Matières premières : « Le cobalt jette une ombre sur la voiture verte »

Dans une usine d’extraction de cobalt, à Lubumbashi, en République démocratique du Congo, le 16 février 2018.

Le moteur à combustion est-il en train de mourir à petit feu ? Renault est prêt, en tout cas, à brandir l’éteignoir dès 2030 en Europe. Pionnier de l’électrique avec sa fringante Zoe, le constructeur automobile anticipe le lancement de dix nouveaux véhicules dotés de batteries d’ici à 2025. Dont une version revisitée de la Renault 5. Ou comment miser sur un retour de flamme des nostalgiques de cet emblématique modèle…

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Cette conversion pied au plancher de la marque de voitures française vers le tout-électrique contribue à la mise sous tension du marché du cobalt, sachant qu’un cœur de Renault Zoe bat au rythme de 7 kg de lithium, 11 kg de cobalt, 11 kg de manganèse et 34 kg de nickel. Or, le métal bleu a terminé l’année 2021 propulsé vers les cieux azuréens.

Son cours a dépassé la barre des 70 000 dollars (61 200 euros) la tonne sur la Bourse des métaux de Londres. Soit un quasi-doublement de prix en un an. Même si le record stratosphérique des 95 000 dollars la tonne atteint en 2018 n’a pas été battu, la trajectoire ascensionnelle est spectaculaire. Le cobalt tambour battant… Et l’intérêt des marchés ne se dément pas. La Bourse de Singapour s’apprêterait à lancer, au premier semestre 2022, un contrat à terme sur le cobalt.

Discussions à Bruxelles

A comparer aux 6 grammes glissés dans la batterie d’un smartphone, la quantité de ce métal contenue dans les batteries électriques pèse de tout son poids dans la spéculation. C’est d’ailleurs l’entrée dans les paddocks d’Elon Musk, avec sa Tesla, qui a lancé le mouvement. Depuis, l’ensemble des constructeurs automobiles sont dans sa roue, entraînés, il est vrai, par des réglementations environnementales plus contraignantes.

Mais le métal bleu jette une ombre sur la voiture verte. Le riche sous-sol de la République démocratique du Congo possède près des deux tiers des réserves de cobalt. Un pays où les conditions d’extraction sont teintées de corruption et de recours au travail des enfants dans les mines artisanales. Un casse-tête éthique pour les acheteurs. La recherche de nouveaux filons fait donc fantasmer les investisseurs.

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Ainsi les milliardaires Bill Gates, Jeff Bezos et Michael Bloomberg ont choisi de miser sur KoBold Metals. Cette start-up californienne se targue de créer une carte Google Maps de la croûte terrestre, véritable détecteur numérique de « cobalt éthique ». A l’été 2021, elle a signé un accord avec Bluejay Mining pour aller extraire des ressources naturelles rares, dont du cobalt, au Groenland. Un projet de recherche de minerais pour les batteries électriques qui devrait s’attirer les foudres des écologistes.

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Rentrée morose dans l’hôtellerie-restauration

A la brasserie Georges, au Centre Pompidou, à Paris, le 5 janvier 2022.

L’inquiétude est à nouveau palpable chez les hôteliers-restaurateurs. « A midi aujourd’hui, j’ai fait 36 couverts au lieu de 70 habituellement. Et samedi dernier, 28 au lieu de 100 », témoigne Alain Fontaine, à la tête du restaurant Le Mesturet, dans le centre de Paris, et président de l’Association française des maîtres restaurateurs. « La réalité, c’est que nous sommes ouverts et fermés en même temps », ajoute-t-il avant de raconter l’enchaînement des mauvaises nouvelles : « Tout a commencé vers le 8 décembre, avec la suppression des repas de fin d’année des entreprises, sources de fortes marges pour nous. Nous avons eu 400 annulations. Puis pour le 31 décembre, sur les 120 réservations, la moitié ne s’est pas présentée – j’ai eu tout de même une trentaine de clients de passage. Et maintenant, entre le télétravail, le manque de touristes et les gens malades du Covid, nous tournons au ralenti. »

Si la restauration a particulièrement souffert durant les fêtes, l’hôtellerie les a traversées avec un relatif soulagement, au regard des difficultés vécues depuis bientôt deux ans. La clientèle est revenue dans de hauts lieux du tourisme hivernal désertés à Noël 2020 : Paris et Disneyland, la montagne ou les marchés de Noël dans l’est de la France. Le chiffre d’affaires des hôtels du baromètre du cabinet d’études MKG – essentiellement de l’hôtellerie de chaîne – était même revenu à une valeur très proche de 2019 lors de la semaine entre Noël et la Saint-Sylvestre, surtout tiré par la province.

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C’est lors des premiers jours de rentrée, marqués par l’imposition du télétravail avec la menace de sanctions pécuniaires, qu’une baisse d’activité sensible s’est fait sentir. En province particulièrement, avec un recul du chiffre d’affaires de 26,4 % par rapport à la semaine de rentrée de 2019, tandis que la baisse oscillait entre 5 et 10 % depuis la mi-novembre, relève MKG.

« Des montagnes russes »

Le niveau de réservations relativement bas pour les prochaines semaines témoigne de la prudence des entreprises vis-à-vis des déplacements professionnels. A Paris, les réservations pour le mois à venir sont inférieures de moitié à celles observées en novembre-décembre. « On est sur des montagnes russes, commente Karim Soleilhavoup, directeur du réseau d’hôtellerie indépendante Logis Hôtels. En début d’année, on a normalement les séminaires de présentations de bilans, d’objectifs, de relance de l’activité. Nous n’avons pas bénéficié de ces réunions importantes pour la location d’espaces, la restauration voire l’hébergement. »

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Discriminations à l’embauche : les agences d’intérim font leur mea culpa

Le 8 octobre 2021, une opération de « testing inversé » menée par SOS Racisme auprès des plus grands réseaux d’intérim franciliens avait révélé que près de la moitié des agences sondées acceptaient de discriminer les candidats à la demande de leurs clients potentiels.

« Une première étape indispensable », de l’avis d’Elisabeth Moreno. Le 6 janvier, les réseaux d’intérim ont présenté à la ministre déléguée chargée de l’égalité et à la ministre du travail, Elisabeth Borne, leurs plans d’action pour mettre fin aux discriminations à l’embauche.

Le 8 octobre 2021, une opération de « testing inversé » menée par SOS Racisme auprès des plus grands réseaux d’intérim franciliens avait révélé que près de la moitié des agences sondées acceptaient de discriminer les candidats à la demande de leurs clients potentiels. Elisabeth Moreno et Elisabeth Borne avaient demandé aux réseaux d’intérim concernés de mettre en place des « actions concrètes » afin que ces pratiques cessent.

Parallèlement, Prism’emploi, l’organisation patronale de la branche du travail temporaire, s’est engagé à moderniser ses accords de branche. Lors du testing organisé par SOS Racisme, entre 60 % et 70 % seulement des agences de Manpower, Randstad et Crit ont répondu par la négative à des demandes discriminatoires de recruteurs potentiels.

« Depuis deux ans, il est vrai que l’on a moins communiqué en interne sur ces sujets, reconnaît Aline Crépin, directrice de l’innovation sociale et des affaires publiques chez Randstad. Cela n’excuse rien, mais on a fait face à une crise historique avec des agences qui se sont retrouvées avec une baisse de leur activité de 90 %. Or, on sait qu’en matière de discrimination, il faut tout le temps revenir dessus et resensibiliser. »

Crit Intérim annonce au Monde la mise en place d’opérations de testing interne par un organisme indépendant, dès cette année. Les recruteurs suivaient déjà une formation obligatoire, qui sera redéployée, sur les sujets liés à la diversité. C’est peu ou prou le plan d’action mis en place par Randstad. Le groupe a décidé de réactiver les appels mystères, arrêtés en 2018. « Au bout d’un moment, les agences les repèrent et ça a moins cette vocation pédagogique, mais cela permet de garder une vigilance permanente. »

La formation est l’autre axe essentiel, selon Aline Crépin : « On a déjà des modules obligatoires sur le thème de la discrimination, mais on s’est rendu compte que seuls 80 % des nouveaux entrants avaient suivi cette formation jusqu’au bout. » Le groupe travaille sur un jeu pour sensibiliser de manière ludique ses collaborateurs à la discrimination.

« Les ETT ne font que le sourcing »

Délégué FO-Intérim, Mathieu Maréchal s’avoue sceptique face aux plans d’action mis en place par les entreprises de travail temporaire (ETT). Ces initiatives ont pour défaut de ne pas inquiéter le client final : l’entreprise qui sollicite l’agence d’intérim. Cette dernière peut tout à fait trier les candidatures envoyées par les agences d’intérim selon ses propres critères. « Les ETT ne font que le sourcing : elles présentent les CV et l’entreprise fait son choix. Dans ce cas, comment voulez-vous prouver qu’il y a discrimination ? »

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Des minima salariaux parfois inférieurs au smic dans 108 branches professionnelles

A Lille, en juin 2012.

Le problème ne date pas d’hier, mais il semble avoir pris de l’ampleur durant l’année 2021. Il y a, aujourd’hui, davantage de branches professionnelles dans lesquelles les minima salariaux, définis par les conventions collectives, sont inférieurs au smic. Ces cas de « non-conformité » auraient même atteint un seuil « historiquement élevé », d’après le dernier rapport du comité d’experts sur le salaire minimum, publié début décembre 2021.

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Le phénomène résulte, en grande partie, des revalorisations récentes du smic, en particulier celle qui est intervenue au 1er octobre 2021. Bon nombre de conventions de branche n’ont pas été renégociées depuis. Du coup, ces textes prévoient des grilles de rémunération dont la base a été « rattrapée », voire dépassée par le salaire minimum. Dans les industries de la volaille, il y a ainsi « douze coefficients audessous du smic », à en croire la fédération CFDT de l’agroalimentaire. Au dernier trimestre 2021, 108 branches avaient au moins un niveau de rémunération situé en deçà du salaire minimum.

« C’est choquant »

Les travailleurs concernés ne peuvent cependant pas être payés au-dessous du smic, et les entreprises gardent, par ailleurs, la faculté d’être mieux-disantes que les conventions collectives. Mais rien n’interdit aux patrons de se caler sur des grilles non conformes. Une telle situation pose problème, d’autant plus qu’elle accroît « le nombre de salariés et la masse salariale donnant droit à des allégements de cotisations sociales sur les basses rémunérations », comme le souligne Gilbert Cette, président du groupe d’experts sur le smic.

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Le système est de nature à inciter « à la non-vertu », ajoute-t-il, les employeurs ayant tout intérêt à maintenir des grilles obsolètes pour pouvoir empocher des exonérations de contribution plus importantes. « C’est choquant, car de tels comportements entraînent des pertes de recettes pour nos régimede protection sociale, qui peuvent s’avérer significatives », souligne-t-il.

Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, dénonce cette dérive. Pour lui, les minima prévus par les conventions collectives devraient « être revalorisés automatiquement » à chaque fois que le smic est revu à la hausse.

Election présidentielle 2022 : le sujet des salaires encore peu audible dans la campagne

Valérie Pécresse, candidate LR à l’élection présidentielle, à Besançon, le 13 janvier 2022.

Est-ce parce que le gouvernement a préempté le sujet tout au long du quinquennat, avec son mantra selon lequel « il faut que le travail paye » ? Ou parce que, contre toute attente, la crise sanitaire a débouché sur une baisse du chômage et des créations record d’emplois salariés ? Sondage après sondage, le thème de l’emploi et des salaires peine à émerger dans la campagne présidentielle. A trois mois du scrutin, et sur fond de hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires, les Français se disent nettement plus préoccupés par les questions de pouvoir d’achat que d’emploi et de chômage. Un sujet qui les tétanisait il y a cinq ans.

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« C’est une situation typique quand l’emploi va mieux : le chômage devient un sujet moins important. Mais c’est inquiétant : cela signifie qu’on se contente d’un taux de chômage à 8 %, alors que la question du pleinemploi et de l’emploi des jeunes devrait rester un sujet central dans l’optique du prochain quinquennat », estime Philippe Martin, le patron du Conseil d’analyse économique (CAE), un think tank rattaché à ­Matignon.

Du côté des candidats à l’Elysée, même si les programmes ne sont pas tous formalisés et si la question du financement est loin d’être réglée, les propositions se dessinent. « La première dignité, c’est celle de pouvoir vivre de son travail », affirme Valérie Pécresse (LR). Elle souhaite augmenter de 10 %, au cours du quinquennat, les salaires nets jusqu’à 2,2 smic (2 800 euros net), ce qui bénéficierait à quelque 12 millions de personnes. Pour cela, la présidente de la région Ile-de-France compte baisser les cotisations vieillesse payées par les salariés. La mesure coûterait 25 milliards d’euros, dont 7 milliards dès la première année pour doper de 3 % les salaires. L’Etat financerait entièrement en 2022, assure son équipe, « en faisant des économies sur les dépenses publiques ».

Limiter l’écart entre les salaires au sein des entreprises

Marine Le Pen, elle, veut « cibl[er] les plus modestes, bien sûr, mais aussi les classes moyennes, éternelles oubliées ». En novembre 2021, dans une tribune aux Echos, elle a proposé d’exonérer de cotisations patronales les entreprises qui augmenteront de 10 % les salariés gagnant jusqu’à trois fois le smic. De son côté, Eric Zemmour compte « réduire les cotisations pour rendre chaque année un 13e mois aux salariés qui touchent le smic ». Soit 100 euros de plus par mois, pour que les « salariés cessent de s’appauvrir », déclarait-il lors de son meeting, à Villepinte (Seine-Saint-Denis), en décembre 2021.

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Les candidats se bousculent pour se former à la réparation de vélos

Les effectifs de la formation « opérateur cycle » du CNPC, dans la Seine-Saint-Denis, ont quasiment doublé entre 2019 et 2021.

C’est ce qu’on appelle un profil atypique. Moniteur poids lourd dans une auto-école, Nicolas Hémard, 33 ans, se forme en parallèle aux bases de la réparation de vélos. « On a tendance à opposer les automobilistes aux cyclistes, comme si on devait choisir son camp », regrette-t-il. Cet hiver, Nicolas Hémard est inscrit à la formation « opérateur cycle » labellisée par l’Académie des métiers du vélo. Un cursus proposé sur douze sites en France, qu’il suit au CNPC, une école de commerce du sport qui possède un campus à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), l’une des institutions aptes à délivrer ce diplôme.

Ce nouveau programme de vingt jours, lancé avec le soutien de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB), vise à répondre à une demande croissante de réparations. L’objectif est de former 1 250 personnes d’ici à 2023. Et les candidats ne manquent pas : dès l’ouverture des inscriptions en ligne, chaque campus du CNPC a enregistré une demande quatre fois plus importante que la capacité d’accueil – soit en moyenne 50 candidatures pour 12 places disponibles par session.

La formation coûte 2 633 euros, et son financement est dégressif : les personnes inscrites à la première vague de formation, entre novembre 2020 et octobre 2021, ont bénéficié d’une prise en charge à 100 %. Les vagues successives, qui vont jusqu’en juin 2023, seront prises en charge à hauteur de 75 %, puis de 40 %, et enfin de 15 %.

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Dans la salle, le tableau blanc jouxte des tiroirs remplis de pinces, clés, manivelles et démonte-pneu. Des cycles sont accrochés sur des supports muraux. « On les appelle les vélos martyrs : ils ont été mis en panne et réparés des dizaines de fois », précise François Weiser, le formateur, professeur d’histoire-géographie en disponibilité de l’éducation nationale.

Aucune bécane franchissant le seuil de l’école ne repart sans s’être fait une beauté. Celle de la journaliste ne fait pas exception, et se retrouve suspendue à un grand pied d’atelier. « On commence toujours par la roue avant, on vérifie le serrage, l’état du moyeu, la pression des pneus, les rayons. Ah, le freinage n’est pas symétrique, il y aura un réglage sur le frein avant », débite le formateur. Ses mains, déjà noircies par le cambouis, parcourent la petite reine et s’arrêtent sur le jeu de direction : « Il s’entretient tous les cinq ans. Celui-ci n’a pas vu de graisse depuis une bonne décennie. »

Les questions fusent parmi les douze élèves : et si la cliente préfère acheter un vélo neuf qui lui coûtera autant que l’intervention ? « Ce n’est pas écologique, encore moins économique : le vélo n’est pas un objet jetable. Bien entretenu, il a une durée de vie de soixante-dix ans », souligne François Weiser. « Personne n’est ici par opportunisme, il s’agit de passionnés », assure-t-il.

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CPF : la jungle des formations professionnelles, nouveau terrain de chasse des escrocs

« Urgent : vous allez perdre vos droits CPF. Réclamez votre formation 100 % prise en charge. » Des millions de Français ont reçu, ces derniers mois, ce SMS ou une de ses variantes, quand ce ne sont pas des appels d’opérateurs se réclamant d’agences officielles, qui poussent les salariés à choisir de toute urgence une formation. Sous peine, affirment-ils à tort, de perdre leurs droits accumulés.

Derrière ces sollicitations, le plus souvent effectuées à partir de listings de coordonnées achetés en gros, se cachent des escroqueries, visant à mettre la main sur le trésor de guerre que constitue le compte personnel de formation (CPF). Depuis 2015, ce dispositif a remplacé le droit individuel à la formation (DIF), souvent méconnu du grand public. Plus simple, plus accessible, le CPF offre à toute personne de plus de 16 ans ayant une activité professionnelle un crédit renouvelable – directement comptabilisé en euros depuis 2019 – pour souscrire une formation en quelques clics depuis à plate-forme officielle Mon compte formation.

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L’esprit du projet était vertueux, regrette Michel Clézio, président du Syndicat national des organismes de formation (Synofdes) : « La loi voulait donner plus d’initiative aux individus, en dehors de leur statut », en permettant à chaque salarié de choisir sa formation indépendamment de son entreprise. Mais l’Etat a peut-être, selon lui, « voulu aller un peu vite » et n’a pas mesuré l’« effet d’aubaine » créé par ce nouveau dispositif pour des acteurs peu scrupuleux. Un secteur entier est né de ce nouveau CPF, aux pratiques des plus douteuses.

« 16 millions d’euros de fraude »

L’arnaque peut être du vol pur et simple, avec le piratage du compte CPF d’un salarié pour siphonner son crédit. Les escrocs récupèrent les informations nécessaires, comme le numéro de Sécurité sociale, puis indiquent une formation bidon, et encaissent les bénéfices. Franck (les personnes qui témoignent n’ont pas souhaité donner leurs noms), qui travaille dans l’informatique, a ainsi découvert en se connectant début 2021 à son compte « que deux formations en anglais avaient déjà été débitées (…), une adresse e-mail contenant [son] nom et prénom a été utilisée mais ce n’est pas du tout la [s]ienne. Je n’ai jamais fait ces formations. » Les escrocs ont pu créer un nouveau compte à son nom pour siphonner ses crédits formation, versés à une société prétexte.

La Caisse des dépôts et consignations (CDC), chargée d’administrer le dispositif du CPF, évoque « 14 300 comptes concernés et 16 millions d’euros de fraude ». Un chiffre à mettre en perspective avec les « 3,4 millions de formations » dispensées depuis 2019. L’institution a porté plainte contre 35 entreprises répertoriées comme organismes de formation et susceptibles de se livrer à ce type d’arnaques. Mais pour Michel Clézio, ces chiffres ne pourraient être que la part émergée d’un iceberg de fraudes : « Les gens ne vont pas sur leur compte CPF comme sur un compte en banque, les dégâts, on va les découvrir progressivement. »

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Toulouse : les éboueurs votent la fin de la grève

La grève des éboueurs à Toulouse, qui avait débuté le 16 décembre 2021, s’est achevée le 13 janvier 2022.

Ils avaient commencé leur mouvement il y a près d’un mois pour réclamer, notamment, la reconnaissance de la pénibilité de leur travail. Les éboueurs de l’agglomération toulousaine ont voté jeudi 13 janvier la fin de leur grève et le déblocage des dépôts après un accord « satisfaisant » avec Toulouse Métropole.

« On nous concède 11 jours de congés supplémentaires pour la pénibilité de notre travail », a expliqué à l’Agence France-Presse Nicolas Refutin, secrétaire général de Force ouvrière (FO) de la Métropole.

Toulouse Métropole en avait concédé neuf lors de la dernière réunion de négociations, le 6 janvier.

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La prime d’intéressement collectif élargie

S’y ajoutent « dix semaines en été » de période de faible activité, « au cours desquelles la Métropole accepte de faire coller le temps de travail aux besoins réels, qui sont bien inférieurs que durant le reste de l’année », a aussi précisé M. Refutin.

La collectivité a également accepté un élargissement de la prime d’intéressement collectif : elle était de 300 euros par an pour les agents de trois dépôts, elle passe à 450 euros pour l’ensemble des éboueurs des six dépôts, se félicite le syndicaliste.

« Les chauffeurs recevront par ailleurs une prime de 360 euros par an, et 30 contractuels seront recrutés », a ajouté M. Refutin. Enfin, « une rémunération plus attractive est proposée pour les samedis et jours fériés travaillés », a-t-il dit.

Fin du système du « fini-parti »

Les éboueurs, en grève depuis le 16 décembre, réclamaient 34 jours de repos, en compensation des 35 heures par semaine qui leur sont désormais imposées, contre 25 heures en moyenne jusque-là.

Ce changement implique pour les éboueurs la fin du système du « fini-parti », qui leur permettait de rentrer chez eux au terme de leur tournée, c’est-à-dire entre 10 h 15 et 10 h 30, en ayant commencé à 5 heures.

« L’accord trouvé semble être équilibré, acceptable, à défaut d’être ultrasatisfaisant. Notre pénibilité de travail est reconnue et il n’y a pas de perte de rémunération, qui étaient nos deux revendications principales », affirme Nicolas Refutin.

La signature de l’accord entre les syndicats et Toulouse Métropole devrait se faire dans la journée, actant officiellement la reprise de la collecte, dès vendredi, dans cette agglomération d’environ 800 000 habitants.

Le Monde avec AFP

Pour la Cour des comptes, le RSA ne mène pas assez à l’emploi

Le 6 janvier, en ouverture du congrès de la Fédération des acteurs de la solidarité, Emmanuel Macron a relancé une idée lancée en début de quinquennat. « Nous devons lutter contre l’enracinement de la pauvreté », a affirmé le chef de l’Etat, proposant « de mettre en place un nouveau système d’aide sociale plus juste et plus simple ». La création d’un revenu universel d’activité (RUA), fusionnant revenu de solidarité active (RSA), prime d’activité et aide personnalisée au logement (APL) – qui a fait l’objet de moult groupes de travail, rapports et réflexions – ressort donc sous forme de proposition pour le quinquennat suivant : « Nous pourrions ainsi sortir des centaines de personnes de la pauvreté », a plaidé M. Macron, qui n’est pas encore officiellement candidat à sa réélection.

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Un rapport de la Cour des comptes, publié jeudi 13 janvier, fait justement le point sur l’efficacité du RSA, qu’il critique sévèrement sur son volet d’accompagnement social et d’aide au retour vers l’emploi.

Créé en décembre 2008 en remplacement du revenu minimum d’insertion, le RSA constitue, désormais, le principal instrument de lutte contre la pauvreté, pour un coût annuel à la charge de l’Etat de 15 milliards d’euros (chiffre 2019, intégrant prime d’activité et dépenses d’accompagnement) au bénéfice de quelque 2,1 millions d’allocataires.

600 000 ménages laissés de côté

Les magistrats de la Cour des comptes constatent d’abord que le public ciblé est insuffisamment atteint, puisque le « non-recours » – soit le nombre de personnes éligibles qui ne le perçoivent pas, délibérément ou par manque d’information – concernerait « 30 % de la population cible », ce qui laisse plus de 600 000 ménages de côté.

Autre critique, le RSA ne permet pas de sortir de l’état de pauvreté. Ainsi, 65 % des allocataires – dont beaucoup de femmes seules avec enfants, d’étrangers, de jeunes de moins de 25 ans et de résidents des quartiers prioritaires de la ville – vivent sous le seuil de pauvreté monétaire, fixé à 60 % du revenu médian français, soit 1 102 euros par mois, pour une personne seule, tandis que le RSA plafonne à 559,74 euros (chiffres 2019).

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Un tiers (30 %) des bénéficiaires du RSA déplore de fréquents découverts bancaires, contre 15 % en population générale ; 30 % se restreignent pour acheter de la viande, contre 7 % ; 43 % ont des difficultés à se chauffer, contre 20 %. Mais le RSA prévient tout de même de tomber dans la grande pauvreté, au-dessous de 40 % du revenu médian (735 euros par mois), concède la Cour des comptes.

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« 1971-2021. Retour sur 50 ans de formation professionnelle » : pour un service public de la formation

Le livre. Il était une fois un idéal, « une obligation nationale » à laquelle devait participer l’ensemble de la société, sous l’égide de l’Etat : améliorer la qualification des travailleurs, assurer leur adaptation aux besoins de l’économie et contribuer à l’émancipation des personnes. La loi Delors de 1971, qui a notamment inscrit dans le marbre la contribution financière des entreprises, a posé les bases du dispositif de la formation professionnelle continue. Pourtant, ces grands principes se sont dilués avec le temps.

Dans l’essai 1971-2021. Retour sur 50 ans de formation professionnelle (Editions du Croquant), deux spécialistes mêlent leurs analyses complémentaires : l’un, l’économiste Didier Gelot, fut chargé de l’évaluation de la formation professionnelle au ministère du travail ; l’autre, Djamal Teskouk, fut en tant que conseiller confédéral CGT impliqué dans les nombreuses négociations interprofessionnelles sur la formation. Le produit de ce bilan à la fois global et opérationnel est destiné aux acteurs de la formation – notamment aux acteurs syndicaux –, mais pas uniquement.

La formation n’étant pas un objet isolé, les auteurs lient étroitement ses évolutions aux choix économiques et politiques opérés au fil du temps. Des réformes régulières – une quinzaine, souvent des accords nationaux interprofessionnels (ANI) suivis d’une loi – se sont succédé pour actualiser le cadre juridique de la formation, en faisant davantage coïncider actions de formation et emploi pour répondre aux crises successives, à la mondialisation et au chômage de masse. En outre, les régions et les organismes paritaires ont vu leur rôle évoluer.

Inégalités accrues

Le développement des compétences au détriment des qualifications symbolise le dévoiement du système de 1971, selon Didier Gelot et Djamal Teskouk. Il fait de l’individu le responsable de son employabilité. « La notion de responsabilisation des salariés, apparue au milieu des années 1990, a été fortement étendue et est aujourd’hui associée à celle de parcours professionnel », avancent les auteurs. Les inégalités d’accès à la formation continue se sont dès lors accrues, et les salariés ont de plus en plus été invités à se former hors temps de travail, en partie sur leurs deniers. Le droit individuel à la formation (DIF) consacre en 2004 ce principe dit de « co-investissement », qui dissocie temps de formation et temps de travail.

Les auteurs pointent surtout du doigt la loi de 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » : précédée par l’introduction du compte personnel de formation (CPF) en 2014, elle sonne l’aboutissement d’un processus d’individualisation excessive de la formation, et d’une « déresponsabilisation des employeurs ». Elle considère que le salarié doit s’adapter aux besoins immédiats des entreprises, ce qui favorise la multiplication des formations courtes sans réelle valeur ajoutée, notamment dans les métiers peu qualifiés.

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