Avortement : les entreprises américaines entre soutien et embarras

Des militants du droit à l’avortement manifestent contre la décision de la Cour suprême de revenir sur le droit à l’IVG, à Washington, le 26 juin 2022.

Avec la loi au Texas prohibant depuis 2021 l’avortement au-delà de six semaines et la fuite dans la presse, début mai, de la décision de la Cour suprême des Etats-Unis renvoyant aux Etats la charge de légiférer sur l’accès à l’avortement, les entreprises américaines avaient eu le temps de se préparer.

Depuis des semaines, les grandes compagnies de la tech, des médias ou de la finance ont annoncé qu’elles prendraient en charge les frais de déplacement de leurs salariées, si celles-ci ne peuvent pas avoir accès à un avortement près de leur domicile.

Apple, ATT, Tesla, J.P. Morgan, Citigroup, Starbucks, Uber, Yelp, toutes ont annoncé leur intention de pallier les conséquences de la décision de la Cour suprême des Etats-Unis. Dans le détail, le plan santé de Netflix offre une enveloppe de 10 000 dollars (9 450 euros) tout au long de la vie, pour des traitements non couverts dans l’Etat de résidence. Amazon dit prendre en charge les déplacements de ses salariés à hauteur de 4 000 dollars par an.

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Cette liste de noms cache des grands muets. Lorsque la décision est tombée vendredi 24 juin, McDonald’s, PepsiCo, Coca-Cola, General Motors, Tyson et Marriott n’ont pas répondu aux sollicitations de l’agence AP, tout comme Walmart. Le premier employeur du pays avec 1,7 million de salariés est particulièrement implanté dans le sud du Midwest, cette région où l’avortement va devenir très largement interdit.

Disney, qui a maille à partir avec l’Etat conservateur de Floride, a attendu l’arrêt pour communiquer sur sa prise en charge des déplacements des femmes. Si la plupart des assurances des grandes entreprises couvrent les frais médicaux d’avortement, 10 % des salariés américains sont sous un plan qui l’interdit explicitement dans la plupart des cas, selon une enquête 2019 de la Kaiser Family Foundation.

« Prendre position »

« Les avantages médicaux commencent soudainement à devenir très politiques, et cela oblige les employeurs à prendre position », déclare au Wall Street Journal (WSJ) le courtier en assurance Michael Turpin (USI Holdings). Les entreprises doivent aussi trouver un équilibre entre l’émotion, les revendications de leurs employés et de certains de leurs clients choqués et leurs interlocuteurs républicains ; ces derniers approuvent à 78 % la décision de la Cour suprême, selon un sondage CBS, tandis que le rejet global de la population est de 59 %. La Business Roundtable, qui représente certaines des entreprises les plus puissantes du pays, a déclaré au Washington Post qu’elle « n’a pas de position sur le fond de l’affaire ».

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Des routiers en grève pour réclamer des revalorisations salariales, des barrages filtrants dans plusieurs zones industrielles

Des barrages filtrants avec distribution de tracts étaient organisés, lundi 27 juin dans la matinée, à l’entrée de plusieurs zones industrielles un peu partout en France à l’appel des syndicats de routiers qui réclament des revalorisations salariales.

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Des barrages étaient en place dès l’aube à Orléans (Loiret), Miramas (Bouches-du-Rhône) ou encore Lunéville (Meurthe-et-Moselle), d’après la Confédération générale du travail (CGT), occasionnant des ralentissements.

Dans les Hauts-de-France, deux barrages filtrants organisés à l’entrée de deux grandes zones d’activité logistiques, l’une à la sortie de Lille et l’autre près d’Arras (Pas-de-Calais), ont provoqué d’importantes files de véhicules à l’heure de pointe.

A Lille, sur une sortie d’autoroute en direction de Valenciennes, une cinquantaine de personnes en gilets orange de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) étaient mobilisées, bloquant la sortie d’autoroute qui mène à la zone d’activité du Mélantois, non loin de l’aéroport, a constaté un journaliste de l’Agence France-Presse.

Ils distribuaient des tracts aux automobilistes, critiquant la « politique de l’autruche » en matière de salaire des « patrons du transport et du gouvernement », en dépit des « hausses successives dues à une inflation galopante et exponentielle, une forte pénurie de salariés (…) et le pouvoir d’achat qui fond comme neige au soleil ».

Perspective d’une rentrée potentiellement agitée

« La plupart des minima des branches conventionnelles sont en dessous du smic », a expliqué Fabrice Michaud, délégué CGT-Transports, avant d’ajouter :

« En plus, il n’y a pas de volonté du patronat [d’augmenter les salaires], car plus ils donnent des salaires proches du smic, plus ils ont des exonérations. »

Les syndicats de routiers demandent la réouverture immédiate des négociations salariales après celles d’octobre, qui avaient débouché sur une revalorisation des grilles de 6 %.

L’objectif de cette journée « est de se compter », dans la perspective d’une rentrée potentiellement agitée, selon M. Michaud. « On s’est fixés septembre pour un mouvement significatif si on n’a pas d’écho favorable du gouvernement et du patronat », a-t-il prévenu.

Un peu plus tard dans la matinée, les zones industrielles de Nantes (Loire-Atlantique), Caen (Calvados) et Moissy-Cramayel (Seine-et-Marne) étaient à leur tour ralenties par des barrages filtrants.

A 11 heures, les routiers avaient pour projet d’installer le même dispositif devant l’entrepôt Amazon situé près de Metz.

L’ensemble des professionnels du transport routier, qui comprend les routiers ainsi que les chauffeurs de car, les ambulanciers ou les transporteurs de fonds, sont appelés à la grève par une intersyndicale composée de la CGT, la CFDT, Force ouvrière (FO), la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) et la Confédération française de l’encadrement-Confédération générale des cadres (CFE-CGC).

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Le Monde avec AFP

Le projet de loi pouvoir d’achat, objet de toutes les tractations

Elisabeth Borne, après une réunion avec les ministres, à Matignon, à Paris, le 21 juin 2022.

Une semaine après un scrutin législatif qui a privé Emmanuel Macron de majorité absolue à l’Assemblée nationale, les tractations vont bon train entre les groupes sortis des urnes pour définir leurs stratégies respectives vis-à-vis de la politique du gouvernement.

Le sujet du pouvoir d’achat, qui doit faire l’objet d’un projet de loi présenté le 6 juillet en conseil des ministres, et être assorti d’un budget rectificatif, sera le premier test grandeur nature pour l’exécutif. Comment se comportera l’Hémicycle, nettement plus remuant que celui des cinq dernières années ? D’ores et déjà, les oppositions – Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) et Rassemblement national (RN) en tête –, comme le gouvernement, tentent de placer leurs cartes.

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Chacun tente de faire figurer dans ce premier texte du quinquennat ses propres propositions. Ainsi, le groupe socialiste (PS) à l’Assemblée nationale a fait savoir qu’il compte déposer une proposition de loi sur le pouvoir d’achat avec « cinq ou six » mesures-clés, notamment « le smic à 1 500 euros », pour obliger le gouvernement à « se positionner », a annoncé, vendredi 24 juin, Valérie Rabault, sur France 2. Il s’agit de « dire au gouvernement : on ne peut pas continuer ce blocage, voici ce que nous vous proposons, qu’est-ce que vous en pensez ? », a ajouté la députée du Tarn-et-Garonne.

Lire aussi : Pouvoir d’achat : un coup de pouce de 8 milliards d’euros pour les prestations sociales

En parallèle, vendredi matin toujours, le député (La France insoumise, LFI) des Bouches-du-Rhône Manuel Bompard évoquait sur Franceinfo une proposition de loi « pour répondre à l’urgence sociale », qui sera également déposée par son groupe dans les jours qui viennent. Celle-ci comportera deux dispositions-clés : « Le blocage des prix sur les produits de première nécessité, l’énergie, le carburant. Et l’augmentation du smic à 1 500 euros net » – des propositions qui étaient déjà dans le programme de Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle. « C’est la Nupes qui va proposer cette loi de manière commune. Elle en tirera ensuite sûrement des amendements propositionnels », précise au Monde le député (LFI) de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel.

Pas encore de position au RN

De son côté, le parti Les Républicains (LR), par la voix d’Aurélien Pradié, secrétaire général du mouvement, a demandé une détaxe sur l’essence pour en ramener le prix à 1,50 euro par litre. Une proposition coûteuse (10 milliards d’euros), qui détonne avec la ligne de l’aile plus traditionnelle de la formation de droite, attachée à une gestion rigoureuse des dépenses publiques. « Nous préconisons aussi une baisse de la CSG [contribution sociale généralisée] », a indiqué dans Le Journal du dimanche du 26 juin le président du groupe LR à l’Assemblée nationale, Olivier Marleix.

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Crise aux urgences : des fermetures, des grèves et le regret du « temps perdu »

A l'accueil du centre hépato-digestif du CHU de Rennes, le 15 juin 2022.

La situation semble partie pour se répéter. Après l’hôpital Pellegrin au CHU de Bordeaux, en mai, un autre mastodonte hospitalier doit se résoudre à emprunter un mode de fonctionnement dégradé : le CHU Grenoble-Alpes, à compter du lundi 27 juin.

Cette fois-ci, c’est le principal service d’urgences du territoire qui est touché. Il se trouve ainsi contraint de fermer à son tour la nuit, de 20 heures à 8 heures. Des horaires durant lesquels les urgences seront réservées aux interventions vitales régulées par le SAMU. La population est appelée à passer systématiquement par le 15, tandis que des secouristes à l’entrée doivent trier et accompagner ceux qui se présenteraient malgré tout.

Lire l’enquête : Article réservé à nos abonnés Crise de l’hôpital : face à la catastrophe annoncée, comment sauver les urgences ?

Voilà donc un symptôme supplémentaire de la crise que traversent l’hôpital et de nombreux services d’urgences – à ce jour, 120 au moins sont en grande difficulté, obligés de fermer la nuit, le week-end ou de réduire leur activité, selon une enquête du syndicat SAMU-Urgences de France menée à la fin mai. En face, l’absence de réponse gouvernementale se fait toujours davantage ressentir.

Quand la « mission flash » sur les urgences et les soins non programmés, confiée au docteur François Braun, qui devait donner lieu à des décisions pour tenir l’été, va-t-elle aboutir ? Son lancement par le président de la République, Emmanuel Macron, en mai, paraissait déjà bien tardif aux acteurs qui appelaient à des mesures immédiates.

Rendra-t-elle ses conclusions le 28 juin, comme le prévoit sa lettre de mission ? C’est le silence radio du côté du ministère de la santé, dont la locataire, Brigitte Bourguignon, défaite aux élections législatives, va devoir quitter les lieux lors du futur remaniement. « Le gouvernement a fait de ce sujet l’une de ses priorités et s’exprimera prochainement sur les réponses immédiates à y apporter, ainsi que sur les mesures de long terme à mettre en œuvre », indique-t-on à Matignon, sans s’avancer sur un calendrier.

Flottement politique

Il fait désormais peu de doute que l’échéance devrait être repoussée, au moins de quelques jours, alors que le nouveau gouvernement ne sera pas nommé avant début juillet, selon la dernière prise de parole d’Emmanuel Macron. Cette période de flottement politique inquiète dans les rangs médicaux, alors que l’été est désormais entamé.

« Que de temps perdu », s’énerve-t-on au sein de plusieurs syndicats hospitaliers, dont Action praticiens hôpital, dans un communiqué du 22 juin. « L’hôpital public attend un ministre de toute urgence », défendent-ils. Depuis le début du nouveau quinquennat, les « premières mesures » annoncées par Brigitte Bourguignon, le 8 juin, sont restées limitées, avec principalement la réactivation du doublement de la rémunération des heures supplémentaires des soignants.

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Dans le Nord, la « Ch’tilicon Valley » veut accélérer les créations d’emplois

Le site d’EuraTechnologies, à Lille, le 23 juin 2022.

On attend généralement des incubateurs de start-up qu’ils aident des jeunes pousses à réaliser de belles levées de fonds, pas qu’ils en bouclent eux-mêmes une. C’est pourtant ce que fait EuraTechnologies, le campus lillois qui a annoncé, vendredi 24 juin, un tour de table de 24 millions d’euros.

Principal investisseur, l’Association familiale Mulliez, de la dynastie du même nom, issue du Nord, à la tête de groupes comme Auchan, Norauto ou Decathlon. Tout un symbole pour cette structure d’innovation qui se veut d’abord ancrée régionalement. Ses autres actionnaires historiques, la métropole de Lille, la région Hauts-de-France et le Crédit agricole nord de France, ont eux aussi remis au pot. Le signe d’un soutien à ce que d’aucuns nomment la « Ch’tilicon Valley » et qui a vu naître des entreprises à succès telles que OVH (cloud) ou Exotec (robotique).

Territoires traumatisés par leur déclassement

Le principal objet de cette levée de fonds est de promouvoir la création d’emplois sur ce territoire marqué par la désindustrialisation. EuraTechnologies lui-même s’est installé sur l’ancien site industriel de l’une des plus grandes manufactures de textile d’Europe, celle de Le Blan Lafont. « Ici, on passe d’une révolution industrielle à une autre [celle du numérique] », plaide Nicolas Brien, à la tête de la société d’économie mixte lilloise depuis l’été 2021. Le campus s’est déployé dans d’autres friches industrielles de la région pour y favoriser la création d’emplois dans la nouvelle économie.

L’incubateur compte aussi acquérir pour plusieurs millions d’euros des équipements de pointe

Avec cette levée de fonds, le campus se fixe pour objectif de créer trois mille emplois en CDI d’ici à 2027 – soit plus de dix mille au total depuis son inauguration en 2009 – et de permettre la transformation de ces territoires traumatisés par leur déclassement. La présence d’actionnaires publics, majoritaires à 55 % après cette levée de fonds, doit garantir de maintenir ce cap. EuraTechnologies entend permettre à des sociétés innovantes et viables d’éclore.

Pour ce faire, l’incubateur va recruter une cinquantaine de personnes afin d’atteindre un effectif d’une centaines de salariés. Ces nouvelles recrues devront accompagner le parcours des jeunes pousses qui ont adhéré à ses programmes d’accélération, qui durent deux ans. Au dernier recensement, les promotions comptaient environ deux cents sociétés par an. L’incubateur compte aussi acquérir pour plusieurs millions d’euros des équipements de pointe pour attirer les sociétés dites de « deep tech », issues de la recherche, souvent à vocation industrielle.

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« Plus un hôpital fait appel à des consultants, plus son efficience diminue »

Tribune. Un rapport du Sénat intitulé « Un phénomène tentaculaire : l’influence croissante des cabinets de conseil sur les politiques publiques », a révélé en mars que les dépenses de conseil de l’Etat français avaient dépassé le milliard d’euros en 2021. Les services publics ont-ils intérêt à faire appel à des consultants ? D’un côté, leurs méthodes et leur regard extérieur leur permettraient de résoudre la plupart des problèmes auxquels leurs clients sont confrontés. D’un autre côté, on leur reproche parfois de faire à leurs clients des promesses qu’ils ne parviennent pas à tenir.

Alors que le recours aux consultants dans les services publics a fait couler beaucoup d’encre, on n’a pas vraiment répondu à cette question cruciale. En France, des consultants ont notamment travaillé à l’amélioration du fonctionnement des hôpitaux. Ces investissements ont-ils été rentables ? Si les données qui permettraient de répondre à cette question ne sont pas disponibles en France, elles existent en Angleterre.

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Dans une étude à paraître, cinq chercheurs ont utilisé ces données pour étudier la relation entre les dépenses de conseil et l’efficience des hôpitaux anglais (A. J. Sturdy, I. Kirkpatrick, N. R. Alvarado, A. Blanco‐Oliver, G. Veronesi : « The management consultancy effect : Demand inflation and its consequences in the sourcing of external knowledge ». Public Administration, à paraître). L’efficience a été mesurée à l’aide d’un indicateur appelé « reference cost index » qui compare les coûts de réalisation d’une même prestation d’un hôpital à un autre.

Une mauvaise connaissance du fonctionnement des hôpitaux

L’étude montre qu’il existe une relation entre les dépenses de conseil et l’efficience des hôpitaux. Le problème est que cette relation est négative. Plus un hôpital fait appel à des consultants, plus son efficience diminue. Notons que cette relation ne provient pas du fait que les hôpitaux les moins performants sont plus susceptibles de faire appel à des consultants.

Il n’y a pas de lien entre l’efficience d’un hôpital et la décision de faire appel à des consultants l’année suivante. Elle ne s’explique pas non plus par un manque de manageurs. Les hôpitaux qui emploient le plus grand nombre de manageurs sont également ceux qui font le plus appel à des consultants.

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Comment expliquer l’impact négatif des dépenses de conseil sur l’efficience des hôpitaux ? D’après les chercheurs, les coûts induits par les prestations de conseil réduiraient la capacité des hôpitaux à investir dans leurs propres compétences. Dans certains cas, les consultants ne semblent pas non plus suffisamment connaître le fonctionnement des hôpitaux pour améliorer leur performance.

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« En entrant dans le monde du travail, j’ai compris qu’être une femme noire, c’est un double obstacle »

A mon entrée dans le monde du travail, j’ai pris conscience pour la première fois que j’étais une femme racisée et que cela représentait un double obstacle.

J’ai grandi en banlieue parisienne, dans l’Essonne, au sein d’une famille mixte : mon père est blanc et ma mère, noire. J’ai toujours été poussée à être ambitieuse par mes parents, sans considération de couleur ni de genre. J’étais bonne élève à l’école, et j’ai voulu faire du droit pour devenir avocate. Longtemps, j’ai pensé qu’il n’y avait pas de couleur et que le genre ne comptait pas, ces enjeux ne m’ayant jamais été transmis.

Plus jeune, je me disais simplement que tout le monde avait une couleur différente, moi n’ayant pas la même peau que mes parents, mon frère étant aussi d’une autre carnation. Mes parents avaient aussi une répartition des tâches peu genrée : ma mère, employée de bureau dans les assurances, travaillait beaucoup, quand mon père, cadre dans l’enseignement catholique, était davantage chargé de notre éducation. Ces concepts tenaient du non-sujet. J’ai fini par comprendre qu’ils étaient loin de l’être dans la société en général ; et dans le monde professionnel, en particulier, où le fait d’être une femme, métisse de surcroît, s’accompagne de véritables obstacles. J’ai dû apprendre à les appréhender et à vivre avec, tardivement.

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Lors de mon stage de fin d’études chez une ancienne ministre devenue avocate, je me souviens qu’elle m’avait mise en garde : « Quand on est une femme dans ce milieu, il y a une légitimité qu’il faut conquérir, car tout est plus difficile. » A l’époque, cela ne résonnait pas encore. Je voyais bien, étant intéressée par le droit et la politique, les inégalités persistantes entre femmes et hommes mais, pour moi, cette réalité très clivée était celle d’un ancien monde. Il y avait beaucoup de filles sur les bancs de la fac, à Paris-I, et je m’y sentais très préservée. Mais dès ma première expérience, après le diplôme, cela a commencé à me sauter aux yeux.

Des blagues pernicieuses

J’ai travaillé cinq ans au Luxembourg, puis dans un cabinet anglo-saxon, où, si l’enjeu de diversité était mis officiellement sur la table, le vécu au quotidien était très différent. Cette réalité s’est poursuivie quand je suis rentrée à Paris. Le milieu du droit, de manière similaire à celui de la politique – des espaces d’argent et de pouvoir –, est un milieu d’hommes, majoritairement blancs. Personne ne va jamais vous dire que ce n’est pas possible d’y faire sa place parce que vous êtes une femme, mais ce sont des blagues pernicieuses, des manières d’organiser les équipes, des remarques sur la possibilité d’une grossesse…

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Les employés du transport routier lancent une campagne de mobilisation pour les salaires

Un chauffeur fait le plein de son camion dans une station-service de Lucciana (Haute-Corse), le 14 février 2022.

Les conducteurs de camions, les ambulanciers, les magasiniers des entrepôts, les convoyeurs de fonds, les déménageurs, les chauffeurs de cars et de bus… Lundi 27 juin, toutes les catégories du transport routier devraient être en ébullition.

Les cinq fédérations syndicales des transports et de la logistique – pour une fois unies – appellent en effet à un mouvement national de protestation de la totalité du secteur afin de réclamer des augmentations de salaires.

Car c’est bien une campagne pour la défense des fiches de paie des métiers de la route et des entrepôts qui commence ce lundi. Dans leur communiqué unitaire publié début juin, la CFDT, la CGT, FO, la CFTC et la CFE-CGC donnent le ton : « Malgré (…) un pouvoir d’achat des salariés qui fond comme neige au soleil, les patrons du transport pratiquent la politique de l’autruche. » Les syndicats dénoncent au passage, les « propositions indécentes » de revalorisation salariale de leurs employeurs.

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« Dans la logistique, les employeurs ont mis sur la table 3 % de hausse des salaires comme base de négociation, détaille Thierry Douine, président de la Fédération CFTC des transports. C’est une provocation. Avec ce type d’augmentation, les minima sociaux de la branche sont rattrapés voire dépassés par le smic. On peut même dire submergés ! Vous avez des rémunérations minimales 3 % à 4 % en dessous du smic. »

Une situation « ahurissante »

Les organisations syndicales ont donc refusé cette proposition d’augmentation de 3 % du patronat de la logistique. Elles déplorent aussi l’absence de revalorisation salariale depuis sept ans dans le convoyage de fonds. Et les salariés considèrent que les augmentations conventionnelles négociées en septembre 2021 dans le transport routier de marchandises et de voyageurs suffisent à peine à compenser « une inflation galopante et exponentielle ».

Face à une situation considérée comme « ahurissante » par l’intersyndicale, celle-ci appelle donc à une « première mobilisation lundi 27 juin ». Il ne s’agit pour le moment que d’un coup de semonce et les automobilistes n’ont probablement pas à craindre de gros blocages sur les routes françaises au niveau des péages ou des carrefours très passants. « On ne va pas bloquer à l’ancienne, indique M. Douine. On va plutôt cibler les zones industrielles et logistiques clés, nous concentrer sur certains gros opérateurs, des dépôts de bus, d’ambulances, de convoyage de fonds. Nous sommes en train de travailler sur cette cartographie que nous rendrons publique le plus tard possible. »

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Le plein-emploi sera difficile à atteindre en 2022

Dans une agence Pôle Emploi, à Bordeaux, le 8 février 2022.

Parmi les « sujets majeurs et urgents » pour le quotidien des Français cités par Emmanuel Macron dans son adresse aux Français, mercredi 22 juin, le président de la République réélu n’a pas omis de citer « les moyens d’atteindre le plein-emploi ». Signe qu’il n’a pas renoncé, malgré la dégradation de la situation économique, à ce qui était l’un de ses objectifs de campagne. En 2021, le taux de chômage est tombé à 7,4 % de la population active, un point bas historique. Dès lors, parvenir aux alentours d’un taux de 5 %, généralement considéré comme synonyme de plein-emploi, ce pari semblait en effet à portée de main il y a quelques mois encore. Mais la guerre en Ukraine, la dégradation du contexte international et l’inflation pourraient changer quelque peu la donne.

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Avec une activité en progression modérée de 2,3 % pour 2022, on est loin de l’hypothèse de croissance de 4 % retenus par l’exécutif en début d’année – un chiffre qui doit être prochainement révisé – et du rêve du plein-emploi qui l’accompagnait. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille redouter une brusque remontée du nombre de chômeurs.

« Assez dynamique »

Le marché du travail réserve, depuis la crise du Covid-19, quelques surprises. Tout au plus peut-on attendre « un arrêt de la baisse du chômage », comme l’indique l’OFCE dans ses prévisions publiées le 9 juin. L’Insee est un peu plus optimiste : bien que faible, la croissance se traduirait en 2022 par la création de 200 000 emplois salariés, « et le taux de chômage continuerait à décroître légèrement » pour atteindre 7 % de la population active, selon Olivier Simon, chef de la division synthèse conjoncturelle à l’Insee.

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Au premier trimestre, alors que le PIB a reculé de 0,2 %, « l’emploi salarié a été assez dynamique », fait-il valoir. L’économie française a alors créé 79 000 emplois salariés, en dépit d’un climat plus que morose et d’une baisse de la consommation de 1,5 %. « Il s’agit du cinquième trimestre consécutif de hausse de l’emploi salarié », poursuit M. Simon. Il est vrai que ce chiffre comprend les alternants, qui représentent un cinquième de la hausse des effectifs entre mars 2021 et mars 2022. La Banque de France estime pour sa part que le chômage va remonter légèrement, « vers un peu moins de 8 % », autour de 2023-2024, un niveau qui reste toutefois inférieur à celui qui prévalait avant la crise, mais elle n’entrevoit pas de retournement de la situation.

La productivité a baissé depuis la crise, pour des raisons que les experts ont du mal à expliquer : mesures sanitaires, télétravail, absentéisme plus élevé…

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