« Dans les provinces chinoises, les fonctionnaires sont à la diète car les caisses sont vides »

Chronique. Dans ce pays où le « peuple » a la chance d’être au pouvoir, mais pas celle d’avoir des représentants syndicaux dignes de ce nom, c’est semble-t-il d’un simple message posté en décembre sur les réseaux sociaux que tout est parti. Une fonctionnaire de la ville de Hangzhou, dans l’est du pays, se plaignait ouvertement en ces termes : « Ecoutez ça. Mon salaire annuel est amputé d’environ 25 %. Ça fait 50 000 yuans en moins [6 900 euros]. Comment est-ce que je peux m’en sortir ? »

Même s’il a rapidement été censuré, le post a provoqué de multiples réactions. Certains Chinois en ont d’abord déduit que cette femme gagnait la coquette somme de 200 000 yuans par an, soit plus que de nombreux salariés du privé. Mais surtout, les langues se sont déliées. Hangzhou, qui a le privilège d’abriter le siège social du le numéro un du commerce en ligne Alibaba, n’est pas un cas unique. Un policier du Zhejiang aurait vu lui aussi son salaire amputé de 25 %. Dans cette province, dans le Guangdong et dans le Jiangsu, diverses primes auraient sauté. A chaque fois, on évoque des baisses de revenus de 25 % à 30 %. Dans le Shandong, c’est le treizième mois qui est passé à la trappe. Interrogée par un journal provincial, la municipalité de Suzhou, la « Venise chinoise », a reconnu procéder à un « ajustement » du salaire des fonctionnaires. Dans le Jiangxi, la ville de Dexing aurait ordonné aux enseignants de rembourser les primes perçues, soit 50 % de leur salaire.

50 millions de personnes

Le traitement des fonctionnaires chinois est d’une grande opacité. « Les départements chargés du personnel au sein du gouvernement sont, à l’image des départements chargés de l’organisation au sein du Parti [communiste], parmi les départements les plus mystérieux », notait Alfred Wu, un universitaire de Singapour, dans son ouvrage Governing Civil Service Pay in China, (Nias Press, non traduit), paru en 2014, mais qui continue de faire référence. On ignore jusqu’au nombre de fonctionnaires. On sait juste qu’ils étaient 7,1 millions (sans les enseignants) à la fin de 2015. Un chiffre qui ne tient pas compte des contractuels : environ 50 millions de personnes. Si une partie du traitement des fonctionnaires est fixe et définie par Pékin, une partie – qui peut être aussi importante – est variable. Primes, logement ou voiture de fonction, accès à des hôpitaux ou des écoles spécifiques… Tout existe.

Les collectivités disposaient d’une seule vache à lait : la vente de terrains aux promoteurs immobiliers. La faillite du leader du secteur, Evergrande a sifflé la fin de la partie

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Elus et salariés se mobilisent pour tenter de sauver 1 900 emplois chez Scopelec

L’inquiétude grandit chez les 3 800 salariés de la plus grande SCOP (société coopérative de production) de France, Scopelec, basée dans le Tarn et spécialiste des infrastructures et technologies de télécommunications. En juillet 2021, l’entreprise a perdu des contrats avec Orange pour un « marché d’exploitation et de maintenance des réseaux télécoms à hauteur de 150 millions d’euros annuels ». Soit près d’un tiers du chiffre d’affaires annuel de l’entreprise (463,9 millions d’euros).

Selon la direction de Scopelec, qui se refuse à communiquer davantage, et les syndicats, près de 1 900 emplois sont menacés, dont 580 en Nouvelle-Aquitaine, 500 en Occitanie et 300 en Bourgogne-Franche-Comté. « Nous n’avons aucune information depuis un mois et la situation devient critique chez les salariés, qui s’interrogent de plus en plus », relate Frédéric Mazars, délégué syndical Force ouvrière (FO) et chef de chantier dans le Tarn.

Vendredi 14 janvier, ceux-ci se sont mis en grève sur des sites d’Occitanie, dans le Tarn, le Lot ou en Aveyron. La veille, une réunion était organisée dans les locaux du conseil régional. Le vice-président au développement économique, Jalil Benabdillah, se dit « extrêmement préoccupé » et parle également d’une menace sur 1 800 à 1 900 emplois. « Nous demandons qu’Orange suive formellement ce qu’ils nous ont promis, c’est-à-dire aucune perte d’emplois dans nos territoires », affirme l’élu.

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L’opérateur historique, détenu par l’Etat à 23 %, a confirmé au Monde que deux des trois lots attribués, suite à un appel d’offres lancé en janvier 2021, ont été perdus par Scopelec. Marc Blanchet, directeur technique et système d’information d’Orange de l’entreprise, explique : « Dans un secteur en forte concurrence, nous avons modifié un cahier des charges pour répondre aux demandes de nos clients. Scopelec, qui était notre premier sous-traitant, n’a pas donné de garanties et, surtout, de nombreux indicateurs qualité faisaient défaut depuis quelques années. » Le syndicat majoritaire chez l’opérateur, la CFE-CGC, a demandé un audit sur ces indicateurs, « par respect pour une relation longue de cinquante ans ».

« Pas un sous-traitant lambda »

Lors de cet appel d’offres national, la France était divisée en trente-cinq zones, dont trois pour l’Occitanie. Les entreprises Solutions 30, Sogetrel et SADE Télécom ont été retenues. Le 3 mars, Orange attribuera le dernier lot, dit d’intervention client travaux réseau, qui ne concerne que 200 à 300 emplois en France. Du côté de la région Occitanie et chez les salariés, l’espoir se porte vers les entreprises qui ont remporté les marchés et seraient susceptibles de reprendre des salariés de Scopelec.

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La pandémie de Covid-19 continue de menacer la reprise économique mondiale

L’économie mondiale est loin d’en avoir fini avec la pandémie de Covid-19, qui frappe la planète depuis deux ans. Alors que l’Organisation internationale du travail (OIT) évoquait, en janvier 2021, les « signes d’une timide reprise économique », bénéfique pour le monde du travail, la voici contrainte de revoir à la baisse ses perspectives. Dans un nouveau rapport, présenté lundi 17 janvier, l’agence tripartite des Nations unies (regroupant les représentants des gouvernements, des employeurs et des salariés de 187 Etats membres) annonce que ces perspectives « se sont dégradées (…), et un retour aux performances d’avant la pandémie risque de rester hors de portée pour une grande partie du monde au cours des prochaines années ».

En chiffres, cela donne quelque 52 millions d’emplois à plein temps (sur la base d’une semaine de travail de quarante-huit heures) perdus, soit un déficit de près de 2 % par rapport à la période d’avant la pandémie – il était espéré à moins de 1 %. En cause, le maintien à un niveau élevé de la circulation du virus à l’échelle internationale et l’apparition du variant Omicron, qui en a renforcé la propagation. « Chaque nouvelle flambée épidémique entraîne des reculs. Elle a ainsi eu de fortes répercussions sur de nombreux progrès en matière de travail décent réalisés avant la pandémie, et les déficits qui préexistaient pèsent sur les perspectives de reprise durable dans de nombreuses régions », écrivent les auteurs du rapport.

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Et le rétablissement de la demande devrait prendre du temps, craint l’OIT. Un cercle vicieux se met en place avec des revenus du travail maintenus à un niveau modéré, la perte de salaires pour un grand nombre de travailleurs sans mise en place de revenus de remplacement, entraînant une baisse significative de la demande globale. « L’effet est particulièrement marqué dans les pays en développement, où la part des populations économiquement vulnérables est plus importante et où l’ampleur des plans de relance a été moindre. »

Inégalités

Par ailleurs, de nombreux salariés qui avaient quitté la population active durant les deux dernières années ne l’ont pas réintégrée, contribuant à la sous-estimation du nombre de chômeurs. « Le taux de chômage mondial devrait rester supérieur à son niveau de 2019 jusqu’en 2023 au moins. » Comparé à 2019, le chômage mondial dépasserait de 21 millions son niveau de 2019, atteignant le total de 207 millions en 2022.

Les statistiques mondiales, comme souvent, cachent une réalité inégale. Le relèvement du marché du travail se fait plus rapidement dans les pays à revenu élevé, comme aux Etats-Unis ou en Europe. Les pays « à revenu intermédiaire inférieur », en Asie du Sud-Est, en Amérique latine ou dans les Caraïbes sont ceux qui connaissent la reprise la plus lente.

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Au-delà de la situation préoccupante du marché du travail, l’avenir s’annonce difficile pour les jeunes. En effet, souligne l’OIT, « la fermeture d’écoles, d’universités et d’établissements de formation professionnelle pendant de longues périodes dans de nombreux pays a affaibli les résultats d’apprentissage, ce qui aura des répercussions en cascade, à long terme, sur l’emploi et la formation continue des jeunes ».

Les évolutions économiques constatées durant les deux années de la pandémie pourraient aussi perdurer et « devenir structurelles ». « Nous constatons déjà des dégâts potentiellement durables sur le marché du travail, et nous assistons à une augmentation préoccupante de la pauvreté et des inégalités. De nombreux travailleurs se voient contraints de passer à de nouveaux types d’emplois, par exemple, en raison de la baisse d’activité prolongée dans le secteur des voyages internationaux et du tourisme », s’inquiète Guy Ryder, le directeur général de l’OIT. Pour l’organisation internationale, la reprise, pour être durable, devra se fonder sur les principes du travail décent, en matière de santé, de sécurité, d’égalité, de protection sociale et de dialogue social.

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Licenciements massifs dans les entreprises de la tech chinoise

Au siège de ByteDance, à Pékin (Chine), le 7 juillet 2020.

Quand des collègues des activités liées aux services financiers et à l’éducation en ligne chez ByteDance, le groupe détenteur de l’application TikTok, ont été licenciés, Mme Yang, 30 ans, ne s’est pas inquiétée. Ces deux business ont souffert en 2021 de plusieurs campagnes de régulation menées par Pékin. Mais, lorsque après six ans au marketing de la start-up chinoise la plus valorisée au monde, elle a été licenciée à son tour, Mme Yang est tombée des nues. « C’est arrivé tellement vite que je n’aurais jamais imaginé en être moi-même victime », témoigne la jeune Pékinoise.

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« Apparemment, on ne parvenait pas à vendre nos produits assez bien. Le chef de notre section et son adjoint ont été remerciés. On nous a proposé un transfert ou un licenciement, mais on nous mettait la pression pour partir. » Aujourd’hui, la jeune femme a décidé d’attaquer en justice l’entreprise, pour tenter d’obtenir de meilleures compensations.

Sous la pression d’une série de mesures de régulation, les géants chinois du numérique ont massivement supprimé des postes à la fin de l’année 2021. Le 8 janvier, le patron de New Oriental, l’un des leaders de l’éducation en ligne, a annoncé avoir licencié 60 000 employés au cours des six derniers mois. En août, le secteur du tutorat a été dévasté par une mesure imposant aux entreprises de devenir des « entités à but non lucratif ». New Oriental, l’un des pionniers, a perdu 90 % de sa valeur en Bourse, et son chiffre d’affaires a fondu de 80 %.

Abus de position dominante

Plus tôt dans l’année 2021, les fintech avaient subi les foudres du régulateur, de même que les propriétaires de plates-formes de ventes et de livraisons de repas, Alibaba et Meituan en tête, punis pour abus de position dominante. En juillet, le leader chinois des VTC, Didi, a fait l’objet d’une enquête, et a été contraint d’obtempérer en quittant la Bourse de New York, cinq mois après son introduction. Il a interdiction de recruter de nouveaux clients depuis cet été.

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Le ralentissement de l’économie chinoise n’arrange rien : après un rebond en 2020 grâce à un plan de relance post-Covid et des exportations dynamiques, l’économie chinoise a montré des signes de fatigue en 2021. La politique de tolérance zéro face au Covid permet au pays de protéger sa population, mais elle est de plus en plus coûteuse, à mesure qu’émergent des variants plus contagieux.

Les secteurs du tourisme et de la restauration sont les premiers touchés, mais la consommation générale ralentit, avec une augmentation de 3,9 % en novembre 2021, contre 4,9 % en octobre. Surtout, l’immobilier chinois, qui assure indirectement près de 30 % de l’activité, est à la peine, avec des prix en baisse depuis septembre et plusieurs promoteurs en difficulté, comme Evergrande. Là encore, ce sont les mesures prises par Pékin pour tenter de réguler un secteur surendetté qui ont fragilisé les entreprises.

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Après une année 2021 de tous les records pour les start-up françaises, 2022 s’annonce prometteuse

Et de 25 ! En annonçant, lundi 17 janvier, une levée de fonds de 293 millions d’euros, Exotec, un spécialiste des petits robots pour entrepôts logistiques, devient la 25e licorne française, soit une jeune entreprise valorisée au-delà d’un milliard d’euros. Avec ces nouveaux moyens, la société, qui compte déjà 360 salariés, prévoit d’embaucher 500 ingénieurs d’ici à 2025 et au moins autant d’employés sur les autres fonctions (production, maintenance, exécution…).

Il y a moins d’une semaine, le 11 janvier, c’est presque malgré elle que Back Market, une autre start-up tricolore, est devenue la jeune pousse la mieux valorisée de France. Après une levée de fonds de 450 millions d’euros, elle pèse désormais 5,1 milliards. Ce tour de table, Thibaud Hug de Larauze, le patron cofondateur de l’entreprise spécialiste du reconditionnement des produits électroniques, explique ne pas l’avoir sollicité : « On avait échangé avec Sprints Capital en mai 2021 à l’occasion de la précédente levée de fonds (276 millions d’euros) et le processus était allé si vite qu’ils n’avaient pas réussi à se positionner. Depuis, on s’est reparlé deux ou trois fois, ils voulaient vraiment présenter une offre, tous nos actionnaires étaient partants pour saisir cette opportunité. »

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Lever des capitaux privés semble n’avoir jamais été aussi facile pour la French Tech. Depuis le début de l’année, cinq jeunes entreprises ont annoncé d’importantes levées de fonds : la fintech Qonto a attiré 486 millions d’euros de financements le 11 janvier, Pay Fit, 254 millions, le 6 janvier, Ankorstore, 250 millions. La scène tech française a ainsi déjà attiré 1,7 milliard d’euros de capitaux, et créé autant de nouvelles licornes.

Tours de table

Le signe de la vitalité d’un écosystème dont le cabinet EY révèle les performances inédites dans un rapport publié lundi 17 janvier, portant sur l’année 2021. Avec 11,57 milliards d’euros levés par les start-up françaises, l’année surpasse de très loin (+ 115 %) les sommets atteints en 2020 (5,39 milliards). Autres records battus : ceux du nombre de tours de table de plus de 100 millions d’euros (22, contre 9 en 2020), de la plus grosse levée de fonds jamais réalisée (Sorare, spécialiste des NFT, avec 586 millions d’euros) et du nombre de licornes créées (douze). La France en compte donc désormais 25.

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A ces résultats, Franck Sebag, associé chez EY, apporte plusieurs éléments d’explication. Un effet rattrapage par rapport à une année 2020 dont les performances, quoique robustes comme jamais, ont été réduites du fait du Covid-19, avec une faible croissance des levées (+ 7 %, contre + 40 % les deux années précédentes). Un effet mécanique : avec des start-up de plus en plus matures, la France compte toujours plus de candidats à des très gros tours de table. Enfin, la percée des fintech tricolores, qui avait tardé à émerger. Parmi les 12 nouvelles licornes apparues en 2021, EY en répertorie cinq dans ce secteur : Alan, Ledger, Lydia, Sorare et Swile.

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L’argot de bureau : l’« ADN » de l’entreprise, avoir son travail dans les gènes

L’entreprise est une grande famille. En effet, les disputes y sont nombreuses, en réunion comme à table : il arrive que des parents-patrons « coupent les vivres » de leurs enfants-salariés en les « mettant dehors », il arrive que des directions allouent des primes individuelles sur résultats comme des parents distribuent l’argent de poche au gré des bonnes notes. En y pensant, la ressemblance est troublante, pourtant la métaphore familiale est toujours utilisée de manière positive en entreprise.

Certains manageurs ont même trouvé une formule pour donner vie à ce lien filial qu’ils aimeraient créer : l’« ADN » de l’entreprise. Il a pour mission de la distinguer dans un univers où les bureaux se ressemblent. Il s’agit de la recette maison, de l’histoire, du positionnement, éventuellement de la méthode – notamment managériale – qui explique pourquoi tout se passe si bien, et pourquoi ce candidat qui hésite devrait rejoindre l’aventure.

L’ADN est indissociable de la marque employeur : en posant sur le papier (parfois dans une charte ou sur les murs du siège) ses commandements, la société dévoile sa nature profonde, biologique, donc. Si l’ADN est souvent comparé à la culture d’entreprise, certains spécialistes, comme sur le blog de BNP Paribas, invitent à considérer les deux termes comme complémentaires : la culture concerne particulièrement les méthodes managériales, et comment le travail se déroule concrètement au quotidien. L’ADN, lui, chapeaute de manière grandiloquente la culture : cet acide désoxyribonucléique, c’est la « substantifique moelle » de François Rabelais (Gargantua, 1534), ce qui se cache derrière l’os ou la façade que chacun peut voir.

Kodak, un bon exemple

La métaphore biologique est un peu contre-intuitive : si l’ADN est un substitut de l’identité d’une entreprise, cela signifie que cette identité est déterminée, et qu’il est difficile d’évoluer… Changer de cœur de métier signifierait donc trahir sa nature ? Absolument pas, c’est la sélection naturelle ! Des espèces apparaissent, et la thérapie génique est une option pour la famille-entreprise. Si les virus ont leurs variants, il est tout à fait permis que l’ADN accueille des mutations. Pour préserver l’espèce, il faut changer pour conquérir de nouveaux marchés, sans trop sacraliser le passé : Kodak, pionnier de la photographie tombé en déchéance à l’ère numérique, est un bon exemple d’ADN qui n’a pas su muter à temps.

L’ADN se résume donc à une vision d’ensemble, en bon français, une guideline (« ligne directrice »), un motto (« devise ») qui se décline en valeurs. Les protéines qui constituent la double hélice de l’ADN sont autant de « valeurs » qui font la personnalité de la boîte. La plupart du temps, elles tombent sous le sens : « Qui sommes-nous ? Chez XXX, tu rejoindras une équipe sympa [avons-nous déjà vu un recruteur mettre en avant l’antipathie qui règne dans son open space ?], qui lutte pour un monde meilleur ». L’audace et l’innovation, souvent, accompagnées de délicieuses citations comme dans cette start-up : « Bien sûr, il y a des risques. Mais le risque, c’est ce qui épice la vie » – Haruki Murakami. La responsabilité sociétale et environnementale peut enfin entrer dans le codage du génome.

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Réindustrialisation : Macron veut célébrer « l’attractivité dans les territoires »

Exit la galerie des Glaces et ses grands patrons en transit pour Davos. C’est à Chalampé, village du Haut-Rhin qui revendique « presque 1 000 habitants », qu’Emmanuel Macron devait annoncer, lundi 17 janvier, l’un des projets d’investissements étrangers attendus en 2022 dans l’Hexagone. Sans décliner, comme il y a cinq ans, une liste de grands noms de multinationales de la tech ou de la finance américaine, en parlant de « territoires » que « l’attractivité sert justement à réindustrialiser, et à revitaliser », selon l’Elysée. Comme ce projet du groupe de chimie allemand BASF à Chalampé, qui compte bâtir une usine de production d’hexaméthylènediamine (HMD), un composant utilisé dans la fabrication du Nylon. Un investissement de 300 millions d’euros qui créera une cinquantaine d’emplois.

De quoi faire une photo de famille sensiblement différente de celle des dernières éditions du sommet Choose France, célébration de l’attrait de la France, qui se tenait depuis quatre ans à Versailles, devant un parterre de chefs d’entreprise venus du monde entier. La crise des « gilets jaunes » et celle liée au Covid-19 sont passées par là : l’attractivité n’est plus seulement une déclinaison de la puissance économique sur la scène internationale, mais un « levier majeur pour [la] réindustrialisation », selon l’Elysée. Le sommet, reporté sine die pour des raisons sanitaires, a été ramené à une simple « séquence sur l’attractivité ». Et, pour le chef de l’Etat, à un exercice « d’équilibre pas totalement simple à trouver, entre le Macron qui vante la souveraineté industrielle et le patriotisme économique, et Macron l’Européen, le partisan d’une intégration de la France dans la mondialisation », résume Bruno Cautrès, chercheur CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).

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Etre loin de Versailles ne devrait néanmoins pas l’empêcher de vanter le bilan de son quinquennat en matière d’investissements étrangers. Les chiffres des quatre derniers sommets sont prêts : « Depuis 2018, 55 projets d’investissements étrangers se sont concrétisés en France pour 8 milliards d’euros et la création ou le maintien de 13 300 emplois », indique-t-on à l’Elysée. Auxquels s’ajoutent donc, en 2022, une vingtaine de projets pour un total de 4 milliards d’euros, et environ 10 000 emplois créés sur plusieurs années (dont la moitié par le groupe turc Getir, spécialisé dans la livraison d’épicerie ultrarapide). Parmi ceux-ci, un chèque de 850 millions d’euros signé par le groupe américain Eastman, dont le patron était reçu à l’Elysée lundi matin, pour un projet d’usine de recyclage moléculaire des plastiques, qui doit créer 350 emplois à l’horizon 2025. Ou 520 millions d’euros par Pfizer, sur cinq ans, notamment pour renforcer ses capacités de production, par le biais d’un accord avec Novasep, qui produira le principe actif du Paxlovid, son médicament anti-Covid sur son site de Mourenx (Pyrénées-Atlantiques).

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Au Japon, les entreprises adoptent une appli pour leurs employés célibataires

Enquêtes au long cours et séries de mode spectaculaires, portraits fouillés et bonnes adresses… Chaque dimanche, retrouvez le regard décalé de « M Le magazine du Monde » sur l’actualité et le style en vous inscrivant à sa newsletter.

Extrait d’une publicité pour l’application de rencontre entre salariés Aill goen.

La pandémie de Covid-19 pèse sur les célibataires en quête d’amour. Une charge qui inquiète les entreprises japonaises pour lesquelles une vie privée épanouie des salariés est généralement synonyme de travail bien fait. Début janvier, 796 d’entre elles, dont le géant des télécommunications NTT DoCoMo, la banque Mizuho, la compagnie aérienne All Nippon Airways ou encore le quotidien Mainichi Shinbun, ont cédé aux avances d’Aill goen, une application de rencontre d’un nouveau genre. Fonctionnant sur l’analyse des goûts des utilisateurs et l’optimisation de leurs choix pour éviter les erreurs, celle-ci met en relation les seuls employés de ces entreprises.

Au Japon, convoler est un signe de reconnaissance. « Ne pas être marié reste un échec », explique la sociologue Muriel Jolivet.

En décembre, 76 % des utilisateurs avaient pu organiser des rendez-vous, selon une enquête d’Aill, la start-up basée à Tokyo à l’origine de l’application. « Je voulais créer une plate-forme permettant aux employés d’atteindre plus facilement un équilibre entre vie professionnelle et vie privée, ce qui, dans le même temps, stimulerait la croissance de l’entreprise », explique China Toyoshima à l’agence Kyodo. La dirigeante d’Aill a eu l’idée de l’application en 2018. A l’époque cadre d’une entreprise du secteur de la pharmacie, la trentenaire est pressentie pour une promotion et s’inquiète pour sa vie personnelle.

Une intelligence artificielle au service des célibataires

Au Japon, la majorité des femmes occupant des postes à responsabilité est célibataire et n’a guère l’occasion de ­chercher un partenaire. « Les entreprises veulent que leurs employés fassent preuve d’initiative. Les salariés sont fatigués en raison de la surcharge de travail et n’ont pas le temps de s’occuper de leur vie personnelle », ajoute-t-elle. Avec le Covid-19, la situation ne s’est pas améliorée, et « les employeurs s’inquiètent de la santé mentale de leurs salariés, le plus souvent confinés chez eux sans aucune interaction physique ».

Aill goen fonctionne avec une intelligence artificielle (IA). Les fonctionnalités incluent un tableau détaillant la compatibilité des futurs couples et une barre affichant le niveau d’appréciation d’un partenaire potentiel calculé selon l’évolution des conversations. Se comportant comme un ami de confiance, l’application n’hésite pas à intervenir dans les échanges de textos pour suggérer à l’un des membres de solliciter un rendez-vous. Elle propose aussi des questions à poser pour faciliter les conversations et des idées quand les discussions s’embourbent.

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Matières premières : « Le cobalt jette une ombre sur la voiture verte »

Dans une usine d’extraction de cobalt, à Lubumbashi, en République démocratique du Congo, le 16 février 2018.

Le moteur à combustion est-il en train de mourir à petit feu ? Renault est prêt, en tout cas, à brandir l’éteignoir dès 2030 en Europe. Pionnier de l’électrique avec sa fringante Zoe, le constructeur automobile anticipe le lancement de dix nouveaux véhicules dotés de batteries d’ici à 2025. Dont une version revisitée de la Renault 5. Ou comment miser sur un retour de flamme des nostalgiques de cet emblématique modèle…

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Cette conversion pied au plancher de la marque de voitures française vers le tout-électrique contribue à la mise sous tension du marché du cobalt, sachant qu’un cœur de Renault Zoe bat au rythme de 7 kg de lithium, 11 kg de cobalt, 11 kg de manganèse et 34 kg de nickel. Or, le métal bleu a terminé l’année 2021 propulsé vers les cieux azuréens.

Son cours a dépassé la barre des 70 000 dollars (61 200 euros) la tonne sur la Bourse des métaux de Londres. Soit un quasi-doublement de prix en un an. Même si le record stratosphérique des 95 000 dollars la tonne atteint en 2018 n’a pas été battu, la trajectoire ascensionnelle est spectaculaire. Le cobalt tambour battant… Et l’intérêt des marchés ne se dément pas. La Bourse de Singapour s’apprêterait à lancer, au premier semestre 2022, un contrat à terme sur le cobalt.

Discussions à Bruxelles

A comparer aux 6 grammes glissés dans la batterie d’un smartphone, la quantité de ce métal contenue dans les batteries électriques pèse de tout son poids dans la spéculation. C’est d’ailleurs l’entrée dans les paddocks d’Elon Musk, avec sa Tesla, qui a lancé le mouvement. Depuis, l’ensemble des constructeurs automobiles sont dans sa roue, entraînés, il est vrai, par des réglementations environnementales plus contraignantes.

Mais le métal bleu jette une ombre sur la voiture verte. Le riche sous-sol de la République démocratique du Congo possède près des deux tiers des réserves de cobalt. Un pays où les conditions d’extraction sont teintées de corruption et de recours au travail des enfants dans les mines artisanales. Un casse-tête éthique pour les acheteurs. La recherche de nouveaux filons fait donc fantasmer les investisseurs.

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Ainsi les milliardaires Bill Gates, Jeff Bezos et Michael Bloomberg ont choisi de miser sur KoBold Metals. Cette start-up californienne se targue de créer une carte Google Maps de la croûte terrestre, véritable détecteur numérique de « cobalt éthique ». A l’été 2021, elle a signé un accord avec Bluejay Mining pour aller extraire des ressources naturelles rares, dont du cobalt, au Groenland. Un projet de recherche de minerais pour les batteries électriques qui devrait s’attirer les foudres des écologistes.

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Rentrée morose dans l’hôtellerie-restauration

A la brasserie Georges, au Centre Pompidou, à Paris, le 5 janvier 2022.

L’inquiétude est à nouveau palpable chez les hôteliers-restaurateurs. « A midi aujourd’hui, j’ai fait 36 couverts au lieu de 70 habituellement. Et samedi dernier, 28 au lieu de 100 », témoigne Alain Fontaine, à la tête du restaurant Le Mesturet, dans le centre de Paris, et président de l’Association française des maîtres restaurateurs. « La réalité, c’est que nous sommes ouverts et fermés en même temps », ajoute-t-il avant de raconter l’enchaînement des mauvaises nouvelles : « Tout a commencé vers le 8 décembre, avec la suppression des repas de fin d’année des entreprises, sources de fortes marges pour nous. Nous avons eu 400 annulations. Puis pour le 31 décembre, sur les 120 réservations, la moitié ne s’est pas présentée – j’ai eu tout de même une trentaine de clients de passage. Et maintenant, entre le télétravail, le manque de touristes et les gens malades du Covid, nous tournons au ralenti. »

Si la restauration a particulièrement souffert durant les fêtes, l’hôtellerie les a traversées avec un relatif soulagement, au regard des difficultés vécues depuis bientôt deux ans. La clientèle est revenue dans de hauts lieux du tourisme hivernal désertés à Noël 2020 : Paris et Disneyland, la montagne ou les marchés de Noël dans l’est de la France. Le chiffre d’affaires des hôtels du baromètre du cabinet d’études MKG – essentiellement de l’hôtellerie de chaîne – était même revenu à une valeur très proche de 2019 lors de la semaine entre Noël et la Saint-Sylvestre, surtout tiré par la province.

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C’est lors des premiers jours de rentrée, marqués par l’imposition du télétravail avec la menace de sanctions pécuniaires, qu’une baisse d’activité sensible s’est fait sentir. En province particulièrement, avec un recul du chiffre d’affaires de 26,4 % par rapport à la semaine de rentrée de 2019, tandis que la baisse oscillait entre 5 et 10 % depuis la mi-novembre, relève MKG.

« Des montagnes russes »

Le niveau de réservations relativement bas pour les prochaines semaines témoigne de la prudence des entreprises vis-à-vis des déplacements professionnels. A Paris, les réservations pour le mois à venir sont inférieures de moitié à celles observées en novembre-décembre. « On est sur des montagnes russes, commente Karim Soleilhavoup, directeur du réseau d’hôtellerie indépendante Logis Hôtels. En début d’année, on a normalement les séminaires de présentations de bilans, d’objectifs, de relance de l’activité. Nous n’avons pas bénéficié de ces réunions importantes pour la location d’espaces, la restauration voire l’hébergement. »

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