La Commission européenne dévoile son texte pour tenter de lutter contre le travail forcé

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’exprime lors d’une conférence de presse au siège de l’Union européenne à Bruxelles, mercredi 7 septembre 2022.

C’était une promesse qu’avait consentie Ursula von der Leyen lors de son discours sur l’état de l’Union européenne (UE) de septembre 2021 : doter le Vieux Continent d’un outil efficace pour bannir tout produit issu du travail forcé. Mercredi 14 septembre, la présidente de la Commission européenne devrait dévoiler, lors de sa nouvelle allocution sur l’état de l’Union, ce projet de texte. Et ce deux jours après la publication par l’Organisation internationale du travail de chiffres alarmants sur le travail forcé.

En 2021, quelque 27,6 millions de personnes se trouvaient en situation d’esclavage moderne, en progression de 2,7 millions sur cinq ans dans l’ensemble des pays, et y compris en Europe. Après avoir présenté en février son projet de directive sur le devoir de vigilance des entreprises pour les obliger à lutter notamment contre ce fléau, la Commission dévoile donc un règlement permettant aux Etats membres de l’UE d’éradiquer si ce n’est le travail forcé, au moins les produits issus ou partiellement issus du travail forcé.

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« Tous les produits sont concernés, qu’ils soient fabriqués entièrement par des esclaves modernes ou qu’un de ses composants le soit », assure-t-on à la Commission. Alors que les Etats-Unis ont décidé de bannir, par le biais d’une loi entrée en vigueur en juin, l’importation de certains produits (coton, tomates, composants de panneaux solaires, etc.) provenant de la région chinoise du Xinjiang, où, selon les Nations unies, des Ouïghours sont soumis au travail forcé, l’Europe n’entend ni cibler une zone géographique spécifique ni des entreprises ou des produits précis.

Mécanisme en deux temps

Et ce alors que les géants du textile (Zara, Nike…), de l’électronique (Apple) ou de l’automobile (Volkswagen) ont été montrés du doigt ces dernières années pour avoir eu recours à des fournisseurs qui s’appuyaient sur le travail forcé des Ouïghours. « Notre règlement est non discriminatoire, rappelle un haut fonctionnaire européen. Il a été pensé pour être compatible avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce. »

L’UE ne veut surtout pas ouvrir une nouvelle guerre commerciale avec la Chine et tente de maintenir des rapports apaisés avec le géant asiatique. Au Parlement européen, qui devra se prononcer avec le Conseil sur le texte, le règlement est bien accueilli. « Enfin !, salue Raphaël Glucksmann, député européen (Alliance progressiste des socialistes et démocrates) en pointe sur le combat en faveur des Ouïghours. Cela fait deux ans et demi qu’on l’attend. Longtemps la Commission nous a dit que c’était impossible. Là, on a un projet. »

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Sur le front de l’emploi et du social, huit chantiers pour un automne chargé

Les partenaires sociaux en savent un peu plus sur ce qui les attend pour les mois à venir. Le ministre du travail, Olivier Dussopt, et la ministre déléguée chargée de l’enseignement et de la formation professionnels, Carole Grandjean, leur ont présenté leur feuille de route, lundi 12 septembre, qui doit permettre de remplir l’objectif du quinquennat : atteindre le plein-emploi. « Le taux de chômage reste structurellement élevé, alors que les entreprises sont face à des problèmes de recrutement qu’on n’avait jamais connus, explique l’entourage de M. Dussopt. On ne peut se satisfaire de cette situation. »

Au programme de la réunion, qui a duré un peu plus de deux heures : huit chantiers, peu de détails et beaucoup de concertations promises. Parmi les grands travaux qui s’annoncent, certains sont déjà bien connus, notamment la réforme de l’assurance-chômage. Olivier Dussopt a réaffirmé sa volonté de changer les règles d’indemnisation, afin de les adapter aux évolutions du marché du travail. La concertation au sujet de la modulation des indemnités doit démarrer « autour de la mi-septembre, à partir d’un document de concertation », avance-t-on dans l’entourage du ministre. Les syndicats ont d’ores et déjà affirmé leur ferme opposition au principe. La feuille de route met également en exergue la future négociation qui attend les partenaires sociaux au sujet de la gouvernance de l’assurance-chômage, afin de « mieux définir les rôles respectifs du gouvernement, du Parlement et des partenaires sociaux ».

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La réforme des retraites ne pouvait pas échapper à ces chantiers. Sur ce sujet explosif, le ministre du travail est resté prudent. Des concertations auront lieu lundi 19 septembre, après l’adoption du rapport du Conseil d’orientation des retraites, qui doit être publié le 15 septembre. Le document, que Le Monde a pu consulter, annonce un retour à l’équilibre des régimes de pension de manière provisoire, mais un futur beaucoup moins radieux, avec la réapparition de déficits durables à partir de 2023. A l’issue de la réunion, les syndicats ont appelé le gouvernement à ne pas profiter du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, à l’automne, pour y intégrer une mesure paramétrique liée à l’âge légal. « Cela bloquerait tout », selon Cyril Chabanier (CFTC), et « cela serait dangereux et entraînerait une forte mobilisation, des manifestations et des grèves », a prévenu Michel Beaugas (FO).

« Changement de vocabulaire sur le RSA »

L’automne verra aussi poindre la « rénovation du service public de l’emploi », qui vise à créer France Travail. Olivier Dussopt a d’ailleurs lancé, lundi, une mission de « préfiguration » dans l’optique de la création de la structure, qui doit succéder à Pôle emploi et mieux coordonner les différents acteurs intervenant sur l’emploi et la lutte contre le chômage. La mission a été confiée au haut-commissaire à l’emploi et à l’engagement des entreprises, Thibaut Guilluy, et la concertation doit débuter dès septembre et se poursuivre jusqu’en décembre, avec une phase d’expérimentation dans des territoires candidats d’ici la fin de l’année, pour un déploiement de France Travail début 2023.

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« L’exécutif va devoir plancher bien plus sérieusement sur le recrutement des professeurs »

Cette tribune paraît dans « Le Monde de l’éducation ». Si vous êtes abonné au Monde, vous pouvez vous inscrire à cette lettre hebdomadaire en suivant ce lien.

Formation des contractuels de l’Education nationale, à l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspé). Environ 150 enseignants contractuels recrutés pour les écoles primaires de Seine-Saint-Denis y ont participé. A Livry-Gargan, le 25 août 2022.

La rentrée scolaire se sera parfaitement déroulée, puisque le ministre de l’éducation nationale, Pap Ndiaye, l’a répété depuis la fin du mois d’août dans tous les médias : « Cette rentrée sera comparable à celle de l’an dernier avec un professeur devant chaque classe. » « Un professeur devant chaque classe », slogan répété tel un mantra destiné à rassurer, mais qui peine à masquer une réalité préoccupante pour l’école française.

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La crise du recrutement des enseignants ne date pas d’hier et n’est pas un phénomène spécifiquement français, mais ce qui s’est passé cette année aux concours est inédit : c’est à un véritable effondrement qu’on a assisté. Selon le ministère, plus de 4 000 postes sur les 27 332 ouverts aux différents concours n’ont pas trouvé preneur en 2022, soit près de 17 % de postes non pourvus, contre moins de 6 % en 2021.

Dans les académies de Versailles et de Créteil, particulièrement touchées, seuls 1 800 candidats ont été recrutés pour 3 265 postes ouverts. Sur l’ensemble du territoire, le recrutement des professeurs d’allemand a chuté à 55 % de postes pourvus (contre 70 % à 80 % les trois années précédentes), en physique-chimie à 66,7 % (contre 80 % à 100 %), en mathématiques 68,5 % (contre 84 % à 92 %), en lettres modernes à 83,5 % (contre 98 % à 100 %).

Devant cette crise sans précédent, le ministère a apporté une double réponse : à court terme, le recrutement de 3 000 contractuels ; à plus long terme et afin de relancer l’attractivité du métier d’enseignant, l’augmentation du salaire des professeurs débutants, à 2 000 euros net, en 2023. D’un côté, une mesure d’urgence en trompe-l’œil, de l’autre la poursuite d’une politique qui vient précisément de montrer son inefficacité : l’augmentation du salaire des enseignants débutants était déjà la mesure-phare du ministre Jean-Michel Blanquer pour l’attractivité du métier, or c’est précisément au moment où les jeunes professeurs n’ont jamais été aussi bien payés que les concours sont désertés !

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La catastrophe des contractuels

L’embauche massive de contractuels, si elle permet au ministère de sauver la face et de « faire le nombre », est une vraie catastrophe en l’état. Passons sur le fait que le message envoyé est désastreux tant il dévalorise le métier d’enseignant et contribue à faire reculer son attractivité, source même du problème.

Que le recrutement se fasse à bac + 3 voire bac + 2 dans certaines académies (peu importe la filière d’étude) contre le bac + 5 obligatoire pour devenir titulaire est déjà problématique, mais le plus grave tient au fait que ces contractuels n’auront eu que quelques heures de formation avant de se retrouver devant les élèves. Débuter dans ce métier est déjà difficile quand on est formé, cela devient presque mission impossible quand on ne l’est pas et qu’on n’a pas le niveau requis, même si le ministre assure que « plus de 80 % des professeurs contractuels ont déjà enseigné », un chiffre impossible à vérifier.

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La retraite protégée par le droit… de propriété

Droit social. Ma retraite, mon patrimoine ! Selon une jurisprudence du 6 juin 2022 de la deuxième chambre civile de la Cour de cassation, « le droit individuel à pension d’une personne assujettie à titre obligatoire à un régime de retraite à caractère essentiellement contributif constitue un intérêt patrimonial substantiel ».

L’arrêt précise que cet intérêt patrimonial entre « dans le champ d’application des dispositions [de l’article 1 du protocole additionnel nº 1 à la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH)] qui impliquent un rapport raisonnable de proportionnalité, exprimant un juste équilibre entre ce droit individuel [à pension de retraite] et les exigences de financement du régime de retraite considéré ».

La Cour de cassation admet de la sorte que le versement de cotisations obligatoires à une caisse de retraite peut créer un droit patrimonial protégé par le droit humain européen. Et, ce avant même que le cotisant ne remplisse toutes les conditions pour percevoir effectivement la pension, dès lors qu’il y a un lien direct entre le niveau des cotisations et les prestations allouées. Au résultat de cette jurisprudence, la caisse de retraite doit prendre en compte les cotisations, même versées avec un (long) retard et réviser le montant de la pension due. Ce qui n’est actuellement pas le cas.

Pareillement, l’« arrêt Diop » du 30 novembre 2001 du Conseil d’Etat avait reconnu le caractère discriminatoire du « gel » des pensions versées aux fonctionnaires civils et militaires des ressortissants des ex-colonies françaises, car lesdites pensions civiles « constituent des créances qui doivent être regardées comme des biens au sens de l’article 1er du premier Protocole additionnel à la CEDH » du fait de leur nature « d’allocations pécuniaires, personnelles et viagères auxquelles donnent droit les services accomplis par les agents publics (…) jusqu’à la cessation régulière de leurs fonctions ».

Formule floue

Cette approche fondée sur les droits de l’homme n’est pas celle du Conseil constitutionnel qui se borne à rappeler rituellement que la Constitution « implique la mise en œuvre d’une politique de solidarité nationale en faveur des travailleurs retraités », puis laisse le législateur « choisir les modalités concrètes qui lui paraissent appropriées ».

Aucune obligation de non-régression des retraites ne pèse en effet, selon les Sages de la rue de Montpensier, sur le législateur français si ce n’est, formule floue jamais encore rendue effective, que « l’exercice de ce pouvoir ne saurait aboutir à priver de garanties légales des exigences de caractère constitutionnel ». Le Conseil constitutionnel ne fait jamais référence à un quelconque droit patrimonial protégé.

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Retraites : après une embellie, le système devrait se dégrader dès 2023

Le système de retraite est redevenu excédentaire en 2021, mais cette embellie ne va pas durer, laissant place, dès 2023, à une situation déficitaire sur un peu plus de dix ans, au moins. C’est l’un des enseignements, plutôt inattendu, du rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR), qui doit être rendu public jeudi 15 septembre et que Le Monde a pu se procurer dans une version quasi définitive. Le diagnostic a été révélé peu avant qu’Emmanuel Macron réaffirme sa volonté de réforme sur ce thème extrêmement sensible, lors d’une rencontre avec des journalistes de l’Association de la presse présidentielle, lundi après-midi. Le chef de l’Etat souhaite que les premiers changements se concrétisent durant l’été 2023, avec un possible relèvement de l’âge d’ouverture des droits à une pension.

Après avoir plongé dans le rouge sous l’effet de la crise sanitaire, les comptes du système de retraites se sont très nettement améliorés : déficitaires à hauteur de 13 à 14 milliards d’euros en 2020, ils sont repassés dans le vert, en 2021, avec un solde positif de 900 millions d’euros. Le surplus pourrait être encore plus important en 2022 (+ 3,2 milliards d’euros). Cette tendance positive tient – bien sûr – au rebond de l’activité économique, qui a stimulé les rentrées de cotisations et permis aux différents régimes, pris dans leur globalité, de combler totalement le « trou ».

Mais les déséquilibres devraient à nouveau surgir, avec une dégradation assez sensible entre 2023 et 2032. Pour scruter les évolutions à venir au cours des cinq prochaines décennies, le COR a modifié sa méthode en bâtissant des projections avec deux conventions différentes (au lieu de trois, jusqu’à présent) et avec un éventail d’hypothèses en matière de croissance de la productivité moins élevées qu’avant (entre + 0,7 % et + 1,6 % par an en moyenne, contre + 1 % et + 1,8 %).

Données actualisées

Dans le cas de figure le plus favorable, le système reviendrait à l’équilibre au milieu des années 2030. Mais si on retient comme convention celle qui correspond aux règles et usages actuels, la résorption du déficit serait plus lointaine : « au milieu des années 2050 », d’après le rapport, sous réserve que la productivité s’accroisse de 1,6 % par an.

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Le COR considère que la notion de solde (synonyme soit de déficit, soit d’excédent, soit d’équilibre) recèle des limites lorsqu’elle est utilisée pour apprécier l’avenir : elle repose sur des projections de ressources qui peuvent être remises en cause par des décisions du pouvoir en place (par exemple la compensation d’exonérations de cotisations). Dès lors, pour « évaluer la soutenabilité financière » du dispositif, le rapport évoque plutôt la part des dépenses dans le PIB, car celle-ci exprime « le niveau de prélèvements qu’il faut opérer sur la richesse produite (…) pour assurer l’équilibre du système » : en 2021, cette proportion s’est élevée à 13,8 % du PIB, en recul de près d’un point par rapport à 2020.

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Dans les transports publics, une pénurie « gravissime » de conducteurs

Tendu. Le mot revient sans cesse. En cette rentrée, la bonne organisation des transports publics se heurte à une réalité : il manque partout des chauffeurs de bus, de car, de tramway et de train. Les entreprises – SNCF et sa filiale Keolis, RATP, Transdev et les milliers de petites sociétés d’autocar – jonglent avec les horaires, les vacances et les emplois du temps de leurs salariés, d’intérimaires et parfois de retraités pour maintenir le service, mais ça ne suffit pas toujours.

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C’est maintenant en dehors des transports scolaires que l’inquiétude monte. Le problème est national. Dans la métropole bordelaise par exemple, lors de la dernière réunion du comité social et économique de Keolis Bordeaux Métropole (KBM, filiale de la SNCF), le 7 septembre, « la direction a demandé à des agents de maîtrise de reprendre le volant, sur la base du volontariat », constate Mathieu Obry, représentant CGT et conducteur depuis 21 ans. Pour lui, il manque 50 chauffeurs, pour la direction une trentaine, mais les deux parties reconnaissent le problème. « Le recrutement de conducteurs pour les réseaux urbains est difficile et ce depuis plusieurs mois. », note Pierrick Poirier, directeur de KBM. Ce sous-effectif chronique a d’ailleurs entraîné des mouvements de grève locaux très suivis un peu partout en France : à Pau, Brive, Clermont-Ferrand, Caen, Dijon…

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En Ile-de-France, avec 12 millions de voyageurs quotidiens, la vigilance est au maximum. « En grande couronne parisienne, nous avions l’habitude de manquer de conducteurs de bus, car ils partaient tous à la RATP, explique François Durovray, président LR du département de l’Essonne en Ile-de-France et membre du conseil d’administration d’Ile-de-France Mobilités (IDFM), l’autorité organisatrice des transports. Mais cette année, le phénomène est plus grave : ils quittent un métier qui manque d’attractivité ». Autre nouveauté, soulignée par l’élu : « On voit des tensions sur le personnel apparaître à la SNCF, ce qui n’avait jamais été le cas jusqu’à maintenant. Les conditions et les pratiques sociales de cette entreprise lui ont toujours permis d’avoir une réserve de conducteurs, or là ils n’ont plus de marge ».

Pénalités

Les effets sur la qualité de service commencent à s’en ressentir. En Essonne, M. Durovray reçoit des plaintes d’usagers de bus quotidiennement « mais chaque jour à propos d’une ligne différente. Comme si Keolis ou Transdev faisaient tourner les bus supprimés pour que ce ne soit pas toujours les mêmes personnes qui en subissent les conséquences » . Pour Jacques Baudrier, adjoint communiste à la Mairie de Paris et lui aussi administrateur d’IDFM, « dans la région, il manque maintenant 1 500 chauffeurs de bus, 9 % de l’effectif, contre 500 il y a six mois, et l’offre qui n’est pas satisfaite est de l’ordre de 9 %, (entre 5 et 25 % selon les centres bus) contrairement aux 3 % qu’on nous annonce ». Les démissions ou abandons de postes se multiplient, selon lui, ce que dément la RATP. Mais elle a tout de même dû verser 50 millions d’euros de pénalités à la région au premier semestre et même 9 millions de surpénalités pour non-conformité du service rendu.

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Assurance-chômage : un front syndical dénonce une réforme « simpliste »

Pour la seconde fois en moins de deux mois, un front syndical très large s’exprime d’une même voix pour interpeller le gouvernement. Vendredi 9 septembre, huit organisations de salariés et cinq mouvements de défense de la jeunesse ont diffusé un communiqué commun qui fustige la réforme de l’assurance-chômage. Il s’agit d’une « réponse simpliste » aux questions d’emploi et de formation, écrivent les signataires. Leur texte est nettement plus virulent à l’égard du pouvoir exécutif que celui qu’ils avaient rendu public, le 12 juillet, à propos du pouvoir d’achat. Une façon de hausser le ton, à quelques jours du lancement d’une concertation entre les pouvoirs publics et les partenaires sociaux sur cette transformation du système d’indemnisation des demandeurs d’emploi.

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Cette initiative fait suite à une rencontre qui s’est tenue lundi soir au siège de la CFDT à Paris, Y avaient participé les cinq confédérations représentatives à l’échelon interprofessionnel (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, Force ouvrière) ainsi que la FSU, Solidaires, l’UNSA et des organisations représentant les étudiants et les lycéens (FAGE, FIDL, MNL, UNEF, Voix lycéenne).

Une autre approche s’impose

Le texte critique le projet du gouvernement qui entend moduler les règles d’indemnisation, en les durcissant quand l’économie va bien et en les rendant plus protectrices lorsque l’activité pique du nez. Une telle démarche, qui sous-entend que « le chômage est un choix, (…) est totalement inefficace », aux yeux des treize signataires. « Stigmatiser une nouvelle fois les demandeurs d’emploi en diminuant leurs droits à indemnisation est profondément injuste », ajoutent-ils, en faisant allusion à la précédente réforme, décidée en 2019 et ayant pour effet de baisser le montant mensuel de l’allocation pour une partie des inscrits à Pôle emploi. Les changements voulus par le gouvernement risquent « d’accentuer la précarité notamment de jeunes, alors que le taux de chômage de ces derniers a augmenté de 1,3 point » au deuxième trimestre.

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L’intersyndicale conteste les arguments mis en avant pour justifier la réforme, celle-ci ayant pour objet de contribuer à la résorption des pénuries de main-d’œuvre. Si les employeurs peinent à recruter depuis plusieurs mois, « c’est d’abord parce qu’ils ne trouvent pas les qualifications et les compétences » recherchées. Les auteurs du texte soulignent que « ce sont aussi les conditions de travail ou d’emploi proposées qui posent problème » (salaires trop bas, horaires décalés, contrats courts, accès difficile aux transports, etc.)

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La fin du rêve américain pour les jeunes en volontariat international en entreprise

« Comme on est payé en euros, on a perdu 15% à 20 % de revenus sur les derniers mois », explique Laura.

Pour Hugo (qui a souhaité rester anonyme, comme tous les témoins cités dans cet article), ces 1 500 dollars (environ 1 500 euros) auront été la facture de trop. En mission depuis mai aux Etats-Unis sous le statut de volontaire international en entreprise (VIE), le jeune homme s’est rendu compte, il y a quelques semaines, qu’il n’aurait pas l’argent nécessaire pour payer son assurance automobile. A Detroit, sa ville d’accueil, impossible de se déplacer sans voiture.

Las de voir son compte en banque frôler le rouge depuis le début de sa mission, Hugo s’est décidé à demander à son employeur la rupture de son contrat en VIE. « Il m’aurait fallu faire un prêt bancaire. Et payer pour travailler, c’était hors de question. »

Avec l’effondrement de l’euro face au dollar, Hugo a vu son « reste à vivre » dégringoler. Tous frais compris, il estime avoir sorti « plus de 10 000 euros de trésorerie » dès les six premières semaines de sa mission, en incluant la caution de son logement. Son loyer est de 1 200 dollars par mois pour une indemnité mensuelle de 2 600 dollars environ. « A mon arrivée, je n’ai eu que dix jours d’hôtel payés par mon entreprise. Ensuite, j’ai dû mettre la main à la poche pour trouver un logement, puis une voiture. »

Comme Hugo, cent cinquante VIE en mission aux Etats-Unis se sont regroupés en un collectif pour alerter sur leurs difficultés financières. Dispositif encadré par l’Etat, le VIE offre la possibilité d’employer des jeunes de moins de 28 ans sur des missions à l’international. Le temps de son contrat, le volontaire perçoit une indemnité, variable selon les pays. Sur le papier, le montant touché par les VIE aux Etats-Unis paraît confortable : entre 2 600 et 3 600 euros environ par mois, selon la ville de destination.

« On a perdu de 15 % à 20 % de revenus »

Sur le papier seulement, tempère Laura, une autre membre du collectif : « Comme on est payés en euros, on a perdu de 15 % à 20 % de revenus sur les derniers mois. » La dépréciation de la monnaie européenne face au dollar a grevé leur budget. Sans compter l’inflation galopante aux Etats-Unis, une destination toujours plus coûteuse pour les jeunes expatriés. A New York, « un paquet de papier toilette coûte 14 dollars, une salade, 8 dollars », énumère Laura.

« Les salaires sont élevés, mais le coût de la vie aussi », confirme Cécile. Cette autre membre du collectif a connu des débuts difficiles à New York, il y a quelques mois. Dès son arrivée, la jeune femme, qui a dû avancer des milliers d’euros pour réserver à distance une chambre en colocation, se rend compte que sa carte bancaire « ne passe plus ». Autre déconvenue, sans rapport avec le dollar cette fois : le logement était inhabitable. « Je me suis retrouvée dans une porcherie humaine. » Compréhensif, son employeur accepte de lui avancer de l’argent pour qu’elle puisse déménager.

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« Il est juste de donner le pouvoir aux citoyens de construire des solutions pionnières et de partager équitablement les richesses produites »

Les levées de fonds record des start-up de la tech et l’enthousiasme médiatique et politique qu’elles entraînent révèlent les priorités de notre économie : solutions de paiement fractionné pour les achats impulsifs, spéculation sur les cryptomonnaies, solution de publicité sur Internet… Des priorités hors-sol face aux réalités sociales et écologiques. Il devient indispensable de se saisir de ces sujets et de faire émerger un modèle économique vraiment responsable et démocratique.

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Les années et les alertes passent, mais le constat est le même : alors que près de la moitié de l’humanité vit dans des situations hautement vulnérables au changement climatique, l’économie financière place nos ressources dans des activités compromettant la vie sur terre. Dans un cynisme déconcertant, les tenants de la finance se révèlent coupés du monde et de ses crises.

Après des décennies de néolibéralisme qui ont donné tout pouvoir aux marchés financiers, restaurer la souveraineté des citoyens sur les orientations économiques est incontournable. Dans cette voie vers une démocratie économique, les démarches citoyennes jouent un rôle central. Souvent sous la forme de sociétés coopératives d’intérêt collectif, ces démarches reposent sur un modèle économique radicalement différent, où les citoyens sont pleinement impliqués.

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Cette façon d’entreprendre est mise en œuvre à l’échelle nationale et dans différents secteurs-clés de la transition écologique : alimentation, énergie, mobilité, télécommunications, finance, achats de seconde main. De nombreuses initiatives similaires se développent également à l’échelle locale. Réunis au sein de coopératives, des centaines de milliers de citoyens font ainsi la preuve d’un système économique démocratique.

Initiatives exemplaires

Pour permettre aux initiatives exemplaires de passer un cap, favoriser leur financement citoyen est nécessaire. Nous, dirigeants d’entreprises coopératives réunies dans l’alliance des Licoornes, proposons un renforcement du soutien public, par exemple par la hausse de la déduction fiscale liée aux investissements des particuliers dans ces structures. En effet, parce que les coopératives ne rémunèrent pas ou peu leur capital, les fonds d’investissement, si « engagés » soient-ils, sont rares à financer ces structures, ce qui limite drastiquement leurs possibilités de développement.

Dans ces conditions, elles ne peuvent pas jouer à armes égales avec leurs concurrents gavés de millions. A titre d’exemple, alors que Back Market, une plate-forme de vente d’objets électroniques reconditionnés, levait 450 millions d’euros en 2021, Label Emmaüs, son pendant de l’économie sociale et solidaire, avec seulement dix fois moins de salariés (dont un tiers en parcours d’insertion), levait 150 000 euros (soit 3 500 fois moins) auprès de petits porteurs !

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« Les entreprises dessinent d’ores et déjà les contours, encore flous, d’une nouvelle économie et d’un nouveau rapport à l’humain et au vivant »

Alors que le politique se heurte à la défiance d’une part croissante de l’opinion, nos modèles économiques et sociaux ont développé de nouveaux canaux d’action publique, de plus en plus efficients. Le premier est, tout simplement, la jeunesse, dont la responsabilité précoce fait écho à des capacités d’agir qu’aucune autre n’avait eues avant elle. Ces générations nées à partir des années 2000 partagent un horizon, celui de ne plus avoir aucune garantie sur leur capacité à vivre ou survivre sur Terre au-delà de 2050. Cet horizon leur donne une force, une détermination et, parfois, une radicalité que les générations précédentes critiquent ou rejettent, probablement par peur d’endosser le leg mortifère qu’elles leur laissent.

Le deuxième canal d’action publique se situe dans un nombre croissant d’entreprises, qu’elles soient capitalistes, coopératives ou associatives. Car c’est là où subsiste la possibilité d’essayer, à hauteur d’humains, tout ce qu’il est possible pour faire évoluer nos modèles, en nous affranchissant de ce qui bloque ces transformations quand elles sont tentées au niveau politique. Ces transformations sont technologiques, logistiques, agronomiques, énergétiques, mais aussi organisationnelles, sociales, financières. Elles dessinent, d’ores et déjà, les contours, encore flous, d’une nouvelle économie et d’un nouveau rapport à l’humain et au vivant.

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Ce qui nous semblait impossible est en train d’advenir, de façon encore désordonnée et décousue, mais sans possibilité de retour en arrière. Nombre de dirigeants d’entreprises ou d’associations constatent quotidiennement la vitesse et la profondeur des mutations en cours sur leurs marchés et dans leurs équipes, en particulier sous l’impulsion des nouvelles générations, qui imposent à nos organisations un nouveau rapport au temps, à la prise de décision et au travail. C’est ainsi qu’apparaît une nouvelle économie, une économie qui partirait de l’humain pour définir le modèle, plutôt que de partir du modèle pour y adapter l’humain.

Vitesse et déséquilibre

Cette économie s’appuie sur un préalable : tout ce qui concourt à son fonctionnement doit participer directement ou indirectement à la réalisation du bien-être humain et au respect du vivant. Voilà, finalement, ce que pourrait être une définition simple d’une économie humaine.

Pourtant, si la définition est simple, les implications sont multiples et profondes. Cette économie doit s’appuyer sur deux principes : celui de l’équilibre des répartitions (des richesses, de la décision ou du temps) ; celui du ralentissement des rythmes (de rendement, de travail, de consommation et de production).

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