Un rapport sénatorial pointe la dégradation des conditions de travail des enseignants

Des élèves d’une classe de primaire à Labouheyre (Landes), le 4 octobre 2021.

Les enseignants français passent, en moyenne, plus de temps devant leurs élèves que leurs homologues européens pour des salaires plus faibles. Leurs classes sont plus chargées dans l’enseignement primaire et ils sont plus nombreux à se sentir socialement peu valorisés.

Un constat sévère dressé par Gérard Longuet, sénateur Les Républicains de la Meuse, dans un rapport sur le budget 2022 de l’éducation nationale. Le Sénat, majoritairement de droite, a d’ailleurs rejeté le projet de loi de finances présenté par le gouvernement, le 23 novembre. Sur l’éducation, premier budget de l’Etat, avec 56,5 milliards d’euros, M. Longuet fustige le manque chronique d’attractivité du métier d’enseignant, en fort décrochage par rapport au reste de l’Union européenne (UE) – mais aussi par rapport aux salariés du privé.

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Le texte, qui constate une hausse du budget de l’éducation nationale de 2,6 % dans le projet de loi de finances 2022, salue néanmoins les avancées du Grenelle de l’éducation, qui a permis, sur deux ans, d’améliorer la rémunération des enseignants les plus jeunes. Mais les observations, déjà établies par d’autres instances, dont l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), demeurent : en fin de carrière, le salaire des enseignants de collège, en France, est inférieur de 10 000 euros à la moyenne de l’Union européenne. A l’école élémentaire, le décrochage des salaires est particulièrement frappant – surtout par rapport à l’Allemagne, pays économiquement comparable, où le salaire brut en début de carrière dépasse 65 000 euros, pour 31 000 euros en France.

Baisse du pouvoir d’achat

La progression des salaires français, qui commencent bas et augmentent en milieu et fin de carrière, est « très désincitative pour les nouveaux entrants », peut-on lire dans le rapport du Sénat. Sans compter que le pouvoir d’achat des enseignants s’est fortement dégradé en vingt ans, puisqu’il a diminué de 15 % à 25 % entre 2000 et 2019 en euros constants – la baisse variant selon les échelons et le corps de rattachement des enseignants. Cette chute est en train de se stabiliser grâce aux mesures de rééquilibrage des salaires adoptées ces dernières années, précise toutefois le Sénat. Mais elle « pèsera longtemps sur le salaire des enseignants ».

Pour comparer les conditions de travail, le Sénat s’est également intéressé à d’autres critères mesurés notamment par l’OCDE, dont le nombre d’heures passées devant les élèves. « Les enseignants en France passent davantage de temps à enseigner que leurs collègues dans les pays européens en moyenne, et en Allemagne en particulier », conclut le rapport, qui donne le chiffre de 900 heures « réglementaires » devant les élèves par an pour un enseignant de l’école primaire, alors qu’un homologue allemand n’en fait que 691.

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