En Espagne, le gouvernement approuve un avant-projet de loi instaurant un congé menstruel

Pour les uns, c’est la reconnaissance tardive d’une douleur que de nombreuses femmes affrontent sans oser en parler à leur employeur. Pour les autres, c’est une mesure risquée qui associe le fait d’être femme à une maladie et menace de creuser davantage les inégalités en freinant l’embauche des femmes.

Après un débat intense, y compris au sein de la coalition de gauche au pouvoir, le gouvernement espagnol a approuvé, mardi 17 mai, en conseil des ministres, l’avant-projet de loi de santé sexuelle et reproductive et d’interruption volontaire de grossesse, incluant un nouveau droit social pour les femmes : le congé menstruel.

La mesure permettra à celles qui souffrent de règles « invalidantes » (douleur intense, crampes, coliques, nausées…) de disposer d’un arrêt maladie rémunéré par la sécurité sociale, après une première consultation médicale. Si, en Asie, plusieurs pays comme le Japon, la Corée du Sud ou l’Indonésie accordent depuis longtemps des congés menstruels, l’Espagne pourrait devenir le premier pays d’Europe à adopter une telle mesure. « C’est une des questions les plus révolutionnaires et qui définit le mieux ce gouvernement de coalition, qui prend des mesures pour améliorer la vie [des femmes] », s’est félicitée la ministre de l’égalité, issue du parti de la gauche radicale Podemos.

Des frictions au sein du gouvernement

L’avant-projet de loi n’en a pas moins suscité des frictions au sein du gouvernement. Lorsque le brouillon, rédigé par le ministère de l’égalité, a été diffusé dans la presse, mercredi 11 mai, la vice-présidente de l’exécutif et ministre de l’économie, la socialiste Nadia Calviño, avait prévenu que le gouvernement n’allait « jamais adopter de mesures stigmatisant les femmes ».

« Ce qui stigmatise, c’est de ne pas avoir la sensibilité suffisante pour comprendre que les hommes et les femmes sont différents et que le monde du travail n’est pas neutre », a rétorqué la deuxième vice-présidente du gouvernement et ministre du travail, la communiste Yolanda Diaz. Le chef de l’opposition, le président du Parti populaire (PP, droite), Alberto Nuñez-Feijoo, s’en est mêlé : « C’est le médecin qui donne [l’arrêt maladie], pas la seconde vice-présidente du gouvernement, contre la volonté de la première vice-présidente. »

Jusque-là, il était en théorie possible de demander un arrêt maladie à son médecin en cas de règles douloureuses, mais la salariée n’était couverte et rémunérée qu’à partir du quatrième jour d’absence, et à condition de cumuler 180 jours de cotisations sociales durant les cinq dernières années.

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