Sur fond d’accélération de la croissance, les industriels augmentent leurs prix de vente

Dans un hypermarché de Givors, près de Lyon, en mars 2020.

Plus d’une entreprise industrielle sur deux a commencé à répercuter, dans ses prix de vente, la hausse des matières premières, y compris l’énergie, indique l’enquête mensuelle de conjoncture de la Banque de France, publiée lundi 8 novembre. Et ce, alors que la croissance s’annonce plus forte que prévu. L’institution financière estime que l’augmentation du produit intérieur brut (PIB) dépassera, cette année, la prévision de 6,3 % et pourrait atteindre 6,75 %, selon un calcul « arithmétique ». Le quatrième trimestre, en effet, s’annonce meilleur qu’anticipé, en hausse de 0,75 point par rapport au troisième trimestre, malgré les difficultés d’approvisionnement et de recrutement que rencontrent encore bon nombre d’industriels, tout particulièrement dans l’automobile et, dans une moindre mesure, l’aéronautique.

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« Le retour de l’activité au niveau précrise est plus précoce que ce que nous avions anticipé, souligne Olivier Garnier, économiste en chef à la Banque de France. On estimait qu’il se produirait fin 2021, il se produit un trimestre plus tôt ». C’est l’activité dans le secteur des services, particulièrement la restauration, qui tire la croissance, alors que l’industrie souffre toujours des pénuries de matières premières et de difficultés d’approvisionnement. Si ces dernières s’atténuent un peu dans le bâtiment en octobre (58 % des entreprises se disent concernées, contre 62 % en septembre), elles restent très fortes dans l’industrie, où elles touchent, comme en septembre, 56 % des entreprises.

De plus, les chefs d’entreprises commencent à répercuter dans leurs prix de vente la hausse des prix des matières premières ou des tarifs de l’énergie qu’ils subissent. Dans l’industrie et le bâtiment, près de 35 % des chefs d’entreprise ont déclaré, lors de l’enquête menée entre le 27 octobre et le 4 novembre, avoir augmenté leurs prix de vente pour faire face à la hausse du cours des produits et matériaux intrants. Par ailleurs, la part des chefs d’entreprises déclarant une augmentation des tarifs est « presque systématiquement » supérieure à ce qu’elle était un mois plus tôt, ce qui signale « des surprises à la hausse ».

Difficultés de recrutement en recul

Toutefois, cette tendance ne semble pas devoir alimenter, à court terme, la hausse des prix à la consommation, indique M. Garnier. Pour plusieurs raisons. D’une part, parce que les industriels ne répercutent pas complètement les hausses, mais absorbent encore une part des surcoûts dans leurs marges. D’autre part, parce que « les prix de l’industrie ne pèsent que pour une petite partie dans le panier de consommation des ménages, qui est surtout composé de services », rappelle M. Garnier.

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Un salarié de l’hôpital Saint-Louis a tenté de se suicider devant ses collègues

L’hôpital Saint-Louis, à Paris, le 16 mars 2020.

Un cadre de santé de 47 ans de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), occupant une fonction administrative, a tenté de mettre fin à ses jours, lundi 8 novembre, dans l’enceinte de l’hôpital Saint-Louis. Plusieurs sources ont confirmé que l’homme s’était immolé par le feu dans un bureau de l’hôpital, et qu’un agent de sécurité était rapidement intervenu.

Dans un communiqué, l’AP-HP précise que « son geste, immédiatement maîtrisé par un personnel de la sécurité, lui a néanmoins causé de graves blessures prises en charge au sein de l’hôpital ». L’homme de 47 ans, grièvement brûlé et atteint par les fumées, était toujours entre la vie et la mort, lundi soir.

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L’agent de sécurité qui lui a porté secours a, de son côté, été admis immédiatement au service des urgences. Le parquet de Paris faisait savoir que son état « ne nécessit[ait] plus hospitalisation », dès lundi soir. « Un accompagnement et un soutien psychologique ont été très rapidement mis en place pour les professionnels qui le souhaitent », a ajouté l’AP-HP dans un communiqué.

« Un choc pour tout le monde »

Les causes du geste du cadre administratif de 47 ans restent pour le moment inconnues. Le parquet de Paris a déclaré qu’une enquête était ouverte « en recherche des causes des blessures ».

L’AP-HP affirme que le directeur du groupe hospitalier universitaire AP-HP Nord-Université de Paris et la directrice de l’hôpital se sont immédiatement rendus sur place, et qu’une réunion sur le sujet aurait lieu dès mardi 9 novembre, avec le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de l’hôpital Saint-Louis.

La maire du 10e arrondissement, Alexandra Cordebard (Parti socialiste), a tenu à témoigner tout son soutien aux personnels de l’hôpital. « Evidemment, cela reste un choc épouvantable pour tout le monde, tout le monde est bouleversé. D’autant plus que les équipes sont déjà mises à l’épreuve, et les voilà confrontées à un drame de plus. » Elle appelle néanmoins à la prudence, affirmant que, selon ses informations, il s’agirait d’un « drame personnel ».

L’argot de bureau : l’« efficience » ou l’efficacité économe

Le lexique de la performance en entreprise est toujours foisonnant. Entre deux REX (retours d’expérience) et une bonne dizaine de KPI (key performance indicators, indicateurs clés de performance), parfois, le dirigeant s’emmêle même les pinceaux. « L’équipe marketing a été très efficiente au Q3 [third quarter, troisième trimestre] », s’écrie avec fierté Françoise, PDG d’une PME en vogue. Mais ce que Françoise ne sait pas, c’est que ses responsables marketeurs ont pioché dans la trésorerie pour atteindre leurs objectifs : ils ont même recruté des sous-traitants pour finir le boulot. Alors, l’équipe est efficace, oui, mais la méthode n’est en rien efficiente.

L’Académie française rappelle à l’ordre les fauteurs de trouble : est efficient « ce qui produit un effet par soi-même : il peut servir par exemple à qualifier une machine ou des moyens mis en œuvre ». En management, on qualifie souvent à tort une équipe d’efficiente, alors qu’elle est juste efficace. Les deux mots longtemps synonymes se sont séparés dans les années 1950, à la faveur d’un nouveau sens de l’efficiency d’Outre-Manche, générant deux nuances de performance.

L’efficacité, pour commencer par elle, c’est la performance à l’état brut : une entreprise efficace remplit les fonctions et les objectifs fixés au préalable, en se concentrant sur des tâches essentielles exécutées avec perfectionnisme. Cette force est mise en œuvre quel qu’en soit le prix : « la fin justifie les moyens ».

L’efficience peut nuire à l’efficacité

Parfois, l’efficacité est obtenue de manière disproportionnée : par exemple, massacrer une mouche avec une raquette électrique dernier cri, quand il aurait suffi d’ouvrir la fenêtre. C’est la fameuse « victoire à la Pyrrhus », que ce général grec remporta au prix de nombreuses pertes face aux Romains. Travailler plus d’heures augmente l’efficacité à court terme mais réduit la productivité à long terme : les équipes exténuées ne pourront pas gagner le prochain combat ni suivre les prochains business plans.

L’efficience est la solution à cette gestion un brin bancale : c’est l’art de faire au mieux, mais avec un minimum de moyens. C’est le rapport entre les objectifs atteints et les ressources (financières, matérielles, humaines) utilisées. Parfois, les outils manquent, et l’efficience permet de limiter la casse : vider une piscine avec une cuillère peut être efficient, si c’est la seule solution, « on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a ».

Une méthode de travail efficiente est une méthode optimisée, qui offre des gains de productivité : par exemple, un plan de gestion avec des bilans d’étape, une définition claire des processus et de la division des tâches… Soit l’équivalent adulte d’une jolie fiche bristol avec huit couleurs de stabilo pour refléter les nuances du savoir. Ici, les moyens sont au moins aussi importants que la fin.

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« Si rien n’était fait pour rendre l’analyse de données sur Internet plus accessible, le désenchantement du numérique pourrait se généraliser »

Tribune. Mesurer pour mieux manager : c’est le paradigme qui domine les sciences de gestion aujourd’hui. Depuis l’explosion d’Internet, l’espoir le plus partagé est que les informations accumulées grâce aux outils numériques aident les Etats, les entreprises, les organisations à être plus efficaces, à mieux se structurer, à moins gaspiller.

On en veut pour preuve le succès des géants de la technologie. Le triomphe d’Amazon fait figure d’exemple : si l’entreprise américaine domine son marché, c’est qu’elle collecterait plus de données que les autres. Elle connaîtrait mieux ses clients, leurs comportements, leurs préférences. Il lui serait donc facile de mieux leur parler, de leur proposer les produits les plus adéquats, de calibrer ses campagnes promotionnelles.

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Pour répliquer le cas Amazon, les entreprises se sont mises en ordre de marche. Le but ? Devenir data-driven, c’est-à-dire prendre de meilleures décisions grâce à la donnée. Y arrivent-elles ? Rien n’est moins sûr : malgré des investissements faramineux dans l’analyse de données (274 milliards de dollars en 2020), seules 24 % des entreprises interrogées par la Harvard Business Review disent utiliser la data efficacement (« Embracing Data Analytics for More Strategic Value », 2021). Que s’est-il passé ?

Ne pas considérer les algorithmes comme des oracles

Loin des grands discours sur le pouvoir révolutionnaire de la data, les manageurs et chefs d’entreprise ont encore du mal à accéder aux données. Vous en avez peut-être déjà fait l’expérience. Vous devez vous plier à un processus plus ou moins long afin d’obtenir l’information dont vous avez besoin : chiffres de ventes, taux d’incidents sur une chaîne logistique ou impact carbone d’un produit. Quand vous les recevez, les données sont incompréhensibles : elles ne sont ni mises en forme ni expliquées. Tous ces obstacles sont autant de frictions qui vous dissuadent d’utiliser la donnée au quotidien.

Vous vous accommodez de cet état de fait en vous disant que la data sert d’abord aux experts. Seuls eux savent faire parler les chiffres et utiliser leurs algorithmes pour faire des études et des prédictions. Les autres n’ont pas besoin d’accès direct à la data. Mais on aurait tort de considérer les algorithmes comme des oracles. Les données ne servent vraiment que lorsqu’elles sont comprises par tous et qu’elles permettent à chacun de prendre des décisions plus éclairées.

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C’est cela, la fameuse « culture de la donnée » que les départements des ressources humaines des grandes entreprises s’efforcent de construire. Mais comment y arriver sans accès simple à la donnée ? « Si les gens ne trouvent pas les mathématiques simples, c’est uniquement parce qu’ils ne réalisent pas à quel point la vie est compliquée. » John Von Neumann, considéré comme l’un des pères de l’informatique moderne, avait raison de penser qu’il faut des systèmes complexes pour comprendre un monde complexe.

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Retraite : l’année du départ compte-t-elle dans les 25 meilleures ?

Même si elle figure parmi les meilleures années de la carrière, l’année de la retraite ne sera prise en compte pour la retraite du régime général que si elle a été complète.

Question à un expert

Pour le calcul de ma retraite, les revenus de ma dernière année de carrière compteront-ils dans mes vingt-cinq meilleures années ?

Pour le calcul de la retraite du régime général – la pension de base des salariés, artisans et commerçants – seront pris en compte uniquement les revenus, revalorisés, des vingt-cinq meilleures années. En cas de carrière uniquement ascendante, il s’agira souvent des vingt-cinq dernières.

Quid de la toute dernière, celle du départ ? Même si elle figure parmi les meilleures, elle ne sera prise en compte que si elle a été accomplie en totalité. D’où l’intérêt parfois d’attendre le 1er janvier pour prendre sa retraite…

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L’impact positif sur le montant de la pension sera d’autant plus fort si cette dernière année permet de « sortir » du calcul une année durant laquelle la rémunération perçue a été très inférieure et qui, sinon, affaiblirait fortement la moyenne des vingt-cinq meilleures années.

Imaginons un senior gagnant 40 000 euros la dernière année, et qui « sortirait » ainsi de ses vingt-cinq meilleures années une année à 10 000 euros. L’effet sur sa retraite de base mensuelle serait un gain de 50 euros. Soit, rapporté à une espérance de vie de 20 ans, un budget retraite supplémentaire de 12 000 euros.

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Sans compter que, au-delà de cet enjeu concernant directement la pension de base, décaler sa date de liquidation de retraite de quelques mois, jusqu’au 1er janvier, permettra de conserver plus longtemps sa rémunération, sans doute largement supérieure au niveau de sa retraite, et de continuer à générer, par les cotisations, des droits en trimestres et en points de retraite complémentaire, qui viendront aussi augmenter le futur niveau des pensions. Cela peut aussi représenter quelques dizaines d’euros de retraite supplémentaire par mois, à vie.

Rebond rassurant de l’emploi aux Etats-Unis en octobre

A New York (Etats-Unis), le 5 novembre 2021.

Les Etats-Unis ont connu en octobre un rebond rassurant du marché du travail : le pays a créé ce mois-ci 531 000 emplois tandis que le taux de chômage est retombé de 4,8 à 4,6 %, selon les chiffres publiés vendredi 5 novembre par le ministère du travail. Le président Joe Biden s’en est immédiatement réjoui, alors que le Congrès doit voter sur ses plans d’infrastructures et sociaux dans l’après-midi : « Il s’agit d’une amélioration significative par rapport à mon entrée en fonction et un signe que nous sommes sur la bonne voie », a twitté le président.

Surtout, le ministère du travail a revu à la hausse les chiffres des deux mois précédents, qui avaient valu à M. Biden de forts reproches sur sa politique économique. Les mois d’août et septembre, marqués par une anémie de la reprise en raison du variant Delta et des goulets d’étranglement économiques, n’ont pas été aussi terribles qu’on le pensait : les créations d’emplois ont été revues à la hausse pour septembre et août, se situant à 312 000 et 483 000 au lieu des 194 000 et 366 000 annoncés, soit 235 000 de mieux que prévu.

Un retour tortueux

Le pays reste en deça des 640 000 emplois créés chaque mois jusqu’entre janvier et juillet mais il est dans une dynamique compatible avec l’analyse de la Réserve fédérale (Fed) : la banque centrale estime que la reprise a été cassée en août par le variant delta et les goulets d’étranglement, que les deux se résorberont progressivement mais seulement dans le courant de l’année 2022 et que l’inflation reculera dans la foulée. Le taux de télétravail pour cause de covid a reculé sensiblement de 1,6 point, pour passer à 11,6 % des effectifs. Les salaires, eux, ont progressé fortement de 4,9 % sur un an, s’approchant du niveau de l’inflation (5,4 % en septembre).

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Au total, 154 millions d’Américains ont un emploi, soit 4,7 millions de moins qu’en février 2020. Le chômage qui avait bondi au-delà de 14 % au printemps 2020 reste supérieur à celui qui prévalait avant crise (3,8 %).

Cette baisse de la participation à l’emploi s’explique selon le Peterson Institute à 27 % par le vieillissement de la population, 23 % par le niveau élevé du chômage et pour moitié par d’autres raisons, non expliquées scientifiquement

Le retour des Américains sur le chemin de l’emploi reste tortueux. L’ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton, Robert Reich, estimait récemment que les travailleurs américains s’étaient engagés dans une « grève générale officieuse » en refusant d’accepter les 11 millions d’offres d’emplois ouvertes. La réalité est un peu plus complexe. La population active est stabilisée à 61,6 % contre 63,4 % avant la pandémie.

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A Bonneuil-sur-Marne, le maire « décidé à résister » à l’application des 35 heures

Sur le bureau de monsieur le maire, il y a un petit portrait de Lénine et, juste à côté, une figurine représentant Abraracourcix, le chef des célèbres irréductibles Gaulois. « Nous sommes réputés pour être le village qui résiste », plaisante Denis Oztorun, avant de reprendre un ton grave : « Je suis décidé à résister. J’ai été le premier à m’opposer à cette loi. J’espère que je ne serai pas le dernier… » Le maire communiste de Bonneuil-sur Marne (Val-de-Marne) n’appliquera pas la loi d’août 2019 sur la fonction publique. Celle-ci, en effet, impose à toutes les collectivités locales de mettre leurs agents aux 35 heures le 1er janvier 2022, soit 1 607 heures par an.

Or, du fait des congés dont ils jouissent, les fonctionnaires de la commune n’y sont pas. Les hommes travaillent 1 551 heures et les femmes, qui bénéficient d’un jour de congé supplémentaire (le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes), 1 544 heures. L’application de la loi se traduirait par une perte de huit jours de congés pour les premiers et de neuf jours pour les secondes. « On ne peut pas me demander ça, tranche Denis Oztorun. Je suis un maire communiste. Les fonctionnaires de la ville utilisent leur force de travail pour gagner un salaire et ils ont raison de penser que les congés font partie de la rémunération. »

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D’autant, assure l’élu, que les agents sont engagés. Il prend l’exemple du service chargé de la propreté. Il reconnaît que confier cette mission à Veolia coûterait 1,5 million d’euros par an, soit la moitié moins de ce que représente la paie de ses vingt-trois agents. « Mais je ne le fais pas, dit-il. Je préfère un service public de proximité, dont la valeur ne peut se calculer. Mes agents veulent garder leur ville propre, ils sont au service de la population, pas d’une entreprise. Nous avons eu une tempête en juin. Des arbres sont tombés dans une école, des toitures se sont envolées. Trente-cinq agents sont restés sur le terrain toute la nuit. Là, personne ne leur a demandé s’ils étaient bien aux 35 heures… »

Baisse des dotations

Cela dit, ce combat, c’est celui des fonctionnaires. « Les salariés doivent s’organiser pour se défendre, rappelle le maire. Ce n’est pas à moi de prendre le drapeau rouge. Mais je les soutiens. » Et réciproquement. Fin mai, les syndicats ont organisé un rassemblement devant la mairie pour protester contre l’application de la loi de 2019. « Le maire nous a expliqué sa position, relate Kevin Marguerite, secrétaire général de la CGT des agents territoriaux de la ville. Il nous a dit qu’il n’appliquerait pas la loi. On l’a remercié. On sera à ses côtés au tribunal. »

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Le marché du travail affiche une étonnante vitalité

Offres d'emploi  sur le stand d'une entreprise de travail temporaire lors d'un forum pour l'emploi à Saint-Herblain (Loire-Atlantique).

Des offres d’emploi record, des CDI qui augmentent plus vite que les CDD, des salariés qui changent de poste, des villes moyennes qui recréent des emplois… Même si le dynamisme de la reprise entraîne des pénuries et des goulots d’étranglement, celui-ci a un effet dopant sur le marché du travail, qui affiche une insolente santé au regard de l’ampleur de la crise liée au Covid-19. Avec 96 100 créations nettes d’emplois au 3e trimestre, selon l’estimation publiée, vendredi 5 novembre, par l’Insee, l’emploi salarié a poursuivi sa lancée. Il s’agit de la troisième hausse d’affilée, après + 0,8 % et + 1,4 % aux 1er et 2e trimestres. Fin septembre, l’emploi salarié privé dépasse de 0,9 % (soit de 185 600 emplois) son niveau d’avant-crise, et ce, dans tous les secteurs, sauf l’industrie, qui reste un peu en retrait et accuse un déficit de 45 100 emplois. En lien avec ce retard, l’emploi intérimaire demeure lui aussi légèrement en recul par rapport à fin 2019.

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Cette forte reprise du marché du travail est confirmée par les spécialistes du recrutement. « Avec près de 1 million d’offres d’emplois diffusées au troisième trimestre sur nos platesformes, les volumes de recrutement sont très élevés, et on ne voit pas de ralentissement à court terme, confirme David Beaurepaire, directeur délégué de HelloWork, qui détient les plates-formes RegionsJob, ParisJob et Cadreo. Le nombre de candidatures bat aussi des records, mais cellesci augmentent moins vite que les offres d’emplois, ce qui explique les difficultés de recrutement que rencontrent certaines entreprises. »

Avec 520 000 travailleurs concernés, le chômage partiel est retombé, en septembre, à un niveau très bas

« Les mesures de soutien et le plan de relance dopent l’activité, explique Bruno Ducoudré, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). De plus, les enquêtes semblent indiquer que les mesures sanitaires entraînent des pertes de productivité, les entreprises ont donc besoin d’embaucher à court terme pour compenser. Les créations d’emplois ralentiront sans doute quand les mesures sanitaires s’allégeront, et que l’on retrouvera des niveaux de productivité plus élevés. » Avec 520 000 travailleurs concernés, soit 3 % des salariés du privé, le chômage partiel est retombé, en septembre, à un niveau très bas, indiquent, vendredi, les chiffres de la direction statistique du ministère du travail (Dares). L’activité partielle de longue durée s’est, elle aussi, repliée, avec 180 000 salariés concernés, contre 220 000 en juin, soit une baisse de 18 %. Les embauches en CDI (+ 13,9 % au 2trimestre), elles, progressent plus vite que celles en CDD (+ 3,9 %).

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Le télétravail, mal aimé du travailleur japonais

Chronique. Le Japon ne fait pas exception à la montée du recours au télétravail observée depuis le début de la pandémie. Au printemps 2020, le télétravail a ainsi concerné jusqu’à 25 % des salariés japonais contre 6 % avant la crise. Cependant, dans le même temps, leur productivité a baissé d’environ 20 % en moyenne. Ce sont les deux résultats principaux d’une étude réalisée par l’économiste Toshihiro Okubo et ses collègues (« Teleworker Performance in the COVID-19 Era in Japan », Asian Economic Papers n°20/2, 2020).

Ces résultats sont doublement surprenants. Tout d’abord, le télétravail était très peu répandu au Japon avant la pandémie (notamment par comparaison avec l’Europe, où il concernait environ 20 % des salariés). Le gouvernement avait bien engagé depuis 2016 une politique de promotion du télétravail, sans obtenir de résultat ; ce qu’il n’a pas réussi à faire en quatre ans, la pandémie l’a réalisé en quelques semaines !

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Ensuite, on aurait pu penser que le télétravail permettrait d’augmenter la productivité de façon uniforme, notamment grâce à la réduction des temps de transport entre le domicile et le travail, qui sont au Japon parmi les plus élevés au monde ! Or, il n’en est rien : les mécanismes à l’œuvre sont plus complexes et se révèlent source d’inégalités entre les travailleurs japonais.

Le télétravail pas adapté aux entreprises

Pourquoi le télétravail n’était-il qu’une option si peu prisée au Japon ? D’une part, la politique de mobilisation des salariés implique, dans la conception managériale des entreprises, de longues heures de travail au bureau ou à l’atelier (même si elles sont en diminution depuis les années 1990).

D’autre part, la productivité repose principalement sur le travail en équipe et les échanges informels, qui rendent moins pertinent le travail à distance. C’est pourquoi la réforme initiée en 2016 par le gouvernement Abe, qui visait principalement à augmenter la productivité du travail par une réduction du temps de travail et le recours au télétravail, a échoué.

La baisse apparemment paradoxale de la productivité associée au recours accru au télétravail vient a posteriori confirmer que le télétravail n’est pas forcément adapté au mode d’organisation dominant des entreprises japonaises. Le mettre en œuvre de façon efficiente implique donc des changements organisationnels.

La taille de l’habitation et du foyer déterminante

Les chercheurs japonais ont analysé l’évolution de la productivité sur la base d’un indicateur dit « d’efficience productive », qui est mesurée de façon subjective par les travailleurs eux-mêmes. Cela permet ainsi d’avoir une indication sur la satisfaction des travailleurs, qui connaît également une forte baisse en moyenne. Derrière cette baisse moyenne de la productivité perçue se cache en fait une grande disparité : près de 30 % des travailleurs disent avoir maintenu leur efficience ou même l’avoir légèrement augmenté, tandis que plus de 50 % ont observé une baisse de cette efficience.

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