Après une année 2021 de tous les records pour les start-up françaises, 2022 s’annonce prometteuse

Et de 25 ! En annonçant, lundi 17 janvier, une levée de fonds de 293 millions d’euros, Exotec, un spécialiste des petits robots pour entrepôts logistiques, devient la 25e licorne française, soit une jeune entreprise valorisée au-delà d’un milliard d’euros. Avec ces nouveaux moyens, la société, qui compte déjà 360 salariés, prévoit d’embaucher 500 ingénieurs d’ici à 2025 et au moins autant d’employés sur les autres fonctions (production, maintenance, exécution…).

Il y a moins d’une semaine, le 11 janvier, c’est presque malgré elle que Back Market, une autre start-up tricolore, est devenue la jeune pousse la mieux valorisée de France. Après une levée de fonds de 450 millions d’euros, elle pèse désormais 5,1 milliards. Ce tour de table, Thibaud Hug de Larauze, le patron cofondateur de l’entreprise spécialiste du reconditionnement des produits électroniques, explique ne pas l’avoir sollicité : « On avait échangé avec Sprints Capital en mai 2021 à l’occasion de la précédente levée de fonds (276 millions d’euros) et le processus était allé si vite qu’ils n’avaient pas réussi à se positionner. Depuis, on s’est reparlé deux ou trois fois, ils voulaient vraiment présenter une offre, tous nos actionnaires étaient partants pour saisir cette opportunité. »

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Lever des capitaux privés semble n’avoir jamais été aussi facile pour la French Tech. Depuis le début de l’année, cinq jeunes entreprises ont annoncé d’importantes levées de fonds : la fintech Qonto a attiré 486 millions d’euros de financements le 11 janvier, Pay Fit, 254 millions, le 6 janvier, Ankorstore, 250 millions. La scène tech française a ainsi déjà attiré 1,7 milliard d’euros de capitaux, et créé autant de nouvelles licornes.

Tours de table

Le signe de la vitalité d’un écosystème dont le cabinet EY révèle les performances inédites dans un rapport publié lundi 17 janvier, portant sur l’année 2021. Avec 11,57 milliards d’euros levés par les start-up françaises, l’année surpasse de très loin (+ 115 %) les sommets atteints en 2020 (5,39 milliards). Autres records battus : ceux du nombre de tours de table de plus de 100 millions d’euros (22, contre 9 en 2020), de la plus grosse levée de fonds jamais réalisée (Sorare, spécialiste des NFT, avec 586 millions d’euros) et du nombre de licornes créées (douze). La France en compte donc désormais 25.

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A ces résultats, Franck Sebag, associé chez EY, apporte plusieurs éléments d’explication. Un effet rattrapage par rapport à une année 2020 dont les performances, quoique robustes comme jamais, ont été réduites du fait du Covid-19, avec une faible croissance des levées (+ 7 %, contre + 40 % les deux années précédentes). Un effet mécanique : avec des start-up de plus en plus matures, la France compte toujours plus de candidats à des très gros tours de table. Enfin, la percée des fintech tricolores, qui avait tardé à émerger. Parmi les 12 nouvelles licornes apparues en 2021, EY en répertorie cinq dans ce secteur : Alan, Ledger, Lydia, Sorare et Swile.

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L’argot de bureau : l’« ADN » de l’entreprise, avoir son travail dans les gènes

L’entreprise est une grande famille. En effet, les disputes y sont nombreuses, en réunion comme à table : il arrive que des parents-patrons « coupent les vivres » de leurs enfants-salariés en les « mettant dehors », il arrive que des directions allouent des primes individuelles sur résultats comme des parents distribuent l’argent de poche au gré des bonnes notes. En y pensant, la ressemblance est troublante, pourtant la métaphore familiale est toujours utilisée de manière positive en entreprise.

Certains manageurs ont même trouvé une formule pour donner vie à ce lien filial qu’ils aimeraient créer : l’« ADN » de l’entreprise. Il a pour mission de la distinguer dans un univers où les bureaux se ressemblent. Il s’agit de la recette maison, de l’histoire, du positionnement, éventuellement de la méthode – notamment managériale – qui explique pourquoi tout se passe si bien, et pourquoi ce candidat qui hésite devrait rejoindre l’aventure.

L’ADN est indissociable de la marque employeur : en posant sur le papier (parfois dans une charte ou sur les murs du siège) ses commandements, la société dévoile sa nature profonde, biologique, donc. Si l’ADN est souvent comparé à la culture d’entreprise, certains spécialistes, comme sur le blog de BNP Paribas, invitent à considérer les deux termes comme complémentaires : la culture concerne particulièrement les méthodes managériales, et comment le travail se déroule concrètement au quotidien. L’ADN, lui, chapeaute de manière grandiloquente la culture : cet acide désoxyribonucléique, c’est la « substantifique moelle » de François Rabelais (Gargantua, 1534), ce qui se cache derrière l’os ou la façade que chacun peut voir.

Kodak, un bon exemple

La métaphore biologique est un peu contre-intuitive : si l’ADN est un substitut de l’identité d’une entreprise, cela signifie que cette identité est déterminée, et qu’il est difficile d’évoluer… Changer de cœur de métier signifierait donc trahir sa nature ? Absolument pas, c’est la sélection naturelle ! Des espèces apparaissent, et la thérapie génique est une option pour la famille-entreprise. Si les virus ont leurs variants, il est tout à fait permis que l’ADN accueille des mutations. Pour préserver l’espèce, il faut changer pour conquérir de nouveaux marchés, sans trop sacraliser le passé : Kodak, pionnier de la photographie tombé en déchéance à l’ère numérique, est un bon exemple d’ADN qui n’a pas su muter à temps.

L’ADN se résume donc à une vision d’ensemble, en bon français, une guideline (« ligne directrice »), un motto (« devise ») qui se décline en valeurs. Les protéines qui constituent la double hélice de l’ADN sont autant de « valeurs » qui font la personnalité de la boîte. La plupart du temps, elles tombent sous le sens : « Qui sommes-nous ? Chez XXX, tu rejoindras une équipe sympa [avons-nous déjà vu un recruteur mettre en avant l’antipathie qui règne dans son open space ?], qui lutte pour un monde meilleur ». L’audace et l’innovation, souvent, accompagnées de délicieuses citations comme dans cette start-up : « Bien sûr, il y a des risques. Mais le risque, c’est ce qui épice la vie » – Haruki Murakami. La responsabilité sociétale et environnementale peut enfin entrer dans le codage du génome.

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Réindustrialisation : Macron veut célébrer « l’attractivité dans les territoires »

Exit la galerie des Glaces et ses grands patrons en transit pour Davos. C’est à Chalampé, village du Haut-Rhin qui revendique « presque 1 000 habitants », qu’Emmanuel Macron devait annoncer, lundi 17 janvier, l’un des projets d’investissements étrangers attendus en 2022 dans l’Hexagone. Sans décliner, comme il y a cinq ans, une liste de grands noms de multinationales de la tech ou de la finance américaine, en parlant de « territoires » que « l’attractivité sert justement à réindustrialiser, et à revitaliser », selon l’Elysée. Comme ce projet du groupe de chimie allemand BASF à Chalampé, qui compte bâtir une usine de production d’hexaméthylènediamine (HMD), un composant utilisé dans la fabrication du Nylon. Un investissement de 300 millions d’euros qui créera une cinquantaine d’emplois.

De quoi faire une photo de famille sensiblement différente de celle des dernières éditions du sommet Choose France, célébration de l’attrait de la France, qui se tenait depuis quatre ans à Versailles, devant un parterre de chefs d’entreprise venus du monde entier. La crise des « gilets jaunes » et celle liée au Covid-19 sont passées par là : l’attractivité n’est plus seulement une déclinaison de la puissance économique sur la scène internationale, mais un « levier majeur pour [la] réindustrialisation », selon l’Elysée. Le sommet, reporté sine die pour des raisons sanitaires, a été ramené à une simple « séquence sur l’attractivité ». Et, pour le chef de l’Etat, à un exercice « d’équilibre pas totalement simple à trouver, entre le Macron qui vante la souveraineté industrielle et le patriotisme économique, et Macron l’Européen, le partisan d’une intégration de la France dans la mondialisation », résume Bruno Cautrès, chercheur CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).

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Etre loin de Versailles ne devrait néanmoins pas l’empêcher de vanter le bilan de son quinquennat en matière d’investissements étrangers. Les chiffres des quatre derniers sommets sont prêts : « Depuis 2018, 55 projets d’investissements étrangers se sont concrétisés en France pour 8 milliards d’euros et la création ou le maintien de 13 300 emplois », indique-t-on à l’Elysée. Auxquels s’ajoutent donc, en 2022, une vingtaine de projets pour un total de 4 milliards d’euros, et environ 10 000 emplois créés sur plusieurs années (dont la moitié par le groupe turc Getir, spécialisé dans la livraison d’épicerie ultrarapide). Parmi ceux-ci, un chèque de 850 millions d’euros signé par le groupe américain Eastman, dont le patron était reçu à l’Elysée lundi matin, pour un projet d’usine de recyclage moléculaire des plastiques, qui doit créer 350 emplois à l’horizon 2025. Ou 520 millions d’euros par Pfizer, sur cinq ans, notamment pour renforcer ses capacités de production, par le biais d’un accord avec Novasep, qui produira le principe actif du Paxlovid, son médicament anti-Covid sur son site de Mourenx (Pyrénées-Atlantiques).

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Au Japon, les entreprises adoptent une appli pour leurs employés célibataires

Enquêtes au long cours et séries de mode spectaculaires, portraits fouillés et bonnes adresses… Chaque dimanche, retrouvez le regard décalé de « M Le magazine du Monde » sur l’actualité et le style en vous inscrivant à sa newsletter.

Extrait d’une publicité pour l’application de rencontre entre salariés Aill goen.

La pandémie de Covid-19 pèse sur les célibataires en quête d’amour. Une charge qui inquiète les entreprises japonaises pour lesquelles une vie privée épanouie des salariés est généralement synonyme de travail bien fait. Début janvier, 796 d’entre elles, dont le géant des télécommunications NTT DoCoMo, la banque Mizuho, la compagnie aérienne All Nippon Airways ou encore le quotidien Mainichi Shinbun, ont cédé aux avances d’Aill goen, une application de rencontre d’un nouveau genre. Fonctionnant sur l’analyse des goûts des utilisateurs et l’optimisation de leurs choix pour éviter les erreurs, celle-ci met en relation les seuls employés de ces entreprises.

Au Japon, convoler est un signe de reconnaissance. « Ne pas être marié reste un échec », explique la sociologue Muriel Jolivet.

En décembre, 76 % des utilisateurs avaient pu organiser des rendez-vous, selon une enquête d’Aill, la start-up basée à Tokyo à l’origine de l’application. « Je voulais créer une plate-forme permettant aux employés d’atteindre plus facilement un équilibre entre vie professionnelle et vie privée, ce qui, dans le même temps, stimulerait la croissance de l’entreprise », explique China Toyoshima à l’agence Kyodo. La dirigeante d’Aill a eu l’idée de l’application en 2018. A l’époque cadre d’une entreprise du secteur de la pharmacie, la trentenaire est pressentie pour une promotion et s’inquiète pour sa vie personnelle.

Une intelligence artificielle au service des célibataires

Au Japon, la majorité des femmes occupant des postes à responsabilité est célibataire et n’a guère l’occasion de ­chercher un partenaire. « Les entreprises veulent que leurs employés fassent preuve d’initiative. Les salariés sont fatigués en raison de la surcharge de travail et n’ont pas le temps de s’occuper de leur vie personnelle », ajoute-t-elle. Avec le Covid-19, la situation ne s’est pas améliorée, et « les employeurs s’inquiètent de la santé mentale de leurs salariés, le plus souvent confinés chez eux sans aucune interaction physique ».

Aill goen fonctionne avec une intelligence artificielle (IA). Les fonctionnalités incluent un tableau détaillant la compatibilité des futurs couples et une barre affichant le niveau d’appréciation d’un partenaire potentiel calculé selon l’évolution des conversations. Se comportant comme un ami de confiance, l’application n’hésite pas à intervenir dans les échanges de textos pour suggérer à l’un des membres de solliciter un rendez-vous. Elle propose aussi des questions à poser pour faciliter les conversations et des idées quand les discussions s’embourbent.

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Matières premières : « Le cobalt jette une ombre sur la voiture verte »

Dans une usine d’extraction de cobalt, à Lubumbashi, en République démocratique du Congo, le 16 février 2018.

Le moteur à combustion est-il en train de mourir à petit feu ? Renault est prêt, en tout cas, à brandir l’éteignoir dès 2030 en Europe. Pionnier de l’électrique avec sa fringante Zoe, le constructeur automobile anticipe le lancement de dix nouveaux véhicules dotés de batteries d’ici à 2025. Dont une version revisitée de la Renault 5. Ou comment miser sur un retour de flamme des nostalgiques de cet emblématique modèle…

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Cette conversion pied au plancher de la marque de voitures française vers le tout-électrique contribue à la mise sous tension du marché du cobalt, sachant qu’un cœur de Renault Zoe bat au rythme de 7 kg de lithium, 11 kg de cobalt, 11 kg de manganèse et 34 kg de nickel. Or, le métal bleu a terminé l’année 2021 propulsé vers les cieux azuréens.

Son cours a dépassé la barre des 70 000 dollars (61 200 euros) la tonne sur la Bourse des métaux de Londres. Soit un quasi-doublement de prix en un an. Même si le record stratosphérique des 95 000 dollars la tonne atteint en 2018 n’a pas été battu, la trajectoire ascensionnelle est spectaculaire. Le cobalt tambour battant… Et l’intérêt des marchés ne se dément pas. La Bourse de Singapour s’apprêterait à lancer, au premier semestre 2022, un contrat à terme sur le cobalt.

Discussions à Bruxelles

A comparer aux 6 grammes glissés dans la batterie d’un smartphone, la quantité de ce métal contenue dans les batteries électriques pèse de tout son poids dans la spéculation. C’est d’ailleurs l’entrée dans les paddocks d’Elon Musk, avec sa Tesla, qui a lancé le mouvement. Depuis, l’ensemble des constructeurs automobiles sont dans sa roue, entraînés, il est vrai, par des réglementations environnementales plus contraignantes.

Mais le métal bleu jette une ombre sur la voiture verte. Le riche sous-sol de la République démocratique du Congo possède près des deux tiers des réserves de cobalt. Un pays où les conditions d’extraction sont teintées de corruption et de recours au travail des enfants dans les mines artisanales. Un casse-tête éthique pour les acheteurs. La recherche de nouveaux filons fait donc fantasmer les investisseurs.

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Ainsi les milliardaires Bill Gates, Jeff Bezos et Michael Bloomberg ont choisi de miser sur KoBold Metals. Cette start-up californienne se targue de créer une carte Google Maps de la croûte terrestre, véritable détecteur numérique de « cobalt éthique ». A l’été 2021, elle a signé un accord avec Bluejay Mining pour aller extraire des ressources naturelles rares, dont du cobalt, au Groenland. Un projet de recherche de minerais pour les batteries électriques qui devrait s’attirer les foudres des écologistes.

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Rentrée morose dans l’hôtellerie-restauration

A la brasserie Georges, au Centre Pompidou, à Paris, le 5 janvier 2022.

L’inquiétude est à nouveau palpable chez les hôteliers-restaurateurs. « A midi aujourd’hui, j’ai fait 36 couverts au lieu de 70 habituellement. Et samedi dernier, 28 au lieu de 100 », témoigne Alain Fontaine, à la tête du restaurant Le Mesturet, dans le centre de Paris, et président de l’Association française des maîtres restaurateurs. « La réalité, c’est que nous sommes ouverts et fermés en même temps », ajoute-t-il avant de raconter l’enchaînement des mauvaises nouvelles : « Tout a commencé vers le 8 décembre, avec la suppression des repas de fin d’année des entreprises, sources de fortes marges pour nous. Nous avons eu 400 annulations. Puis pour le 31 décembre, sur les 120 réservations, la moitié ne s’est pas présentée – j’ai eu tout de même une trentaine de clients de passage. Et maintenant, entre le télétravail, le manque de touristes et les gens malades du Covid, nous tournons au ralenti. »

Si la restauration a particulièrement souffert durant les fêtes, l’hôtellerie les a traversées avec un relatif soulagement, au regard des difficultés vécues depuis bientôt deux ans. La clientèle est revenue dans de hauts lieux du tourisme hivernal désertés à Noël 2020 : Paris et Disneyland, la montagne ou les marchés de Noël dans l’est de la France. Le chiffre d’affaires des hôtels du baromètre du cabinet d’études MKG – essentiellement de l’hôtellerie de chaîne – était même revenu à une valeur très proche de 2019 lors de la semaine entre Noël et la Saint-Sylvestre, surtout tiré par la province.

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C’est lors des premiers jours de rentrée, marqués par l’imposition du télétravail avec la menace de sanctions pécuniaires, qu’une baisse d’activité sensible s’est fait sentir. En province particulièrement, avec un recul du chiffre d’affaires de 26,4 % par rapport à la semaine de rentrée de 2019, tandis que la baisse oscillait entre 5 et 10 % depuis la mi-novembre, relève MKG.

« Des montagnes russes »

Le niveau de réservations relativement bas pour les prochaines semaines témoigne de la prudence des entreprises vis-à-vis des déplacements professionnels. A Paris, les réservations pour le mois à venir sont inférieures de moitié à celles observées en novembre-décembre. « On est sur des montagnes russes, commente Karim Soleilhavoup, directeur du réseau d’hôtellerie indépendante Logis Hôtels. En début d’année, on a normalement les séminaires de présentations de bilans, d’objectifs, de relance de l’activité. Nous n’avons pas bénéficié de ces réunions importantes pour la location d’espaces, la restauration voire l’hébergement. »

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Discriminations à l’embauche : les agences d’intérim font leur mea culpa

Le 8 octobre 2021, une opération de « testing inversé » menée par SOS Racisme auprès des plus grands réseaux d’intérim franciliens avait révélé que près de la moitié des agences sondées acceptaient de discriminer les candidats à la demande de leurs clients potentiels.

« Une première étape indispensable », de l’avis d’Elisabeth Moreno. Le 6 janvier, les réseaux d’intérim ont présenté à la ministre déléguée chargée de l’égalité et à la ministre du travail, Elisabeth Borne, leurs plans d’action pour mettre fin aux discriminations à l’embauche.

Le 8 octobre 2021, une opération de « testing inversé » menée par SOS Racisme auprès des plus grands réseaux d’intérim franciliens avait révélé que près de la moitié des agences sondées acceptaient de discriminer les candidats à la demande de leurs clients potentiels. Elisabeth Moreno et Elisabeth Borne avaient demandé aux réseaux d’intérim concernés de mettre en place des « actions concrètes » afin que ces pratiques cessent.

Parallèlement, Prism’emploi, l’organisation patronale de la branche du travail temporaire, s’est engagé à moderniser ses accords de branche. Lors du testing organisé par SOS Racisme, entre 60 % et 70 % seulement des agences de Manpower, Randstad et Crit ont répondu par la négative à des demandes discriminatoires de recruteurs potentiels.

« Depuis deux ans, il est vrai que l’on a moins communiqué en interne sur ces sujets, reconnaît Aline Crépin, directrice de l’innovation sociale et des affaires publiques chez Randstad. Cela n’excuse rien, mais on a fait face à une crise historique avec des agences qui se sont retrouvées avec une baisse de leur activité de 90 %. Or, on sait qu’en matière de discrimination, il faut tout le temps revenir dessus et resensibiliser. »

Crit Intérim annonce au Monde la mise en place d’opérations de testing interne par un organisme indépendant, dès cette année. Les recruteurs suivaient déjà une formation obligatoire, qui sera redéployée, sur les sujets liés à la diversité. C’est peu ou prou le plan d’action mis en place par Randstad. Le groupe a décidé de réactiver les appels mystères, arrêtés en 2018. « Au bout d’un moment, les agences les repèrent et ça a moins cette vocation pédagogique, mais cela permet de garder une vigilance permanente. »

La formation est l’autre axe essentiel, selon Aline Crépin : « On a déjà des modules obligatoires sur le thème de la discrimination, mais on s’est rendu compte que seuls 80 % des nouveaux entrants avaient suivi cette formation jusqu’au bout. » Le groupe travaille sur un jeu pour sensibiliser de manière ludique ses collaborateurs à la discrimination.

« Les ETT ne font que le sourcing »

Délégué FO-Intérim, Mathieu Maréchal s’avoue sceptique face aux plans d’action mis en place par les entreprises de travail temporaire (ETT). Ces initiatives ont pour défaut de ne pas inquiéter le client final : l’entreprise qui sollicite l’agence d’intérim. Cette dernière peut tout à fait trier les candidatures envoyées par les agences d’intérim selon ses propres critères. « Les ETT ne font que le sourcing : elles présentent les CV et l’entreprise fait son choix. Dans ce cas, comment voulez-vous prouver qu’il y a discrimination ? »

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Des minima salariaux parfois inférieurs au smic dans 108 branches professionnelles

A Lille, en juin 2012.

Le problème ne date pas d’hier, mais il semble avoir pris de l’ampleur durant l’année 2021. Il y a, aujourd’hui, davantage de branches professionnelles dans lesquelles les minima salariaux, définis par les conventions collectives, sont inférieurs au smic. Ces cas de « non-conformité » auraient même atteint un seuil « historiquement élevé », d’après le dernier rapport du comité d’experts sur le salaire minimum, publié début décembre 2021.

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Le phénomène résulte, en grande partie, des revalorisations récentes du smic, en particulier celle qui est intervenue au 1er octobre 2021. Bon nombre de conventions de branche n’ont pas été renégociées depuis. Du coup, ces textes prévoient des grilles de rémunération dont la base a été « rattrapée », voire dépassée par le salaire minimum. Dans les industries de la volaille, il y a ainsi « douze coefficients audessous du smic », à en croire la fédération CFDT de l’agroalimentaire. Au dernier trimestre 2021, 108 branches avaient au moins un niveau de rémunération situé en deçà du salaire minimum.

« C’est choquant »

Les travailleurs concernés ne peuvent cependant pas être payés au-dessous du smic, et les entreprises gardent, par ailleurs, la faculté d’être mieux-disantes que les conventions collectives. Mais rien n’interdit aux patrons de se caler sur des grilles non conformes. Une telle situation pose problème, d’autant plus qu’elle accroît « le nombre de salariés et la masse salariale donnant droit à des allégements de cotisations sociales sur les basses rémunérations », comme le souligne Gilbert Cette, président du groupe d’experts sur le smic.

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Le système est de nature à inciter « à la non-vertu », ajoute-t-il, les employeurs ayant tout intérêt à maintenir des grilles obsolètes pour pouvoir empocher des exonérations de contribution plus importantes. « C’est choquant, car de tels comportements entraînent des pertes de recettes pour nos régimede protection sociale, qui peuvent s’avérer significatives », souligne-t-il.

Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, dénonce cette dérive. Pour lui, les minima prévus par les conventions collectives devraient « être revalorisés automatiquement » à chaque fois que le smic est revu à la hausse.

Election présidentielle 2022 : le sujet des salaires encore peu audible dans la campagne

Valérie Pécresse, candidate LR à l’élection présidentielle, à Besançon, le 13 janvier 2022.

Est-ce parce que le gouvernement a préempté le sujet tout au long du quinquennat, avec son mantra selon lequel « il faut que le travail paye » ? Ou parce que, contre toute attente, la crise sanitaire a débouché sur une baisse du chômage et des créations record d’emplois salariés ? Sondage après sondage, le thème de l’emploi et des salaires peine à émerger dans la campagne présidentielle. A trois mois du scrutin, et sur fond de hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires, les Français se disent nettement plus préoccupés par les questions de pouvoir d’achat que d’emploi et de chômage. Un sujet qui les tétanisait il y a cinq ans.

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« C’est une situation typique quand l’emploi va mieux : le chômage devient un sujet moins important. Mais c’est inquiétant : cela signifie qu’on se contente d’un taux de chômage à 8 %, alors que la question du pleinemploi et de l’emploi des jeunes devrait rester un sujet central dans l’optique du prochain quinquennat », estime Philippe Martin, le patron du Conseil d’analyse économique (CAE), un think tank rattaché à ­Matignon.

Du côté des candidats à l’Elysée, même si les programmes ne sont pas tous formalisés et si la question du financement est loin d’être réglée, les propositions se dessinent. « La première dignité, c’est celle de pouvoir vivre de son travail », affirme Valérie Pécresse (LR). Elle souhaite augmenter de 10 %, au cours du quinquennat, les salaires nets jusqu’à 2,2 smic (2 800 euros net), ce qui bénéficierait à quelque 12 millions de personnes. Pour cela, la présidente de la région Ile-de-France compte baisser les cotisations vieillesse payées par les salariés. La mesure coûterait 25 milliards d’euros, dont 7 milliards dès la première année pour doper de 3 % les salaires. L’Etat financerait entièrement en 2022, assure son équipe, « en faisant des économies sur les dépenses publiques ».

Limiter l’écart entre les salaires au sein des entreprises

Marine Le Pen, elle, veut « cibl[er] les plus modestes, bien sûr, mais aussi les classes moyennes, éternelles oubliées ». En novembre 2021, dans une tribune aux Echos, elle a proposé d’exonérer de cotisations patronales les entreprises qui augmenteront de 10 % les salariés gagnant jusqu’à trois fois le smic. De son côté, Eric Zemmour compte « réduire les cotisations pour rendre chaque année un 13e mois aux salariés qui touchent le smic ». Soit 100 euros de plus par mois, pour que les « salariés cessent de s’appauvrir », déclarait-il lors de son meeting, à Villepinte (Seine-Saint-Denis), en décembre 2021.

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