« Et donc je suis partie un mois en télétravail à Bali » : pour retenir les jeunes diplômés, le pari de l’ultraflexibilité

C’est lundi au bureau, et pourtant il flotte un air de vendredi après-midi dans les locaux de Welcome to the Jungle, entreprise de 270 salariés, située dans le quartier du Sentier, à Paris. Les étages, aménagés en « flex office », sont presque déserts. Une jeune femme nous salue, traînant derrière elle sa valise à roulettes. Mais où sont les gens ? A Nantes, à Marseille, à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), dans le Perche. En télétravail.

En cette nouvelle ère post-Covid-19, les salariés de cette grosse start-up spécialisée dans les annonces d’emploi en ligne (avec une moyenne d’âge de 30 ans) ne sont tenus de venir au bureau qu’un seul jour par mois. Le reste du temps, ils fréquentent les locaux à leur convenance. « Du moment qu’ils atteignent leurs objectifs, les gens organisent leur journée comme ils veulent, travaillent d’où ils veulent. Si quelqu’un veut commencer sa journée de chez lui, puis venir au bureau à midi, ce n’est plus tabou. S’il veut aller à la piscine et travailler plus tard, c’est à lui de voir », expose Pierre-Gaël Pasquiou, l’un des associés.

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Nombre de salariés de Welcome to the Jungle ont profité de ces nouvelles règles pour rendre les clés de leur appartement parisien. D’autant que, pour la journée mensuelle obligatoire au bureau, organisée au niveau de chaque équipe, l’entreprise prend en charge le train et la nuit d’hôtel à Paris. « Ce jour-là, nous en profitons pour maximiser les effets de la présence de tout le monde, avec des réunions, des ateliers, un déjeuner commun, un apéro le soir », poursuit Pierre-Gaël Pasquiou.

Commerciale chez Welcome to the Jungle, Constance Goncalves a largué ses 30 mètres carrés près du canal Saint-Martin et acheté en mars un 60 mètres carrés à Marseille, « rue d’Endoume, dans le 7e, comme plein de Parisiens. Dans cette ville, j’ai l’impression d’être en vacances toute l’année. Le midi, je peux aller faire un tour à la plage. » Le bureau lui manque parfois, un peu moins depuis que « Welcome » lui loue un espace dans un coworking sur le Vieux-Port. « Ça permet de retrouver, quelques jours par semaine, une ambiance, des collègues. On est six de l’entreprise à avoir déménagé à Marseille, pour la qualité de vie », raconte cette diplômée d’un master en communication.

« Un management qui ne flique pas »

Après l’expérience du télétravail pendant les confinements, les mobilités et la liberté d’organisation que celui-ci a enclenchées, le retour à la vie d’avant est devenu impossible. Le génie est sorti de la lampe. Les experts interrogés par Le Monde le confirment : sans possibilité de télétravail, sans flexibilité dans l’organisation de celui-ci, difficile d’attirer ou de retenir les jeunes diplômés, à l’heure où le marché de l’emploi les place en position de force, avec de grosses tensions dans certains domaines de compétences.

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Congés : le silence peut valoir acceptation

Droit social. Tout salarié a droit à des jours de congés rémunérés par son employeur sous la forme d’une indemnité de congés payés. Chaque mois de travail effectif complet ouvre ainsi droit à un congé payé de 2,5 jours ouvrables.

Si le calcul des droits acquis à congés donne lieu à un contentieux non négligeable au vu de la complexité du code du travail et des conventions collectives parfois applicables, l’organisation des congés payés au sein de l’entreprise génère aussi nombre de litiges.

La loi fixe un cadre impératif auquel ni les conventions collectives qui peuvent compléter le code du travail, ni a fortiori la décision unilatérale de l’employeur ne peuvent déroger. Ainsi, le droit à congés est nécessairement annuel.

Au moins douze jours de congés continus doivent être accordés dans la période du 1er mai au 31 octobre de chaque année. Le congé principal peut être fractionné lorsqu’il est d’une durée supérieure à douze jours ouvrables avec l’accord du salarié.

Sauf dans certaines circonstances, la cinquième semaine et, plus généralement, les jours acquis au-delà de vingt-quatre jours doivent être pris à part. Les conjoints et les partenaires liés par un PACS travaillant dans une même entreprise ont droit à un congé simultané. De plus, des règles particulières s’appliquent aux jeunes salariés, aux salariés étudiants et aux salariés ayant des enfants à charge.

La responsabilité de l’employeur

Sous réserve de l’application de ces règles, l’employeur a, en vertu de son pouvoir de direction, celui de fixer les dates de prise de congés après avis du comité social et économique lorsqu’il en existe dans l’entreprise. Aussi, est considéré comme une faute susceptible d’une sanction pouvant aller jusqu’au licenciement le départ d’un salarié en juillet, alors que l’employeur lui avait imposé de prendre ses vacances en septembre.

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Il est toutefois très fréquent, lorsque les congés sont donnés par roulement, que les salariés d’un même service s’arrangent entre eux sur la fixation des dates, l’employeur se contentant de les enregistrer ou de trancher les différends.

De même, un salarié peut proposer des dates qui lui conviennent et il arrive que la demande soit formulée à l’oral. Des difficultés peuvent survenir lorsque, sans réponse expresse de l’employeur, le salarié part tout de même en congé. Une absence dans ces circonstances peut être qualifiée de faute par l’employeur. Il prononce alors une sanction disciplinaire.

Une telle affaire vient d’être tranchée par la chambre sociale de la Cour de cassation le 6 avril 2022. Conformément à une interprétation constante de ce type de situation, la haute juridiction judiciaire approuve la cour d’appel qui avait annulé la sanction. L’employeur ne justifiait d’aucune consigne précise imposant au salarié d’obtenir un accord exprès préalable à la prise de congés et il n’a de surcroît pas pu apporter la preuve d’un refus exprès.

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Bordeaux : les soignants du CHU appelés à une grève illimitée à partir de mardi

Les urgences de nuit de l’hôpital Pellegrin sont régulées la nuit depuis la fin mai 2022, faute de personnel en nombre suffisant.

Ils réclament des embauches et des augmentations de salaire, avant un été qui s’annonce « très compliqué ». Les soignants du CHU de Bordeaux, l’un des plus gros de France, sont appelés à une grève illimitée par leurs syndicats à partir du mardi 28 juin.

Citant en vrac « le point d’indice gelé », les « primes aléatoires », le « manque de recrutement », la « fermeture des services et des lits », « l’externalisation galopante », le « rappel illégal sur repos et congés », les syndicats FO, CGT et SUD-Santé demandent des embauches, alors que le manque de bras a déjà poussé la direction à filtrer l’accès aux urgences à partir de 17 heures, depuis la fin du mois de mai.

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Pour attirer de nouvelles recrues, les syndicats réclament ainsi une hausse des salaires « de 300 euros minimum » pour les personnels soignants, administratifs et techniciens.

« C’est la première fois qu’une grève illimitée est organisée l’été. On est au point de non-retour », a expliqué Alain Es Sebbar, secrétaire de la CGT de l’hôpital Pellegrin, l’un des trois établissements du CHU.

Selon Jacques Ollivier, délégué SUD-Santé pour le CHU, cet appel s’adresse à tout le personnel soignant, soit quelque 11 000 personnes, « infirmières et aides-soignantes, mais aussi 180 autres métiers, comme techniciens de laboratoire, secrétaires médicales, manipulateurs radiologistes, kinés, assistantes sociales, blanchisseurs ». Avec plus de 14 000 employés, le CHU est le premier employeur de Nouvelle-Aquitaine.

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« A ce stade, nous comptabilisons cinq préavis sur les 8 222 agents prévus au planning [mardi] matin », a précisé, lundi soir, le service de communication de l’hôpital. Même en grève, le personnel hospitalier est tenu d’assurer un service minimum.

Selon Pascal Gaubert, représentant FO au CHU, « cette grève est plutôt politique et symbolique, pour faire pression sur la direction cet été, pour voir s’ils tiennent leur promesse d’embaucher ».

600 lits fermés cet été

Pour soulager les personnels, la direction a déjà annoncé la semaine dernière que 600 lits seraient fermés cet été. « Il faut pouvoir donner des congés, trois semaines, entre juin et septembre, car on veut protéger les équipes, les professionnels qui aiment leur travail, pour ne pas qu’ils fuient l’hôpital », expliquait Stéphanie Fazi-Leblanc, directrice générale adjointe du CHU. Mais pour Alain Es Sebbar, « ce n’est pas nouveau, [les 600 lits] sont déjà fermés ».

Il faut absolument embaucher, « sinon, c’est le crash », insiste Pascal Gaubert, de FO. « Il nous manque 200 postes vacants sur le CHU, surtout chez les infirmières et les aides-soignants, et nous avons un absentéisme de 12 % en moyenne, avec aujourd’hui près de 250 personnes en arrêt. Cela fait quasiment 500 agents en moins. »

« Tout le monde est touché, pas seulement les soignants. Rien que sur les préparateurs en pharmacie, cinq partent cet été », alerte aussi Alain Es Sebbar.

Selon ces élus syndicaux, la direction a promis l’arrivée de 250 agents sortis d’école de la fin août à octobre. « Mais encore faut-il (…) qu’on arrive à les garder et pérenniser sur les postes », tempère M. Gaubert.

Le Monde avec AFP

Avortement : les entreprises américaines entre soutien et embarras

Des militants du droit à l’avortement manifestent contre la décision de la Cour suprême de revenir sur le droit à l’IVG, à Washington, le 26 juin 2022.

Avec la loi au Texas prohibant depuis 2021 l’avortement au-delà de six semaines et la fuite dans la presse, début mai, de la décision de la Cour suprême des Etats-Unis renvoyant aux Etats la charge de légiférer sur l’accès à l’avortement, les entreprises américaines avaient eu le temps de se préparer.

Depuis des semaines, les grandes compagnies de la tech, des médias ou de la finance ont annoncé qu’elles prendraient en charge les frais de déplacement de leurs salariées, si celles-ci ne peuvent pas avoir accès à un avortement près de leur domicile.

Apple, ATT, Tesla, J.P. Morgan, Citigroup, Starbucks, Uber, Yelp, toutes ont annoncé leur intention de pallier les conséquences de la décision de la Cour suprême des Etats-Unis. Dans le détail, le plan santé de Netflix offre une enveloppe de 10 000 dollars (9 450 euros) tout au long de la vie, pour des traitements non couverts dans l’Etat de résidence. Amazon dit prendre en charge les déplacements de ses salariés à hauteur de 4 000 dollars par an.

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Cette liste de noms cache des grands muets. Lorsque la décision est tombée vendredi 24 juin, McDonald’s, PepsiCo, Coca-Cola, General Motors, Tyson et Marriott n’ont pas répondu aux sollicitations de l’agence AP, tout comme Walmart. Le premier employeur du pays avec 1,7 million de salariés est particulièrement implanté dans le sud du Midwest, cette région où l’avortement va devenir très largement interdit.

Disney, qui a maille à partir avec l’Etat conservateur de Floride, a attendu l’arrêt pour communiquer sur sa prise en charge des déplacements des femmes. Si la plupart des assurances des grandes entreprises couvrent les frais médicaux d’avortement, 10 % des salariés américains sont sous un plan qui l’interdit explicitement dans la plupart des cas, selon une enquête 2019 de la Kaiser Family Foundation.

« Prendre position »

« Les avantages médicaux commencent soudainement à devenir très politiques, et cela oblige les employeurs à prendre position », déclare au Wall Street Journal (WSJ) le courtier en assurance Michael Turpin (USI Holdings). Les entreprises doivent aussi trouver un équilibre entre l’émotion, les revendications de leurs employés et de certains de leurs clients choqués et leurs interlocuteurs républicains ; ces derniers approuvent à 78 % la décision de la Cour suprême, selon un sondage CBS, tandis que le rejet global de la population est de 59 %. La Business Roundtable, qui représente certaines des entreprises les plus puissantes du pays, a déclaré au Washington Post qu’elle « n’a pas de position sur le fond de l’affaire ».

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Des routiers en grève pour réclamer des revalorisations salariales, des barrages filtrants dans plusieurs zones industrielles

Des barrages filtrants avec distribution de tracts étaient organisés, lundi 27 juin dans la matinée, à l’entrée de plusieurs zones industrielles un peu partout en France à l’appel des syndicats de routiers qui réclament des revalorisations salariales.

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Des barrages étaient en place dès l’aube à Orléans (Loiret), Miramas (Bouches-du-Rhône) ou encore Lunéville (Meurthe-et-Moselle), d’après la Confédération générale du travail (CGT), occasionnant des ralentissements.

Dans les Hauts-de-France, deux barrages filtrants organisés à l’entrée de deux grandes zones d’activité logistiques, l’une à la sortie de Lille et l’autre près d’Arras (Pas-de-Calais), ont provoqué d’importantes files de véhicules à l’heure de pointe.

A Lille, sur une sortie d’autoroute en direction de Valenciennes, une cinquantaine de personnes en gilets orange de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) étaient mobilisées, bloquant la sortie d’autoroute qui mène à la zone d’activité du Mélantois, non loin de l’aéroport, a constaté un journaliste de l’Agence France-Presse.

Ils distribuaient des tracts aux automobilistes, critiquant la « politique de l’autruche » en matière de salaire des « patrons du transport et du gouvernement », en dépit des « hausses successives dues à une inflation galopante et exponentielle, une forte pénurie de salariés (…) et le pouvoir d’achat qui fond comme neige au soleil ».

Perspective d’une rentrée potentiellement agitée

« La plupart des minima des branches conventionnelles sont en dessous du smic », a expliqué Fabrice Michaud, délégué CGT-Transports, avant d’ajouter :

« En plus, il n’y a pas de volonté du patronat [d’augmenter les salaires], car plus ils donnent des salaires proches du smic, plus ils ont des exonérations. »

Les syndicats de routiers demandent la réouverture immédiate des négociations salariales après celles d’octobre, qui avaient débouché sur une revalorisation des grilles de 6 %.

L’objectif de cette journée « est de se compter », dans la perspective d’une rentrée potentiellement agitée, selon M. Michaud. « On s’est fixés septembre pour un mouvement significatif si on n’a pas d’écho favorable du gouvernement et du patronat », a-t-il prévenu.

Un peu plus tard dans la matinée, les zones industrielles de Nantes (Loire-Atlantique), Caen (Calvados) et Moissy-Cramayel (Seine-et-Marne) étaient à leur tour ralenties par des barrages filtrants.

A 11 heures, les routiers avaient pour projet d’installer le même dispositif devant l’entrepôt Amazon situé près de Metz.

L’ensemble des professionnels du transport routier, qui comprend les routiers ainsi que les chauffeurs de car, les ambulanciers ou les transporteurs de fonds, sont appelés à la grève par une intersyndicale composée de la CGT, la CFDT, Force ouvrière (FO), la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) et la Confédération française de l’encadrement-Confédération générale des cadres (CFE-CGC).

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Le Monde avec AFP

Le projet de loi pouvoir d’achat, objet de toutes les tractations

Elisabeth Borne, après une réunion avec les ministres, à Matignon, à Paris, le 21 juin 2022.

Une semaine après un scrutin législatif qui a privé Emmanuel Macron de majorité absolue à l’Assemblée nationale, les tractations vont bon train entre les groupes sortis des urnes pour définir leurs stratégies respectives vis-à-vis de la politique du gouvernement.

Le sujet du pouvoir d’achat, qui doit faire l’objet d’un projet de loi présenté le 6 juillet en conseil des ministres, et être assorti d’un budget rectificatif, sera le premier test grandeur nature pour l’exécutif. Comment se comportera l’Hémicycle, nettement plus remuant que celui des cinq dernières années ? D’ores et déjà, les oppositions – Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) et Rassemblement national (RN) en tête –, comme le gouvernement, tentent de placer leurs cartes.

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Chacun tente de faire figurer dans ce premier texte du quinquennat ses propres propositions. Ainsi, le groupe socialiste (PS) à l’Assemblée nationale a fait savoir qu’il compte déposer une proposition de loi sur le pouvoir d’achat avec « cinq ou six » mesures-clés, notamment « le smic à 1 500 euros », pour obliger le gouvernement à « se positionner », a annoncé, vendredi 24 juin, Valérie Rabault, sur France 2. Il s’agit de « dire au gouvernement : on ne peut pas continuer ce blocage, voici ce que nous vous proposons, qu’est-ce que vous en pensez ? », a ajouté la députée du Tarn-et-Garonne.

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En parallèle, vendredi matin toujours, le député (La France insoumise, LFI) des Bouches-du-Rhône Manuel Bompard évoquait sur Franceinfo une proposition de loi « pour répondre à l’urgence sociale », qui sera également déposée par son groupe dans les jours qui viennent. Celle-ci comportera deux dispositions-clés : « Le blocage des prix sur les produits de première nécessité, l’énergie, le carburant. Et l’augmentation du smic à 1 500 euros net » – des propositions qui étaient déjà dans le programme de Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle. « C’est la Nupes qui va proposer cette loi de manière commune. Elle en tirera ensuite sûrement des amendements propositionnels », précise au Monde le député (LFI) de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel.

Pas encore de position au RN

De son côté, le parti Les Républicains (LR), par la voix d’Aurélien Pradié, secrétaire général du mouvement, a demandé une détaxe sur l’essence pour en ramener le prix à 1,50 euro par litre. Une proposition coûteuse (10 milliards d’euros), qui détonne avec la ligne de l’aile plus traditionnelle de la formation de droite, attachée à une gestion rigoureuse des dépenses publiques. « Nous préconisons aussi une baisse de la CSG [contribution sociale généralisée] », a indiqué dans Le Journal du dimanche du 26 juin le président du groupe LR à l’Assemblée nationale, Olivier Marleix.

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Crise aux urgences : des fermetures, des grèves et le regret du « temps perdu »

A l'accueil du centre hépato-digestif du CHU de Rennes, le 15 juin 2022.

La situation semble partie pour se répéter. Après l’hôpital Pellegrin au CHU de Bordeaux, en mai, un autre mastodonte hospitalier doit se résoudre à emprunter un mode de fonctionnement dégradé : le CHU Grenoble-Alpes, à compter du lundi 27 juin.

Cette fois-ci, c’est le principal service d’urgences du territoire qui est touché. Il se trouve ainsi contraint de fermer à son tour la nuit, de 20 heures à 8 heures. Des horaires durant lesquels les urgences seront réservées aux interventions vitales régulées par le SAMU. La population est appelée à passer systématiquement par le 15, tandis que des secouristes à l’entrée doivent trier et accompagner ceux qui se présenteraient malgré tout.

Lire l’enquête : Article réservé à nos abonnés Crise de l’hôpital : face à la catastrophe annoncée, comment sauver les urgences ?

Voilà donc un symptôme supplémentaire de la crise que traversent l’hôpital et de nombreux services d’urgences – à ce jour, 120 au moins sont en grande difficulté, obligés de fermer la nuit, le week-end ou de réduire leur activité, selon une enquête du syndicat SAMU-Urgences de France menée à la fin mai. En face, l’absence de réponse gouvernementale se fait toujours davantage ressentir.

Quand la « mission flash » sur les urgences et les soins non programmés, confiée au docteur François Braun, qui devait donner lieu à des décisions pour tenir l’été, va-t-elle aboutir ? Son lancement par le président de la République, Emmanuel Macron, en mai, paraissait déjà bien tardif aux acteurs qui appelaient à des mesures immédiates.

Rendra-t-elle ses conclusions le 28 juin, comme le prévoit sa lettre de mission ? C’est le silence radio du côté du ministère de la santé, dont la locataire, Brigitte Bourguignon, défaite aux élections législatives, va devoir quitter les lieux lors du futur remaniement. « Le gouvernement a fait de ce sujet l’une de ses priorités et s’exprimera prochainement sur les réponses immédiates à y apporter, ainsi que sur les mesures de long terme à mettre en œuvre », indique-t-on à Matignon, sans s’avancer sur un calendrier.

Flottement politique

Il fait désormais peu de doute que l’échéance devrait être repoussée, au moins de quelques jours, alors que le nouveau gouvernement ne sera pas nommé avant début juillet, selon la dernière prise de parole d’Emmanuel Macron. Cette période de flottement politique inquiète dans les rangs médicaux, alors que l’été est désormais entamé.

« Que de temps perdu », s’énerve-t-on au sein de plusieurs syndicats hospitaliers, dont Action praticiens hôpital, dans un communiqué du 22 juin. « L’hôpital public attend un ministre de toute urgence », défendent-ils. Depuis le début du nouveau quinquennat, les « premières mesures » annoncées par Brigitte Bourguignon, le 8 juin, sont restées limitées, avec principalement la réactivation du doublement de la rémunération des heures supplémentaires des soignants.

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Dans le Nord, la « Ch’tilicon Valley » veut accélérer les créations d’emplois

Le site d’EuraTechnologies, à Lille, le 23 juin 2022.

On attend généralement des incubateurs de start-up qu’ils aident des jeunes pousses à réaliser de belles levées de fonds, pas qu’ils en bouclent eux-mêmes une. C’est pourtant ce que fait EuraTechnologies, le campus lillois qui a annoncé, vendredi 24 juin, un tour de table de 24 millions d’euros.

Principal investisseur, l’Association familiale Mulliez, de la dynastie du même nom, issue du Nord, à la tête de groupes comme Auchan, Norauto ou Decathlon. Tout un symbole pour cette structure d’innovation qui se veut d’abord ancrée régionalement. Ses autres actionnaires historiques, la métropole de Lille, la région Hauts-de-France et le Crédit agricole nord de France, ont eux aussi remis au pot. Le signe d’un soutien à ce que d’aucuns nomment la « Ch’tilicon Valley » et qui a vu naître des entreprises à succès telles que OVH (cloud) ou Exotec (robotique).

Territoires traumatisés par leur déclassement

Le principal objet de cette levée de fonds est de promouvoir la création d’emplois sur ce territoire marqué par la désindustrialisation. EuraTechnologies lui-même s’est installé sur l’ancien site industriel de l’une des plus grandes manufactures de textile d’Europe, celle de Le Blan Lafont. « Ici, on passe d’une révolution industrielle à une autre [celle du numérique] », plaide Nicolas Brien, à la tête de la société d’économie mixte lilloise depuis l’été 2021. Le campus s’est déployé dans d’autres friches industrielles de la région pour y favoriser la création d’emplois dans la nouvelle économie.

L’incubateur compte aussi acquérir pour plusieurs millions d’euros des équipements de pointe

Avec cette levée de fonds, le campus se fixe pour objectif de créer trois mille emplois en CDI d’ici à 2027 – soit plus de dix mille au total depuis son inauguration en 2009 – et de permettre la transformation de ces territoires traumatisés par leur déclassement. La présence d’actionnaires publics, majoritaires à 55 % après cette levée de fonds, doit garantir de maintenir ce cap. EuraTechnologies entend permettre à des sociétés innovantes et viables d’éclore.

Pour ce faire, l’incubateur va recruter une cinquantaine de personnes afin d’atteindre un effectif d’une centaines de salariés. Ces nouvelles recrues devront accompagner le parcours des jeunes pousses qui ont adhéré à ses programmes d’accélération, qui durent deux ans. Au dernier recensement, les promotions comptaient environ deux cents sociétés par an. L’incubateur compte aussi acquérir pour plusieurs millions d’euros des équipements de pointe pour attirer les sociétés dites de « deep tech », issues de la recherche, souvent à vocation industrielle.

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« Plus un hôpital fait appel à des consultants, plus son efficience diminue »

Tribune. Un rapport du Sénat intitulé « Un phénomène tentaculaire : l’influence croissante des cabinets de conseil sur les politiques publiques », a révélé en mars que les dépenses de conseil de l’Etat français avaient dépassé le milliard d’euros en 2021. Les services publics ont-ils intérêt à faire appel à des consultants ? D’un côté, leurs méthodes et leur regard extérieur leur permettraient de résoudre la plupart des problèmes auxquels leurs clients sont confrontés. D’un autre côté, on leur reproche parfois de faire à leurs clients des promesses qu’ils ne parviennent pas à tenir.

Alors que le recours aux consultants dans les services publics a fait couler beaucoup d’encre, on n’a pas vraiment répondu à cette question cruciale. En France, des consultants ont notamment travaillé à l’amélioration du fonctionnement des hôpitaux. Ces investissements ont-ils été rentables ? Si les données qui permettraient de répondre à cette question ne sont pas disponibles en France, elles existent en Angleterre.

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Dans une étude à paraître, cinq chercheurs ont utilisé ces données pour étudier la relation entre les dépenses de conseil et l’efficience des hôpitaux anglais (A. J. Sturdy, I. Kirkpatrick, N. R. Alvarado, A. Blanco‐Oliver, G. Veronesi : « The management consultancy effect : Demand inflation and its consequences in the sourcing of external knowledge ». Public Administration, à paraître). L’efficience a été mesurée à l’aide d’un indicateur appelé « reference cost index » qui compare les coûts de réalisation d’une même prestation d’un hôpital à un autre.

Une mauvaise connaissance du fonctionnement des hôpitaux

L’étude montre qu’il existe une relation entre les dépenses de conseil et l’efficience des hôpitaux. Le problème est que cette relation est négative. Plus un hôpital fait appel à des consultants, plus son efficience diminue. Notons que cette relation ne provient pas du fait que les hôpitaux les moins performants sont plus susceptibles de faire appel à des consultants.

Il n’y a pas de lien entre l’efficience d’un hôpital et la décision de faire appel à des consultants l’année suivante. Elle ne s’explique pas non plus par un manque de manageurs. Les hôpitaux qui emploient le plus grand nombre de manageurs sont également ceux qui font le plus appel à des consultants.

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Comment expliquer l’impact négatif des dépenses de conseil sur l’efficience des hôpitaux ? D’après les chercheurs, les coûts induits par les prestations de conseil réduiraient la capacité des hôpitaux à investir dans leurs propres compétences. Dans certains cas, les consultants ne semblent pas non plus suffisamment connaître le fonctionnement des hôpitaux pour améliorer leur performance.

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« En entrant dans le monde du travail, j’ai compris qu’être une femme noire, c’est un double obstacle »

A mon entrée dans le monde du travail, j’ai pris conscience pour la première fois que j’étais une femme racisée et que cela représentait un double obstacle.

J’ai grandi en banlieue parisienne, dans l’Essonne, au sein d’une famille mixte : mon père est blanc et ma mère, noire. J’ai toujours été poussée à être ambitieuse par mes parents, sans considération de couleur ni de genre. J’étais bonne élève à l’école, et j’ai voulu faire du droit pour devenir avocate. Longtemps, j’ai pensé qu’il n’y avait pas de couleur et que le genre ne comptait pas, ces enjeux ne m’ayant jamais été transmis.

Plus jeune, je me disais simplement que tout le monde avait une couleur différente, moi n’ayant pas la même peau que mes parents, mon frère étant aussi d’une autre carnation. Mes parents avaient aussi une répartition des tâches peu genrée : ma mère, employée de bureau dans les assurances, travaillait beaucoup, quand mon père, cadre dans l’enseignement catholique, était davantage chargé de notre éducation. Ces concepts tenaient du non-sujet. J’ai fini par comprendre qu’ils étaient loin de l’être dans la société en général ; et dans le monde professionnel, en particulier, où le fait d’être une femme, métisse de surcroît, s’accompagne de véritables obstacles. J’ai dû apprendre à les appréhender et à vivre avec, tardivement.

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Lors de mon stage de fin d’études chez une ancienne ministre devenue avocate, je me souviens qu’elle m’avait mise en garde : « Quand on est une femme dans ce milieu, il y a une légitimité qu’il faut conquérir, car tout est plus difficile. » A l’époque, cela ne résonnait pas encore. Je voyais bien, étant intéressée par le droit et la politique, les inégalités persistantes entre femmes et hommes mais, pour moi, cette réalité très clivée était celle d’un ancien monde. Il y avait beaucoup de filles sur les bancs de la fac, à Paris-I, et je m’y sentais très préservée. Mais dès ma première expérience, après le diplôme, cela a commencé à me sauter aux yeux.

Des blagues pernicieuses

J’ai travaillé cinq ans au Luxembourg, puis dans un cabinet anglo-saxon, où, si l’enjeu de diversité était mis officiellement sur la table, le vécu au quotidien était très différent. Cette réalité s’est poursuivie quand je suis rentrée à Paris. Le milieu du droit, de manière similaire à celui de la politique – des espaces d’argent et de pouvoir –, est un milieu d’hommes, majoritairement blancs. Personne ne va jamais vous dire que ce n’est pas possible d’y faire sa place parce que vous êtes une femme, mais ce sont des blagues pernicieuses, des manières d’organiser les équipes, des remarques sur la possibilité d’une grossesse…

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