Le gouvernement lance un laboratoire pour mesurer les effets de l’intelligence artificielle sur le marché du travail

L’automatisation détruit-elle des emplois ? Les manageurs seront-ils remplacés par des algorithmes ? Comment recruter avec l’intelligence artificielle sans discriminer ? La manière dont des « machines apprenantes », capables de traiter des quantités pharamineuses de données, se substituent peu à peu à l’analyse humaine dans les entreprises, suscite des questionnements « vertigineux », selon Elisabeth Borne.

La ministre du travail est revenue sur les conséquences encore mal mesurées de l’automatisation dans le monde du travail pour annoncer, vendredi 19 novembre, le lancement de « LaborIA », un laboratoire destiné à mesurer l’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi et les conditions de travail. D’après l’OCDE, 32 % des emplois sont amenés à être profondément transformés par l’automatisation.

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Le ministère du travail s’est associé à l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria) pour mettre au point ce programme de recherche afin de ne pas être pris de court par ce qui est annoncé comme la prochaine révolution industrielle. Prévu sur cinq ans, le projet est mené par l’institut Matrice, un incubateur et un centre de formation autour des nouvelles technologies.

Créations d’emploi

Plusieurs intervenants invités à s’exprimer sur le projet ont survolé les multiples bouleversements introduits par l’utilisation croissante de la data dans le monde du travail. Pierre de Sahb, cofondateur de l’entreprise de traitement des données UNiFAi, a tenu à rappeler que l’intelligence artificielle était aussi créatrice d’emplois : « On automatise 90 % du job pour les gens qui sont là, mais avec un rythme de croissance [des données] tel qu’on accompagne des créations d’emplois. »

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Rappelant la nécessité de sensibiliser les travailleurs à l’utilisation des algorithmes, Salima Benhamou, économiste à France Stratégie, a souligné que le salarié « a besoin de comprendre comment s’élabore une donnée et comment elle s’inscrit dans le processus ; sinon, la data ne sert à rien ». Le gouvernement s’est fixé comme objectif de former au moins 3 700 étudiants spécialistes de l’IA d’ici à 2025.

Au-delà de l’impact sur les besoins en main-d’œuvre, plusieurs intervenants sont revenus sur l’utilisation des algorithmes dans le recrutement. Prenant l’exemple de l’expérimentation « la bonne boîte » menée par Pôle emploi, qui s’appuie sur un algorithme exclusif pour détecter les entreprises qui vont probablement embaucher ces six prochains mois, l’économiste Dominique Meurs a rappelé que les algorithmes utilisés à bon escient se révélaient des outils efficaces pour lutter contre le chômage : « Cette expérimentation a montré que cela marchait, en particulier pour les catégories les plus défavorisées. »

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A 30 ou 40 ans, reprendre des études pour « élargir le champ des possibles »

Le jour où Thibault Ponthier va se marier, il sait que les invités viendront des quatre coins de la planète et que des camarades de la promotion 2020 du Master of Business Administration (MBA) de Harvard feront le déplacement. L’heureux événement n’est pas d’actualité, mais le jeune homme de 32 ans utilise cette formule pour prouver que son récent diplôme dans la prestigieuse business school américaine lui a apporté beaucoup plus que des connaissances. Son MBA, c’est aussi de « solides amitiés ». Un réseau international.

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Malgré un retour en France précipité par la pandémie de Covid-19 et un projet de création d’entreprise contrarié, le Corrézien garde de son séjour outre-Atlantique un souvenir enchanté. Après six années passées la tête dans le guidon à la direction de la PME familiale spécialisée dans la transformation de fruits, Thibault et ses proches ont revendu l’affaire. De quoi lui donner le temps et les finances (frais de scolarité : 130 000 euros les deux ans) pour s’envoler vers l’un des masters les plus réputés au monde. « Je voyais ça comme un passeport magnifique pour l’international, explique-t-il avec enthousiasme. Sur le plan humain, c’était une opportunité hors norme de pouvoir mener une réflexion sur moi et sur mon parcours pendant deux ans. Combien de fois a-t-on l’occasion de faire ça dans sa vie ? » Depuis son retour, il a renoué avec les études en suivant un cursus en œnologie et viticulture pour réaliser son rêve : acheter un domaine viticole dans le sud de la France. « Sans le MBA, je ne me le serais pas autorisé. Mais la confiance en soi, c’est contagieux. »

Epanouissement intérieur

Thibault n’est pas le seul ancien étudiant de MBA à tenir un discours où les bienfaits personnels et professionnels d’une reprise d’études se confondent. Les témoignages de ses homologues ont des accents de récits de voyages. « J’ai eu la sensation d’apprendre des choses sur mon fonctionnement que je n’aurais jamais pu saisir en restant dans mon quotidien de boulot », confie Carolina Schmollgruber, responsable communication de la marque Lancôme au sein du groupe L’Oréal, qui vient d’achever une année et demie – presque deux à cause de la pandémie – d’Executive Master of Business Administration (EMBA) sur le campus de HEC dans les Yvelines. La quadragénaire s’est lancée dans ce projet pour se défier elle-même. « Je voulais élargir mon champ des possibles », raconte-t-elle. Elle convainc son employeur de lui financer cette formation, qu’elle mène en parallèle de son poste et de sa vie de famille. Des mois aussi intenses qu’enrichissants. « On quitte l’opérationnel pour de la connaissance, on cherche à faire plus, à exceller. On ouvre à nouveau des ouvrages d’économie et ça fait du bien », raconte Carolina, qui ressent aussi qu’elle ne « dégage plus la même chose dans [sa] boîte ».

« Désormais, on entend parler de vision de l’existence, d’engagement. » Andrea Masini, directeur délégué du MBA de HEC

Les programmes de ces MBA et EMBA ont beau prévoir des études de cas, de mises en situations concrètes, du coaching et des notions à apprendre – sans le moindre passage sur le divan d’un analyste –, l’épanouissement des participants et participantes semble tout aussi intérieur que professionnel. Andrea Masini, directeur délégué du MBA de HEC, a vu passer des centaines de profils comme celui de Carolina. De son bureau, il mesure l’évolution des attentes et des parcours des cadres qui retrouvent temporairement les bancs de l’école. « Il y a dix ans, l’enjeu d’un master en management était de doubler son salaire. Désormais, on entend parler de vision de l’existence, d’engagement. Le MBA permet de changer de fonction ou de secteur d’activité, mais aussi de s’enrichir humainement et de se transformer. »

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Matthieu Pouget-Abadie repense souvent à ce que sa scolarité à l’Institut européen d’administration des affaires (Insead), en 2014, a modifié dans le cours de son existence. Première chose, et non des moindres : il y a rencontré son épouse. L’histoire ne dit pas s’il y avait beaucoup d’ex-camarades de promo à la noce, mais c’est probable. Avant de reprendre ses études, ce diplômé de Sciences Po Paris travaillait dans le conseil et ne s’y plaisait pas vraiment. Aujourd’hui à la tête du marketing de la plate-forme de formation en ligne OpenClassrooms, il se sent solide sur ses appuis.

« J’y ai gagné un sentiment de légitimité, raconte-t-il d’une voix tranquille. Je n’ai plus peur de décrocher mon téléphone pour appeler un CEO [directeur général]. » Il se souvient avec amusement de ce jour où lui, frais trentenaire et néoétudiant, avait eu la possibilité de déjeuner avec Yves Carcelle, ex-PDG de Louis Vuitton et ancien de l’Insead, décédé peu après. Une rencontre marquante que seule la fréquentation d’une école renommée permet. « Avec un tel label sur le CV, les gens sont plus disposés à vous accorder du temps ou à vous ajouter sur LinkedIn », résume Carole-Anne Bassignot, consultante au sein du cabinet RH Partners. Sur les comptes LinkedIn et Facebook de Matthieu Pouget-Abadie, les anciens et anciennes de l’Insead sont présents et actifs. « Je peux appeler une vingtaine de personnes si j’ai un problème très concret de management à résoudre, expose-t-il. Et j’ai gardé des liens proches avec une dizaine d’autres que je vois une fois par an, et avec qui on parle projets et perspectives de carrière. C’est plus utile que les anciens de Sciences Po qui ont tous pris des chemins différents. »

Un sésame très onéreux

Se rencontrer soi-même et rencontrer ses semblables : serait-ce donc ça, la recette du MBA réussi ? La création d’un réseau constitue l’un des atouts majeurs de la reprise d’études. « Je fais un métier de connexions, avance Anne-Claire Bootz, ancienne de l’EMBA de l’Essec (promo 2015). A l’époque, je travaillais dans un cabinet qui réfléchissait aux opportunités de construction d’hôtels. Mon passage à l’Essec m’a permis de mieux comprendre mon secteur professionnel et de renforcer ma connaissance des acteurs-clés. » Quelques mois après l’obtention de son EMBA, elle décroche un poste au sein d’un groupe hôtelier où elle s’occupe du développement de nouveaux lieux. Une évolution professionnelle doublée d’un gain de salaire de 30 %. La progression salariale ne fait peut-être plus partie des motivations affichées, mais elle reste, malgré tout, un horizon souhaité par de nombreux candidats.

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« A la sortie, ce n’est pas forcément la voie royale. On est perçus comme chers et on a souvent un prêt à rembourser. » Matthieu Pouget-Abadie, ancien du MBA de l’Insead

Mais gare aux espoirs décorrélés de la réalité. « Si vous vous mettez en tête de faire un MBA pour gagner plus ou parce que ça fait joli dans votre palmarès, ça ne sert à rien », prévient Anne-Charlotte Caudy, associée senior au sein de la division RH du cabinet Michael Page. D’autant que l’obtention du sésame coûte très cher : 76 000 euros pour un MBA de HEC. Un investissement sur soi qui, en plus, ne rapporte pas systématiquement. « A la sortie, ce n’est pas forcément la voie royale, on est perçus comme chers par les employeurs. Et, en plus, on a souvent un emprunt à rembourser », analyse Matthieu Pouget-Abadie. Anne-Charlotte Caudy poursuit : « L’obtention d’un master n’a pas vocation à faire monter la valeur d’un candidat de façon mécanique. Mais comme il apporte une meilleure connaissance de soi et de ce qu’on vaut, il peut avoir des retombées bénéfiques. »

Regain d’optimisme

Florian Faucher, 31 ans, a fini son MBA à HEC en décembre 2020. Il ne s’attend pas à faire fortune dans l’année à venir. « Je gagne bien ma vie comme consultant, mais je sais que, de toute façon, aucun retour sur investissement ne se fera dans l’immédiat. On verra dans dix ans. » Il mûrit sa trajectoire sur le long terme. « Je veux travailler dans le luxe ou le monde des spiritueux, et je manque d’expérience. Grâce au MBA, j’ai pu affiner ma stratégie et mon aisance », se félicite-t-il, en précisant tout de même que, s’il avait fait une école de commerce et non pas un master d’informatique, il ne serait pas passé par la case MBA.

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Elisa Dierickx a, elle aussi, choisi de reprendre ses études pour ajouter des cordes à son arc, pourtant bien fourni. Après des études de biologie, un doctorat en zoologie et la création d’une ONG de défense de l’environnement, la jeune femme de 32 ans souhaitait agir encore plus pour la planète. « Je voulais être à l’interface entre la protection de la nature et le business, au cœur des décisions. Et pour cela, il me fallait des connaissances poussées en la matière et une meilleure vision des postes possibles », détaille la nouvelle diplômée du MBA de l’Insead.

Deux camarades lui parlent d’un cabinet de conseil, Systemiq, qui aide les grandes entreprises et les Etats à améliorer leurs actions pour devenir pleinement durables. Elle envoie une candidature spontanée et obtient un poste, qu’elle occupe depuis mi-octobre. « Ce MBA m’a apporté beaucoup d’espoir et de motivation, explique-t-elle. Je pense pouvoir faire changer les choses concrètement, alors qu’avant j’étais plus pessimiste. » Un regain d’optimisme ressenti aussi par Carolina Schmollgruber, toujours chez L’Oréal. « Cette expérience m’a donné un nouvel élan pour les dix prochaines années. »

« Le Monde » organise, samedi 27 novembre 2021, son salon des MBA et des masters pour les cadres souhaitant se réorienter ou progresser dans leur carrière. L’accès est gratuit, sur inscription en ligne.

VTC : la cour d’appel bannit Uber de Bruxelles

En protestation contre l’arrêt de la cour d’appel, des chauffeurs Uber bloquent une rue de Bruxelles (Belgique), le 25 novembre 2021.

Amir est inquiet : ce jeune Bruxellois va devoir ranger au garage sa belle Mercedes Classe E noire alors qu’il n’a pas encore remboursé le tiers de son crédit. Vendredi 26 novembre à 18 heures, il devra se conformer, comme quelque 2 000 autres chauffeurs Uber, à un arrêt de la cour d’appel de Bruxelles qui a ordonné, mercredi 23 novembre, l’arrêt de l’application Uber X. Au bout de six années de combat judiciaire, Les Taxis Verts, l’une des principales compagnies de la capitale belge, ont obtenu gain de cause. Ils estimaient qu’Uber violait la réglementation de la région.

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« C’est absurde, car la législation en question date de 1995, quand les smartphones et les applications n’existaient pas », commente-t-on, consterné, du côté de la filiale belge de la plate-forme américaine qui, faute de mieux, parle d’un éventuel recours devant la Cour de cassation. Et mise, peut-être, sur le « plan taxi » évoqué par le gouvernement régional. Cette réforme pourrait décréter un statut unique pour les chauffeurs professionnels, tout en instaurant un éventuel accès limité à la profession et en laissant quelques privilèges aux sociétés de taxis classiques. Problème : le texte est à l’examen depuis sept ans et ne semble pas près d’être entériné.

Contrats artificiels

Faute d’une décision politique, c’est donc la justice qui a tenté de réglementer ce qui était, au départ, un système dit de covoiturage entre particuliers. En septembre 2015, elle interdisait l’application UberPop et ordonnait des astreintes en déniant tout droit de transporter des clients à des chauffeurs ne possédant pas une licence de taxi.

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C’est une autre plate-forme, Uber X, qui faisait alors son apparition, s’appuyant sur de prétendus « contrats de transport préexistants » entre un client et un chauffeur de limousine. Un premier juge a refusé de suivre l’argumentation des Taxis Verts, qui voulaient voir l’interdiction étendue à Uber X, la cour d’appel leur a donc finalement donné raison. Elle estime que les contrats passés entre les propriétaires de limousines et la plate-forme sont artificiels et que leur principe ne vise qu’à contourner l’obligation légale de détenir une licence de taxi pour transporter des personnes.

Les chauffeurs Uber ont annoncé des actions de protestation et ont perturbé le trafic en certains endroits de la capitale

La Fédération belge des taxis a, elle aussi, intenté une action contre Uber et, saisie d’un troisième dossier, la cour d’appel a décrété, au printemps 2021, l’illégalité des courses conclues avec un smartphone, celles-ci ne pouvant être transmises, selon les juges, que par des radioémetteurs, lesquels sont réservés aux taxis. Saisie à son tour par Uber, c’est désormais la Cour constitutionnelle qui devra trancher cette question.

Pris à la gorge, les chauffeurs Uber ont, en tout cas, annoncé des actions de protestation et ils ont perturbé le trafic en certains endroits de la capitale dès jeudi matin. Dans l’urgence, le ministre-président de la région, Rudi Vervoort, leur a promis, jeudi, l’examen d’un projet destiné à sauver leur emploi. « C’est trop tard », ont répondu les responsables de la plateforme.

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Le Parlement adopte un texte contre les discriminations au travail subies par les malades chroniques

C’est une avancée législative importante pour les personnes souffrant de maladies chroniques, dont les diabétiques. Unanime, le Parlement a définitivement adopté, jeudi 25 novembre, une proposition de loi consensuelle visant à combattre les discriminations professionnelles qu’elles subissent.

Porté par la députée Agnès Firmin-Le Bodo (Agir ensemble, centre droit), membre de la majorité, le texte a été voté une dernière fois à l’Assemblée nationale, à l’unanimité.

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Elargie aux autres maladies chroniques, cette proposition de loi concernait au départ les plus de 4 millions de diabétiques, qui ont l’interdiction, pour des raisons de sécurité, de pratiquer certaines professions (hôtesse de l’air et steward, conducteur et condutrice de train, marin, contrôleur et contrôleuse SNCF, militaire, pompier et pompière).

Les parlementaires jugent que ces interdictions de principe ne prennent pas suffisamment en compte l’évolution des traitements et demandent une appréciation au cas par cas. La proposition de loi affirme ainsi le principe de non-discrimination dans l’accès à l’emploi ou aux études pour les personnes atteintes de maladies chroniques.

Pour établir si les conditions de santé sont réunies ou non pour accéder à une profession, le texte insiste pour que soit menée « une appréciation médicale individualisée » qui tienne bien compte des « possibilités de traitement ou de compensation du handicap ».

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Le combat d’Hakaroa Vallée

Cette loi met aussi en place, pour une durée de trois ans, un comité chargé d’évaluer les textes encadrant l’accès au marché du travail de ces malades : il devra proposer d’« actualiser » les règles en vigueur au regard de l’évolution des traitements, afin d’améliorer l’accès à certaines professions.

La rédaction de la proposition de loi a été en partie édulcorée durant la navette parlementaire avec le Sénat.

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Le texte voté par l’Assemblée en première lecture affirmait : « Nul ne peut être écarté d’une procédure de recrutement ou de l’accès à un stage ou à une période de formation au seul motif qu’il serait atteint d’une maladie chronique, notamment de diabète. » Une phrase qui ne figure plus dans la version définitive.

Tout au long de l’élaboration du texte, les parlementaires ont souvent évoqué le combat d’Hakaroa Vallée, un jeune diabétique qui multiplie les actions pour lutter contre les discriminations.

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Le Monde avec AFP

L’étonnante floraison des librairies en France

Lucie Eple, cogérante de la librairie Le Pied à terre, dans le 18e arrondissement de Paris, le 20 novembre 2021.

Ils sont quatorze installés dans une salle de classe à Maisons-Alfort (Val-de-Marne). Agés de la petite trentaine à la bonne cinquantaine et issus de tous les horizons professionnels, de l’industrie à la pharmacie en passant par l’hôpital ou l’édition, ces élèves suivent, en ce lundi 15 novembre, leur formation de L’Ecole de la librairie pour se préparer à ouvrir, ou reprendre, un commerce.

Si, pendant la pandémie de Covid-19, les librairies ont acquis une aura extraordinaire, c’est dans cette école, principale pourvoyeuse de nouvelles recrues, que l’on constate à quel point ce métier attire les vocations. Sa directrice, Caroline Meneghetti, observe « une forte augmentation du nombre d’inscrits ». Et des candidats de plus en plus motivés. Sur les 120 personnes qui suivent chaque année les cinq semaines de formation théorique (auxquelles s’ajouteront de un à trois mois de stage), la moitié désormais ouvre une librairie, alors qu’ils n’étaient qu’un tiers avant la crise sanitaire, explique-t-elle.

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Le Centre national du livre a ainsi soutenu à hauteur de 1,37 million d’euros (en prêts et subventions) dix créations de librairies en 2020 et trente en 2021. Sur cette période, dix aides ont été refusées et vingt dossiers jugés inéligibles. Dans l’Hexagone, on comptait déjà, en 2019, 3 500 librairies indépendantes. « Pour éviter d’en installer une dans chaque village, nous n’ajoutons pas de nouvelles sessions de formation. Elles sont déjà complètes jusqu’en juillet 2022 », souligne Caroline Meneghetti.

« Nous ne cherchons pas à embellir le métier »

Avant la pandémie, la majorité des reconversions concernait des plus de 40 ans qui « voulaient donner du sens à leur vie et retourner dans une région où ils avaient de la famille », témoigne Alexia Dumaine, formatrice à l’école et ancienne libraire. « Avec le Covid, on constate un rajeunissement des stagiaires, qui, malheureux dans leur travail, décident de se reconvertir », ajoute-t-elle.

« Beaucoup de gens souhaitent quitter Paris pour créer une librairie », confirme Jean-Guy Boin, membre de l’Association pour le développement de la librairie de création, qui aura aidé 23 créations de librairies entre 2020 et 2021. Bien plus qu’habituellement. « C’est une bonne nouvelle, mais le professionnalisme nécessaire n’est pas toujours au rendez-vous. Dans le commerce culturel, il y a commerce et culture”. Il ne faut pas l’oublier », rappelle-t-il.

Ce regain d’attraction pour la profession n’est pas exempt de déconvenues. Selon la dernière étude de l’institut Xerfi commandée par le Syndicat de la librairie française (SLF) et publiée en mai 2019, les librairies indépendantes figurent parmi les moins rentables des commerces de détail, avec seulement 1,2 % de résultat net par rapport au chiffre d’affaires. « Nous ne cherchons absolument pas à embellir le métier », assure Caroline Meneghetti.

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Après la démission de Stéphane Richard, la succession à la tête d’Orange s’organise

Stéphane Richard, président-directeur général d’Orange, lors du Mobile World Congress (MWC) à Barcelone, en Espagne, le 29 juin 2021.

Stéphane Richard rêvait de rester patron d’Orange pour un quatrième mandat à partir de mai 2022. Il n’en est désormais plus du tout question. Le président-directeur général (PDG) de l’opérateur, en place depuis 2010, a démissionné mercredi 24 novembre et devra quitter l’entreprise d’ici à la fin du mois de janvier 2022, a annoncé le groupe dans un communiqué envoyé dans la soirée, à l’issue d’un conseil d’administration réuni en urgence.

L’énarque paie la décision rendue le matin même en appel dans l’affaire Tapie, qui remonte à 2008, époque où il était directeur de cabinet de Christine Lagarde au ministère de l’économie et des finances. Si le dirigeant a été relaxé des accusations de complicité d’escroquerie, il a été condamné à une peine d’un an de prison avec sursis et à 50 000 euros d’amende pour « complicité de détournement de fonds publics ». L’arrêt de la cour d’appel lu par la présidente, Sophie Clément, a été particulièrement sévère contre M. Richard. Il y est accusé, notamment, d’avoir agi dans ce dossier en défense des intérêts de Bernard Tapie, plutôt que de ceux de l’Etat, et d’avoir eu « la parfaite conscience (…) du caractère anormal de ses actes ».

« J’ai reçu cette décision avec beaucoup d’incompréhension », assurait, jeudi, sur France Inter, M. Richard. Il dénonce des accusations « sans aucun fondement » et compte se pourvoir en cassation. Mais pouvait-il rester à la tête d’Orange, une entreprise dont l’Etat est toujours actionnaire à 23 %, après avoir a été condamné pour de tels faits ? Dès la décision de justice connue, Bercy faisait savoir, officieusement, qu’il appelait à sa démission, conformément aux propos tenus par le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, sur BFM-TV, en 2018 : « S’il y a condamnation de Stéphane Richard à un moment donné, il remettra immédiatement son mandat. »

Vives discussions sur le calendrier

Si l’Etat actionnaire ne dispose que de trois sièges sur quinze au conseil d’administration d’Orange, sa volonté n’a pas été contestée, mercredi soir. « Stéphane est arrivé, il a dit aux administrateurs : “Je suis à votre disposition, faites ce que vous voulez.” La question de son éventuel maintien ne s’est pas posée », raconte un participant. « Il a été très digne et classe dans sa manière d’appréhender les choses », ajoute un autre. « Il sort la tête haute », estime René Ollier, membre de SUD-PTT, qui siège au conseil d’administration de l’opérateur en tant que représentant du personnel. Son syndicat avait appelé un peu plus tôt dans la journée de mercredi au départ immédiat du dirigeant.

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Brigitte Grésy : « Le sexisme est partout »

Tribune. Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) vient de publier son troisième rapport sur l’état du sexisme en France, à quelques jours du 25 novembre, Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Cet exercice, indispensable, a encore quelques belles années devant lui. Car le sexisme est partout (« Rapport annuel 2020-2021 sur l’état du sexisme en France », par Brigitte Gresy, Sylvie Pierre-Brossolette et Juliana Bruno, voir PDF).

Agent infiltré dans les institutions et les relations interpersonnelles, se couvrant des oripeaux de l’hostilité ou de la fausse bienveillance, il agit toujours de la même façon : il disqualifie les femmes, les infériorise, voire les infantilise, actionnant cette « valence différentielle des sexes » dont nous parle l’ethnologue et anthropologue Françoise Héritier (1933-2017).

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Fondé sur une idéologie qui érige la supériorité d’un sexe par rapport à l’autre, il se manifeste sous forme de violences sexistes et sexuelles mais conduit aussi à de nombreuses formes de discriminations, redoublées par de multiples discriminations, liées notamment à l’origine, à l’âge, au handicap. Il se dérobe et se cache. Comment le démasquer ?

Regard glauque

Il est dans la blague lourde à la machine à café qui ouvre la voie aux prédateurs et autorise la parole qui harcèle et le geste qui agresse ; il est dans la remarque au commissariat ou à la gendarmerie sur la jupe trop courte en cas de viol ou sur le « vous avez pensé à votre mari ? » en cas de violences conjugales ; il est dans les crimes de propriétaire que sont les féminicides perpétrés par des hommes pour qui les femmes sont leur chose ; il est dans les multiples classements sans suite des juges ; il est dans le regard glauque et l’apostrophe glaçante dans la rue qui rétrécissent les femmes alors même qu’une œillade de désir ou un regard de bienveillance illuminent le temps qui passe ; il est dans la peur du soir qui tombe.

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Il est dans la dévalorisation des métiers de services à la personne, exercés par les premières de cordée au motif que les compétences requises leur seraient naturelles, et dans le choix de sous payer les métiers de l’humain et de survaloriser les métiers de l’argent ; il est dans le temps partiel, les bas salaires, le sous-emploi, les retraites au rabais, majoritairement subis par les femmes ; il est dans le télétravail bancal où monsieur dispose d’une « chambre à soi » et madame d’un coin de table dans la salle commune.

Il est dans l’inégal partage des charges domestiques, parentales et des charges mentales et émotionnelles ; il est dans le recours insuffisant des pères aux congés de paternité et parental ; il est dans le refus du partage du pouvoir, dans cette frilosité de la loi à venir sur l’égalité économique et professionnelle qui réserve aux seules entreprises de plus de mille salariés, dans un délai de dix ans, les quotas du sexe sous-représenté dans les instances de décision, marchandés de surcroît par un passage à la trappe de l’équité salariale, seul moyen d’appliquer le principe du salaire égal pour un travail de valeur égale.

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« L’Economie à venir » : déconstruire l’économie et le travail

Livre. Quelles fragilités de l’économie-monde la pandémie du Covid-19 a-t-elle mises à nu ? Peut-on irriguer l’économie avec une réflexion philosophique et éthique ? Peut-on diriger une économie comme on pilote un avion ? Comment le produit intérieur brut (PIB) moralise-t-il nos relations économiques ? C’est à ces questions, et à tant d’autres encore, que répondent Felwine Sarr et Gaël Giraud dans L’Economie à venir (Les Liens qui libèrent).

« L’Economie à venir », de Felwine Sarr et Gaël Giraud (Les Liens qui libèrent, 208 pages, 16 euros).

L’ouvrage est la retranscription d’une discussion à bâtons rompus entre deux économistes s’inscrivant dans la grande tradition d’économie politique qui, d’Adam Smith à Amartya Sen, considère l’économie comme indissolublement liée à des questions de politique, de morale, d’histoire, de géographie, de droit ou de religion. Gaël Giraud est jésuite, directeur de recherche au CNRS, directeur du Georgetown Environmental Justice Program à l’université de Georgetown. Felwine Sarr est un écrivain sénégalais, professeur à l’université Duke en Caroline du Nord.

Leur entretien mêle philosophie, spiritualité, politique et économie, et convie tour à tour Derrida, Kant, René Char, ou encore Giorgio Agamben. Il est question d’économie rwandaise, du mouvement de contestation pacifique dénonçant les abus du capitalisme financier Occupy Wall Street, des plans d’ajustement structurels imposés à l’Afrique subsaharienne dans les années 1990, d’hospitalité, de théologie. Parfois difficilement accessible, mais toujours inspirant et érudit, l’ouvrage invite à remettre en question les présupposés et les soubassements culturels et idéologiques des économies.

Une confrontation dynamique

L’économiste catholique et le philosophe musulman remettent au goût du jour le rôle de l’oralité, prisé dans la philosophie grecque ou africaine. Un rôle aujourd’hui méconnu, l’oralité n’étant plus tolérable que lorsqu’elle est programmée pour déboucher sur des publications. « Dans le régime déterministe et productiviste qui gouverne aujourd’hui les institutions scientifiques, des conversations de ce genre sont considérées comme du temps perdu, qui distrait fâcheusement les têtes chercheuses des programmes qui leur sont assignés », regrette Alain Supiot, juriste spécialisé en droit du travail, dans sa préface.

L’un des premiers à avoir compris l’apparent paradoxe qui fait naître les découvertes les plus utiles d’un travail animé par la seule curiosité et sans souci d’utilité fut Abraham Flexner (1866-1959), le fondateur, en 1930, de l’Institut d’études avancées de Princeton. Flexner a exposé sa philosophie de la recherche dans un essai au titre explicite : « De l’utilité des savoirs inutiles » (1939). La réussite éclatante de celui de Princeton a inspiré aux Etats-Unis et en Europe la création d’autres instituts d’études avancées, comme celui de Nantes, où Gaël Giraud et Felwine Sarr furent résidents durant l’année universitaire 2018-2019.

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« Le défi du siècle, celui du changement climatique, devrait aider la France à aller vers le plein-emploi »

Tribune. A l’exception d’une brève et récente incise présidentielle, le plein-emploi est le grand oublié de la campagne présidentielle, aucun candidat ne s’engageant sur son retour, même sur le long terme, comme si le chômage actuel était une fatalité insurmontable ! Les candidats se contentent au mieux d’évoquer la création d’emplois, verts de préférence.

C’est un étrange renoncement de la droite à la gauche, alors que le chômage, surtout de long terme, est toujours un facteur de pauvreté et de destruction de la cohésion sociale. En outre, de nombreux pays avancés, à l’image de l’Allemagne, connaissent le plein-emploi ou un taux de chômage bien inférieur.

Il est vrai que, depuis quarante ans, le taux de chômage a, presque toujours, été supérieur à 8 %, trop souvent autour de 10 %. Cependant, depuis 2017, le recul du chômage est engagé et est un facteur d’optimisme que la crise sanitaire n’a pas infirmé, avec actuellement un taux de chômage d’environ 8 %, quasiment celui de 2019.

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Nous affirmons, modélisation à l’appui, qu’atteindre le plein-emploi est possible en deux quinquennats, avec une résorption progressive et continue du chômage au cours des prochaines années. Selon nos calculs, c’est possible à condition de faire évoluer significativement six « répartitions ».

Un nouveau modèle de croissance

Ce sont environ 2 millions d’emplois qu’il faut créer, si on veut atteindre l’objectif d’un taux de chômage de 4 %, reconnu comme reflétant le plein-emploi. La vraie question est alors celle des conditions pour atteindre cet objectif.

A cette fin, nous avons repensé la croissance économique comme une interaction permanente entre offre, demande et innovation ; autrement dit, il nous faut réconcilier [les économistes] Keynes (1883-1946) et Schumpeter (1883-1950) au travers de politiques orientées en même temps sur ces trois composantes. L’aboutissement est un nouveau modèle de croissance qui nous a permis de déterminer des conditions précises pour réaliser le plein-emploi.

Il faut transférer progressivement autour de 4 points de produit intérieur brut (PIB) des profits vers les salaires. Ceci correspond à environ 100 milliards d’euros en fin de trajectoire

La trajectoire macroéconomique souhaitée se fonde sur des efforts partagés entre les différentes couches sociales et générations, et bien sûr adaptés à leurs revenus et leurs richesses. Aussi, nous considérons que six répartitions majeures doivent radicalement évoluer.

La première répartition, celle des revenus entre les salaires et les profits, est évidemment d’une grande importance, compte tenu de sa déformation excessive en faveur des profits depuis plusieurs décennies. Notre modèle de croissance montre qu’il faut transférer progressivement autour de 4 points de produit intérieur brut (PIB) des profits vers les salaires. Ceci correspond à environ 100 milliards d’euros en fin de trajectoire.

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