Hauts-de-France : alerte sur la recrudescence d’accidents du travail depuis le déconfinement

Stagiaire cordiste, à Die (Drôme), en 2007.

Vendredi 26 juin, un cordiste de 48 ans a trouvé la mort en tombant du toit d’un silo de l’entreprise Nord Céréales, à Dunkerque (Nord). Avant lui, un couvreur avait fait une chute mortelle à Arras (Pas-de-Calais) : un barreau de l’échelle sur laquelle il s’était hissé acrobatiquement, depuis un balcon, a cédé, le projetant dix mètres plus bas. Mortelle encore, la chute de 15 mètres, dans la Somme, d’un conducteur de camion toupie qui, pour surveiller le déversement de son béton, a grimpé sur un toit de tôle qui a cédé sous son poids.

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Trois accidents du travail mortels, et autant d’accidents graves, liés à des chutes de hauteur dans les Hauts-de-France depuis le redémarrage de l’activité économique : un salarié tombé d’un échafaudage non protégé dans l’Oise, un apprenti couvreur de 18 ans tombé d’un toit non protégé dans la Somme, une autre chute d’un toit non protégé à Amiens…

« Relâchement »

Absence de barrières de protection, utilisation d’équipement inapproprié… La direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) des Hauts-de-France, service de l’Etat en charge, notamment, du respect de la réglementation du travail, a décidé d’alerter sur la situation dans un communiqué, jeudi 2 juillet. « Cette recrudescence d’accidents est sans commune mesure avec ce qu’on a connu sur l’ensemble de 2019 », s’inquiète Brigitte Karsenti, directrice régionale adjointe de la Direccte. Huit accidents mortels du travail liés à des chutes de hauteur avaient été recensés dans la région sur l’année.

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Pour expliquer cette recrudescence depuis le déconfinement, l’heure est encore aux hypothèses. « Cela peut être lié à des problématiques de désorganisation du travail [matériel indisponible, approvisionnements décalés]. Mais aussi à une volonté de rattraper le retard de commandes qui n’ont pu être honorées pendant le Covid. Cela peut favoriser les situations à risque », avance Cécile Delemotte, chef du service santé sécurité au pôle travail de la Direccte. Là où il aurait fallu installer une nacelle, on voudra aller plus vite en se servant d’une simple échelle. « Le fait de focaliser sur les risques liés au Covid a pu aussi contribuer à mettre au second plan l’information à la sécurité » ajoute-t-elle.

Ne pas avoir exercé pendant quelques mois a pu aussi favoriser un certain « relâchement ». « Nous voulons alerter ceux qui organisent le travail, les employeurs, les donneurs d’ordre, les maîtres d’ouvrage : il est de leur responsabilité d’organiser la reprise d’activité en sécurité, en anticipant les risques, insiste Brigitte Karsenti, qui a sensibilisé dès cette semaine les partenaires sociaux. Il faut que chacun soit vigilant à son niveau. » La Direccte a ainsi demandé aux inspecteurs du travail de renforcer leurs contrôles.

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