Des salariés à la recherche du sens perdu

Le livre. Tout commence par un constat. Celui d’un « raz de marée ». « Aux Etats-Unis, depuis le printemps 2021, de 4 à 5 millions de salariés démissionnent chaque mois, un niveau sans précédent historique », expliquent Thomas Coutrot, statisticien et économiste, et Coralie Perez, socio-économiste, dans leur ouvrage, Redonner du sens au travail. Un phénomène aussi observé en France, « depuis les aides-soignantes et les employés de cafés-restaurants jusqu’aux magistrats ».

« Redonner du sens au travail. Une aspiration révolutionnaire », de Thomas Coutrot et Coralie Perez. Seuil, 160 pages, 13,50 euros.

Derrière ces départs, et les difficultés de nombreuses entreprises à recruter, « des salaires souvent bas, mais surtout des conditions de travail qui ne sont plus acceptées, du fait tout particulièrement d’un sentiment de perte de sens du travail ». « La crise du Covid est passée par là », jugent les auteurs. Elle aurait agi comme un révélateur, « pouss[ant] des millions de personnes à s’interroger » sur leur emploi et leur propre vie.

C’est précisément cette « perte de sens » que M. Coutrot et Mme Perez vont explorer au fil de leur essai. Quels en sont les ressorts ? Qui concerne-t-elle ? Quelles en sont les conséquences ? Quelles sont les tentatives menées par l’entreprise comme par les salariés pour « redonner du sens » ?

Pour ce faire, les auteurs questionnent notamment les statistiques, afin de mieux saisir le phénomène et d’écarter certains lieux communs sur le sujet. L’étude des données montre que les ouvriers sont tout aussi concernés par le sujet que les cadres. « Le sentiment d’inutilité, les conflits éthiques [ne pas être en accord avec ses propres valeurs éthiques et professionnelles] et l’impossibilité de développer ses aptitudes dans son travail font tout autant souffrir les salariés du bas de l’échelle que les autres », indiquent les auteurs.

Une hausse des conflits éthiques

De même, des enquêtes mettent en évidence que les professions en relation avec le public ou des clients trouvent davantage de sens à leur travail. Enfin, le recours massif au télétravail durant la pandémie a entraîné une hausse des conflits éthiques chez certaines professions.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Le rapport des jeunes au travail, une révolution silencieuse

La financiarisation de l’économie, le management par le chiffre, les transformations digitales, la rigidité des process, les reportings incessants… Une conjonction de facteurs explique la perte de sens ressentie par les salariés. Des illustrations en sont données au fil des pages. On découvre des téléconseillers sous pression, dont le temps est toujours plus compressé pour répondre aux demandes des clients, des soignants qui doivent consigner toutes leurs activités et prendre en compte de multiples indicateurs, jusqu’au nombre de couches à distribuer aux résidents de maisons de retraite.

Il vous reste 27.47% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

« Contrairement à ce qu’affirme Fabien Roussel, il n’y a plus de séparation claire entre le monde du travail et celui des prestations sociales »

Le discours fracassant de Fabien Roussel opposant, lors de la Fête de L’Humanité, « la gauche du travail » à « la gauche des allocations » a créé une intense polémique. Inspirées par la rhétorique conservatrice de la critique du « cancer de l’assistanat » (Laurent Wauquiez) ou de la valorisation, symétrique et inverse, de « la France qui se lève tôt » (Nicolas Sarkozy), ces déclarations sont destinées à réarmer moralement des classes populaires laborieuses et menacées. Elles ont cependant le tort d’être fondées sur une idée fausse : contrairement à ce qu’affirme le dirigeant communiste, il n’y a plus de séparation claire entre le monde du travail et celui des prestations sociales.

En opposant « la gauche du travail » à « la gauche des allocations [et] des minima sociaux », Fabien Roussel occulte en effet un phénomène majeur : la porosité croissante entre le monde du travail et celui de l’assistance. Masquée par les positionnements volontairement clivants et binaires des discours politiques, cette réalité est aujourd’hui l’un des traits saillants de notre organisation sociale.

Depuis le début des années 2000, la dichotomie entre ce qui relève de l’assistance et ce qui relève du soutien au travail – notamment au travail précaire et mal rémunéré – ne tient plus. Avec la création de la prime pour l’emploi, en 2001, l’Etat a pris acte du fait que nombre de travailleurs et surtout de travailleuses modestes ne parvenaient plus à joindre les deux bouts malgré les salaires qui leur étaient versés par leurs employeurs privés ou publics : ils avaient du mal à acquitter ce que l’on appelle aujourd’hui leurs dépenses contraintes le logement ou la facture d’électricité, par exemple.

Profondes dynamiques

Pour pallier cette difficulté, l’une des lignes directrices de la politique sociale française a consisté à soutenir le revenu des travailleurs modestes – ce qui a eu pour conséquence d’entremêler le monde du travail et celui des allocations. En faisant de la prestation sociale un complément de salaire pour les salariés rémunérés jusqu’à un smic et demi, cette politique a peu à peu effacé la frontière entre ce qui tient du travail salarié et ce qui relève des prestations sociales. Créé en 2008, le revenu de solidarité active (RSA), qui a pérennisé les possibilités de cumul de revenus d’activité et de solidarité, et qui les a étendues à des emplois à temps très partiel, a renforcé ce phénomène.

Lire aussi la tribune (2010) : La France qui se lève tôt est malade, par Xavier Lacoste

En apportant un complément de revenu aux salariés modestes, la prime d’activité instaurée huit ans plus tard, en 2016, a contribué, elle aussi, à nourrir ce rapprochement entre le monde du travail et celui de l’assistance. Si elle a permis de soutenir des personnes en difficulté, elle a, en concentrant l’effort de redistribution sur les moins pauvres d’entre les pauvres, institutionnalisé une perméabilité grandissante entre l’univers des salariés et celui des allocataires des prestations.

Il vous reste 55.8% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Pôle emploi lance une plate-forme à destination des décideurs locaux

Le ministre du travail, du plein emploi et de l’insertion, Olivier Dussopt, accompagné de la ministre déléguée chargée de l’enseignement et de la formation professionnels, Carole Grandjean, visite la Faculte des métiers à Evry-Courcouronnes (Essonne), le 7 septembre.

Au lendemain du lancement par le ministre du travail, Olivier Dussopt, d’une mission de « préfiguration » dans la perspective de la transformation de Pôle emploi en France Travail à l’horizon 2024, l’opérateur public présentait, mardi 13 septembre, une nouvelle source de données accessibles en ligne et à destination des acteurs locaux.

« Décrypter pour décider » : c’est sur ce slogan, martelé avec conviction par l’adjointe au directeur des études de Pôle emploi, Hélène Caillol, que l’opérateur public a misé pour accompagner le lancement de sa nouvelle plate-forme, Data emploi.

A travers cet outil, Pôle emploi a souhaité s’adresser aux décideurs en mettant en place un agrégateur de données, qui détaille les évolutions du marché de l’emploi au niveau local.

« Des informations accessibles immédiatement »

Ce projet « ne s’inscrit pas forcément dans le cadre de la mise en place de la future agence France Travail », précise Stéphane Ducatez, directeur général adjoint en charge du réseau. Il a vu le jour en réponse à la demande d’acteurs locaux, qui ne trouvaient pas toujours d’informations précises sur le marché du travail au niveau de leur territoire : « Nous avons des données très riches, mais jusqu’à présent on les diffusait par structure d’information », explique M. Ducatez.

En agrégeant les données de Pôle emploi et d’autres sources officielles, comme la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) du ministère du travail ou l’Insee, la nouvelle plate-forme vise à offrir aux décideurs « des informations accessibles immédiatement » via des « indicateurs simples ».

Lire aussi : Chômage en France : le nombre de demandeurs d’emploi a diminué de 0,8 % au 2ᵉ trimestre

Cet outil s’adresse aussi bien à un élu local désireux d’établir un état des lieux stratégique de l’emploi dans son département, qu’à un responsable territorial qui souhaite avoir des arguments pour convaincre une entreprise de s’implanter dans la région.

Ouverte à tous, la plate-forme, donne accès au détail des compétences, des métiers et des secteurs d’activité sur le territoire choisi. L’outil permet d’« analyser le profil des demandeurs emploi », de « déterminer si le secteur d’activité de l’entreprise est porteur pour le territoire » ou encore de savoir « quel secteur d’activité embauche le plus », fait valoir Stéphane Ducatez. Le site sera mis à jour trimestriellement.

« Pôle emploi indique avoir supprimé “plus de 20 000 offres frauduleuses en 2021” »

A travers ce dispositif, l’opérateur public peaufine son offre de services en direction des acteurs du marché de l’emploi. Aux critiques récurrentes quant à la fiabilité des annonces publiées sur le site de Pôle emploi, le directeur général adjoint chargé du réseau rétorque que « selon une étude menée par un cabinet indépendant, 95 % des annonces publiées sur le site de Pôle emploi sont conformes » au cadre légal.

Il vous reste 28.49% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Les couteaux Opinel victimes de leur succès

A l’usine de fabrication d’Opinel, à Chambéry (Savoie), en juillet 2013.

Plus d’un siècle après ses débuts, en 1890, en Savoie, la marque Opinel vient d’ouvrir une nouvelle petite boutique à Annecy, où les acheteurs affluent en nombre, en ce samedi de début septembre. Les couteaux à la lame gravée de la Main couronnée – symbolisant notamment l’ancien duché de Savoie – s’y vendent comme des petits pains.

Lire aussi : Un jour, un objet : l’Opinel

« Notre marque est en croissance forte depuis une quinzaine d’années et, jusqu’ici, on arrivait à suivre, raconte Luc Simon, directeur général adjoint de l’entreprise. Mais il y a eu une grosse accélération depuis deux ans, soutenue notamment par l’engouement pour la randonnée ou pour les couteaux de table. »

La demande est telle qu’à Chambéry, où se trouve l’usine de fabrication, ou à Annecy certains présentoirs des boutiques sont vides. Quant au site Web de la marque, il affiche indisponibles de nombreux articles. « On coche toutes les cases des grandes tendances de la consommation, justifie Françoise Detroyat, la directrice marketing. Ce sont des produits made in France, et ils sont durables, robustes. »

Vues sur l’étranger

Si « le marché français continue aujourd’hui à bien se développer », la marque, qui vise les 33 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022, a des vues sur l’étranger. Déjà distribuée aux Etats-Unis et en Allemagne, la marque Opinel veut s’étendre au reste de l’Europe, mais aussi en Asie. Hors de question pour autant d’envisager multiplier les lieux de production. L’entreprise n’y a « aucun intérêt », considère Françoise Detroyat.

« Notre priorité est la pérennité plus que la croissance absolue », abonde Luc Simon. « La volonté de la famille Opinel est de continuer à tout fabriquer à Chambéry », ajoute Mme Detroyat, puisque le couteau Opinel est devenu « un ambassadeur de la Savoie dans le monde entier ». « D’autant que nous sommes extrêmement performants grâce à une mécanisation et une automatisation industrielle », précise la directrice marketing.

Lire aussi : Mort de Maurice Opinel, président de la marque de couteaux savoyards

A Chambéry, de nouvelles machines sont en train d’être installées dans l’usine pour faire face à la demande. Et la direction cherche à ce que l’entreprise devienne « plus séduisante comme recruteur ». Augmentation des salaires et possibilité de télétravail sont ainsi déjà prévues. En quinze ans, l’entreprise, qui compte aujourd’hui 160 salariés, a doublé ses effectifs.

Travailler à distance depuis l’étranger, une pratique qui se structure

Une terrasse ensoleillée, en arrière-plan la mer ou une piscine, des feuilles de palmier qui procurent un peu d’ombre et un individu – plutôt jeune – en bermuda et lunettes de soleil, assis devant un ordinateur portable… La légende précise que le télétravail peut se pratiquer partout, alors pourquoi pas dans un pays exotique ?

« Quitte à passer du temps devant un écran, autant que ce soit au soleil et les pieds dans l’eau ou dans son pays d’origine. »

Puisqu’il est possible de télétravailler à plein temps et à distance, les employés ont commencé à vouloir le faire depuis l’étranger. Et cette tendance s’accentue. Quitte à passer du temps devant un écran, autant que ce soit au soleil et les pieds dans l’eau ou dans son pays d’origine. Mais si l’affaire se révèle plutôt simple pour les « digital nomades », elle peut se révéler un véritable casse-tête pour les entreprises.

Pour un employé, partir travailler à l’étranger suppose de s’être mis d’accord avec son employeur et d’être en règle avec la législation en vigueur dans le pays d’accueil, notamment en matière de visa et de fiscalité selon la durée du séjour.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés L’épineuse question du télétravail transnational

Il ne suffit pas d’avoir un ordinateur portable, une bonne connexion Internet et un métier qui permet le télétravail. « Pour le salarié, il s’agit de savoir quelle protection sociale s’applique s’il part, par exemple, en Bolivie pour quatre mois avec l’accord de son employeur, et qu’il a un accident du travail. Là, on est dans le non-droit, car l’employeur n’est pas affilié aux organismes de protection sociale du pays d’accueil, souligne l’avocate MAdeline Cornic. Si le salarié est ressortissant d’un pays européen et qu’il réalise un minimum de 25 % de son travail dans un autre pays de l’Union européenne, soit plus d’une semaine par mois, le droit communautaire dit que le droit de cet autre pays s’applique et que l’employeur doit s’affilier et cotiser aux deux régimes de protection sociale. »

Une aide au recrutement

Autant dire que pour les entreprises françaises, déjà soumises à une législation sociale très développée, ces obligations peuvent être particulièrement lourdes à gérer. Malgré cela, elles acceptent, peu à peu, ce nouveau mode de travail à distance, car elles ont toutes du mal à recruter et les salariés demandent davantage de télétravail.

Pour certains métiers, accepter le travail depuis l’étranger les aide à recruter et à fidéliser leurs employés. « Pour cette raison, les TPE et les PME sont plus ouvertes à cette forme de travail, mais elles n’ont pas les moyens financiers et administratifs pour le gérer. Conséquence, elles demandent aux employés de devenir free-lance ou de passer par du portage salarial… Et quand ils se voient refuser cette possibilité, les employés quittent leur employeur et s’installent en free-lance », remarque Marjorie di Placido, coach spécialisée en télétravail.

Il vous reste 51.14% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

La sobriété a déjà son chef (ou presque)

Carnet de bureau. « Chef de projet sobriété énergétique (h/f) en CDI, Ile-de-France, 38 000 euros », peut-on lire sur le site du cabinet de recrutement Aquantis. La sobriété fait très officiellement son entrée en entreprise. Ferait-elle également son entrée dans le management, répondant du tac au tac à la première ministre Elisabeth Borne qui invitait fin août les entrepreneurs du Medef à créer des « ambassadeurs de la sobriété » en entreprise ?

« Rattaché(e) à la direction générale, vous aurez pour missions de piloter opérationnellement des projets existants de réduction des consommations énergétiques », poursuit l’annonce. Le « chief sobriety officer » va-t-il déloger ou accompagner le « chief sustainability officer », voire le « chief impact officer » ?

C’est sur cette piste que l’humoriste Karim Duval surfe dans un post publié sur LinkedIn le 3 septembre : « On me dit dans l’oreillette qu’il est urgent de prendre une décision : j’arrête l’humour et me lance un nouveau challenge professionnel. C’est avec une joie immense que je vous annonce mon nouveau job : chief sobriety officer (CSO) chez Kikooz ! Kikooz est une start-up qui permet à celles et ceux qui ont choisi la voie du Do It Yourself (DIY) de se former à la couture, dans le métavers (…). Je m’appelle Karim Duval, je serai CCPVO (chief c’est pas Versailles officer) ce lundi. Et je vais changer le monde. » Ainsi conclut-il son sketch.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Sobriété : des entreprises amorcent la refonte de leur « business model »

Plus sérieusement, on n’en est pas encore là. Si les directions des entreprises ont intégré depuis longtemps les sujets environnementaux, sous l’étiquette « responsabilité sociale et environnementale » (RSE) ou « développement durable », faire porter la « sobriété » par un « manageur référent » ou « un ambassadeur » est encore au stade de la réflexion.

La définition du profil idéal

Les directions générales réfléchissent aux mesures d’économie pour la fin d’année, mais les acteurs de la sobriété sont encore rares en entreprise. Le site d’emploi Indeed a bien quelques annonces qui font référence à la sobriété. « Mais les intitulés [stage animateur sobriété énergétique, alternant ingénieur acteur de la sobriété énergétique] laissent à penser que c’est temporaire, et on est sur des volumes très faibles, inférieurs à cinquante annonces pour toute la France », indique Alexandre Judes, économiste chez Indeed France.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Crise climatique : « Une politique de sobriété doit aussi être éclairée par un effort majeur de recherche »

Caroline Renoux, directrice générale d’un cabinet de recrutement spécialisé en RSE, confirme ne pas avoir de demande de « chief sobriety officer » de la part de ses entreprises clientes. « Les postes extrêmement demandés sont ceux des responsables climat dont une partie de la feuille de route a trait à la sobriété », explique-t-elle. Au sein d’un club des directions du développement durable, ils travaillent à la définition du profil idéal pour incarner ce type de fonction de direction qui doit « à la fois intervenir sur le télétravail, le digital, le chauffage, et faire le relais avec tous les salariés, sensibiliser, savoir former. Embarquant, ambitieux, il devra avoir une bonne culture générale des réglementations, un bon réseau RSE et une certaine maturité professionnelle ».

Il vous reste 9.56% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Des salariés de l’ONG Forum-Réfugiés en grève

C’est un mouvement inédit. Mardi 13 septembre, des salariés de l’ONG Forum-Réfugiés, l’un des plus gros prestataires de l’Etat en matière d’accueil et d’hébergement des étrangers en France, ont débrayé à plusieurs endroits du territoire. D’après la direction de l’ONG, ils étaient quelques dizaines alors que, selon l’un des organisateurs de la grève, ils étaient près de 200, sur un total de 500 salariés. Une partie s’était rassemblée à Villeurbanne (Rhône) devant le siège de l’ONG, dont les dispositifs essaiment dans tout le quart sud-est de la France.

Ce mouvement, organisé en dehors des organisations syndicales, a pour point de départ le non-versement de la « prime Ségur » à une partie des salariés de Forum-Réfugiés qui ne sont pas considérés comme relevant du travail social. La revalorisation salariale de 183 euros net, décidée par le gouvernement lors du Segur de la santé puis progressivement étendue aux travailleurs sociaux, notamment du secteur associatif, vient récompenser ceux qui ont été en première ligne pendant la crise sanitaire.

Or, les personnels de Forum-Réfugiés qui sont en grève dénoncent « une attribution inégale » de la prime dont sont exclus certains dispositifs et certaines fonctions. Le 30 août, déjà, un courrier signé par quarante cadres de l’ONG avait été adressé à la direction pour dénoncer un « sentiment de mépris, d’injustice et de manque de considération que ressentent les salariés » exclus de la prime.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Crise des métiers sociaux : « Les associations de solidarité lancent un cri d’alarme »

Vincent (tous les prénoms ont été modifiés à la demande des personnes interrogées) est agent social hôtelier dans un centre d’hébergement à Clermont-Ferrand. Joint par téléphone, à l’instar de plusieurs autres grévistes, il explique au Monde que, de par sa fonction, il ne bénéficie pas de revalorisation salariale. « Alors qu’on a tous une forte dimension sociale dans notre travail », défend-il.

« Ras-le-bol général »

« Une secrétaire peut par exemple être amenée à faire un travail d’accompagnement, comme le renouvellement de la complémentaire santé solidaire d’un étranger ou le dépôt de sa demande d’asile », illustre à son tour Idris, un gréviste pour qui le versement inégal de la prime Ségur a agi comme une « goutte d’eau qui fait déborder le vase » et révèle un « ras-le-bol général ».

Une lettre ouverte transmise par les grévistes à la presse évoque tour à tour une « dégradation des conditions de travail », un « turnover très important au sein des effectifs », une augmentation de la charge de travail, la complexification du droit applicable aux étrangers et « l’absence de soutien de la direction face à des pratiques préfectorales illégales », la « précarisation » des publics accompagnés ou encore une « montée de la violence ».

Il vous reste 40.94% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Stéphane Guy : Canal+ condamné aux prud’hommes pour le licenciement du commentateur sportif

Une manifestation d’employés de Canal+ portant des masques en soutien au commentateur sportif Stéphane Guy, devant les locaux de la chaîne à Boulogne-Billancourt, le 5 janvier 2021.

Les prud’hommmes ont condamné Canal+ pour le « licenciement sans cause réelle et sérieuse » de son ancien commentateur vedette Stéphane Guy, qui va toutefois faire appel pour obtenir l’annulation de son limogeage, a annoncé son avocat, mardi 13 septembre, à l’Agence France-Presse (AFP), confirmant une information de L’Equipe.

Selon une copie du jugement du conseil des prud’hommes de Paris, prononcé le 29 août et consulté mardi par l’AFP, la chaîne cryptée a été condamnée à lui verser un peu plus de 260 000 euros de dommages et intérêts, qui ne seront pas versés avant la décision en appel.

Lire aussi Stéphane Guy licencié de Canal+

Voix-phare du football français, Stéphane Guy avait appris son licenciement la veille de Noël 2020, au terme de vingt-trois ans chez Canal+, pour avoir apporté son soutien à l’humoriste Sébastien Thoen, lui-même renvoyé pour une parodie visant CNews, la chaîne d’information en continu du groupe.

Stéphane Guy avait rendu hommage à l’antenne à son « ami » qui, selon lui, n’avait pas eu « la sortie qu’il aurait méritée ». Des propos « fautifs » car visant à « dénigrer publiquement » son employeur, selon Canal+, cité dans le jugement.

« Honneur professionnel »

Le conseil des prud’hommes a tranché : pour lui, « les motifs invoqués au titre du licenciement n’apparaissent pas comme suffisamment sérieux », mais « l’atteinte à la liberté d’expression » invoquée par Stéphane Guy, censée entraîner la nullité de son licenciement, n’est pas démontrée.

Le journaliste, qui réclame sa réintégration à Canal+, n’est « pas déçu mais partiellement satisfait », a déclaré à l’AFP son avocat, Olivier Khatchikian, qui estime que « le conseil n’a pas complètement tiré les conclusions de ce qu’il a lui-même relevé ». « Dès lors que le conseil a reconnu que les propos [de Stéphane Guy] n’étaient pas diffamatoires et de nature à justifier son licenciement, la conséquence logique était qu’il y a une violation de la liberté d’expression, laquelle entraîne la nullité du licenciement », selon l’avocat.

Lire aussi Des dizaines de salariés de Canal+ se rassemblent en soutien à Stéphane Guy, commentateur récemment licencié

Officiant désormais sur RMC Sport, Stéphane Guy avait déclaré dans L’Equipe, en 2021, vouloir rétablir son « honneur professionnel » aux prud’hommes. Sollicitée par l’AFP, Canal+ n’a pas souhaité commenter.

Le Monde avec AFP

La Nouvelle-Calédonie en manque de bras

L’unité Covid-19 du centre hospitalier territorial Gaston-Bourret, à Nouméa, le 30 septembre 2021.

C’est l’archipel du plus beau lagon du monde et de la langueur océanienne. Pourtant, la Nouvelle-Calédonie ne donne plus envie. « Je cherche trois responsables administratif et financier depuis huit mois. Je ne trouve personne, c’est un cauchemar de recruter », témoigne Romain Babey, le dirigeant d’une entreprise de produits d’hygiène et vice-président de la Fédération des industries de Nouvelle-Calédonie (FINC).

Son cas n’est pas isolé. A la tête d’une des principales agences de recrutement de Nouméa, Danièle Brault-Delahaie a sous le coude des offres en pagaille. « On me demande des ingénieurs, des comptables, des financiers, des mécaniciens, des chauffeurs, des maçons, des techniciens informatique, des échafaudeurs, des responsables RH… Même de simples vendeuses », égrène cette dynamique quinqua, dont les offres « à partir du bac ont augmenté de 30 % ».

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés En Nouvelle-Calédonie, le ton vire à l’aigre

Cette disette de bras n’est pas due à une effervescence de l’économie – le PIB de l’archipel est en recul depuis trois ans –, mais à une décrue démographique. Pour la première fois en quarante ans, l’Institut de la statistique et des études économiques (ISEE) a observé un solde migratoire négatif de 10 600 personnes lors du recensement de 2019, comparé à celui de 2014. Et le phénomène se confirme au fil des ans, de sorte que les experts chiffrent aujourd’hui l’exode à « environ 17 000 personnes » en huit ans, pour les trois-quarts non natives de Nouvelle-Calédonie. « La vie économique a toujours été faite de hauts et de bas, mais c’est la première fois que je vois un phénomène lourd et installé depuis environ cinq ans. Il n’y a plus les mouvements [de population] avec la métropole comme auparavant, et les étudiants calédoniens n’ont pas envie de revenir faute de perspective », s’inquiète Danièle Brault-Delahaie.

« Désert médical »

« Ce sont des gens avec des compétences qui occupaient des emplois qualifiés qui sont partis », abonde Charles Roger, directeur de la chambre de commerce et d’industrie, citant l’exemple du secteur bancaire où « 10 % des emplois sont vacants ». Mais l’impact le plus explicite et aussi le plus dramatique de ces milliers de départs concerne la santé. « La Nouvelle-Calédonie est devenue un désert médical. Nous sommes dans une situation très grave, qui va durer plusieurs années et va coûter très cher alors que les déficits sociaux sont déjà énormes », s’alarme Joël Kamblock, cardiologue et membre du bureau du syndicat des médecins libéraux (SML).

Une enquête récemment commandée par ce syndicat a mis en lumière un tableau catastrophique : plus de la moitié des généralistes et 67 % des spécialistes de Calédonie ont plus de 55 ans, la densité de médecins généralistes libéraux est de 53,8 pour 100 000 habitants contre 78,9 en métropole, et en cinq ans une vingtaine de praticiens ont fermé boutique, sans trouver de successeur. Dans le même temps, le nombre de patients en longue maladie a augmenté de moitié pour atteindre le chiffre record de 17,5 % de la population totale (271 000 habitants) alors que diabète, obésité et maladies respiratoires font des ravages.

Il vous reste 40.21% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Comment les maths irriguent de plus en plus l’économie

L’usage des maths ne se résume pas aux quelque 3 500 professionnels, chercheurs et enseignants-chercheurs, dans des laboratoires.

« Sauver les maths ! », avaient lancé une trentaine de grands patrons français en mars dans une tribune de l’hebdomadaire Challenges, inquiets pour l’avenir de leurs affaires à cause des effets négatifs de la réforme du lycée dans cette discipline. Ce 13 septembre, une étude réalisée par l’Institut national des sciences mathématiques et de leurs interactions du CNRS (Insmi) avec le cabinet McKinsey rappelle à quel point cette inquiétude est justifiée tant l’économie française dépend des maths. Selon ces experts, la proportion des emplois salariés dont l’activité principale est en lien avec les mathématiques représente 13 % des postes, soit 3,3 millions de personnes, et 18 % du PIB, soit 381 milliards d’euros, en 2019. Soit plus de deux fois le secteur du tourisme en France.

Lire aussi : Mathématiques à l’école : comment l’écart de niveau entre filles et garçons se creuse dès le CP

C’est que les maths ne se résument pas aux quelque 3 500 professionnels, chercheurs et enseignants-chercheurs, dans des laboratoires. On les trouve pratiquées à plus ou moins haute intensité dans des secteurs comme la finance, la sécurité des transactions numériques et bancaires par la cryptographie, l’intelligence artificielle, l’imagerie médicale ou satellite… Cette diversité explique d’ailleurs que le poids économique de la discipline augmente. En 2012, dernier chiffre fourni par l’étude précédente de 2015, 12 % des emplois étaient liés aux maths, et 16 % du PIB. « Cette étude montre en quoi les maths sont importantes pour la société et la croissance des entreprises », rappelle Christophe Besse, directeur de l’Insmi.

Personnel hospitalier

Ce chiffrage a été obtenu par la même méthode suivie pour une évaluation du Royaume-Uni en 2010, ou des Pays-Bas en 2011 ou de la France en 2012. Elle consiste à estimer pour chaque profession « le poids des mathématiques dans leur activité et leur formation, et le type de mathématiques utilisé », puis à faire la somme pondérée pour tous les salariés et enfin à estimer la valeur ajoutée totale de ces emplois dans l’économie.

Des professions comme comptable ou cadre financier de grandes entreprises, ingénieur de maintenance, technicien de la logistique… ont un poids de 100 % (ils utilisent tous les jours des maths), quand d’autres, comme un architecte salarié, comptent pour 50 %, ou 5 % pour un personnel hospitalier de catégorie A. Plus précisément, 1,1 million de personnes sont « impliquées dans la production et l’application de recherche en mathématiques » grâce aux métiers spécialisés, ingénieurs en finance, informaticiens…

« Cette étude doit servir à alerter les décideurs politiques et le monde de l’industrie sur la situation » Stéphane Jaffard, professeur

Il vous reste 42.77% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.