Coronavirus : « Commençons par faire des métiers très féminisés, sous-payés, qui contribuent au bien-être de tous, des métiers valorisés »

Tribune. La crise actuelle due à l’épidémie de Covid-19 met en lumière la contradiction qui existe entre, d’un côté, l’apport essentiel de certains métiers pour le bien-être général et, de l’autre, la faiblesse de leur rémunération et de leur reconnaissance au plan symbolique comme économique. Cette contradiction est particulièrement flagrante pour un ensemble de métiers très féminisés.

Les femmes qui exercent des métiers du « care » (soin aux personnes), infirmières, aides-soignantes, agentes hospitalières d’entretien, aides à domicile, assistantes maternelles, etc., sont aujourd’hui en première ligne pour soigner les patients atteints de Covid-19, s’occuper des personnes âgées dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ou se déplacer à leur domicile, garder les enfants de celles et ceux obligé.es d’aller travailler. Jusqu’alors leur travail était invisible, prolongeant de fait leur assignation aux tâches domestiques, de soin et d’aide au sein de la famille.

D’autres femmes exerçant dans des secteurs plus mixtes, tels que la grande distribution, sont aujourd’hui néanmoins surexposées car très présentes dans les métiers nécessitant un contact direct avec le public, telles les caissières. Elles exercent, elles aussi, une fonction qui se révèle vitale à la lumière de la situation actuelle : permettre l’approvisionnement alimentaire.

En finir avec le smic à vie

Déjà en « temps normal » les conditions de travail des caissières sont éprouvantes. Majoritairement embauchées à temps partiel, et donc avec un salaire partiel – un smic partiel –, leurs horaires variables d’une semaine sur l’autre et l’obligation d’effectuer des heures complémentaires permettent aux employeurs d’adapter en permanence leur présence aux flux de clientèle. Les critères de rentabilité sont restés prévalents après le déclenchement de l’épidémie et elles ont dû se battre pour obtenir des mesures de protection minimales.

Quant aux infirmières, il n’est pas acceptable que leur niveau de rémunération par rapport au salaire moyen soit en France le plus bas des pays de l’OCDE

Toutes ces travailleuses, dont les conditions de travail sont exténuantes, les compétences non ou mal reconnues, les salaires très bas et sans évolution, sont soudain portées aux nues. Il a fallu une pandémie pour que l’on reconnaisse que leur travail joue un rôle irremplaçable en termes de lien social et répond à un besoin vital.

Les qualifications de ces salariées doivent être reconnues en prenant en compte leurs savoir-faire relationnels et techniques et en leur conférant un statut. Les qualités relationnelles requises pour ces emplois (capacités d’écoute, disponibilité, instauration de la confiance, etc.) sont considérées comme « naturellement féminines » et ne sont donc pas valorisées comme compétences, alors qu’elles résultent en grande partie de l’apprentissage dans la sphère familiale du rôle social attribué aux femmes.

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