« Dans les provinces chinoises, les fonctionnaires sont à la diète car les caisses sont vides »

Chronique. Dans ce pays où le « peuple » a la chance d’être au pouvoir, mais pas celle d’avoir des représentants syndicaux dignes de ce nom, c’est semble-t-il d’un simple message posté en décembre sur les réseaux sociaux que tout est parti. Une fonctionnaire de la ville de Hangzhou, dans l’est du pays, se plaignait ouvertement en ces termes : « Ecoutez ça. Mon salaire annuel est amputé d’environ 25 %. Ça fait 50 000 yuans en moins [6 900 euros]. Comment est-ce que je peux m’en sortir ? »

Même s’il a rapidement été censuré, le post a provoqué de multiples réactions. Certains Chinois en ont d’abord déduit que cette femme gagnait la coquette somme de 200 000 yuans par an, soit plus que de nombreux salariés du privé. Mais surtout, les langues se sont déliées. Hangzhou, qui a le privilège d’abriter le siège social du le numéro un du commerce en ligne Alibaba, n’est pas un cas unique. Un policier du Zhejiang aurait vu lui aussi son salaire amputé de 25 %. Dans cette province, dans le Guangdong et dans le Jiangsu, diverses primes auraient sauté. A chaque fois, on évoque des baisses de revenus de 25 % à 30 %. Dans le Shandong, c’est le treizième mois qui est passé à la trappe. Interrogée par un journal provincial, la municipalité de Suzhou, la « Venise chinoise », a reconnu procéder à un « ajustement » du salaire des fonctionnaires. Dans le Jiangxi, la ville de Dexing aurait ordonné aux enseignants de rembourser les primes perçues, soit 50 % de leur salaire.

50 millions de personnes

Le traitement des fonctionnaires chinois est d’une grande opacité. « Les départements chargés du personnel au sein du gouvernement sont, à l’image des départements chargés de l’organisation au sein du Parti [communiste], parmi les départements les plus mystérieux », notait Alfred Wu, un universitaire de Singapour, dans son ouvrage Governing Civil Service Pay in China, (Nias Press, non traduit), paru en 2014, mais qui continue de faire référence. On ignore jusqu’au nombre de fonctionnaires. On sait juste qu’ils étaient 7,1 millions (sans les enseignants) à la fin de 2015. Un chiffre qui ne tient pas compte des contractuels : environ 50 millions de personnes. Si une partie du traitement des fonctionnaires est fixe et définie par Pékin, une partie – qui peut être aussi importante – est variable. Primes, logement ou voiture de fonction, accès à des hôpitaux ou des écoles spécifiques… Tout existe.

Les collectivités disposaient d’une seule vache à lait : la vente de terrains aux promoteurs immobiliers. La faillite du leader du secteur, Evergrande a sifflé la fin de la partie

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