Logistique, fournisseurs, sous-traitants… Les nombreux emplois cachés de l’industrie

« Au début, on a tout fait faire en externe », se souvient Jennifer Maumont. Lorsqu’elle a l’idée de fonder en 2016, avec son compagnon, une marque d’accessoires « slow fashion », la cofondatrice de Jules & Jenn se retrouve vite confrontée à ce problème : elle ne dispose d’aucun atelier de production pour fabriquer ses modèles.

Forte de ses années d’expérience en tant que directrice marketing chez Christian Dior, l’entrepreneuse se tourne vers la solution largement déployée dans l’industrie de la mode : déléguer la fabrication à des ateliers de sous-traitance. « Dès le début, on a voulu travailler avec des partenaires pour toute la partie production, mais aussi la logistique pour l’envoi et la réception des produits, jusqu’à la conception de notre site », se souvient la créatrice.

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Aujourd’hui, la marque a internalisé certaines de ses activités et envisage de mettre sur pied sa propre manufacture. Mais l’entreprise de mode continue de déléguer : Jules & Jenn est à l’origine de 56 équivalents temps plein chez ses partenaires, dont presque 90 % liés à la production des modèles, contre 6 emplois en propre.

Externalisation dans les services

L’exemple de Jules & Jenn l’illustre, l’industrie fait vivre indirectement des millions d’employés et des intermédiaires codépendants les uns des autres : logistique, R & D, fournisseurs, sous-traitants… Si la désindustrialisation est une réalité en France, la baisse statistique de l’emploi industriel cache une réalité beaucoup plus complexe. « Les estimations des économistes évaluent entre 0,6 et 1,2 le nombre d’emplois indirects pour 1 emploi direct créé dans l’industrie », indique Vincent Charlet, délégué général du think tank La Fabrique de l’industrie.

Chez Coca-Cola France, pour un emploi direct créé, douze emplois indirects en découleraient en amont et en aval de la chaîne de valeur, selon une étude de l’institut Xerfi réalisée en 2018 pour la marque de boissons. Les statistiques avancées par les industriels sont parfois sujettes à de vastes débats. Une chose est sûre : « l’externalisation des emplois industriels, notamment dans le tertiaire, est une des raisons qui expliquent le phénomène de désindustrialisation », fait valoir Vincent Charlet.

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Quand, par exemple, Renault confie à Sodexo l’activité de restauration de ses salariés, les emplois ne disparaissent pas : ils sont « déplacés » vers ce sous-traitant. « Entre 1980 et 2007, un quart des pertes d’emplois industriels s’expliquent par l’externalisation dans le secteur des services », ajoute Vincent Charlet. Si l’emploi industriel à proprement parler a dégringolé en France, passant de 5,5 millions en 1970 à un peu plus de 3 millions d’emplois directs aujourd’hui (hors construction), les emplois tertiaires, eux, ont explosé, passant de 5,3 millions à 12,6 millions dans le secteur marchand sur la même période.

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Le dossier des 35 heures tend les relations entre les mairies et l’exécutif

Un agent de la propreté de la Ville de Paris, place d’Italie, le 31 mai 2019.

Le temps se resserre et le débat se tend. A moins de six mois de la présidentielle, la question du temps de travail des fonctionnaires territoriaux provoque un regain de nervosité entre le gouvernement et ses opposants. La loi sur la fonction publique d’août 2019, qui met un terme à tous les régimes dérogatoires, ordonne, en effet, aux communes d’imposer trente-cinq heures de travail hebdomadaire à leurs agents « au plus tard » le 1er janvier 2022. Les autres collectivités, départements et régions, ont un an supplémentaire.

Beaucoup de villes y sont déjà. « A peu près la moitié » des collectivités respectent les 35 heures, a déclaré la ministre de la transformation et de la fonction publiques, Amélie de Montchalin, jeudi 4 novembre, sur Europe 1. Les « trois quarts » de celles qui n’y sont pas « vont l’appliquer », a-t-elle poursuivi. Il reste donc une minorité qui paraît décidée à défier le gouvernement sur cette question.

Hidalgo « joue la montre »

Paris est le cas le plus emblématique. La maire, Anne Hidalgo, a concocté un plan avec les syndicats qui prévoit d’appliquer la loi, tout en accordant à tous les fonctionnaires municipaux trois jours de RTT justifiés par la « sursollicitation » des agents parisiens et les niveaux de bruit et de pollution atmosphérique auxquels ils sont exposés. Ce plan, dont le tribunal administratif de Paris a suspendu en référé, lundi 25 octobre, deux dispositions clés, a provoqué une nouvelle passe d’armes entre la candidate du Parti socialiste (PS) à l’élection présidentielle et la ministre.

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Paris, a fustigé Mme de Montchalin, jeudi, est « la seule commune qui, hier, m’a fait parvenir une lettre m’expliquant que, tribunal ou pas, ils ne changeraient rien ». Trois jours après la décision du tribunal, la mairie de Paris a, en effet, indiqué au préfet de Paris que « la programmation des prochaines séances du Conseil de Paris d’ici la fin de l’année ne permettra pas de mener le travail sur le sujet dans des conditions satisfaisantes ». Ces arguments, a rétorqué le préfet, Marc Guillaume, le 3 novembre, « ne sont pas de nature à respecter cette décision du juge des référés », rappelant que la ville doit « respecter cette décision à compter du 1er janvier 2022 ».

« Je pense qu’Anne Hidalgo se fourvoie sur une ligne dangereuse et qui n’est pas républicaine quand on se présente aux plus hautes responsabilités du pays », a commenté la ministre : « Il y a un principe en République, c’est la loi qui doit s’appliquer tant qu’elle n’est pas modifiée. » La candidate du PS « joue la montre, a-t-elle déploré. Elle pense manifestement que le calendrier de l’élection présidentielle va lui permettre de repousser un dialogue social qui est nécessaire. » Réfutant les accusations de « justice politique », elle a en outre évoqué « une justice qui sanctionne une mauvaise gestion ».

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L’Assemblée nationale vote le contrat engagement jeune

Lors d’un déplacement de Jean Castex, le 2 novembre 2021, à VItry-sur-Seine.

Annoncé mardi, il a été adopté deux jours plus tard. L’Assemblée nationale a approuvé, jeudi 4 novembre, la création du contrat engagement jeune (CEJ), dispositif destiné à prendre le relais, à partir de mars 2022, de la garantie jeunes pour ramener vers l’emploi ceux qui en sont le plus éloignés.

Les députés ont voté un amendement du gouvernement qui accorde 550 millions d’euros supplémentaires à la mission « travail et emploi » pour le financer, à l’occasion de l’examen du projet de loi de finances 2022. Le dispositif mobilisera par ailleurs 2,05 milliards d’euros des 5,4 milliards d’euros de budget affecté au plan 1 jeune, 1 solution. L’exécutif avait levé le voile mardi sur les détails de cette mesure, esquissée par le président de la République le 12 juillet et dont la présentation se faisait attendre depuis la rentrée.

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Le CEJ, qui pourra être proposé par Pôle emploi, les missions locales et d’autres acteurs publics et privés, doit permettre d’harmoniser les dispositifs existants d’aide aux jeunes NEET (ni en emploi ni en formation ni en études) et d’intensifier et personnaliser l’accompagnement qui leur est offert, en échange d’une allocation d’un maximum de 500 euros.

Dans le détail, 268 millions d’euros serviront à « renforcer le service public de l’emploi pour intensifier le suivi des jeunes placés » en CEJ, et 140 millions seront affectés au versement de l’allocation.

Le rapporteur pour avis de la commission des affaires sociales, le député Bernard Perrut (Les Républicains), s’est interrogé sur la « plus-value réelle » de ce nouveau dispositif par rapport à la garantie jeunes, et sur le « caractère réaliste » de l’objectif annoncé par le gouvernement mardi : 400 000 jeunes aidés en 2022, le double des 200 000 jeunes devant bénéficier de la garantie jeunes en 2021. « Nous ne voulons ni promouvoir l’assistanat à travers un RSA jeunes et encore moins soutenir des promesses qui ne respecteraient pas les jeunes qui doivent trouver confiance en l’avenir », a-t-il dit.

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Critiques du PS et de LFI

Mais les critiques les plus virulentes sont venues de la gauche de l’Hémicycle. « Le compte n’y est pas », a affirmé le député Boris Vallaud (Parti socialiste), reprenant la formule du secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger. Il a fustigé une réponse « tardive » et « insuffisante », alors que le nombre de NEET est estimé à un million.

François Ruffin (La France insoumise) a dénoncé un « rafistolage », un « bricolage de dernière minute » et une « forme de renoncement ». Il a souligné que dès 2021 il est prévu d’aider plus de 400 000 jeunes, via la garantie jeunes, gérée par les missions locales, mais aussi via l’accompagnement intensif jeunes (AIJ), piloté par Pôle emploi (objectif de 240 000 jeunes aidés en 2021).

La ministre du travail, Elisabeth Borne, a dit ne pas vouloir entrer dans la bataille des chiffres, soulignant l’amélioration de la situation économique depuis le début de l’année, et rappelant que le CEJ est un « droit ouvert » – d’autres jeunes au-delà des 400 000 pourront être accompagnés s’ils le souhaitent.

Pôle emploi proposera 100 000 CEJ en 2022, selon le ministère du travail, ce qui n’exclut pas que d’autres jeunes continuent de bénéficier de l’AIJ.

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Le Monde avec AFP

« On se projette dans le futur » : dans le Sud-Ouest, la sous-traitance aéronautique se réorganise

A l’usine Mecachrome de Sablé-Sur-Sarthe (Sarthe), en avril 2014.

« On est câblés de la même manière. » Avec son franc-parler, Gérard Russo, cofondateur et président de Ventana, une PME fondée à Narcastet (Pyrénées-Atlantiques), explique les raisons qui le poussent à se « marier » à Nexteam Group, un usineur situé à Marmande (Lot-et-Garonne). « Nos deux sociétés sont gérées de la même façon, et on partage des valeurs communes, comme l’attachement à nos collaborateurs », vante le dirigeant de cette entreprise spécialisée dans la mécano soudure, la mécanique et la fonderie de pièces moteurs et de structures pour le britannique Rolls-Royce et l’américain Pratt & Whitney.

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Autre point commun : affectés par la crise liée au Covid-19, qui a cloué au sol les avions, les deux fournisseurs ont subi une baisse de plus de 30 % de leur chiffre d’affaires. Cette fusion capitalistique, soumise à l’approbation de l’Autorité de la concurrence, devrait donner naissance à un important sous-traitant. Cette nouvelle entité totalisera 2 400 salariés et sera présente dans huit pays avec vingt-deux sites industriels. « C’est pas mal, ça commence à faire », se félicite Frédéric Gentilin, directeur général délégué de Nexteam Group, qui compte deux principaux clients, Airbus et Safran.

Cette union de raison est surtout économique : les clients seront plus nombreux, et l’éventail des métiers étendu. « Nous serons en capacité de répondre à des appels d’offres et d’investir », affirme M. Russo. L’Occitanie vit au rythme des réacteurs. Et c’est le moteur Airbus qui lui donne le tempo. Dès juillet, le constructeur montre des signes prometteurs de rebond, relevant les cadences de production de son best-seller A320 : de 45 exemplaires par mois à partir du dernier trimestre, elle passera à 64 avions mensuels dès juin 2023. Avec ces prévisions, c’est toute une filière qui respire. Car, en 2019, l’aéronautique faisait vivre 700 entreprises et 110 000 salariés.

« On relance la machine industrielle »

Pour anticiper cette reprise, Mecachrome, fabricant de pièces de structures et de moteurs d’avion, dont le siège social est désormais à Blagnac (Haute-Garonne), à proximité des donneurs d’ordre, a racheté Hitim, une PME qui produit pour Safran des axes de trains d’atterrissage et des arbres de moteurs d’avion à Annecy (Haute-Savoie) et à Roanne (Loire). « Son positionnement marché était intéressant pour nous, car nous n’étions pas sur ce secteur », commente Christian Cornille, le président, qui examine des « cibles » pour les racheter. « La reprise de sociétés est une façon de remonter en puissance et de concentrer nos forces. On relance la machine industrielle et on se projette dans le futur. »

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Un nouveau conflit chez Volkswagen affaiblit le patron, Herbert Diess

Le PDG de Volkswagen, Herbert Diess, à Zwickau, en Allemagne, le 23 juin 2021.

Un nouveau conflit violent a éclaté chez Volkswagen (VW), entre le patron du groupe, Herbert Diess, et les représentants des salariés, et nul ne sait comment il s’achèvera. En Bourse, la querelle a déjà fait dévisser de 4 % le cours dans la journée de mercredi 3 novembre. Face à leur dirigeant, les salariés ont apparemment dégainé l’arme la plus puissante dont ils disposent chez VW, le vote de défiance, assure le quotidien Handelsblatt. La phase qui s’ouvre, si aucun compromis n’est trouvé, pourrait aboutir à l’éviction d’Herbert Diess, qui dirige VW depuis avril 2018 et mène, depuis, une des plus grandes transformations jamais effectuées par le deuxième constructeur automobile mondial.

A Wolfsburg, au siège du groupe, la tension montait depuis plusieurs semaines. Le premier choc est survenu le 24 septembre, lorsque Herbert Diess a laissé entendre, lors d’une session du conseil de surveillance, que 30 000 emplois étaient menacés chez VW. Face à l’émotion suscitée par ce commentaire, il avait finalement précisé qu’il ne s’agissait que d’un « scénario extrême », dans le cas où l’entreprise ne parvenait pas à améliorer considérablement son efficacité et poursuivre sa transformation vers l’électrique et le numérique.

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Un second conflit a éclaté quelques jours plus tard, quand Herbert Diess a décliné sa participation à une assemblée du personnel prévue pour jeudi 4 novembre, pour pouvoir se rendre à une conférence d’investisseurs aux Etats-Unis. Daniela Cavallo, la nouvelle présidente du comité des salariés, le « Betriebsrat », traditionnellement très puissant chez VW, avait pris l’annonce comme un affront personnel et sévèrement critiqué cette décision, reprochant au patron de ne pas s’intéresser aux préoccupations des travailleurs, dans une situation où la pénurie de composants électroniques affecte la production. Finalement, M. Diess a changé d’avis. Il participera, jeudi, à cette réunion à haut risque.

Moderniser le groupe et baisser les coûts

Ce n’est pas la première fois qu’Herbert Diess est à deux doigts de la mise à pied. A l’été 2020, il n’avait sauvé son poste que d’extrême justesse, après des excuses officielles pour des propos accusatoires envers certains membres du conseil de surveillance. Quelques mois plus tard, une nouvelle querelle s’était installée sur la question de la prolongation de son contrat, qu’il exigeait avec deux ans d’avance. Cela avait été très mal perçu, renforçant son image de patron solitaire, peu enclin à se plier aux usages du groupe. Dans l’univers VW, les décisions importantes sont le fruit d’un compromis entre deux camps aux intérêts opposés : le comité des salariés et le land de Basse-Saxe, qui détient 11,8 % du capital du groupe et 20 % des droits de vote, alliés pour garder les emplois sur place, et la famille Porsche-Piëch, actionnaire à 31,3 % (53,3 % des droits de vote), plus soucieuse de la rentabilité et des résultats.

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« L’impasse. Comment Macron nous mène dans le mur » : réquisitoire contre « une aristocratie d’Etat endogamique »

Le livre. Voilà bientôt un demi-siècle que Guillaume Duval est engagé au sein de ce que l’on appelle la gauche de gouvernement. Après François Mitterrand en 1974 et 1981, l’ancien rédacteur en chef d’Alternatives économiques a soutenu activement Lionel Jospin en 1997 et appuyé François Hollande en 2012. « La politique que mène Emmanuel Macron depuis 2017, avec l’aide de beaucoup d’ex-socialistes, se situe aux antipodes de tout ce pour quoi je me suis battu depuis cinquante ans », affirme l’auteur de L’impasse. L’ouvrage décrypte les raisons de cet échec.

D’après l’ancien membre du Conseil économique, social et environnemental, une aristocratie d’Etat endogamique domine tout le spectre des partis de gouvernement. Elle s’est emparée en particulier du Parti socialiste, « devenu progressivement un parti de cadres animé quasi exclusivement par des hauts fonctionnaires issus de l’Ecole nationale d’administration. La présidence de François Hollande, avec la fameuse promotion Voltaire et dans son entourage direct un certain Emmanuel Macron, a été l’aboutissement, le sommet de cette évolution ».

La gauche sociale-libérale et la droite de gouvernement, dominées toutes deux par cette aristocratie d’Etat, mènent des politiques de plus en plus convergentes en matière économique et sociale, et partagent le même mépris pour les classes populaires. « Toutes deux considèrent que c’est la paresse supposée, le coût du travail trop élevé, les droits sociaux trop importants et la protection sociale trop étendue des salariés ordinaires qui sont à l’origine de nos difficultés économiques persistantes. » Emmanuel Macron incarne cette convergence, devenue une seule force politique, juge l’auteur.

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Face à l’autoritarisme d’Emmanuel Macron, Guillaume Duval appelle les syndicalistes français à se rapprocher tout en se renforçant : « Il faut un chèque syndical que chaque employeur doit verser à chaque salarié ; il faut renforcer les règles concernant les accords collectifs en portant le seuil de représentativité pour les valider au-delà de 50 %. »

Congés sabbatiques rémunérés

L’auteur milite aussi pour l’introduction de la codétermination à l’allemande pour introduire la démocratie dans l’entreprise. Ensuite, au lieu de vouloir faire travailler plus longtemps celles et ceux qui ont déjà un emploi dans un pays qui compte 6,4 millions d’inscrits à Pôle emploi, il invite à relancer la dynamique de réduction du temps de travail.

Proposer six mois de congés sabbatiques rémunérés tous les cinq ans, ou un an tous les dix ans, représenterait une réduction de 10 % du temps de travail tout en répondant à une demande sociale de temps de respiration supplémentaires, au cours d’une vie professionnelle devenue plus longue. Enfin, l’auteur souhaite le rétablissement d’un impôt sur la fortune et l’accroissement de la progressivité de l’impôt sur le revenu tout en relevant les minima sociaux.

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Passe sanitaire : l’Assemblée rétablit la possibilité d’y recourir jusqu’au 31 juillet 2022

L’Assemblée nationale a voté, dans la nuit de mercredi 3 à jeudi 4 novembre, le projet de loi de vigilance sanitaire, rétablissant notamment la possibilité de recourir au passe sanitaire jusqu’au 31 juillet 2022, une date que le Sénat avait ramenée au 28 février.

Le texte a été approuvé par 147 voix contre 125 et deux abstentions, au terme d’une nouvelle lecture, qui rétablit le texte, profondément modifié lors de la semaine dernière par la chambre haute, dans le sens souhaité par le gouvernement.

Après cette séance au Palais-Bourbon, les sénateurs doivent à nouveau plancher sur le texte plus tard dans la journée de jeudi. L’Assemblée nationale doit avoir le dernier mot vendredi lors d’une lecture définitive.

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Séance marathon

Quelque 500 amendements, provenant en large partie des bancs des Républicains (LR), mais aussi de la gauche, hostiles au projet de loi du gouvernement, ont été examinés lors d’une séance marathon, souvent houleuse, entamée mercredi en début d’après-midi, qui s’est terminée vers 3 heures du matin jeudi.

Le principal contentieux portait sur la possibilité de recourir au passe sanitaire jusqu’au 31 juillet prochain, date que le Sénat, dominé par la droite, avait ramenée au 28 février. Les sénateurs, comme les oppositions de droite et de gauche au Palais-Bourbon, dénoncent un « blanc-seing » donné au gouvernement sur une période qui « enjambe » les élections présidentielle et législatives. Le pouvoir a « peur d’avoir un débat sur ce sujet quelques semaines avant l’élection présidentielle », a lancé le député LR Julien Dive. La socialiste Lamia El Aaraje a accusé la majorité de « jouer avec la démocratie ».

Le ministre de la santé, Olivier Véran, a assuré que cette date permettait d’avoir de la « lisibilité et de la visibilité » quant à la progression du Covid-19, « qui continue de circuler », et les moyens de lutter contre. Le gouvernement a aussi rappelé qu’un débat parlementaire sur le sujet était prévu le 15 février, sans parvenir à convaincre les oppositions, qui réclament un examen en bonne et due forme de la politique gouvernementale, avec vote.

D’autres dispositions rejetées

Plusieurs parlementaires ont tenté en vain d’obtenir une abrogation sans délai du passe sanitaire, comme l’élu La France insoumise Michel Larive, qui a qualifié celui-ci d’« aberration démocratique et sanitaire ». Le rapporteur Jean-Pierre Pont (La République en marche) a, au contraire, salué un dispositif « souple et adaptable, qui a fait ses preuves ».

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Les députés sont également revenus sur la décision des sénateurs de supprimer une disposition controversée permettant aux directeurs d’établissement scolaire de connaître le statut vaccinal des élèves. Ils ont aussi rejeté des dispositions introduites par les sénateurs visant à « territorialiser » le recours au passe sanitaire en fonction du taux de vaccination et de la circulation du virus selon les départements.

Les Républicains et la gauche ont d’ores et déjà prévu des recours auprès du Conseil constitutionnel.

Le Monde avec AFP

Pourquoi le plein-emploi sur les plateaux de cinéma complique les tournages de films

Au printemps, quand le réalisateur Antoine Garceau est appelé par France 2 pour tourner une adaptation des Particules élémentaires de Michel Houellebecq, deux techniciens attrapent le Covid-19, un machiniste et un assistant caméra. Surprise : là où, il y a quelques années, pour ce tournage en Bretagne, deux coups de fil auraient suffi pour les remplacer, voilà qu’il faudra à la production des dizaines d’appels pour trouver à recruter.

« C’est dingo ce qui se passe, s’étonne le réalisateur depuis Athènes, où il tourne aux côtés de Cédric Klapisch et Lola Doillon, le quatrième volet – sous forme de série – de L’Auberge espagnole. Mais cette anecdote, tout le monde peut vous la raconter. » C’est Claire Denis qui tourne The Stars at Noon au Panama et peine à trouver une directrice de postproduction ; ce sont Olivier Nakache et Eric Toledano qui, en pleine deuxième saison d’En Thérapie, au printemps, ont du mal à trouver des techniciens mais également du matériel, des caméras : « On s’est retrouvé même en pénurie de batteries, qui sont fabriquées en Chine. »

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Il n’y aurait plus de rails de travelling sur Paris, dit la rumeur. Nous restera-t-il assez de câble ? s’interroge un régisseur… Panique à Hollywood-sur-Seine. C’est le grand paradoxe qui agite la profession : alors que le public n’est toujours pas revenu en masse dans les salles obscures, le milieu n’a jamais connu une telle euphorie. « C’est paradoxalement le plein-emploi », expliquait, au milieu d’un confinement qu’on croyait assassin pour le septième art, un Eric Toledano éberlué.

Marmite en ébullition

L’équation est pourtant simple : multiplication des tuyaux (les plates-formes – Netflix, OCS, Amazon, Apple TV, Mubi…) signifie multiplication des demandes de contenus, égale multiplication des tournages. Ajoutez à cela le triomphe des séries sur le petit écran – lesquelles engagent beaucoup plus de gens sur des périodes beaucoup plus longues, quelque 100 jours d’affilée pour 8 à 10 épisodes de cinquante-deux minutes –, et vous avez votre marmite en ébullition.

« Terminé le temps où les intermittents du cinéma avaient du mal à boucler leur nombre d’heures », dit Sandrine Paquot, directrice de production

« Terminé le temps où les intermittents du cinéma avaient du mal à boucler leur nombre d’heures », remarque Sandrine Paquot, qui vient de terminer le tournage du Astérix de Guillaume Canet, en tant que directrice de production. Epaulé par le régisseur pour la logistique, l’administrateur de production pour la comptabilité, et l’assistant à la mise en scène pour l’artistique, le directeur de production est en première ligne dans cette crise.

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Contrat d’engagement jeune : déception des associations et des syndicats

Copie à améliorer. Voilà, à grands traits, l’appréciation qui est portée sur le « contrat d’engagement jeune » par les associations et par les syndicats. Ces organisations attendaient beaucoup du dispositif dévoilé, mardi 2 novembre, par Emmanuel Macron et par le premier ministre, Jean Castex, pour favoriser l’insertion des moins de 26 ans en situation de précarité. Après les annonces du pouvoir exécutif, elles expriment souvent de la déception, tout en reconnaissant qu’il y a des avancées.

Le contrat d’engagement s’adresse aux jeunes qui, de façon durable, ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation – les NEET en anglais. A ces publics qui ne parviennent pas à trouver, seuls, un poste, il va être proposé de suivre un « parcours » de six à douze mois (parfois dix-huit, dans certains cas dérogatoires). Les bénéficiaires feront l’objet d’un « accompagnement intensif » de quinze à vingt heures par semaine, avec une « mise en activité systématique » sous diverses formes : stage ou immersion en entreprise, préparation à l’entrée dans un centre pour apprentis, service civique, etc. Ceux qui sont sans revenus ou qui en ont peu seront éligibles à une allocation pouvant aller jusqu’à 500 euros par mois. Les signataires du contrat qui ne tiennent pas leurs engagements cesseront d’être aidés, selon la logique de « devoirs et de droits » énoncée par M. Macron.

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La mesure présentée mardi a vocation à faire converger, voire à absorber les mécanismes déjà en place, parmi lesquels la garantie jeunes, qui est mise en œuvre par les missions locales. Quelque 550 millions d’euros supplémentaires sont prévus pour l’exercice 2022, l’objectif étant d’épauler 400 000 individus en 2022.

« Une forme de renoncement »

« Le président de la République et le gouvernement ont tracé un cadre commun à tous les outils existants dans un souci de simplification, ce qui est une bonne chose, en termes de lisibilité », commente Antoine Dulin, du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse. Autre point qu’il juge « positif » : le fait de « chercher 50 000 jeunes en situation de grande exclusion, en s’appuyant sur les associations ». Cette volonté d’« aller vers » ceux qui sont en rupture est « intéressante », renchérit Christophe Devys, du collectif Alerte, qui réunit des associations de lutte contre la pauvreté : « Nous sommes prêts à y participer », ajoute-t-il, même si la tâche s’annonce ardue, car elle implique une coordination avec d’autres opérateurs (missions locales, Pôle emploi…). Une telle démarche au profit de ceux qui « sont hors des écrans radars » est également saluée par Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité : « Il faut qu’elle soit opérationnelle rapidement, nous allons nous en emparer. »

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Contrat d’engagement jeune : le chantier inachevé

Le laborieux accouchement du contrat d’engagement jeune, annoncé mardi 2 novembre par Emmanuel Macron puis détaillé par son premier ministre, explique en grande partie le faible enthousiasme que son annonce a suscité. Durant trois mois, Bercy a bataillé pour réduire le champ du dispositif qui vise à attribuer une allocation pouvant aller jusqu’à 500 euros par mois aux moins de 26 ans cherchant à s’insérer sur le marché du travail. Le public potentiel était évalué à 1 million de bénéficiaires, mais Bruno Le Maire a mené croisade pour le réduire en invoquant le coût du dispositif (plusieurs milliards d’euros) et le risque de voir prospérer en France un RSA jeunes sans réelle contrepartie en matière d’emploi.

Le ministre de l’économie a finalement été entendu au-delà de ses espérances. La jauge est tombée entre 400 000 et 500 000 jeunes, le coût a été ramené à 550 millions d’euros. La sémantique elle-même a évolué : alors que, le 12 juillet, le président de la République avait évoqué la création d’un « revenu d’engagement », le nouveau dispositif a été rebaptisé « contrat d’engagement », afin de bien mettre en valeur l’équilibre entre droit et devoir, la perception d’une allocation d’un côté, la réalisation d’une démarche d’insertion de l’autre. Pas question d’accréditer l’idée que le gouvernement encouragerait l’assistanat, au moment où nombre d’entreprises, en pleine surchauffe, se plaignent de ne pas trouver la main-d’œuvre dont elles ont besoin.

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Mal né, le nouveau contrat n’en est pas moins intéressant, précisément parce qu’il concentre les moyens financiers et humains sur les publics les plus en difficulté, ceux qui ont décroché depuis des mois, si ce n’est des années. Il développe l’idée du « sur-mesure », en insistant sur la mobilisation de tous les acteurs : entreprises, monde associatif, missions locales mais aussi Pôle emploi, appelé, pour la première fois, à recruter des conseillers spécialement formés à l’accompagnement de ces jeunes décrocheurs. De quinze à vingt heures de formation ou d’accompagnement leur seront fournies chaque semaine pendant un an, avec l’espoir de leur remettre le pied à l’étrier.

La garantie jeunes améliorée

L’Etat ne part pas de rien. Il se fait fort d’améliorer la garantie jeunes, lancée sous le quinquennat de François Hollande, qui permet à la moitié des bénéficiaires de trouver un emploi six mois après leur sortie du dispositif. Ce faisant, il ne fait que corriger a posteriori l’une des grandes faiblesses du système scolaire français, qui laisse échapper chaque année, sans diplôme ni qualification, quelque 95 000 jeunes voués aux plus grandes difficultés d’insertion. Leur nombre a beau diminuer, il reste scandaleusement élevé.

La déception qui a prévalu à l’annonce du contrat d’engagement jeune montre que le gouvernement est loin d’avoir épuisé le sujet de la jeunesse. Certes, l’apprentissage a connu un bel essor durant le quinquennat, et la prolongation du plan « 1 jeune, 1 solution », lancé en juillet 2020, contribue à améliorer leurs possibilités d’insertion. Mais la précarité dont ils continuent d’être victimes accroît le risque de rupture générationnelle dans un pays vieillissant.

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Emmanuel Macron l’avait senti à la sortie du confinement. Il avait alors appelé à bâtir « un nouveau pacte entre les générations », en insistant également sur la nécessité d’une meilleure prise en charge des aînés. Ces deux chantiers restent malheureusement en jachère, notamment parce que la question du financement n’a toujours pas été clairement posée, ni clairement débattue. Espérons que la campagne présidentielle donnera l’occasion de le faire.

Le Monde