L’Assemblée nationale débute l’examen du projet de l’assurance-chômage dans une ambiance électrique

Un premier texte et, déjà, une soirée mouvementée. Pour l’ouverture de la session ordinaire, lundi 3 octobre, les députés ont débuté l’examen du projet de loi ouvrant la voie à une réforme de l’assurance-chômage dans une ambiance électrique, où chaque groupe s’est rendu coup pour coup. Une rentrée parlementaire d’emblée marquée par une motion de rejet sur ce premier texte du gouvernement. Déposée par les députés « insoumis », elle a été soutenue par les autres composantes de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) et par le Rassemblement national (RN).

Le député RN, Jean-Philippe Tanguy, discute avec la présidente du groupe Rassemblement national, Marine Le Pen, à l’Assemblée nationale, le 3 octobre 2022.

Sur la forme, les élus de La France insoumise (LFI), très mobilisés toute la soirée, ont régulièrement invectivé le ministre du travail, Olivier Dussopt, ou le rapporteur Renaissance du texte, Marc Ferracci, durant leur prise de parole à la tribune. Les élus de la majorité, qui souhaitent désormais répondre plus régulièrement aux attaques des oppositions, ont répliqué en évoquant le député « insoumis » du Nord, Adrien Quatennens, visé par une enquête pour violences conjugales contre son épouse.

Le ministre du travail, Olivier Dussopt, prend la parole lors du débat sur le projet de la réforme de l’assurance-chômage, à l’Assemblée nationale, le 3 octobre 2022.
Le député LFI (La France Insoumise), Francois Ruffin, discute avec le député GDR (Gauche Démocrate et républicaine), Sébastien Jumel, pendant la prise de parole du rapporteur de la commission des affaires sociales, Marc Ferracci, à l’Assemblée nationale, le 3 octobre 2022.

Sur le fond, le député LFI de Haute-Garonne, Hadrien Clouet, qui a défendu la motion de rejet pour son groupe, a déploré « une grande chasse aux chômeurs », une « grande braderie aux salaires » et une « méthode brutale » de la part de l’exécutif. Pour l’élu, ce texte « accorde les pleins pouvoirs au gouvernement pour fixer les règles de l’assurance-chômage sans jamais revenir devant nous ni les partenaires sociaux ». « Vous avez les idées claires sur rien du tout. Et vous voulez les pleins pouvoirs ? Ce sera sans nous », a-t-il lancé. Dans la foulée, le RN, par la voix de Kévin Mauvieux (Eure), a annoncé le soutien de son groupe à la motion de rejet en déplorant « une réforme injuste qui vise les chômeurs ». « Nous sommes d’accord sur le diagnostic » avec la gauche, a expliqué le député d’extrême droite, avant de préciser : « Mais nous ne sommes pas d’accord sur le remède. » Car, pour M. Mauvieux, les solutions sont la « priorité nationale » et le « patriotisme économique ».

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Moduler les indemnités selon la conjoncture

Avec ce projet de loi, le gouvernement souhaite, dans un premier temps, proroger les règles d’indemnisation mises en place par la réforme de 2019 et qui arrivent à échéance le 1er novembre. Mais il compte surtout les changer à nouveau, par décret, en installant une modulation des indemnités selon la conjoncture économique. « Le mécanisme de modulation des règles d’indemnisation en fonction de l’état du marché du travail sera examiné et sera concerté de manière approfondie avec les partenaires sociaux », a assuré le ministre du travail, alors que la concertation avec les organisations syndicales et le patronat, promise pour mi-septembre, n’a toujours pas débuté. « Il faut répondre à un certain nombre de questions sur la régionalisation, sur les paramètres de modulation, sur les indicateurs qui permettent de rendre compte du cycle économique. Il faut le faire en évitant de toucher au montant de l’indemnisation », a par ailleurs annoncé Olivier Dussopt.

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Assurance-chômage : un tiers des personnes éligibles n’y recourent pas

Voilà deux ans que les députés l’attendaient. Le gouvernement a enfin remis au Parlement son rapport sur le non-recours à l’assurance-chômage. Un texte qui devait initialement être rendu dans les deux ans suivant la promulgation, en 2018, de la loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel ». Les parlementaires de gauche avaient d’ailleurs soupçonné l’exécutif de censurer ce rapport en début d’année pour éviter sa publication avant l’élection présidentielle.

C’est donc au moment où commence l’examen en séance publique à l’Assemblée nationale du projet de loi ouvrant la voie à une nouvelle réforme de l’assurance-chômage que le gouvernement décide de présenter les conclusions de l’étude, qui s’est concentrée sur les fins de contrat ayant eu lieu entre le 1er novembre 2018 et le 31 octobre 2019. Elle ne prend donc pas en compte la précédente réforme de 2019 et s’appuie sur les critères d’éligibilité de la convention Unédic de 2017.

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Le résultat est édifiant : entre 390 000 et 690 000 personnes éligibles à l’assurance-chômage n’y recourent pas. « Selon les hypothèses centrales retenues dans le rapport, environ 30 % des personnes âgées de 25 à 60 ans qui connaissent une fin de contrat dans le secteur privé sans être inscrit préalablement à Pôle emploi et qui remplissent les critères d’éligibilité ne recourent pas à l’assurance-chômage », indique le rapport mené par la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), rattachée au ministère du travail. Un taux proche de celui observé pour d’autres prestations sociales : 34 % pour le revenu de solidarité active et 32 % pour les retraites.

« Pas suffisamment informés »

« Selon le champ et les hypothèses retenus, l’estimation du taux de non-recours des personnes non inscrites à Pôle emploi dans l’année qui suit leur fin de contrat varie entre 25 % et 42 % », précisent les auteurs qui établissent également le profil de ces non-recourants. Ainsi, ce sont surtout des salariés en contrats courts (41 % des CDD et 36 % des intérims contre 16 % des CDI) et des personnes qui travaillent moins longtemps que les recourants, avec des droits potentiellement plus faibles donc – « 55 % des éligibles ayant travaillé entre quatre et six mois ne recourent pas à l’assurance-chômage, contre 19 % pour ceux ayant travaillé plus de deux ans ».

« Sans surprise les personnes en contrats courts sont les plus concernées, alors que ce sont ces mêmes personnes que visait la réforme de 2019 en durcissant les règles les concernant », note le député communiste des Bouches-du-Rhône Pierre Dharréville, qui avait profité de l’examen en commission des affaires sociales du projet de loi assurance-chômage, mercredi 28 septembre, pour déposer un amendement, adopté, réclamant au gouvernement la publication de ce rapport sous un mois.

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Le projet de loi assurance-chômage pourrait être durci à l’Assemblée nationale

C’est le premier des huit chantiers du gouvernement censés lui permettre d’atteindre l’objectif du plein-emploi. Le projet de loi ouvrant la voie à une réforme de l’assurance-chômage arrive à l’Assemblée nationale, lundi 3 octobre. Si les débats devraient être agités, notamment avec la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), qui a prévu de déposer une motion de rejet du texte, l’issue ne fait guère de doute. Que ce soit dans l’Hémicycle ou comme ça a été le cas durant l’examen en commission des affaires sociales, les mardi 27 et mercredi 28 septembre, la coalition présidentielle peut compter sur le groupe Les Républicains (LR) pour obtenir la majorité sur ce premier texte de la session ordinaire.

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L’interrogation concerne plutôt la volonté de la coalition Ensemble citoyens – Renaissance, le MoDem et Horizons – et de LR de durcir un peu plus ce court texte de cinq articles, dont le but premier est de proroger les règles actuelles d’indemnisation – elles arrivent à terme au 1er novembre –, jusqu’à la fin de 2023. Des amendements ont notamment été déposés par le MoDem pour contraindre plus fortement les personnes en CDD à qui l’on propose un CDI de même nature à l’accepter et par LR afin d’assimiler les abandons de poste à des démissions pour les rendre inéligibles à une indemnisation chômage. En les acceptant, le gouvernement pourrait s’assurer du vote des députés de droite tout en n’apparaissant pas comme responsable du durcissement du projet de loi.

« Une logique de dialogue »

« Il y a effectivement une faille dans la mesure où un salarié qui procède à un abandon de poste accède à des conditions d’indemnisation plus favorables qu’un démissionnaire », a déclaré Olivier Dussopt, lors de son audition en commission, mardi. Si le ministre du travail a montré des signes d’ouverture sur ce sujet, il a néanmoins averti : « Il faut prévoir une disposition qui permet à un salarié qui procède à un abandon de poste pour une question de sécurité de pouvoir le faire valoir très vite, de telle sorte à ne pas être pénalisé. »

« C’est une preuve de la volonté du gouvernement de travailler ensemble, explique Jean-Louis Thiériot, député LR de Seine-et-Marne et auteur de l’amendement sur les abandons de poste. C’est un changement par rapport à la précédente mandature. »

Retiré en commission, l’amendement a été reformulé et vise désormais à « présumer démissionnaire (…) le salarié qui a abandonné volontairement son poste ». Il sera défendu par LR et Ensemble. « On est dans une logique de dialogue, confirme la députée Renaissance du Nord Charlotte Parmentier-Lecocq. Mais la volonté de durcir les choses sur les abandons de poste correspond à une attente de terrain, des chefs d’entreprise mais aussi des citoyens. » Si les élus de droite regrettent que le texte manque d’ambition et ne porte pas une réforme plus profonde de l’assurance-chômage, leurs voix ne devraient, toutefois, pas manquer en fin de semaine pour l’adopter.

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L’argot de bureau : « Equicoaching », ou le cheval qui murmurait à l’oreille des manageurs

« Le cheval est un médiateur qui agit comme un révélateur. L’équicoaching permet d’explorer des ressources insoupçonnées individuelles et collectives pour imaginer demain dans l’organisation. » Vous venez de le vérifier, cette chronique n’est pas parue le 1er avril. Vous pouvez aussi vérifier que ces phrases ne sont pas fictives : que nenni, elles émanent de l’Académie équicoaching, un organisme de formation certifié Qualiopi, qui a accueilli trois mille deux cents personnes en dix ans, et dont Sanofi ou TotalEnergies sont des clients fidèles.

L’équicoaching, inventé dans les années 1990 pour des cadres américains de Volkswagen, et importé depuis vingt ans en France, est une méthode de développement personnel assistée par un cheval. En stage d’un ou deux jours dans un haras, façon classe verte, ou au cœur d’un ensemble façon « séminaire au calme », cette pratique, proposée par de nombreux organismes et lieux champêtres, consiste à organiser la rencontre entre des salariés – la plupart du temps, des manageurs – et des équidés.

Il ne suffit pas seulement de faire du cheval pour s’aérer la tête, loin de là ! A en croire les prestataires qui vendent ce concept, cette rencontre au potentiel quasi mystique peut résoudre tous les problèmes d’un cadre au profond mal-être et à court de solutions : améliorer son appartenance à l’équipe, développer ses « soft skills » (son comportement), son leadership, ou encore l’aider à gérer les crises et à mettre en place un management agile.

L’équidé devient un collaborateur

Bien entendu, tout cela est donc transposable au bureau : chassez le professionnel, il revient au galop. L’analogie, quelque peu maladroite, doit se faire naturellement avec les « N − 1 » du manageur.

En effet, le temps de la formation, qui comprend des moments théoriques sur les fondamentaux du management, l’équidé devient littéralement un collaborateur : le binôme sera plus ou moins productif, et des résultats seront attendus par votre responsable, ici incarné par le patron du haras (ou « équicoach »). Par exemple, attirer le cheval au centre d’une bâche bleue, les quatre pattes dessus. Pourtant, le cheval n’a pas envie, et n’aime généralement pas le bruit de ses fers sur cette surface inconfortable. Il faudra donc y aller avec doigté et petites incitations, façon « nudge ».

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Depuis 2021, l’équicoaching est une certification inscrite au répertoire spécifique de France compétences. Hors de l’entreprise, on trouve des occurrences de cette pratique dans le cadre des « vacances apprenantes »proposées par l’éducation nationale à l’école militaire d’équitation de Fontainebleau, ou en milieu carcéral à destination des détenus.

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« Camaïeu, c’est mort ce soir » : déstockage, larmes et incompréhension avant fermeture définitive

Au magasin Camaïeu d’Orly (Val-de-Marne), le 1er octobre 2022.

Entre deux encaissements, Roxane Carneiro-Deneza tire un mouchoir et essuie ses larmes. Depuis jeudi 29 septembre, au lendemain du prononcé de la liquidation judiciaire de Camaïeu, la responsable-adjointe du magasin d’Orly (Val-de-Marne) reçoit des fleurs et des chocolats que lui apportent ses clientes. « Ce n’est pas mon patron que je pleure. C’est vous, madame », confie-t-elle, samedi 1er octobre, en remerciant l’une de ses fidèles clientes, à quelques heures de la fermeture définitive de la boutique où elle travaille depuis neuf ans.

Les paquets-cadeaux s’amoncellent derrière la caisse. Le montant de la recette grimpe. Dans cette boutique située dans la galerie de l’hypermarché E. Leclerc d’Orly, à proximité des quartiers populaires Les Aviateurs et La Sablière, les clientes sont venues en masse acheter des vêtements bradés à moins 50 %. Le directeur de l’hypermarché a dépêché son vigile pour canaliser la cinquantaine de personnes qui sans discontinuer patientent pour entrer. « Là, vous voyez, soudainement, c’est plus vraiment la crise ! », observe la responsable du magasin, Elodie – qui n’a pas souhaité que son nom de famille figure dans cet article.

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Beaucoup sont là « pour saluer les vendeuses »

Beaucoup des clientes sont venues parce que « Camaïeu, c’est mort ce soir ». L’attrait des petits prix, des cintres distribués gratuitement et l’envie de solder une carte-cadeau ou un avoir les pressent à acheter. A beaucoup acheter. Quitte à choisir des vêtements d’été, tee-shirts bariolés, sandales vertes ou robes, et à regretter qu’« il n’y [ait] pas − 50 % sur les bijoux ».

D’autres sont là « pour saluer les vendeuses » et faire preuve de « solidarité » alors que « la vie est dure ». Parce qu’elle a « entendu aux infos que le montant de la recette, c’est pour les salariés », Elisabeth Pommier, retraitée de 66 ans, cliente Camaieu depuis « longtemps », est venue « faire un tour ». Et elle « achète sans vraiment de besoin » parce que « ce sera pour leur cagnotte », explique-t-elle, sans pouvoir croire que « cette fermeture soit aussi rapide ».

L’enseigne fondée en 1984, qui a été l’un des distributeurs les plus rentables du secteur de l’habillement féminin dans les années 1990, a été placée en redressement judiciaire début août, deux ans après sa reprise par la Financière immobilière bordelaise (FIB), société foncière détenue par l’homme d’affaires Michel Ohayon, 104e fortune de France, selon le magazine Challenges. Mercredi 28 septembre, le tribunal de commerce de Tourcoing a prononcé sa liquidation, après avoir écarté le plan de continuation présenté par M. Ohayon.

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Placé en redressement judiciaire, Scopelec a un mois pour sauver 2 500 emplois

Le couperet est tombé. Par un jugement du lundi 26 septembre, le tribunal de commerce de Lyon a placé les sociétés Scopelec SA et Setelen en redressement judiciaire. Pour la plus importante société coopérative de production (SCOP) de France, sous procédure de sauvegarde depuis mars, la descente aux enfers se poursuit.

Cette procédure intervient à la suite du non-renouvellement de plusieurs contrats avec Orange arrivés à leur terme à la fin de mars, et qui représentaient 40 % du chiffre d’affaires de Scopelec, estimé à 475 millions d’euros en 2021. Dans un communiqué, l’entreprise, spécialisée dans la pose de fibre optique, et qui comptait encore 3 600 salariés il y a un an, a réagi, jeudi 29 septembre : « Force est de constater que, malgré le soutien de l’Etat et la mobilisation exemplaire des salariés pendant ces onze derniers mois, Orange n’a pas souhaité accompagner l’entreprise à hauteur des 20 millions d’euros pourtant promis, lesquels devaient permettre de réorganiser le marché de la sous-traitance ».

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Marc Blanchet, le directeur technique et du système d’information de l’opérateur télécoms, souligne qu’« Orange est encore client de Scopelec, avec une activité contractualisée de l’ordre de 150 millions à 180 millions d’euros en 2022. En 2023, le montant devait osciller entre 100 millions et 150 millions ». Mais, selon lui, « la recherche d’activité complémentaire n’a pas pu se concrétiser en raison, notamment, du manque de ressources de Scopelec pour répondre à ces éventuels chantiers en plus des contrats déjà en place ».

Compte tenu de sa baisse d’activité, Scopelec a déjà dû procéder à une vague de licenciements et de départs d’environ 500 personnes cet été. Et des salariés ont eux-mêmes quitté l’entreprise pour rejoindre les prestataires ayant remporté les anciens contrats avec Orange. La coopérative compte actuellement environ 2 500 salariés. Le tribunal a donné à Scopelec jusqu’au 2 novembre pour présenter un plan ou des repreneurs éventuels.

« Les chacals vont entrer en scène »

Pour Frédéric Mazars, délégué syndical Force ouvrière de la société, « on va assister à un dépeçage. Les chacals vont entrer en scène ». Ce technicien travaillant dans le Tarn, non loin du siège social de Scopelec, se dit « dégoûté de l’attitude d’Orange, qui [les] balade depuis un an ». Selon lui, même s’il n’avance pas de chiffres, ce sont des centaines d’emplois qui vont disparaître. Par ailleurs, les salariés de la SCOP, propriétaires de parts sociales, vont perdre énormément d’argent, « de 20 000 à 30 000 euros pour certains ».

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Dans les formations d’auxiliaires de puériculture, apprendre à exercer en mode « dégradé »

En ce mois de septembre, Manon, 19 ans, a trouvé un poste dans une crèche avant même d’être diplômée « auxiliaire de puériculture ». Elle s’est même payé le luxe de refuser le CDI qu’on lui proposait dans cet établissement situé dans l’Ain : « Ce n’était pas un temps complet. Or, le métier ne paie pas non plus énormément, autour du smic pour un premier poste. J’ai préféré un CDD de 35 heures d’une durée de six mois. On verra après… » Passionnée par son nouveau métier « au service de l’éveil et du soin des enfants, et de la relation avec les parents », elle sait combien les « AP », comme on les nomme dans le secteur, sont recherchées. Notamment dans les établissements d’accueil du jeune enfant (crèche, halte-garderie, etc.), dont le nombre a crû fortement ces dernières années, et où la majorité des titulaires de ce diplôme d’Etat atterrissent.

En juillet, une étude de la Caisse nationale des allocations familiales a mis des chiffres sur cette pénurie de professionnels de la petite enfance en France. Sur la moitié des établissements interrogés déclarant être en manque de personnels, 45 % des besoins de recrutement (8 900 postes vacants) concernaient des postes d’auxiliaires de puériculture, et 17 % des postes d’éducateurs de jeunes enfants. La région parisienne, les départements du Rhône et la Guyane sont ceux pour lesquels les manques sont les plus criants. Un déficit problématique, alors que ces établissements doivent justifier d’au moins 40 % de diplômés d’Etat en puériculture (infirmière puéricultrice, AP ou éducateurs de jeunes enfants), les 60 % restant pouvant avoir un diplôme de la petite enfance, de type CAP.

Baisse du nombre de candidats

Ces manques de personnels, qui se sont accentués avec la crise sanitaire et son lot de démissions et burn-out, « pèsent sur les conditions de travail », notait le document. Dans les territoires les plus touchés, ces difficultés imprègnent la formation d’un an des futurs auxiliaires de puériculture. Alors qu’elle était en stage, Manon a dû plusieurs fois « remplacer seule des personnels absents ». « J’entendais “Telle AP n’est pas là ? Ce n’est pas grave, exceptionnellement Manon gérera le groupe”. Ce n’est pas facile de refuser », dit-ellemême si c’est la consigne qu’elle a reçue dans son institut de formation d’auxiliaire de puériculture (IFAP).

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« Je ne vous cache pas que pour trouver des terrains de stages pour nos élèves, c’est compliqué en ce moment », raconte Morgane Bourda-Couhet, formatrice dans un IFAP, à Pantin (Seine-Saint-Denis). Non pas que les établissements d’accueil manquent à l’appel, car les crèches ont bien besoin de ces bras « en plus ». Mais « les équipes nous disent parfois “nous ne sommes pas au complet, nous ne pouvons pas encadrer de manière correcte vos élèves”… »

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« Travailler plus pour gagner moins, c’est insoutenable » : des manifestations dans toute la France pour les salaires et les retraites

Manifestation interprofessionnelle pour le pouvoir d'achat, à Paris, Le 29 septembre 2022.

C’était la première journée de grève et de mobilisation interprofessionnelle depuis la rentrée. Et la première depuis la réélection d’Emmanuel Macron en avril. Jeudi 29 septembre, plus de 200 cortèges se sont formés dans toute la France à l’appel de la CGT, de la FSU, de Solidaires et d’organisations étudiantes et lycéennes (UNEF, FIDL, MNL et La Voix lycéenne), qui ont réuni plus de 250 000 personnes, selon les chiffres de la CGT (la police n’a pas encore communiqué les siens). Avec des manifestants bien décidés à montrer leurs forces, alors que l’automne s’annonce mouvementé sur les questions sociales. Et ce même si Emmanuel Macron avait choisi, la veille, de temporiser à propos de la réforme des retraites en ouvrant un nouveau cycle de concertations avec les partenaires sociaux et les forces politiques du pays, en vue d’un projet de loi global « avant la fin de l’hiver ».

Car si la réforme des retraites, et surtout la question du recul de l’âge légal de départ, faisait évidemment partie du mot d’ordre de la journée, la mobilisation avait initialement été lancée pour réclamer une hausse des salaires, des pensions, des bourses et des minima sociaux face à l’inflation. « Le message est clair : c’est les salaires qu’il faut augmenter, pas l’âge légal de départ à la retraite », a d’ailleurs lancé le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, avant que la manifestation ne s’élance à Paris, vers 14 heures.

Dans le cortège de la manifestation, à Paris, le 29 septembre 2022 .

« S’il y a une volonté de faire une mauvaise réforme des retraites, il y aura du monde dans la rue pour le dire », Nathan, 33 ans, statisticien

Dans la capitale, au sein du cortège qui défilait entre la place Denfert-Rochereau et Bastille, les revendications des quelque 40 000 manifestants réunis, selon les organisateurs, montraient souvent un ras-le-bol général envers la politique gouvernementale. Mélaine Marot, 34 ans, est là contre « la politique globale du gouvernement ». « Elle est faite par les riches et pour les riches. Et contre les pauvres en général, contre les travailleurs », juge cette auxiliaire de puériculture en intérim, à Paris et en banlieue. Même son de cloche chez Benjamin Fradet, 27 ans, technicien dans un laboratoire de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement : « C’est tout le package social du gouvernement qu’il faut combattre. La réforme de l’assurance-chômage, celle du RSA, celle des retraites… La promesse est la même : travailler plus pour gagner moins, c’est insoutenable. »

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« Depuis 2011, chaque année, je perds du pouvoir d’achat, du fait de la sous-indexation du point d’indice dans la fonction publique par rapport à l’inflation », déplore de son côté Nathan, 33 ans, statisticien à l’Insee. Avant de prévenir : « S’il y a une volonté de faire une mauvaise réforme des retraites, il y aura du monde dans la rue pour le dire. » Une éventualité, qui occupe les esprits. Nouredine Medouni, 53 ans, salarié du groupe de transport Transdev et délégué syndical UNSA, se dit ainsi « en totale opposition à ce projet de réforme de retraites », et juge les responsables politiques « de plus en plus hors sol ». « On veut faire travailler plus longtemps, mais pour quoi ? Pour toucher plus en retraites ? Je n’y crois pas. On n’a pas une politique qui fait sens, qui prépare l’avenir. »

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Le recrutement des seniors connaît encore de nombreux freins

« Difficulté d’intégration dans des équipes plus jeunes », « faible adaptation aux nouvelles technologies », « faible temps restant avant la retraite » : tels sont les trois facteurs de réticence le plus souvent évoqués par les recruteurs, face à l’idée d’embaucher un profil « senior », d’après le baromètre « Les seniors et l’accès à l’emploi » publié jeudi 29 septembre.

Cette étude menée par Ipsos pour l’association A compétence égale, qui lutte contre les discriminations en entreprise, a été réalisée en juillet auprès de deux échantillons de 500 profils candidats âgés de 40 ans et plus (actifs, salariés, à leur compte ou en recherche d’emploi) et 500 recruteurs, en cabinet de recrutement ou en interne (dirigeants, RH, manageurs opérationnels…). Elle interroge les préjugés sur les salariés âgés et souligne les nombreux freins qui demeurent à leur employabilité.

De 49,6 à 52,7 ans

En préambule, à la question « à partir de quel âge, ou de combien d’années d’expérience est-on senior ? », un premier écart apparaît entre les deux collèges de répondants : les recruteurs considèrent qu’un salarié est senior à plus de 49,6 ans et peut être considéré comme tel s’il a seize ans d’ancienneté sur un même poste, contre 52,7 et 18,5 ans d’ancienneté chez les candidats potentiels.

De plus, 40 % des candidats associent le mot senior à « une personne d’un certain âge », contre 16 % des recruteurs. Ce seuil situé autour de 50 ans est socialement construit, et explique un certain nombre de discriminations, selon la sociologue Anne-Marie Guillemard : « La question du seuil de séniorité est absurde, il faut qu’on arrête de segmenter par l’âge, ce n’est plus pertinent, juge la professeure émérite de sociologie à l’université Paris-Cité. En France il y a un sas, une période de grande incertitude en fin de carrière, car la construction des politiques publiques produit des effets d’âgisme. »

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De son côté, Annie Jolivet, chercheuse au Centre d’étude de l’emploi et du travail (CEET) ajoute : « On a gardé l’habitude de se référer à un seuil d’âge pour désigner cette population, or ça a peu de sens au regard du travail lui-même, ajoute. Tout dépend de la pyramide des âges de chaque entreprise ».

Alors que 73 % des candidats (le chiffre monte à 85 % auprès des cadres) et 63 % des recruteurs s’accordent pour dire qu’il existe des freins à recruter des seniors, les candidats potentiels considèrent que ce sont davantage les caractéristiques directement liées à l’âge qui expliquent la réticence des entreprises à recruter des seniors : en tête, le faible temps restant avant la retraite, une santé vue comme plus fragile et un coût salarial élevé pour l’entreprise.

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L’échec de Michel Ohayon chez Camaïeu envoie 2 600 salariés au chômage

L’homme d’affaires bordelais Michel Ohayon, fondateur de la Foncière immobilière bordelaise, actionnaire de Camaïeu depuis sa reprise à la barre du tribunal en 2020, à Tourcoing (Nord), mercredi 28 septembre 2022.

Camaïeu tire le rideau. Le tribunal de commerce de Lille a prononcé la liquidation de l’enseigne d’habillement féminin, mercredi 28 septembre, deux mois après sa mise en redressement judiciaire. Les 511 magasins de la chaîne fondée en 1984 fermeront leurs portes samedi 1er octobre à 23 heures. Les 2 600 salariés, y compris ceux du siège social et de l’entrepôt situés à Roubaix (Nord), seront licenciés d’ici à la fin octobre.

Il a fallu trois heures d’audience et de délibéré aux juges pour se prononcer sur ce dossier compliqué qui, peu avant son examen, a pris une tournure politique. En dernier recours, l’homme d’affaires bordelais Michel Ohayon, fondateur de la Foncière immobilière bordelaise (FIB), actionnaire de Camaïeu depuis sa reprise à la barre du tribunal en 2020, et Wilhelm Hubner, PDG de Hermione People Brands, filiale de la FIB chargée de ses activités dans la distribution, avaient sollicité l’aide du ministère de l’industrie.

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Tous deux espéraient en obtenir un prêt de 48 millions d’euros pour boucler un plan de continuation censé sauver 1 900 emplois et 300 magasins. En vain. « Pas réaliste », a tranché Bercy, en refusant de verser cette avance remboursable. Au grand dam de Xavier Bertrand, président (LR) de la région Hauts-de-France, qui, mercredi 27 septembre, s’en était ouvert à la première ministre, Elisabeth Borne, pour que l’Etat « fasse un pas ». Le maire (divers droite) de Roubaix, Guillaume Delbar, avait également plaidé pour cette solution, en évoquant le « destin de 2 600 familles ».

« Heureusement que Bercy a refusé »

Bercy a tenu bon, en refusant de financer le plan de continuation de M. Ohayon, qui, au total, exigeait 79,2 millions d’euros pour les huit prochains mois. L’entreprise avait déjà bénéficié de « 40 millions d’euros d’aides publiques, dont 20 millions d’euros de subventions directes », a rappelé Roland Lescure, ministre délégué à l’industrie, mercredi 27 septembre, pour expliquer ce veto.

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« Mais, heureusement que Bercy a refusé ! Cela aurait été un pur scandale », s’exclame une avocate d’un créancier présente à l’audience (les personnes citées dont le nom n’apparaît pas ont souhaité garder l’anonymat). Car, devant les juges, M. Ohayon promettait d’injecter des liquidités en faisant racheter le siège social et l’entrepôt de l’enseigne pour un montant de 14 millions d’euros par sa holding, tout en précisant que ces actifs pourraient être ultérieurement valorisés et revendus pour un montant de « 55 millions à 60 millions d’euros ».

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