Lapeyre : la vente au fonds Mutares nourrit les craintes des salariés

Magasin Lapeyre au Chesnay (Yvelines), le 8 avril 2017.

Si, avec la crise sanitaire liée au Covid-19, le marché du bricolage a le vent en poupe, Lapeyre, lui, est en pleine tourmente. Ce spécialiste des équipements pour la maison se trouve au cœur d’un imbroglio économico-financier depuis que Saint-Gobain a annoncé, le 9 novembre 2020, être en négociation exclusive avec le fonds de redressement allemand Mutares pour céder ses dix usines en France et 126 magasins rassemblés sous l’entité Distrilap.

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Pour sortir de Lapeyre, déficitaire depuis 2012, Saint-Gobain apporterait 243 millions d’euros à la nouvelle société. Mutares injecterait 15 millions dans la machine. Quant au reste des financements nécessaires, il serait comblé par la vente de murs de magasins, à hauteur de 93 millions d’euros. Cependant, l’opération, qui devait être bouclée au premier trimestre 2021, prend du retard.

Inquiets de tomber entre les mains d’un fonds d’investissement, les salariés des magasins Lapeyre ont tout tenté pour freiner le processus. « On craint le pire. On ne tiendra pas plus de trois ans. Après on fermera dans le silence. Plus personne ne se souviendra de nous. L’objectif est de ne pas faire de mauvaise publicité à Saint-Gobain », craint Mohamed Ben Ahmed, délégué syndical central FO.

Plan stratégique

Il faut dire que fin 2020, des documents émanant d’un plan stratégique daté de septembre fuitent dans la presse. Ils mentionnent « 933 suppressions d’emplois d’ici à 2023 », sur un total de 3 500 postes. Mutares dément, évoquant « des documents de travail (…) aujourd’hui dépassés et obsolètes » car « construits préalablement à l’arrivée de Marc Ténart dans le projet » qui « a sauvé 6 500 emplois au sein de Conforama », dont il assurait la direction avant son rachat par But.

Passé aussi par le groupe Kingfisher (Castorama, Brico Dépôt…), M. Ténart, le futur président de Lapeyre, a été chargé d’établir le plan stratégique. « Ils nous ont dit que la situation économique avait changé, qu’il n’y avait désormais plus qu’un seul magasin dans le rouge. Mais c’est aussi parce qu’avec le Covid et le chômage partiel, la photo s’est embellie car les frais de personnel ont été réduits », lance Hervé Grillon, délégué syndical central à la CGT.

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Surtout, lorsque les représentants du personnel consultent certains documents liés à la cession de leur entreprise, entre le 15 février et le 8 mars, ils font une découverte. « Le plan de Mutares correspondait bien au document qui avait fuité quelques mois plus tôt et dont on nous disait qu’il était obsolète », s’étrangle M. Ben Ahmed. Ils apprennent aussi la fermeture des usines Giraud, d’Ouest Production, d’Azur Production et de SBL, programmée pour fin 2022.

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