont surnommés « 90-10 ». Cela devrait donner un coup d’accélérateur à ces produits jusqu’ici majoritairement distribués dans le cadre de l’épargne salariale : leur encours a atteint 13,78 milliards d’euros à la fin de l’année 2020, dont 85 % avec l’épargne salariale, d’après l’association FAIR.

Au total, les fonds solidaires consacrent environ 800 millions d’euros au financement de l’ESS. « L’impact de ces produits est tangible : les structures soutenues par nos fonds solidaires ont permis de mettre à disposition 6 400 logements et d’accompagner 25 000 personnes vers l’emploi en 2020 », indique Béatrice Verger, responsable du développement investissement socialement responsable (ISR) de BNP Paribas Asset Management.

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Concrètement, comment ces acteurs sont-ils sélectionnés par les gérants des fonds solidaires ? Chaque société de gestion développe une approche spécifique, même si certains poids lourds du secteur, comme la foncière Habitat et Humanisme, France Active Investissement ou encore l’ADIE, sont présents dans la plupart des fonds.

« Mutualiser les investissements »

Depuis une dizaine d’années, la tendance est à la création d’un produit spécifique qui sert de « poche solidaire » à l’ensemble des fonds « 90-10 » d’une même maison et peut même être distribué auprès d’autres sociétés de gestion n’ayant pas cette expertise. « Réunir nos investissements solidaires dans un seul fonds nous permet de mutualiser nos investissements, donc d’être capables de financer jusqu’à plusieurs millions d’euros pour une même structure de l’ESS dans certains cas », explique Laurence Laplane-Rigal, directrice de l’investissement à impact social chez Amundi, dont le fonds « pur solidaire », Amundi Finance et Solidarité, pèse à lui seul environ 410 millions d’euros.

« Nous accompagnons ces entreprises, coopératives ou associations, dans leur changement de taille, lorsqu’elles passent de l’échelle locale à l’échelle régionale, ou de la région au territoire national », précise Mme Laplane-Rigal, citant Vivre en béguinage (logement accompagné pour seniors), Homnia (logement pour personnes en situation de handicap), La Varappe (insertion par l’emploi) ou encore My Retail Box (distribution en vrac). Amundi finance au total 43 structures de l’ESS, pour des tickets compris entre 800 000 euros et 5 millions d’euros, voire plus, sous forme de dette ou d’apport de fonds propres.

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Les modes de management asiatiques, trop différents pour être source d’inspiration ?

Depuis les années 1960, les usines du monde entier se sont inspirées de la méthode japonaise Kanban mise au point chez Toyota, qu’elles ont progressivement adoptée. Cette méthode de travail dite en « juste à temps » a révolutionné les modes de production occidentaux, et elle est aujourd’hui à la base des méthodes agiles, très en vogue dans la gestion de projets et dans le développement d’applications numériques. Depuis, l’économie mondiale s’est globalisée, et la croissance s’est accélérée en Asie, où la population a fortement augmenté.

Mais les pratiques managériales ne s’exportent pas toujours : alors que la transformation numérique, l’avènement de l’Internet mobile, le télétravail banalisé et l’arrivée dans le monde professionnel de nouvelles générations ont profondément transformé les entreprises, tant en Occident que dans les pays asiatiques, les manières de faire restent fortement ancrées dans les cultures locales.

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Si le modèle entrepreneurial paternaliste reste dominant en Asie, notamment en Chine, les modes de management ont bien évolué sous l’impulsion de la mondialisation. Quant aux entreprises occidentales implantées en Asie, elles ont pour la plupart arrêté d’imposer leurs méthodes dans leurs filiales ou chez leurs sous-traitants asiatiques. De là à s’inspirer des modes de management pratiqués en Asie, il y a un grand pas.

Innovation « de rupture »

« Plutôt que de s’inspirer, il faut voir ce qui marche et pourquoi, suggère Catou Faust, professeure de management interculturel à l’école de commerce EM Lyon. Les entreprises françaises se sont beaucoup inspirées des Etats-Unis, qui ont une culture du “comment” plutôt que du “pourquoi”, et qui fournissent des outils de reporting très quantitatifs. » Cette différence culturelle se retrouve aussi dans l’innovation. Pour les Japonais, cette dernière est partout et chacun peut innover, c’est-à-dire améliorer, en permanence. « Alors qu’en France, l’innovation doit être “de rupture”, contrairement aux Chinois qui, eux, adaptent », souligne-t-elle.

C’est surtout sous l’impulsion des nouvelles générations que le management des entreprises asiatiques évolue. Asmita Dubey, directrice générale digital de L’Oréal, l’a constaté au cours de ses expériences en Inde et en Chine : « Le fort développement économique, surtout en Chine, s’est accompagné d’une rapide acculturation technologique, ce qui fait que les jeunes sont vraiment “mobile native” et ont une forte culture des méthodes agiles et de la programmation. »

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Cela se traduit dans la gestion de projets, qui sont résolus collectivement par une équipe aux compétences variées, dans laquelle chacun occupe une place clairement définie et où tous partagent le même objectif. « Cette approche collaborative d’équipes multifonctions est très différente des méthodes occidentales beaucoup plus individualistes. Cette façon de travailler va se répandre car elle est porteuse d’importants bénéfices. » On retrouve déjà une pratique relativement semblable en Europe et aux Etats-Unis dans les start-up, mais elle ne perdure pas toujours quand la jeune pousse grandit.

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La lutte contre le harcèlement au travail s’amplifie

Carnet de bureau. Des marches contre les violences sexistes et sexuelles ont eu lieu samedi 20 novembre dans plusieurs villes de France, organisées par le collectif féministe #NousToutes dans le cadre de la Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes. En Europe, 60 % des femmes (55 % en France) déclarent avoir été victimes au cours de leur carrière, d’au moins une forme de violence sexiste ou sexuelle, au dernier bilan réalisé en 2019 par la Fondation européenne d’études progressistes.

Lors d’une manifestation organisée par le collectif féministe #NousToutes, contre les violences sexistes et sexuelles, à Toulouse le 21 novembre 2021.

Depuis l’affaire Weinstein et la campagne #metoo de 2017, la parole s’est certes libérée, mais harcèlement et violence sexistes font encore parfois partie du quotidien du travail. « Blague lourde, présentation de photo érotique ou pornographique, dès qu’il y a répétition, il y a harcèlement. Un beau jour, vous ne verrez pas la ou le salarié(e) harcelé(e), parce qu’elle, ou il, sera en arrêt-maladie, décrit Me Eric Manca, avocat associé du cabinet Auguste Debouzy. La Cour de cassation s’est emparée du thème harcèlement moral et sexuel et a rendu une centaine d’arrêts par an pendant dix ans sur ces sujets. »

La France vient, en cette fin d’année, de marquer un tournant symbolique dans la lutte contre ces violences, en devenant après la Grèce et l’Italie, le troisième pays d’Europe à décider d’adopter la Convention n° 190 de l’Organisation internationale du travail (OIT) relative à l’élimination de la violence et du harcèlement dans le monde du travail. La loi du 8 novembre autorisant sa ratification permet de doter la France du premier instrument juridique international relatif au monde du travail.

Des référents

La convention n° 190 – qui définit le harcèlement et la violence au travail et exige que les Etats développent des politiques pour les éliminer du monde du travail – ne révolutionnera pas le quotidien des manageurs pour gérer ces situations délicates. Le droit français oblige déjà les entreprises à ouvrir une enquête dès qu’un signalement de harcèlement est déclaré. La loi du 5 septembre 2018 a aussi créé les « référents harcèlement », auxquels il manque encore un cadre juridique.

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La convention ne donne pas non plus de moyens supplémentaires aux syndicats ou aux responsables des ressources humaines pour protéger les victimes. La sénatrice Nicole Duranton (Eure) a regretté, dans un communiqué du 21 octobre, que la ratification ne s’accompagne pas de dispositions législatives nouvelles qui changeraient la donne pour les victimes.

Dans un rapport, elle propose, entre autres, de faire du harcèlement un thème obligatoire des négociations annuelles sur la qualité de vie au travail et de créer de nouveaux droits pour les victimes pour leur permettre de se mettre en sécurité et de se reconstruire. Les syndicats (CGT, FO, CFDT, CFE-CGC) ont demandé à la ministre du travail « la création d’un comité de suivi tripartite pour suivre la mise en œuvre de la convention et de la recommandation [206] ». Sur ce point, rien n’avance. La France n’a pas pris en compte la recommandation 206, censée accompagner la convention de l’OIT pour « préciser son application ».

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En Aveyron, Renault lâche la fonderie automobile SAM

Des salariés en grève de la Société aveyronnaise de métallurgie protestent contre les suppressions d’emplois, à Viviez (Aveyron), le 10 mars 2021.

« Je suis estomaquée », réagit Sandrine. Cette infirmière, employée de la Société aveyronnaise de métallurgie (SAM) de Viviez, dans l’ancien bassin houiller de Decazeville (Aveyron), n’en croit pas ses yeux. Mardi 23 novembre en début de soirée, depuis sa maison située à Querbes, un hameau distant d’une vingtaine de kilomètres de cette usine qui fabrique des pièces automobiles, elle lit sur Internet tous les articles de presse qui mentionnent le refus de Renault de soutenir l’unique offre de reprise, portée par Patrick Bellity, dirigeant de cette fonderie jusqu’en juin 2016, et actuellement patron du groupe Alty et de sa filiale SIFA Technologies.

Reprise en 2017 par le groupe chinois Jinjiang, la SAM, installée sur les hauteurs de Decazeville, avait été placée en redressement judiciaire le 10 décembre 2019, puis, le 16 septembre, en liquidation judiciaire avec poursuite d’activité jusqu’au 10 décembre. Mardi, en fin de journée, c’est par la voie d’un communiqué de presse que Renault, l’unique client de la SAM, clarifie sa position à l’égard de cette offre de reprise et douche, dans le même temps, le mince espoir des salariés.

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Si le constructeur automobile a décidé de soutenir le plan de reprise d’un autre sous-traitant en difficulté (Alvance Aluminium Wheels, avec ses 280 salariés, basé à Diors, dans l’Indre, repris par le groupe Saint Jean Industries), ce n’est pas le cas pour la SAM. « Renault Group ne peut s’engager sur le projet de reprise d’Alty-SIFA », indique le constructeur, qui motive sa décision par la fragilité financière de cette candidature : « Cette offre ne présente pas les conditions de pérennité et de sécurité nécessaires pour l’entreprise et ses salariés. Il existe de forts doutes sur la solidité financière, malgré les supports financiers externes envisagés, et les réelles capacités d’investissement et de redressement de Jinjiang SAM par Alty-SIFA. »

« Il fallait une décision en haut lieu »

Une source proche du dossier va plus loin, affirmant que « ce projet, pas viable, est porté par un repreneur qui a démontré qu’il n’est pas crédible. Pour une fois, Renault est droit dans ses bottes et assume ce que le gouvernement et les élus n’osent pas reconnaître en période électorale ». « Ce n’est que du blabla. C’est impossible d’écrire des trucs pareils pour supprimer des emplois. Ça sonne creux et c’est scandaleux », tonne Sandrine, emportée par la colère.

Julien, lui, se dit « dégoûté » si la SAM ferme ses portes définitivement, laissant sur le carreau 340 emplois. « Pour le moral, je ne me projette pas et je ne cherche pas de travail », espère encore le jeune chef d’équipe. Didier, manutentionnaire depuis trente-sept ans et proche de la retraite, ne se berce plus d’illusions. « A mon âge, je n’attends plus rien. Cela fait deux ans qu’on laisse traîner cette situation. Toutes les fonderies ferment. Il fallait une décision en haut lieu », regrette-t-il.

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Patrick Bellity, lui, s’offusque. « Je n’arrive pas y croire. On marche sur la tête. Vous croyez que les salariés, dont la moyenne d’âge est de 54 ans, vont laisser leur famille pour aller travailler à l’usine de Flins [Yvelines], en Roumanie ou en Turquie ? Cette décision, c’est de la foutaise. On se fout de la gueule du monde », enrage-t-il, déplorant les « milliards offerts par l’Etat au groupe sans contrepartie ».

« J’ai fait mon job pendant dix-huit ans, je reviens pour sauver la SAM. On ne demande pas 1 centime d’investissement à Renault et, en plus, j’ai des garanties financières », argumente M. Bellity. Il y a quelques mois, il proposait une première offre de reprise, refusée par Renault pour le même motif.

Soutien de l’Etat et de la région

Or, la deuxième mouture obtenait le soutien financier de l’Etat, actionnaire minoritaire de Renault : une aide de 1 million d’euros et un prêt de 4,7 millions d’euros. « L’Etat regrette qu’aucun projet industriel n’ait été présenté à ce stade, commente Bercy. Mais on ne prend pas directement de décision de gestion pour Renault. » La région Occitanie apportait également son appui à M. Bellity : 900 000 euros de subventions et un prêt de 2,4 millions sur six ans.

« La réponse apportée par Renault est irresponsable et destructrice : elle condamne l’usine et ses activités », se désole Carole Delga, sa présidente (Parti socialiste), qui annonce déployer des dispositifs de formation pour accompagner les salariés. « Nous poursuivrons le travail mené pour que des projets industriels d’avenir voient le jour sur le territoire. La région ne vous laissera pas tomber ! », promet-elle.

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Ni le tour de table de 9 millions d’euros ni la mobilisation sans relâche des salariés pour sauver leur usine n’ont infléchi la décision de Renault. Aussi, faute de repreneur, le tribunal de commerce de Toulouse fixera, vendredi 26 novembre, une nouvelle date d’audience pour prolonger la poursuite de l’activité de la SAM pour une durée maximale de trois mois… ou prononcer sa liquidation. « On va réagir, promet Sandrine. On va faire ce qu’il faut. On n’a plus rien à perdre, on ira jusqu’au bout. »

Le quotidien précaire des petites mains de la fibre optique

Un installateur de la fibre optique travaillant pour Scopelec, à Nandy (Seine-et-Marne), le 16 novembre 2021.

Lorsqu’un soir du mois d’octobre, Philippe Mary s’aperçoit que son Wi-Fi ne fonctionne plus, l’informaticien de 63 ans croit à une banale interruption et part se coucher sereinement. Il est à mille lieues d’imaginer qu’un mois et demi plus tard il sera encore privé de connexion. Quand, le lendemain, sa box demeure hors service, son opérateur, Orange, dépêche un technicien sur place. Celui-ci identifie rapidement l’origine de la panne : le brin de fibre optique reliant au réseau le domicile de la famille Mary, à Chevreuse (Yvelines), a été sectionné.

Un technicien est justement intervenu la veille jusqu’à une heure tardive pour ouvrir une ligne fibre à un voisin, abonné de Bouygues Telecom. A-t-il volontairement débranché la ligne des époux Mary pour connecter son client ? Est-ce l’installation initiale qui n’était pas correcte ? Toujours est-il que, six semaines plus tard, rien n’est réparé et aucun rendez-vous n’a été fixé. Orange met bien à disposition des Mary une clé 4G, mais affirme ne pas pouvoir faire davantage : c’est un autre acteur, TDF, qui gère le déploiement du réseau à Chevreuse et doit intervenir.

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Les mésaventures de la famille Mary ne constituent pas un cas isolé. L’Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l’audiovisuel (Avicca) a bien tenté de dénombrer les pannes, en demandant à ses membres de recenser les incidents. « Les premiers retours sont désastreux », confie Patrick Chaize, sénateur Les Républicains de l’Ain et président de l’Avicca. A tel point que l’association n’a rien publié pour ne pas « mettre le feu ». « Il y a des dégradations d’installations, des problèmes liés aux mauvaises interventions de techniciens. Mais aussi des soucis d’hygiène dans les immeubles, par exemple en présence de rats », détaille Valérie Alvarez, la médiatrice des communications électroniques.

« Les consommateurs peuvent comprendre quand il faut attendre un ou deux jours, mais pas quand ce sont des pannes répétées », estime Laure de La Raudière, présidente de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), qui doit publier, jeudi 25 novembre, un rapport sur la qualité de la fibre en France. Or, les abonnés sont perdus au milieu d’une myriade d’interlocuteurs qui se renvoient la balle.

Des emplois qui devraient disparaître

Cela tient en partie à l’organisation du déploiement de la fibre dans l’Hexagone et à sa cascade de sociétés intervenantes. Tout le monde connaît les opérateurs dits « commerciaux » que sont Orange, SFR, Free ou Bouygues Telecom, auprès de qui l’on s’abonne et qui gèrent l’ouverture des lignes. Chacun possède son propre réseau, mais, en dehors des grandes villes, une partie des infrastructures est commune. Dans ce cas, un autre acteur intervient : l’opérateur d’infrastructure. Le rôle des Orange, XpFibre (filiale d’Altice France, maison mère de SFR), Axione (détenu par le groupe Bouygues et le fonds d’investissement Mirova), TDF ou encore Altitude Infrastructure : relier les points de mutualisation – ces grandes armoires métalliques qui ont envahi les rues et les sous-sols des bâtiments et qui sont remplies de centaines de brins de fibre – à des boîtiers situés dans la rue ou sur le palier d’un immeuble, sur lesquels il n’y a plus qu’à brancher les lignes des abonnés.

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Un rapport sénatorial pointe la dégradation des conditions de travail des enseignants

Des élèves d’une classe de primaire à Labouheyre (Landes), le 4 octobre 2021.

Les enseignants français passent, en moyenne, plus de temps devant leurs élèves que leurs homologues européens pour des salaires plus faibles. Leurs classes sont plus chargées dans l’enseignement primaire et ils sont plus nombreux à se sentir socialement peu valorisés.

Un constat sévère dressé par Gérard Longuet, sénateur Les Républicains de la Meuse, dans un rapport sur le budget 2022 de l’éducation nationale. Le Sénat, majoritairement de droite, a d’ailleurs rejeté le projet de loi de finances présenté par le gouvernement, le 23 novembre. Sur l’éducation, premier budget de l’Etat, avec 56,5 milliards d’euros, M. Longuet fustige le manque chronique d’attractivité du métier d’enseignant, en fort décrochage par rapport au reste de l’Union européenne (UE) – mais aussi par rapport aux salariés du privé.

Pour comprendre : Article réservé à nos abonnés Combien sont vraiment payés les enseignants français ?

Le texte, qui constate une hausse du budget de l’éducation nationale de 2,6 % dans le projet de loi de finances 2022, salue néanmoins les avancées du Grenelle de l’éducation, qui a permis, sur deux ans, d’améliorer la rémunération des enseignants les plus jeunes. Mais les observations, déjà établies par d’autres instances, dont l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), demeurent : en fin de carrière, le salaire des enseignants de collège, en France, est inférieur de 10 000 euros à la moyenne de l’Union européenne. A l’école élémentaire, le décrochage des salaires est particulièrement frappant – surtout par rapport à l’Allemagne, pays économiquement comparable, où le salaire brut en début de carrière dépasse 65 000 euros, pour 31 000 euros en France.

Baisse du pouvoir d’achat

La progression des salaires français, qui commencent bas et augmentent en milieu et fin de carrière, est « très désincitative pour les nouveaux entrants », peut-on lire dans le rapport du Sénat. Sans compter que le pouvoir d’achat des enseignants s’est fortement dégradé en vingt ans, puisqu’il a diminué de 15 % à 25 % entre 2000 et 2019 en euros constants – la baisse variant selon les échelons et le corps de rattachement des enseignants. Cette chute est en train de se stabiliser grâce aux mesures de rééquilibrage des salaires adoptées ces dernières années, précise toutefois le Sénat. Mais elle « pèsera longtemps sur le salaire des enseignants ».

Pour comparer les conditions de travail, le Sénat s’est également intéressé à d’autres critères mesurés notamment par l’OCDE, dont le nombre d’heures passées devant les élèves. « Les enseignants en France passent davantage de temps à enseigner que leurs collègues dans les pays européens en moyenne, et en Allemagne en particulier », conclut le rapport, qui donne le chiffre de 900 heures « réglementaires » devant les élèves par an pour un enseignant de l’école primaire, alors qu’un homologue allemand n’en fait que 691.

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