« Diriger un établissement scolaire, un métier qui s’apprend »

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Tribune. Ce lundi 3 mai, les candidats au concours de recrutement des « perdir », c’est-à-dire les personnels de direction, principal et principal adjoint de collège, proviseur et proviseur adjoint de lycée, ont pris connaissance de leurs résultats. Les 560 admises et admis sur liste principale représentent un nombre à première vue peu élevé, mais ce sont au total plus de 13 000 cadres intermédiaires qui, dans les académies, contribuent aux évolutions stratégiques du système éducatif français dans le second degré.

Mais entre réussir un concours interne à la fonction publique et devenir un chef d’établissement aguerri, il faut du temps. Diriger un établissement scolaire est un métier qui s’apprend. L’année de formation initiale que suivent les « néo-perdir », en parallèle de leur première affectation en établissement, doit ainsi répondre aux nombreuses questions et aux changements identitaires qui se posent au début de cette carrière.

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Le rapport du jury du concours de recrutement 2020 et le bilan social 2019-2020 du ministère de l’éducation nationale permettent de dresser à grands traits le profil de ces nouveaux personnels de direction. Agés de 43 ans en moyenne, les lauréats féminisent le métier : celles qui représentaient un quart des personnels de direction au milieu des années 1980 sont aujourd’hui devenues majoritaires (51,4 % du corps en 2019-2020).

Le « deuil de la classe »

Pour toutes et tous, devenir personnel de direction est synonyme de deuxième carrière. Plus de la moitié des lauréats de la session 2020 a exercé comme professeur certifié ou agrégé, près de 30 % comme professeur des écoles, 12 % comme conseiller principal d’éducation. Ce virage professionnel appelle donc souvent à faire le « deuil de la classe », à gérer une nouvelle distance sociale avec d’anciens pairs ou les parents d’élèves. Un « défi d’identité » que le chercheur Guy Pelletier a décrit dans ses travaux, à partir des contextes québécois et suisse.

Dans les faits, ils et elles ont cependant souvent déjà touché à la direction d’école, à la coordination d’un réseau d’éducation prioritaire, aux fonctions de directeur délégué aux formations professionnelles et technologiques (l’ancien « directeur des travaux ») en lycée professionnel, à la formation initiale et continue, et certains « font fonction », déjà, à titre provisoire. Les aspects pédagogiques, éducatifs, administratifs, juridiques et financiers du pilotage d’un établissement scolaire sont donc loin de leur être inconnus. Instances, partenariats, liaisons et transitions (école-collège, collège-lycée, lycée-enseignement supérieur, etc.) : ils et elles ont déjà posé les bases de leur future action d’encadrement.

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L’Etat octroie un prêt de 10 millions à trois fonderies automobiles afin de leur éviter la liquidation

L’Etat a octroyé un prêt de 10 millions d’euros à la société Alvance, propriété du magnat indo-britannique de l’acier Sanjeev Gupta, afin d’éviter la liquidation judiciaire de trois fonderies françaises, alors que le secteur se trouve dans la tourmente, a fait savoir lundi 3 mai le ministère de l’économie.

Ce prêt bénéficiera à deux filiales de cette société sises à Ingrandes, près de Châtellerault : Alvance Poitou Fonte, à hauteur de 3,3 millions d’euros, et Alvance Aluminium Poitou, à hauteur de 3,6 millions d’euros ; ainsi qu’à une troisième, Alvance Aluminium Wheels, établie à Diors, près de Châteauroux, à hauteur de 3,1 millions d’euros, précise le ministère dans un communiqué.

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Ces trois équipementiers automobiles de la Vienne et de l’Indre, totalisant quelque 850 salariés, ont été placés le 20 avril en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Paris. Ce sont les premières sociétés du groupe de Sanjeev Gupta à avoir déposé le bilan depuis la chute de la société financière britannique Greensill, à laquelle le conglomérat doit des milliards d’euros.

Ce prêt est versé au titre du programme du fonds de développement économique et social (FDES), selon un arrêté publié dimanche au Journal officiel. Il permet d’« éviter la liquidation judiciaire immédiate des sociétés » et de « financer une période d’observation de trois mois pour réaliser une recherche de repreneurs », selon le ministère.

Cinquante millions d’euros pour la reconversion des salariés

Le 20 mars, l’Etat était déjà intervenu pour sauver un autre actif français de Sanjeev Gupta. Il avait débloqué un prêt de 20 millions d’euros pour l’aciérie Ascoval (sise à Saint-Sauve, dans le Nord), du groupe Liberty Steel, également filiale de GFG Alliance, « pour payer les salaires, la fourniture nécessaire pour faire tourner l’usine et garantir qu’il n’y ait pas de rupture d’activité », promettant aux salariés de ne « jamais les laisser tomber ».

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Dans leur communiqué, le ministre de l’économie, de la finance et de la relance, Bruno Le Maire, et la ministre déléguée chargée de l’industrie, Agnès Pannier-Runacher se disent « pleinement mobilisés pour accompagner la recherche de repreneurs et mettre en œuvre les mesures du plan d’actions pour la fonderie automobile ». Un plan critiqué par les salariés, qui ne l’estiment pas assez ambitieux alors que plusieurs fonderies françaises sont actuellement en grande difficulté. A Caudan, dans le Morbihan, pour protester contre la décision de Renault de mettre en vente la Fonderie de Bretagne, les salariés occupent ainsi leur usine depuis une semaine.

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Ce « plan d’actions » comprend notamment un fonds exceptionnel de 50 millions d’euros pour la reconversion des salariés et des mesures d’accompagnement des fonderies vers la diversification de leur activité. En effet, la fabrication de pièces pour moteurs diesel et thermiques est une activité considérée comme condamnée à court ou moyen terme, la fin de la vente des moteurs thermiques ayant été votée en France pour 2040.

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Le Monde avec AFP

« Télégrèves » chez IBM et Facebook : une mobilisation syndicale d’un nouveau genre

Tout comme les grèves physiques, les télégrèves sont légales, est d’avis Me Cheriti, à partir du moment où la mobilisation répond à trois critères : « Les salariés doivent être au moins deux, procéder à un arrêt total du travail et se déclarer en grève auprès de leur employeur en indiquant les motifs. »

Lorsque les salariés se retrouvent confinés chez eux, dans l’impossibilité de se réunir physiquement, comment protester contre des suppressions de postes ? La CGT d’IBM France a tenté une solution originale. Pour manifester contre un plan de restructuration impliquant 1 251 suppressions de postes, le syndicat a appelé les salariés à entamer une grève virtuelle. En réponse à ce mot d’ordre, le 16 avril, près de quatre-vingts employés d’IBM France se sont déconnectés de leur ordinateur portable et de tous leurs autres outils de travail en ligne, selon la CGT.

Une poignée de salariés a même tenté l’« invasion numérique » d’une réunion en ligne du comité social et économique (CSE) se tenant le même jour. La CGT leur avait communiqué les codes d’accès de la visioconférence. « Soixante-dix à quatre-vingts collègues de la CGT ont débarqué [dans la réunion en ligne], relate Frank Setruk, délégué syndical CFE-CGC chez IBM. la tentative n’a duré que dix minutes, c’était plutôt bon enfant. »

L’organisation de ces « télémanifestations » n’est pas totalement inédite. Confrontées à la dématérialisation croissante des rapports sociaux, les organisations syndicales ont appris à se saisir des outils numériques pour créer de nouvelles formes de mobilisation. Toujours chez IBM, en 2008, les salariés italiens de la société informatique sont allés jusqu’à mettre sur pied une grève… par avatars interposés sur Second Life, une plate-forme présentant un univers virtuel et sur laquelle IBM est très présent, en mettant en place un piquet de grève virtuel.

Pas l’unanimité

La pandémie semble avoir donné un coup d’accélérateur à ces initiatives. Ces derniers mois, plusieurs « télégrèves » se sont tenues dans les entreprises œuvrant dans le secteur des médias et des hautes technologies, où les salariés ont l’habitude de travailler à distance et d’utiliser les outils en ligne. C’est ainsi qu’en décembre 2020 la quasi-totalité de la rédaction de la revue Le Moniteur des travaux publics et du bâtiment s’est mise en télégrève pour protester contre des suppressions de postes. Quelques mois plus tôt, chez Facebook, des employés de la firme américaine ont manifesté leur mécontentement en participant à une grève en ligne en juin 2020, devant la décision de Mark Zuckerberg de ne pas modérer des messages polémiques de Donald Trump.

Si le télétravail de masse semble favoriser l’essor de ces mobilisations, les télégrèves ne font pas l’unanimité chez les représentants syndicaux. « C’est vrai que ce type de mouvement a un retentissement médiatique qui n’est pas forcément négatif, commente, dubitatif, Marcel Yemsi, élu CSE IBM Grand Sud et CSE-Central CFDT IBM communication et réseaux sociaux. Mais sur les télégrèves, comme sur les grèves, on a un avis très mitigé. Bien souvent, c’est faire perdre de l’argent au salarié pour un résultat quasi nul. Et chez IBM, on a une population composée à plus de 95 % de cadres, très difficile à mobiliser. »

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Belén Garijo, chez Merck, devient la première femme à diriger un groupe du DAX, l’équivalent allemand du CAC 40

Belén Garijo à Darmstadt (Allemagne), en mai 2015.

C’est une petite révolution outre-Rhin, et un signe de plus de la féminisation des instances dirigeantes des entreprises cotées. Samedi 1er mai, l’Espagnole Belén Garijo a officiellement pris la tête du groupe pharmaceutique allemand Merck, qui devient ainsi la première entreprise cotée au DAX, l’indice-phare de la place financière de Francfort, à être dirigé par une femme seule. Auparavant, seule l’Américaine Jennifer Morgan avait occupé pendant six mois la codirection du groupe informatique SAP en 2019-2020. Merck, a réalisé en 2020 17,5 milliards d’euros de chiffres d’affaires, et emploie 58 000 salariés à travers le monde.

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L’arrivée de Belén Garijo à la tête de Merck était prévue depuis longtemps. En septembre 2020, le groupe de Darmstadt avait annoncé que l’Espagnole, jusqu’ici numéro deux du groupe, prendrait la succession de Stefan Oschmann à l’issue de son mandat. La dirigeante de 60 ans, qui avait quitté les bureaux parisiens de Sanofi pour Merck en 2011, a su se rendre indispensable à Darmstadt. Aux côtés du patron Stefan Oschmann, elle a participé au retour en grâce de Merck sur les marchés. Le titre Merck vaut actuellement 146 euros, contre une trentaine d’euros en 2011, et profite à plein de son positionnement de sous-traitant pour les fabricants de vaccins.

Validation suprême

Depuis 2015 à la tête du département pharmaceutique, Belén Garijo a redressé l’activité, dont les brevets arrivaient à échéance, et relancé les efforts de recherche et développement. Surtout, elle a considérablement élargi le portefeuille des clients du groupe. Autrefois concentré uniquement sur l’Europe, Merck est aujourd’hui un groupe pharmaceutique compétitif aux Etats-Unis et en Chine. Validation suprême : lorsque son ancien employeur Sanofi avait tenté de faire revenir Mme Garijo à Paris, les dirigeants de Merck ont réorganisé le groupe autour d’elle, afin qu’elle puisse en prendre la direction, rapporte la revue Manager Magazin, qui l’a nommée parmi les cent femmes les plus influentes de l’économie allemande.

Une anecdote résume la détermination d’acier de Belén Garijo. En 1980, quelques années après la chute de Franco, elle voulait étudier la médecine, comme des milliers d’autres étudiants. Mais les autorités avaient imposé un numerus clausus très restrictif, et lui refusaient l’entrée à l’université. Pendant deux mois, elle s’est installée sur le campus de son université avec des centaines d’autres étudiants en colère, jusqu’à ce qu’ils obtiennent gain de cause.

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Justice : Eric Dupond-Moretti annonce un millier d’embauches pour réduire les délais de jugement

Pour Eric Dupond-Moretti, les domaines prioritaires  pour la réduction des délais sont les affaires familiales, sociales et le contentieux de proximité.

Son projet de loi « pour la confiance dans l’institution judiciaire » arrive en Commission des lois à l’Assemblée nationale, mercredi. Et pour restaurer cette confiance, le garde des sceaux Eric Dupond-Moretti explique, lundi 3 mai, dans un entretien au Parisien, comment il entend « livrer une grande bataille pour réduire les délais de jugement » en matière de justice civile.

Evoquant 1,3 million de dossiers en attente, en raison notamment de l’arrêt de la justice pendant le premier confinement en 2020, le ministre de la justice entend, d’ici à la mi-mai 2022, revenir à la situation antérieure à la crise sanitaire, en réduisant dans un premier temps un « stock » de 200 000 dossiers.

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Son objectif ultime est de passer « en moyenne à un délai d’attente de six mois », dans les trois ans à venir, rappelant qu’aujourd’hui la moyenne est, par exemple, de quatorze mois en première instance et de dix-sept mois en appel.

« Remettre en route la machine »

Pour mener à bien cette accélération du traitement des dossiers, M. Dupond-Moretti énonce un « plan d’action, issu des 42 propositions d’un groupe de travail » et un « plan d’embauche historique » : mille personnes – juristes assistants et renforts de greffe – devraient être recrutées pour une période d’un à trois ans – renouvelable une fois – afin de « remettre en route la machine et désengorger les “stocks” ».

Les domaines prioritaires, selon le ministre, sont les affaires familiales, sociales – notamment les prud’hommes – et le contentieux de proximité.

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Le Monde

La purge se poursuit à Canal+

Le logo de la chaîne Canal+.

Chez Canal+, la chasse aux sorcières ne connaît pas de répit, après l’éviction brutale de Sébastien Thoen cet hiver. Vendredi 30 avril, la direction de l’opérateur de télévision payante a présenté devant le Comité social et économique (CSE) le projet de licenciement pour motif « disciplinaire » de Solange Tricaud, indique au Monde un témoin.

La journaliste est membre de la société des journalistes (SDJ). Elle faisait partie des salariés à l’initiative de la pétition interne signée par 150 journalistes pour protester contre le licenciement de Sébastien Thoen, coupable, aux yeux de la direction, d’avoir participé à un sketch parodiant Pascal Praud, animateur star de CNews, la chaîne d’informations de Canal+.

Selon nos informations, la direction de Canal+ reproche à la journaliste des fuites reprises dans un article des Jours, publié le 31 mars, et relatant le contenu d’une réunion intervenue le 24 mars entre la SDJ et quatre dirigeants de Canal+ : le directeur général, Frank Cadoret, le patron des antennes, Gérald-Brice Viret, le patron des sports, Thierry Cheleman, et son adjoint, Didier Lahaye.

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La SDJ avait sollicité cette rencontre, afin d’avoir des explications sur les scènes disparues au montage du documentaire, Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste, de Marie Portolano, et qui mettait Pierre Ménès en accusation. Vendredi 30 avril, pendant trois heures, la direction, notamment représentée par Gérald-Brice Viret, a détaillé les griefs retenus contre la journaliste, s’appuyant « sur une note de deux pages ».

« Violation de la confidentialité »

L’article « dont les propos sont rapportés, décrivant même certaines de leurs attitudes physiques durant la réunion, établit sans aucun doute possible la violation de la confidentialité et de l’engagement pris par Mme Tricaud », indique le document dont Le Monde a pris connaissance. Sans toutefois donner de preuves concrètes prouvant que Solange Tricaud est bien à l’origine des informations de l’article des Jours.

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« Ils n’ont rien démontré du tout », relate un représentant du personnel. « Ils étaient six à cette réunion. Comment prouver que c’était eux. Par ailleurs, Solange Tricaud, en tant que membre de la SDJ, avait fait un compte rendu de cette réunion devant 80 personnes », indique un autre. L’accusée elle-même s’est défendue de façon véhémente lors du CSE de vendredi, assurant qu’ils n’avaient pas le début d’une preuve, rapporte un témoin. Cette « démonstration [qui] se voulait sans faille » n’a donc pas convaincu le CSE, qui, « à l’unanimité, s’est prononcée contre le licenciement de la journaliste ».

Plusieurs lettres de licenciement

L’avis des représentants des salariés n’est rendu qu’à titre informatif. En revanche, la chaîne devra obtenir l’aval de l’inspection du travail pour mener ce licenciement. Mme Tricaud n’est pas la seule à faire les frais du courroux des dirigeants de Canal+.

Ces derniers ont décidé de licencier également un autre journaliste, qui était également présent à la réunion du 24 mars. Mais le cas de ce dernier, non élu, n’a pas été présenté en CSE. Interrogé, Gérald-Brice Viret ne « fait pas de commentaire sur les procédures en cours ».

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Depuis le début de la crise déclenchée par le sketch de Sébastien Thoen, qui s’est poursuivie par l’éviction du commentateur sportif Stéphane Guy et par une pétition, « entre cinq et six salariés » auraient reçu des lettres de licenciement. « On pense que c’est plus, mais que la direction n’envoie plus de lettres pour éviter les fuites et essaie de régler cela à l’amiable », confie un élu.

« La pénurie de main-d’œuvre guette la reprise » de l’après-Covid

Le président de la République, comme il en a maintenant l’habitude, a réglé à nouveau les pendules de notre vie sociale et économique. Bars et restaurants n’ont désormais plus en tête que le 19 mai, date de la réouverture des terrasses. Il faut, d’ici là, faire le ménage, renouveler les stocks de bière et… rappeler au travail les troupes dispersées. Celles qui ont eu la chance de bénéficier du chômage partiel reviendront. Pour les autres, indépendants, saisonniers, et tous ceux qui ont trouvé une autre occupation, ce sera plus difficile. Peu perceptible encore en France, c’est déjà une réalité aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne : la pénurie de main-d’œuvre guette la reprise.

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Le 5 avril, la compagnie aérienne Delta annonçait avoir été contrainte d’annuler 100 vols par manque de personnel. L’hebdomadaire The Economist raconte que certains restaurants McDonald’s des Etats-Unis sont allés jusqu’à donner un chèque de 50 dollars (41 euros) à tous les candidats qui voudraient bien se présenter à un entretien d’embauche. Les vacances de postes dans le pays seraient à leur plus haut niveau depuis vingt ans.

Même constat en Grande Bretagne. Le groupe Pizza express n’a pas rouvert ses 1 000 restaurants, mais il peine déjà à recruter les 1 000 employés dont il a besoin. Dans Londres, les pubs recherchent des serveurs disparus. Pourtant, le secteur a perdu 355 000 emplois dans la crise sanitaire, dont la moitié de personnes de moins de 25 ans. C’est la raison pour laquelle le gouvernement britannique a lancé son « kickstart scheme », une aide à l’emploi qui finance six mois de salaire d’un jeune embauché, pourvu qu’il ait entre 16 et 24 ans. Les restaurateurs se sont rués sur cette aubaine et les offres ont explosé.

Le mal s’est étendu

Mais où sont donc parties ces armées de dociles serveurs, plongeurs et cuisiniers ? Beaucoup d’étrangers sont repartis dans leur pays, d’autres ont changé de métier. Nous ne sommes donc pas au bout de nos surprises sur ce fameux monde d’après, étrangement marqué du sceau des pénuries en tout genre.

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Ce sont les constructeurs automobiles qui ont sonné l’alarme les premiers en constatant qu’ils ne parvenaient plus à se fournir en puces électroniques pour piloter leurs bolides. Puis le mal s’est étendu. La machine industrielle, en reprenant de la vigueur, s’est mise à manquer de tout, de composants comme de matières premières, et maintenant de main-d’œuvre. Le blocage du canal de Suez durant une semaine, en mars, n’a rien arrangé. Ford a annoncé ce jeudi 29 avril qu’il s’attendait à perdre 50 % de sa production du fait des pénuries de puces.

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1er-Mai : les syndicats réinvestissent la rue

Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, à l’Elysée, le 29 avril.

Cette année encore, le 1er-Mai est placé sous le signe de la crise sanitaire. Mais, contrairement à l’édition 2020, les traditionnels défilés pour la Journée internationale des travailleurs sont autorisés. La CGT, Force ouvrière, la FSU et Solidaires appellent à battre le pavé, samedi, afin de défendre « les droits sociaux et les libertés ». La CFDT, de son côté, propose un temps d’échange sur Facebook avec son secrétaire général, Laurent Berger.

Les mesures prises depuis le début de l’épidémie de Covid-19 ont mis à l’épreuve les syndicats : effritement du lien avec les salariés placés en chômage partiel ou convertis au télétravail, raccourcissement des délais pour consulter les représentants du personnel dans les entreprises, restrictions au droit de manifester et de se rassembler dans l’espace public… « La période a été difficile, car notre action repose sur le contact, la relation, souligne Cyril Chabanier, le président de la CFTC. Il nous a fallu procéder différemment, en l’espace de quelques jours, et nous avons parfois eu un mal fou à le faire. »

« Nous avons fait preuve d’inventivité »

Soudainement soumises à des contraintes inédites, les confédérations ont dû s’adapter. Et elles considèrent qu’elles y sont parvenues. « Nous avons fait preuve d’inventivité », confie Philippe Martinez, le leader de la CGT, en évoquant, par exemple, la mise en place de numéros d’appel gratuits destinés à informer les travailleurs dans ce contexte d’urgence sociale. En interne, il a fallu se familiariser avec les réunions en visioconférence et remanier le fonctionnement des instances « pour que le syndicat ne s’arrête pas », complète Yves Veyrier, le dirigeant de FO.

Même si les troupes sont « un peu rincées », elles ont rempli leur mission, aux yeux de M. Berger. « On a été à la hauteur, on a obtenu des choses qui n’auraient pas été accordées si les organisations de salariés n’avaient pas été là », assure-t-il, en observant que celles-ci se sont « recentrées sur l’essentiel, la vie concrète ». « On s’en sort mieux que je ne le craignais, renchérit François Hommeril, le président de la CFE-CGC. Dans beaucoup d’endroits, au moins dans les esprits, la situation que nous avons vécue a rapproché les salariés des syndicats : ils ont vu tout le boulot qui était effectué. » M. Martinez, lui, met en exergue les efforts déployés par ses militants pour aller au-devant des salariés des très petites entreprises et des travailleurs des plates-formes numériques. Efforts couronnés d’un certain succès, d’après lui, ce qui prouve que les organisations de salariés « font référence » et « sont utiles ».

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La rédaction de « 20 Minutes » en grève contre des suppressions d’emplois

La quasi-totalité de la rédaction du quotidien 20 Minutes s’est mise en grève, jeudi 29 avril, pour protester notamment contre des suppressions d’emplois décidées récemment par la direction du journal gratuit. « Plus de 90 % des journalistes de la rédaction », soit 71 des 77 journalistes présents jeudi, ont voté « une journée de grève pour protester contre les suppressions et non-remplacements de postes décidés de façon opportuniste et erratique par la direction ces derniers mois », expliquent les grévistes dans un communiqué. L’édition numérique du journal ne paraîtra donc pas vendredi, jour où les salariés grévistes poursuivront leur mouvement, ont-ils voté jeudi soir en assemblée générale.

Un plan de licenciement collectif prévoit « six licenciements dont deux à la rédaction » sur un total de 207 salariés, a précisé Hakima Bounemoura, déléguée syndicale CFDT, dont le syndicat soutient le mouvement, avec les élus du CSE. Contactée par l’Agence France-Presse (AFP), la direction du journal gratuit n’a pas fait de commentaires.

Quelque 80 % de la rédaction du quotidien gratuit avait voté, le 12 mars, une motion de défiance contre la direction, après l’annonce de suppressions de postes et d’un recours élargi au chômage partiel. Selon Hakima Bounemoura, la direction du journal ne pense qu’à « économiser, tailler dans les effectifs et les charges fixes sans chercher à trouver de nouvelles solutions pour essayer de rebondir ».

Le journal, filiale du quotidien régional Ouest-France et de l’éditeur de presse belge Rossel, a été fortement fragilisé par la crise sanitaire, du fait notamment de la chute du marché publicitaire. Dernière décision en date qui a cristallisé les tensions : « un déménagement du siège dans des locaux plus petits qui ne peuvent accueillir que 60 % des salariés parisiens. Alors même qu’aucun accord de télétravail n’a encore été négocié », explique la rédaction en grève. « La perspective d’un déploiement du “flex-office” inquiète fortement » et « contribue à la dégradation des conditions de travail », ajoutent les journalistes. « Le dialogue social au sein de l’entreprise est devenu complètement délétère », estiment-ils, appelant le PDG du quotidien à « ouvrir un dialogue avec les élus » sur la base de leurs revendications.

Créé en 2002, 20 Minutes s’est fortement développé sur le numérique et revendique un total de 23 millions de lecteurs par mois, dont 15 millions sur mobile, et près de 3 millions de lecteurs par jour pour ses éditions imprimées. Le média gratuit cible les actifs urbains de 15 à 49 ans, notamment dans les transports en commun et en mobilité. Sa diffusion a pâti des restrictions de déplacement liées à la crise sanitaire.

Le Monde avec AFP

Jean Latreille : « Le revenu universel ne nous fera pas moins travailler, au contraire »

Tribune. C’est officiel : le revenu universel (RU) n’est plus un gadget socialiste. La preuve : The Economist, le très distingué hebdomadaire britannique, en a fait la « une » de son édition du 2 mars (traduit dans Courrier international n° 1588, 8 au 14 avril 2021). Les « indemnités Covid », très largement versées dans les pays riches, l’ont remis pour quelque temps à l’agenda politique.

Projet utopique pour les uns, cauchemar pour les autres, les adversaires du RU tournent leurs regards depuis l’origine dans la même direction : vers le « surfeur de Malibu » ! C’est avec cette figure emblématique du parasite social américain que John Rawls, philosophe de la justice sociale, avait interpellé son jeune collègue belge Philippe Van Parijs, farouche défenseur du revenu universel. La question posée était la suivante : le RU va-t-il détourner de la saine obligation de travail rémunéré des cohortes entières d’enfants gâtés de la société de consommation en leur permettant de sauter sur l’occasion pour ne plus jamais rien faire d’utile socialement ?

Odieuse injonction

Car le système marchand est fait pour que l’on travaille pour lui à plein temps. C’est à cette obligation que Margaret Thatcher (1925-2013) [première ministre du Royaume-Uni de 1979 à 1990] faisait allusion en rappelant aux chômeurs les paroles de saint Paul : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. » Cette injonction au travail était odieuse de la part de quelqu’un qui pensait que le chômage est toujours volontaire, et qu’il ne pouvait être que la conséquence de la volonté individuelle de crever joyeusement de faim plutôt que de travailler.

En fait, le système marchand et le marché du travail rémunéré ne nous ont jamais laissé d’autre choix que de participer au grand cirque des créations de valeurs prédatrices de ressources et destructrices du climat. Ce fut notre malédiction. Et cela pourrait rester celle des générations à venir si l’on ne faisait rien pour changer les règles du jeu.

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Or, l’une des règles les plus importantes du jeu économique – augmenter les ressources de l’efficacité productive – est en passe de changer inexorablement. Si nous voulons éviter la catastrophe climatique, nous devrions réduire l’usage des ressources fossiles au maximum. Avec cette conséquence automatique : la productivité du système va connaître une lente et inexorable décrue.

La science économique ne s’appuie pas sur un grand nombre de lois, mais il en est une qui est incontestable : quand la productivité diminue, le travail augmente. C’est pour cela que le revenu universel ne nous fera pas moins travailler. Il nous faudra au contraire travailler plus, en sachant être innovants pour rendre le travail enfin agréable, et en nous appuyant sur les low-tech. La réduction nécessaire et inévitable de la productivité qui nous attend, avec la mise au placard des énergies fossiles, va nécessiter une mobilisation inédite et inattendue, en réalité, de nos forces vives, désireuses de manger et de vivre bien, et prêtes pour y parvenir à « mettre la main à la pâte ».

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