« C’est une perte de temps » : désillusionnés et frustrés, nombre d’Indiens quittent le marché du travail

« C’est une perte de temps » : désillusionnés et frustrés, nombre d’Indiens quittent le marché du travail

De jeunes indiens participent à une session pour espérer rejoindre l’armée, à Kochi, dans l’Etat de Kerala (Inde), le 10 août 2022.

Ils sont des millions à avoir jeté l’éponge au cours des cinq dernières années. Frustrés de n’avoir pu trouver un emploi convenable, plus de la moitié des 900 millions d’Indiens en âge de travailler ne se donnent même plus la peine de chercher. Un chiffre colossal, issu des données du Center for monitoring Indian Economy (CMIE), un groupe de réflexion basé en Inde, à Bombay. « Pour le moment, je n’envisage même pas de rechercher un travail », admet Apeksha Gurnani, une jeune diplômée en marketing de 22 ans.

Après l’obtention de sa licence en juillet 2021, elle avait pourtant décroché un poste dans une agence de publicité de Gurgaon, située dans la banlieue de New Delhi. Mais elle a vite déchanté. « Je travaillais du matin au soir, quasiment sept jours sur sept, pour un salaire mensuel de 25 000 roupies [environ 300 euros] », explique la jeune femme originaire de Lucknow, dans l’Etat de l’Uttar Pradesh. Une rémunération insuffisante pour garantir son indépendance financière dans la capitale indienne.

« Je ne m’en sortais pas, mon père payait tous les mois mon loyer. Quel est l’intérêt d’investir des centaines de milliers de roupies dans nos études ?, s’interroge-t-elle, près de six mois après avoir quitté son emploi. Je m’attendais à un avenir meilleur, mais après quelques mois à travailler, j’ai compris quel serait le scénario. » Si l’on en croit les chiffres du CMIE, entre 2016-2017 et 2021-2022, le taux d’activité en Inde serait passé de 46 % à 40 % du total de la population.

Economie informelle

Les données du gouvernement diffèrent néanmoins, et enregistrent pour leur part une augmentation du taux de participation de 36,9 % en 2017-2018 à 41,6 % en 2021-2022. « Le gouvernement considère qu’une personne est en activité si elle a été employée ne serait-ce qu’une heure au cours des sept derniers jours », souligne Mahesh Vyas, le directeur du CMIE. Ce think tank considère, lui, qu’une personne est employée uniquement si elle a travaillé, le jour de l’enquête téléphonique, une bonne partie de la journée.

« Cette diminution du taux d’activité [enregistrée par Le CMIE] est liée au manque d’opportunités, les travailleurs quittent le marché du travail car ils sont déçus », estime Mahesh Vyas. C’est ce que l’on appelle les « décrocheurs découragés », abonde l’économiste Arup Mitra. « Si vous ne parvenez pas à trouver un emploi désirable après un certain temps, alors vous finissez par abandonner », estime ce professeur affilié à l’Institut de la croissance économique, un centre de recherche de Delhi.

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