« En Ukraine, la loi martiale a suspendu des pans entiers du droit du travail et de nouvelles lois ont vocation à durer au-delà du conflit »

Si la perspective de la fin de la guerre semble encore lointaine, la mobilisation pour la reconstruction de l’Ukraine est déjà enclenchée. Une soixantaine de délégations gouvernementales, un millier de participants au total, en ont discuté le 4 juillet à Lugano (Suisse). L’ampleur du chantier s’annonce considérable tant les dégâts matériels et humains sont majeurs, avec les cortèges de blessés au combat et lors des bombardements aveugles sur le pays, et les centaines de milliers de réfugiés.

L’expérience du programme du Conseil national de la résistance, après la seconde guerre mondiale, peut laisser penser en France que cette reconstruction sera l’occasion d’un nouveau contrat social progressiste. Or, c’est une tout autre ligne que le gouvernement ukrainien semble vouloir emprunter.

Le principal conseiller économique du président ukrainien est un brillant économiste, professeur à l’université de Cambridge, Alexander Rodnyansky, fils du fondateur de la chaîne qui fit connaître le comédien Zelensky au grand public. Dans une interview au Guardian au mois d’octobre, il ne cache pas que l’Ukraine doit devenir attractive par un vaste programme de privatisations et une remise à plat du droit du travail. Les documents circulant lors de la conférence de Lugano plaident pour une flexibilisation de ce droit. Le graphique illustratif des « blocages » pour l’emploi est sans ambiguïté : le nombre de semaines de préavis à un licenciement en Ukraine de neuf est comparé à quatre semaines en Pologne et en Corée du Sud. Le « brouillon » du plan de reconstruction cite comme contrainte institutionnelle à un « marché du travail moderne » la « position de résistance des syndicats ».

La société civile doit aussi pouvoir s’exprimer

Le programme de réformes est déjà engagé. Si, dès le début de la guerre, la loi martiale a suspendu des pans entiers du droit du travail, de nouvelles lois ont vocation à durer au-delà du conflit. Une première a introduit le contrat « zéro heure » similaire au modèle britannique (contrat de travail sans garantie du nombre d’heures rémunérées). Une deuxième, votée en juillet, soustrait les salariés des entreprises de moins de 250 employés (70 % de l’emploi salarié) de la couverture des accords collectifs. Les secrétaires généraux des Confédérations internationale et européenne des syndicats ont dénoncé, dans un courrier d’une rare fermeté, adressé à la Commission et au Conseil européen, une loi « antisociale », « motivée par des oligarques derrière le parti au pouvoir, qui se moquent des intérêts du peuple ». Très engagées contre la guerre en Ukraine, ces confédérations ne sont guère suspectes de complaisance avec la Russie. Difficile également d’en faire un repaire du conservatisme syndical : la Confédération européenne est présidée par Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT.

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La sous-déclaration des accidents du travail est une pratique courante des entreprises

Le déblocage d’un embacle sur la Loire en crue, à Roanne (Loire), par un agent de l’entreprise publique Voies navigables de France, en mai 2021.

Zéro : c’est le nombre d’accidents du travail déclarés à la suite de l’incendie de l’usine Lubrizol, survenu à Rouen le 26 septembre 2019, selon les chiffres de la Caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM) de Seine-Maritime, qui, sur la même période, en a reconnu 105 dans les entreprises voisines. « C’est un vrai miracle. Pour être en bonne santé, il fallait travailler chez Lubrizol », ironise Philippe Saunier, membre du collectif santé-travail de la Fédération CGT des industries chimiques. « Aucun accident n’a été signalé par un salarié ou constaté, il n’y a donc pas eu de déclaration, réplique l’entreprise. Nous sommes particulièrement vigilants à respecter la réglementation. »

Les accidents du travail ne sont pas toujours déclarés comme il le faudrait. A tel point que depuis 1997, une commission (présidée par un magistrat de la Cour des comptes) évalue le coût réel, pour la branche maladie, de leur sous-déclaration ainsi que de celle des maladies professionnelles (AT-MP). Elle estime le nombre d’accidents ou de maladies qui, s’ils avaient été déclarés, auraient dû être reconnus d’origine professionnelle, pour fixer ce que doit reverser la branche AT-MP à la branche « maladie » de la Sécurité sociale.

Entre 1,2 milliard et 2,1 milliards d’euros

La dernière commission, réunie en 2021, chiffre ce coût annuel entre 1,2 milliard et 2,1 milliards d’euros, dont 110 millions concernent les accidents du travail. La moitié des accidents du travail en France ne serait pas reconnue, estime la commission, sur la base d’une enquête du ministère du travail menée en 2017 ; 72 % ne seraient pas déclarés, et 26 % des accidents du travail avec arrêt (soit 224 000).

« La sous-déclaration s’est institutionnalisée et devient une pratique managériale dans de grandes entreprises, mais aussi chez les sous-traitants qui doivent apparaître irréprochables pour décrocher des contrats, estime Jérôme Vivenza, membre de la commission exécutive confédérale de la CGT. Une entreprise qui ne déclare pas un accident du travail encourt une amende de seulement 750 euros ! »

En revanche, les déclarations en bonne et due forme augmentent les cotisations patronales, qui tiennent compte du nombre et de la gravité des accidents. Pour en réduire le taux, le moyen le plus fréquent est de passer ces accidents en simple arrêt maladie, ou de déclarer des accidents du travail sans arrêt.

Lire aussi le premier article de la série: Article réservé à nos abonnés Accidents du travail : une réalité persistante

Plusieurs grandes entreprises pratiquant des politiques « zéro accident » pour baisser leur niveau de cotisation ont fait date : en 2007, à l’usine Renault de Cléon (Seine-Maritime), l’inspection du travail avait observé la déclaration de cinquante-huit accidents du travail sans arrêt, du fait d’un « système organisé de pressions visant à ce que les salariés, victimes d’un accident du travail, auxquels un arrêt de travail avait été prescrit renoncent à le prendre tout ou partie », notamment via des postes aménagés pour « occuper » les salariés, alors qu’ils n’étaient pas en état de travailler.

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Paris 2024 : 87 accidents depuis le début des chantiers olympiques

Depuis le début des chantiers liés aux Jeux olympiques et paralympiques de 2024, il y a eu 87 accidents du travail, dont onze accidents graves mais aucun mortel. Tel est le bilan réalisé à la mi-octobre et communiqué, mardi 6 décembre, lors d’une réunion au ministère du travail consacrée à « la prévention des accidents du travail graves et mortels ».

Gaëtan Rudant, directeur de la Drieet (direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) d’Ile-de-France, qui chapeaute notamment l’inspection du travail, a déclaré que « 40 % de ces accidents ont concerné des personnes en situation d’intérim ». Ces chantiers « hors norme », selon M. Rudant (« une douzaine de sites, quarante maîtres d’ouvrage, 8 000 compagnons à un instant t »), ont débuté il y a près de deux ans mais sont vraiment montés en puissance en 2022.

Cinq cents interventions cette année

Depuis le début 2022, « l’inspection du travail a réalisé cinq cents interventions, soit un inspecteur du travail mobilisé chaque jour, ce qui permet de donner la visibilité nécessaire pour un contrôle efficace », a souligné M. Rudant. Cela a entraîné « vingt-neuf décisions d’arrêt de travaux pour soustraire une centaine de travailleurs à un risque imminent et grave », a-t-il précisé.

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« Même sur un chantier aussi considérable, la réalité des risques qu’on traite est assez familière (chute de hauteur, équipement de levage et de manutention, risques électriques…) », a-t-il constaté. S’il y a une collaboration forte en matière de prévention et de dialogue social avec les professionnels du BTP, « nous avons convoqué les maîtres d’ouvrage à trois reprises pour faire passer des messages avec une certaine insistance », par exemple concernant la circulation des véhicules et des piétons, a-t-il souligné.

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Le Monde avec AFP

L’employeur peut utiliser l’agenda électronique professionnel du salarié comme élément de preuve devant les Prud’hommes

L’exercice du droit à la preuve en matière prud’homale suscite régulièrement des questions. S’agissant des preuves apportées par l’employeur, elles sont le plus souvent remises en cause par le salarié en faisant valoir, soit que l’employeur a obtenu la preuve de manière déloyale, soit qu’en la produisant, il a porté atteinte à la vie privée du salarié dont ce dernier bénéficie en dehors mais également dans l’entreprise.

C’est en invoquant l’accès déloyal à la preuve qu’une salariée a attaqué aux prud’hommes la recevabilité des documents produits par son employeur pour contrer sa demande de rappel de salaire pour heures supplémentaires. Au soutien de cette demande, la salariée produisait un décompte hebdomadaire de ses heures de travail, ainsi que des courriels visant à attester de l’amplitude de ses journées de travail.

En défense, l’employeur contestait ce décompte en produisant des extraits de l’agenda électronique enregistré sur l’ordinateur professionnel de cette salariée. Le Conseil de prud’hommes puis la Cour d’appel écartent les extraits d’agenda au motif qu’ils proviennent de l’agenda personnel de la salariée et que l’employeur ne justifie pas de conditions régulières de l’obtention.

La présomption de caractère professionnel

Les juges se sont par conséquent exclusivement fondés sur les éléments produits par la salariée pour apprécier la matérialité et le nombre d’heures supplémentaires. L’employeur saisit la Cour de cassation qui, dans un arrêt du 9 novembre, reproche à la Cour d’appel d’avoir écarté la preuve apportée par l’employeur alors qu’il n’était pas contesté que les pièces litigieuses provenaient de l’agenda électronique de la salariée disponible sur son ordinateur professionnel.

Selon la Cour de cassation, la Cour d’appel aurait dû rechercher si les pièces avaient été identifiées comme étant personnelles par la salariée. Cette position est conforme à la ligne de conduite que suit la Cour de cassation depuis des années concernant les preuves obtenues par l’employeur en accédant à l’outil professionnel du salarié.

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En effet, elle juge que les dossiers et fichiers créés par le salarié sur l’ordinateur mis à sa disposition par l’employeur pour l’exercice de ses fonctions sont présumés avoir un caractère professionnel, sauf si le salarié les identifie comme étant personnels. Cette présomption de caractère professionnel vise également les messages reçus et envoyés à partir de la messagerie électronique professionnelle, les connexions Internet via l’ordinateur professionnel et les messages issus du téléphone professionnel.

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Réforme des retraites : vers un « conflit social majeur » en janvier, selon les syndicats

Lors de la manifestation contre la vie chère et l’inaction climatique, à Paris, le 16 octobre 2022.

Les syndicats sont « prêts » pour la bataille contre la réforme des retraites. Dans un communiqué commun diffusé au cours de la soirée, lundi 5 décembre, huit organisations de salariés et cinq mouvements de défense de la jeunesse réaffirment leur « volonté » de passer à l’action « ensemble » si le gouvernement maintient son projet de reporter à 64 ou à 65 ans l’âge d’ouverture des droits à une pension. Aucune date précise n’est arrêtée pour l’instant, mais les protagonistes expliquent qu’il faut s’attendre à des « grèves et manifestations » en janvier 2023, dans l’hypothèse où les intentions de l’exécutif sont mises en œuvre. L’affrontement paraît inexorable, les deux camps ayant des positions inconciliables sur ce dossier ultrasensible.

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Le texte unitaire a été diffusé quelques minutes après une réunion de l’intersyndicale, qui a eu lieu au siège de la Fédération syndicale unitaire (FSU), aux Lilas (Seine-Saint-Denis). Y ont participé les cinq confédérations représentatives à l’échelon interprofessionnel (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, Force ouvrière) ainsi que la FSU, Solidaires, l’UNSA et des organisations défendant les étudiants et les lycéens (FAGE, FIDL, MNL, UNEF, VL).

Contexte « particulièrement difficile »

Leur démarche survient alors que les grandes lignes de la réforme doivent être présentées avant le début des congés de Noël, aux alentours du 15 décembre. Les treize organisations expliquent d’ailleurs dans leur déclaration collective, qu’elles se rencontreront à nouveau le jour où les annonces gouvernementales seront faites, afin d’enclencher le mouvement de protestation. Si ce scénario se confirmait, c’est le pouvoir en place, qui, « en s’entêtant, porterait l’entière responsabilité d’un conflit social majeur », préviennent les signataires du communiqué, en rappelant le contexte « particulièrement difficile » dans lequel une part « croissante » de la population est plongée (envolée des prix de l’énergie et de nombreux autres produits et services, risques de coupures de courant…).

Au passage, les treize coalisés critiquent la communication gouvernementale, qu’ils jugent outrageusement alarmiste, dans le but de légitimer une mesure « paramétrique ». « Le gouvernement instrumentalise la situation financière du système de retraites », écrivent-ils, en ajoutant que celle-ci « n’est pas en danger ». Une appréciation qui vise clairement à répondre à Elisabeth Borne : dans l’entretien qu’elle a accordé au quotidien Le Parisien daté du 2 décembre, la première ministre avait dit que les régimes de pension seraient mis « en péril » si aucune disposition n’était prise pour combler les déficits.

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Coupe du monde 2022 : le droit du travail particulier du foot

Droit social. La Coupe du monde de football est une vitrine planétaire pour ce sport. Elle l’est aussi pour les pratiquants qui s’affrontent par équipes dites « nationales », qualifiées pour participer à ce tournoi. Le juriste s’intéresse à double titre à l’activité sportive professionnelle durant cette compétition, car ses règles dérogatoires au droit du travail sont nombreuses. Elles sont issues d’un « ordre sportif international », ici « footballistique ».

Ainsi, une mise à disposition d’un salarié d’une entreprise à une autre se fait en règle générale sur la base d’un accord de (libre) volonté entre les deux entreprises en question et le salarié, donc d’un contrat. Tel n’est pas le cas pour l’activité dans l’équipe de chacune des fédérations nationales de football, elles-mêmes généralement constituées sous forme d’association et nécessairement reconnues et affiliées à une association de droit suisse : la Fédération internationale de football association (FIFA).

En effet, l’article 3.1 de l’annexe 1 du règlement de la FIFA relatif au statut et au transfert des joueurs (RSTJ) prévoit que « tout joueur enregistré auprès d’un club est tenu de répondre positivement à une convocation pour jouer pour l’une des équipes représentatives d’une association qu’il est autorisé à représenter sur la base de sa nationalité ».

Sous peine de sanctions

Pareillement, l’article 1.1 de l’annexe 1 du RSTJ dispose qu’« un club ayant enregistré un joueur doit mettre ce joueur à la disposition de l’association du pays pour lequel le joueur est qualifié, sur la base de sa nationalité, s’il est convoqué par l’association en question. Tout accord contraire entre un joueur et un club est interdit ».

En d’autres termes, par ces règles émanant d’une association de droit suisse, un tiers au contrat de travail – le sélectionneur –, agissant pour le compte de la fédération nationale, peut obliger l’employeur – le club – à libérer son salarié.

L’autre partie au contrat de travail, le salarié, a l’obligation sous peine de sanctions de pratiquer le football, donc de travailler pour une entité autre que celle qui verse son salaire.

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De plus, alors que dans le cadre d’une mise à disposition, l’entité qui bénéficie du travail du salarié peut rembourser le coût que représente le salarié mis à disposition, pour la fédération nationale d’un footballeur, le club ne peut pas être remboursé des salaires qu’il aurait maintenus malgré la suspension du contrat de travail. Cette règle de l’article 2.1 de l’annexe 1 du RSTJ est justifiée par la FIFA en ce qu’elle serait protectrice des fédérations nationales pauvres. Elle n’est toutefois plus entièrement appliquée.

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« Le reporting extra-financier va devenir une science de la donnée et une industrie de la vérification »

Le Conseil de l’Union européenne (UE) a entériné, le 28 novembre, la directive sur le reporting extra-financier adoptée par le Parlement européen le 10 novembre. La responsabilité sociale et environnementale des entreprises (RSE) va devenir une affaire de comptabilité normée, où la performance écologique et sociétale sera sérieusement mesurée.

Cela fait déjà vingt ans qu’en France on demande aux entreprises de rendre des comptes sur autre chose que leurs performances financières. En 2001, la loi sur les nouvelles régulations économiques (loi NRE) fixait dans son article 116 l’obligation, pour les seules sociétés françaises cotées sur un marché réglementé, de rendre compte dans leur rapport annuel de la manière dont elles prennent en compte les conséquences sociales et environnementales de leurs activités.

Cette loi instituait le concept de reporting extra-financier, mais en faisait un sport réservé aux quelque sept cents grandes entreprises cotées en Bourse. En 2010, le concept s’est démocratisé à la faveur des lois Grenelle I et II qui, tout en listant les engagements du gouvernement en faveur de la transition écologique, élargit l’obligation de reporting à toutes les entreprises de plus de cinq cents salariés affichant un bilan supérieur à 100 millions d’euros. La directive européenne de 2014 sur la publication des informations non financières introduit quant à elle la déclaration de performance extra-financière (DPEF) pour toutes les entreprises européennes de plus de cinq cents salariés.

Aujourd’hui, avec cette directive Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), l’Union européenne va plus loin, en l’appliquant à toutes les entreprises de deux cent cinquante salariés et plus. Le tout sur la base d’indicateurs qui ne pourront souffrir de partialité, de dissimulation ou de biais d’interprétation, puisque Bruxelles a mandaté une autorité spécialisée, l’European Financial Reporting Advisory Group (Efrag), pour normaliser l’exercice.

De nombreux bénéfices

Ainsi, à l’application de la directive fin 2024, un fabricant d’acier pour l’aviation, par exemple, devra déclarer ses émissions de gaz à effet de serre, les quantités de gobelets recyclés ou son taux de collaboratrices et collaborateur handicapés sur un périmètre et selon une méthode de calcul strictement identique à ceux d’une autre entreprise spécialisée, par exemple, dans les data centers pour le secteur hospitalier…

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Multipliez cela par 50 000 entreprises dans vingt-sept pays : la RSE va devenir une science de la donnée et une industrie de la vérification, comme l’est depuis longtemps le reporting financier avec ses bilans, ses experts-comptables, ses auditeurs et ses commissaires aux comptes.

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Réforme des retraites : les syndicats préparent la riposte

Les syndicats s’immergent peu à peu dans une ambiance de veillée d’armes. Lundi 5 décembre, huit organisations de salariés et cinq mouvements représentant les lycéens et les étudiants devaient, une fois de plus, se réunir au sujet de la réforme des retraites. L’un des principaux points à l’ordre du jour est d’avancer dans la préparation d’une action collective contre le projet de l’exécutif, que les protagonistes dénoncent unanimement.

La rencontre était prévue alors qu’Emmanuel Macron vient de réaffirmer le caractère « indispensable » des transformations à entreprendre, afin de « sauver le système [de pensions] ». « Le seul levier que nous avons, c’est de travailler plus longtemps », a martelé le président de la République, samedi, sur TF1, en soulignant que « les besoins de financement sont massifs et vont continuer de s’accroître ». Dans un entretien fleuve accordé au quotidien Le Parisien de dimanche, le chef de l’Etat reconnaît que l’« effort » demandé ne réjouit personne, tout en insistant sur les mesures de « justice et d’équité » qui sont à l’ordre du jour : relèvement de la pension minimale pour les personnes ayant accompli une carrière complète, prise en compte de la pénibilité des métiers, dispositions dérogatoires pour ceux qui sont entrés tôt dans la vie active…

Les déclarations de M. Macron s’ajoutent à celles faites par Elisabeth Borne dans une interview au Parisien, daté de vendredi. Esquissant les contours de la réforme, la première ministre indique que celle-ci sera dévoilée « avant les vacances de Noël », pour être examinée au Parlement durant le printemps 2023 puis mise en œuvre à partir de l’été. Mme Borne soutient par ailleurs qu’aucune décision n’a été arrêtée, s’agissant du relèvement de l’âge légal de départ à la retraite, tout en rappelant que « l’engagement » de M. Macron, durant la campagne présidentielle, était d’aller progressivement vers 65 ans.

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Cette prise de parole a beaucoup irrité les syndicats, car elle leur a donné l’impression que la messe était dite alors même que l’exécutif vient d’ouvrir un dernier « cycle de concertation » sur « l’équilibre » financier des régimes de pensions avec les organisations de salariés et d’employeurs. « Nous ne comprenons pas la stratégie de la première ministre quand celle-ci s’exprime par voie de presse pour présenter des éléments pas vraiment ficelés de la réforme des retraites, confie Yvan Ricordeau, secrétaire national de la CFDT. Il s’agit d’un non-sens, d’autant que les discussions entre le gouvernement et les partenaires sociaux sur ce dossier se poursuivent. »

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Hôtellerie-restauration : « Le combat d’aujourd’hui de Thierry Marx, c’est la régularisation rapide des nombreux sans-papiers »

Dans un restaurant à Plouezoc'h (Finistère), le 25 mai 2022.

Thierry Marx a un peu délaissé son piano de grand chef étoilé pour se jeter dans l’arène politique : il a pris, en octobre, la présidence de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) pour défendre un secteur qui n’est toujours pas remis de l’hémorragie de salariés liée à la pandémie de Covid-19. Avec sa gueule d’ancien parachutiste – qu’il fut au Liban –, et sa voix douce, il dit les choses sans détour. Son combat d’aujourd’hui, c’est la « régularisation rapide » des nombreux étrangers sans-papiers travaillant dans des activités importantes pour l’économie française.

« Carences »

Vieille revendication de son syndicat, il la réitère dans un entretien au Journal du dimanche du 4 décembre. M. Marx estime à deux cent mille le nombre de postes non pourvus en cuisine et en salle dans la restauration, une situation identique dans l’hôtellerie pour le service, le ménage ou la réception. « Ces carences de personnel empêchent le développement de l’activité », alors que « les besoins vont augmenter », prévient-il.

A sa grande surprise, ces activités ne figurent pas sur la liste des « métiers en tension », où les travailleurs sans-papiers pourront bientôt bénéficier d’un titre de séjour « spécifique », une des mesures-phares du projet de loi sur l’immigration soumis, début 2023, au Parlement.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Cuisiniers, serveurs, animateurs… A la montagne, la foire d’empoigne pour recruter des saisonniers qualifiés

Cette liste, créée en 2008, sera mise à jour au gré du marché de l’emploi. Les salariés n’auront plus à demander une nouvelle autorisation de travail s’ils changent d’employeur. Le gouvernement affirme vouloir faire du travail « le premier lieu de l’intégration des étrangers ». L’hôtellerie-restauration n’est pas la seule à recourir à des clandestins, souvent présents en France depuis de longues années avec leur famille. Ils occupent aussi les emplois boudés par les Français dans les services à la personne, le bâtiment, les travaux agricoles, la propreté ou la logistique.

A l’extrême droite et à une partie de la droite, qui dénoncent un « appel d’air » migratoire, M. Marx rappelle qu’un salarié sur cinq de son secteur vient d’ailleurs. Le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, enfonce le clou, dimanche, dans Le Parisien-Aujourd’hui en France, en se voulant « lucide » : nombre de métiers ne tourneraient pas sans l’immigration. Cette longue histoire remonte à la fin du XIXe siècle, quand l’exode rural n’a pas empêché Italiens et Polonais de venir travailler dans les mines et les usines françaises. Depuis, elle n’a cessé de se réécrire.

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Cuisiniers, serveurs, animateurs… A la montagne, la foire d’empoigne pour recruter des saisonniers qualifiés

Les stations de ski françaises ont atteint des records de fréquentation lors de la dernière saison. En Haute-Savoie, le 25 février 2022.

Depuis la mi-septembre, Alexandre Le Corre n’a qu’une priorité : trouver les douze personnes qui pourront, cet hiver, faire tourner sa taverne savoyarde. Et cette tâche lui donne des sueurs froides. « Il y a quelques années, quand je mettais une annonce sur Pôle emploi, j’avais cent CV, on pouvait vraiment sélectionner. Depuis le Covid, c’est complètement différent », raconte le patron de ce restaurant situé à La Plagne (Savoie). Les canaux de recrutement, les attentes et les profils des candidats ont changé.

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Aujourd’hui, nombre de deals se nouent sur des groupes Facebook spécialisés dans ces emplois, sur lesquels le candidat propose ses services, précise ses disponibilités et ses conditions, photo et CV à l’appui. Certains postulent en couple, en groupes d’amis, d’autres posent en photo avec leur chien, qui voyagera avec eux. « Ensuite, c’est à nous de les démarcher, relate Alexandre Le Corre. J’y passe trois, quatre heures par jour depuis deux mois. Les meilleurs profils sont ultrademandés, le rapport de force n’est plus le même. »

Cuisiniers, serveurs, responsables de boutiques, animateurs dans les garderies, femmes de chambres, skimen, perchistes… Environ 80 000 personnes sont recrutées chaque année en tant que saisonniers à la montagne, avec un important turnover d’une année sur l’autre. Et alors que les stations s’apprêtent à accueillir les premiers vacanciers, les recruteurs affrontent, pour la seconde année, des difficultés inédites – même si la situation est un peu moins critique qu’en 2021, selon Jean-Luc Boch, le président de l’Association nationale des maires des stations de montagne.

« Ras-le-bol de ces conditions de vie »

A l’origine de ce trou d’air : la pandémie de Covid-19, qui a rebattu les cartes. Alors que les stations de ski ont été quasiment à l’arrêt pendant l’hiver 2020-2021, une partie des habitués des « saisons » ont profité de ces périodes de chômage pour trouver un travail plus durable, ou se reconvertir. « Les motifs sont multiples, des difficultés pour se loger aux horaires décalés », observe la direction générale de Pôle emploi.

Myriam Vazart est ainsi devenue caviste, après dix ans comme vendeuse en fromagerie ou serveuse à Avoriaz, Morzine (Haute-Savoie), Valloire, La Plagne, Tignes (Savoie)… Sans regrets. « En mars 2020, nous avons été brutalement chassés de stations que nous avions servies tout l’hiver, explique-t-elle. C’était la panique pour se confiner. Pour la plupart, nous n’avions pas d’adresse à nous ! A cela s’ajoutait le ras-le-bol de ce rythme effréné, de ces conditions de vie spartiates… Je me suis dit : trop pour moi, je raccroche. »

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