L’argot de bureau : Atawad a le don d’ubiquité

« A trop vouloir être partout au même moment, on n’arrive qu’à être nulle part tout le temps. » A méditer.

« Je ne peux pas être au four et au moulin ! » « Mais si, Marie-Pierre, le monde bouge ! Le travail, aujourd’hui, il est Atawad », répond Sébastien, manageur un brin agaçant. N’a-t-on jamais rêvé d’être à deux endroits en même temps, dans la même seconde ? Avec Atawad, c’est comme si c’était fait.

Ce mot aux airs orientaux est un acronyme, signifiant « any time, any where, any device » : on travaille n’importe quand, n’importe où, et sur n’importe quel support (Niqnioniqs en français, cela fait moins envie).

Vivre dans un monde Atawad, c’est avoir la possibilité d’être toujours connecté. Atawad est une marque déposée en 2002 par Xavier Dalloz, conseiller en communication, qui a traduit son invention : c’est la mobiquité, contraction de mobilité et ubiquité.

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Parti de la communication et du marketing, le concept a atteint les bouches de manageurs à mesure que se sont développés le télétravail et Internet. Commençons avec le temps : travailler « any time », c’est se doter d’horaires flexibles. Un jeune père de famille qui gère son site Internet la nuit, entre deux crises de son bébé, ou un amateur de grasse matinée qui préfère le créneau 12 heures-20 heures.

Attention, n’importe quand n’est pas tout le temps, et le fait d’être toujours disponible s’accompagne de garde-fous : imaginons un compteur numérique qui indique au salarié quand il a réalisé son quota d’heures journalier ou hebdomadaire.

L’absence de bureau ne permet pas de se déconnecter

Continuons avec le lieu, où la crise du Covid-19 a accentué le changement des habitudes : chez soi, dans l’entreprise, mais aussi dans des tiers-lieux comme des espaces de coworking, en fonction des tâches à effectuer. Puisque l’on est disponible et mobile, l’absence de bureau ne doit pas être un prétexte pour se déconnecter…

Enfin vient le device, ce avec quoi le salarié travaille : réunions virtuelles, logiciels d’entreprise, le tout depuis un ordinateur, une tablette ou un smartphone. C’est par exemple Karim, travaillant dans la publicité, répondant essoufflé en plein footing… avec sa montre connectée, car il aime parler à sa main.

Les appareils font de nous des êtres augmentés, et cette citation un brin datée de Bernard Pivot était visionnaire : « Vieux rêve de l’homme, la conquête de l’ubiquité repose dans un petit boîtier à portée de la main : la télécommande. Malheureusement, à vouloir être partout, le zappeur n’est plus nulle part. » (Le Métier de lire, Gallimard, 1990)

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