A la recherche de la compétitivité perdue de la France

Des salariés de la  Fonderie de Bretagne, propriété de Renault, protestent contre la mise en vente du site, à Caudan (Morbihan), le 30 avril 2021.

Dossier. Que pèse la France industrielle sur l’échiquier mondial ? De moins en moins, si l’on en juge par les derniers indicateurs de compétitivité. Et, pour une fois, pas besoin d’incriminer les Chinois. En 2020, sur le seul marché européen, la part des produits français a reculé d’un point. Ils ne représentent plus que 13,5 % des ventes totales de la zone euro, contre 18 % en 2000. C’est toute l’histoire de la désindustrialisation qui défile derrière ces chiffres, symbolisée par la disparition des grandes usines automobiles et de leurs centaines de milliers d’emplois. On avait pourtant cru à une amélioration entre 2017 et 2019. Mais, soudain, c’est la rechute.

Cette « dégradation marquée », selon l’institut COE-Rexecode qui a publié ces chiffres en mars 2021, est bien sûr imputable au recul des échanges internationaux lié à la crise sanitaire. Celle-ci a durement affecté certains secteurs traditionnellement exportateurs, comme l’aéronautique. Mais cela n’explique pas tout… « Ce qui est préoccupant, c’est que l’on assiste à une chute générale des parts de marché à l’export pour chaque catégorie de produits, ce qui n’est pas le cas dans les pays voisins, précise Emmanuel Jessua, directeur des études chez COE-Rexecode et auteur de la note. Les mauvaises performances françaises ne s’expliquent donc pas par un effet de spécialisation. »

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La France avait sensiblement regagné du terrain ces dernières années grâce notamment aux mesures prises depuis 2012 par les différents gouvernements. Très contesté sur le plan politique, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), porté par François Hollande, a joué un rôle dans cette amélioration relative, en allégeant le coût du travail. De son côté, la baisse de l’impôt sur les sociétés, qui a rejoint le niveau de celui en vigueur en Allemagne (28 %), a également eu un effet positif, tout comme la nouvelle convergence des politiques économiques menées des deux côtés du Rhin.

Abaissement des coûts du travail ou de la fiscalité

Comment sortir, dans ces conditions, du trou d’air de 2020 ? Certes, sur le volet fiscal, l’effort se poursuit. « La baisse des impôts de production de 10 milliards d’euros, contenue dans le plan de relance de fin 2020, représente un gros effort budgétaire, reconnaît Emmanuel Jessua. Mais on partait de très haut. Les impôts de production qui représentaient 3,2 % du PIB sont tombés à 2,8 %. Nous restons encore très au-dessus de la moyenne de la zone euro, qui est de 1,6 % tandis que l’Allemagne est à 0,4 %. »

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« La réforme de l’assurance-chômage va clairement dans le bon sens »

Tribune. L’assurance-chômage a joué un rôle essentiel durant cette crise en protégeant les ménages. La couverture exceptionnelle de ce régime en France ne doit cependant pas faire oublier ses dérives. A la faveur de réformes successives voulues par les partenaires sociaux, le régime est aussi devenu une machine à fabriquer de la précarité, source de chômage et de déficits quasi permanents.

L’introduction du système d’activité réduite permet de travailler tout en étant indemnisé. Associé à l’ouverture de droits dès quatre mois de travail, à la règle de « 1 jour travaillé 1 jour indemnisé », à l’instauration du rechargement des droits dès qu’on reprend un emploi, ainsi qu’à un mode de calcul de l’allocation très favorable aux contrats courts, ce système a favorisé l’explosion des emplois précaires.

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Il est désormais possible de gagner presque autant en travaillant la moitié des jours dans le mois qu’en travaillant à temps plein, et cela sans limitation de durée. Les employeurs le savent et n’ont plus aucun frein à offrir ce type de contrat. Depuis dix ans, le nombre de CDD de moins d’un mois a augmenté de 150 % ! On y recourt désormais dix fois plus qu’en Allemagne et cinq fois plus qu’au Danemark.

Une indemnisation qui reflète mieux la quotité de travail

La réforme du gouvernement, âprement contestée, vise à freiner cet emballement aussi coûteux qu’inéquitable. Le système actuel contrevient à une règle fondamentale qui veut qu’on ne gagne pas plus au chômage qu’en travaillant. L’allocation versée un mois donné est calculée actuellement sur la base des seuls jours travaillés, si bien qu’il est possible de percevoir à la fin du mois une allocation deux à trois fois plus élevée que son ancien salaire, à condition de n’accepter que des contrats courts !

Prenons une personne travaillant à mi-temps en CDI pendant un an, et une autre travaillant 15 jours par mois en CDD courts pendant un an. Dans ces deux configurations, la quotité de travail est la même. Une fois au chômage, l’allocation mensuelle est de 64 % du salaire mensuel antérieur pour la personne à temps partiel mais passe à 128 % – le double – dans le cas du CDD par intermittence. Et l’augmentation de revenu en entrant au chômage peut être encore plus élevée pour des durées de contrat plus courtes.

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La réforme vise à instituer une indemnisation qui reflète mieux la quotité de travail et le revenu antérieurs des allocataires de l’assurance chômage. À cette fin, il est désormais tenu compte de tous les jours, y compris ceux non travaillés, dans la limite d’un plancher, afin de définir un revenu du travail moyen comparable pour tous. Avec cette méthode, le montant des allocations devient identique dans les deux cas cités précédemment.

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Elisabeth Borne et Clément Beaune : « L’heure est venue de renforcer l’Europe sociale »

Le président de la République, Emmanuel Macron, et le premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, à Porto, le 7 mai 2021.

Tribune. Disons-le d’emblée, l’Europe a été au rendez-vous de la crise économique et sociale. En dépit des critiques qui lui sont adressées, elle a montré sa capacité à se mobiliser vite et fort. Les règles budgétaires ont été assouplies. Pour protéger les emplois et les salariés, un instrument européen de refinancement du chômage partiel a été créé. Surtout, les Etats membres se sont accordés sur un plan de relance inédit. Quarante milliards d’euros bénéficieront directement à la France, dont sept milliards pour financer le soutien à l’emploi, à la formation et à l’apprentissage. En d’autres termes, l’Europe protège.

Dans ce domaine, la proclamation du socle européen des droits sociaux, à Göteborg (Suède), en 2017, a constitué un tournant important. Elle a permis à l’Europe de réaffirmer son ambition sociale et de se saisir de questions essentielles telles que l’égalité des chances, l’accès à l’emploi ou la protection sociale. Et, depuis trois ans et demi, nous avons avancé : protection des travailleurs précaires, création d’un congé paternité de dix jours pour tous les Européens, directive sur le travail détaché avec application du principe « à travail égal, salaire égal sur un même lieu de travail ». Dans tous ces domaines, l’Europe a agi, sous l’impulsion de la France et du président de la République.

Lire l’entretien : Clément Beaune : « Si l’Europe ne réussit pas son plan de relance, elle aura créé une immense déception démocratique »

Notre Union n’est en effet pas uniquement une Europe des marchés et des capitaux, mais aussi – et d’abord – une Europe au service de ses citoyennes et de ses citoyens, qui place la protection et la solidarité au cœur de ses valeurs. Alors que la crise va laisser des traces profondes dans nos sociétés, il est plus que jamais de notre responsabilité de montrer aux Européens que l’Europe est un espace qui les protège et les aide à se projeter vers l’avenir. L’heure est venue de renforcer concrètement l’Europe sociale.

Un salaire pour vivre dignement

Le plan d’action proposé par la Commission pour mettre en œuvre le socle des droits sociaux et le Sommet social de Porto sera déterminant. Alors que la France prendra la présidence de l’Union européenne en janvier 2022, un certain nombre de chantiers nous semblent essentiels à la construction de l’Europe sociale de demain.

Lutter contre les distorsions de concurrence, en travaillant à une convergence sociale vers le haut

Il nous faut d’abord assurer un socle de protection à tous les travailleurs. En veillant, d’une part, à ce que chaque salarié européen bénéficie d’un salaire qui lui permette de vivre dignement. C’est tout l’enjeu du projet de directive sur les salaires minimaux en Europe que nous défendons, et qui nous permettra de lutter contre les distorsions de concurrence en travaillant à une convergence sociale vers le haut. En veillant d’autre part à ce que l’Europe protège tous ses travailleurs, sans exception.

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Dans l’Aisne et la Somme, « le plan de relance, on n’en a pas vu la couleur »

La tête d’un avion A320 exposé dans le quartier de la gare d’Albert (Somme), le 10 février.

Ici, on fabrique des bracelets de montre qui valent plus cher qu’un iPhone. Certaines pièces montent même à 10 000 ou 15 000 euros. Cousus à la main, les modèles partent ensuite chez « Cartier, Rolex ou Patek Philippe », égrène fièrement Laurence – les prénoms des salariés ont été modifiés –, une ancienne de la maison Camille Fournet, sous-traitant de grandes marques d’horlogerie implanté à Tergnier, petite commune rurale de l’Aisne.

Laurence a 40 ans, deux enfants en bas âge, un mari au chômage depuis six ans, et a été licenciée il y a quelques mois. Comme Marine, « la cinquantaine », congédiée elle aussi, alors même, dit-elle, qu’elle était en arrêt maladie. Au total, 14 ouvrières de cet atelier, qui n’emploie presque que des femmes, payées au smic ou un peu plus, ont été licenciées depuis l’été 2020, soit 6 % des effectifs.

Pourtant, l’entreprise, comme d’autres dans la région, a été sélectionnée pour toucher une subvention de 500 000 euros dans le cadre du plan de relance au titre du « soutien à l’investissement industriel dans les territoires ». Camille Fournet, qui a subi une « baisse de 30 % à 40 % de son activité » pendant le premier confinement selon son directeur général adjoint Jean-Yves Basin, affirme que l’argent va lui permettre de se moderniser pour réduire de moitié le temps de fabrication des bracelets et de recruter « 30 salariés à terme ». Mais l’opération a du mal à passer chez « les filles », comme elles disent.

« Ça m’écœure que Camille Fournet licencie alors qu’ils touchent des aides de l’Etat, s’emporte Marine. Il n’y a eu aucune contrepartie. Je croyais que le luxe, ça marchait bien. Je suis en colère, ils nous ont jetées dehors sans même regarder nos situations familiales. » Le jour de son licenciement, Laurence a travaillé toute la journée. « A 17 heures, ils m’ont appelée et m’ont dit “tu ne remets plus les pieds dans l’atelier”. Ils m’ont juste dit que les commandes avaient baissé. Ils ont changé les codes du parking pour qu’on ne puisse plus rentrer, ils avaient peur qu’on casse tout. »

Incompréhension et indignation

Parmi les ouvrières licenciées, certaines veulent aller aux prud’hommes. Les élus locaux, eux, sont prudents. Pour la petite municipalité de Tergnier, la présence de Camille Fournet est essentielle. C’est l’un des plus gros employeurs de cette ville ouvrière aux maisons en brique rouge, qui a vu partir les usines les unes après les autres. « Je ne veux pas tirer sur une entreprise locale, il y a de l’emploi en jeu », admet Aurélien Gall, adjoint au maire dans cette ville communiste où Marine Le Pen est arrivée en tête en 2017, comme dans toutes les communes environnantes. « Et puis la marge de manœuvre des villes est faible », soupire-t-il.

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Ascoval et Hayange : le groupe Liberty Steel cherche des repreneurs éventuels

Le drapeau de Liberty Steel flotte au-dessus de l’aciérie de Dalzell, en Ecosse, le 8 avril 2016.

Moins d’un an après avoir racheté les sites français de Saint-Saulve (Nord) et d’Hayange (Moselle), le groupe sidérurgique Liberty Steel a lancé la recherche de repreneurs, a-t-on appris, samedi 8 mai, auprès de l’entreprise. Le groupe britannique, dans la tourmente à cause des difficultés de son propriétaire, le magnat de l’acier Sanjeev Gupta, reste toutefois en quête de financement pour sauver les deux sites.

« Nous restons confiants dans notre capacité à sécuriser de nouveaux financements », mais, « dans le même temps, nous avons commencé, par prudence, à explorer des options de vente pour ces entreprises et nous inviterons les parties intéressées à soumettre des offres », a fait savoir le groupe dans une déclaration transmise à l’Agence France-Presse (AFP), confirmant des informations du Financial Times.

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Liberty Steel, propriétaire notamment de l’aciérie Ascoval, située à Saint-Saulve, et de l’usine de rails d’Hayange, est confronté à des difficultés, dans le sillage du dépôt de bilan de la société britannique de financement Greensill. Cette dernière est un important financeur de la maison mère de Liberty Steel, GFG Alliance, propriété de l’homme d’affaires indo-britannique Sanjeev Gupta.

L’entreprise a mandaté la banque Rothschild pour ce projet de cession, ont fait savoir à l’AFP plusieurs sources concordantes.

Vingt millions d’euros à trouver

« Pour l’instant, Sanjeev Gupta cherche toujours à se refinancer, mais officiellement on se met en condition pour une mise en vente s’il ne trouve pas les fonds nécessaires pour maintenir Hayange et Ascoval », a réagi à l’AFP Grégory Zabot, élu CFDT du site d’Hayange. « Les deux processus sont en parallèle », a-t-il ajouté, craignant surtout que cela ne repousse – voire annule – des investissements prévus à l’été sur le site.

L’Etat a annoncé, à la fin de mars, qu’il allait débloquer un prêt de 20 millions d’euros à Ascoval pour permettre à l’aciérie, à l’histoire déjà mouvementée, de payer les salaires et de poursuivre l’activité. Mais selon Nacim Bardi, délégué CGT du site, Liberty Steel doit encore trouver 20 millions d’euros supplémentaires.

« Au moment où on a eu le CSE extraordinaire [le 29 avril], Liberty n’était pas vendeur, Liberty était toujours à la recherche des 20 millions. Après, peut-être que la donne a changé, si maintenant il est vendeur, tant mieux. (…) Nous, on veut un nouveau repreneur », a-t-il affirmé à l’AFP. « Etant donné la vigueur du marché de l’acier et la grande qualité des produits que nous faisons, nous restons confiants dans notre capacité à sécuriser de nouveaux financements », affirme samedi Liberty Steel.

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Contacté, le ministère de l’économie n’a pas souhaité faire de commentaire. Outre Liberty Steel, la faillite de Greensill a aussi mis en difficulté d’autres activités de la galaxie Gupta en France. Les trois équipementiers automobiles appartenant au groupe Alvance ont été placés en redressement judiciaire à la fin d’avril.

Il s’agit des sites Alvance Poitou Fonte et Alvance Aluminium Poitou, situés à Ingrandes (Vienne), ainsi que d’Aluminium Wheels, situé à Diors près de Châteauroux (Indre), qui totalisent environ 850 salariés. Pour éviter sa liquidation et donner le temps de trouver un repreneur, l’Etat a octroyé au début de mai un prêt de 10 millions d’euros à la société Alvance.

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Le Monde avec AFP

Chute mortelle d’un cordiste à Nîmes : « Apparemment, tout le monde était pressé sur ce chantier »

Pour expliquer les causes de la mort de Mickaël Beccavin, survenue après une chute de plus de 10  mètres le 6 mars 2018 à Nîmes (Gard), on peut zoomer sur l’extrémité d’une corde effilochée. Ou opter au contraire pour le plan large, à même d’englober ce qu’était en 2018 l’immense chantier du Trigone, devenu aujourd’hui cet ensemble d’immeubles colorés qui accueille le visiteur dans la ville dès la sortie de la gare.

C’est entre ces deux points de vue sur un même drame que l’audience a navigué tout au long de la journée du vendredi 7 mai, au sein du tribunal correctionnel de Nîmes. Deux entreprises comparaissaient pour homicide involontaire : la société de travaux sur cordes Sud Acrobatic, et l’entreprise Eiffage Construction Gard. Poursuivie pour le même chef d’accusation, mais liquidée en 2019, la société Ciciarelli, chargée de la confection des balcons, n’était pas représentée. Au grand dam des parties civiles, qui déploraient que seules les personnes morales aient été poursuivies, mais ni le chef de chantier ni le coordonnateur de la sécurité.

Il y a donc cette corde fatale à laquelle Mickaël Beccavin s’est accroché le 6 mars 2018. Suspendu au-dessus du vide, il œuvrait cet après-midi-là à la pose de balcons métalliques : soulevés par une grue, ceux-là devaient être fixés manuellement à la façade d’une future résidence pour étudiants. Après la pose de quatre balcons sur la travée de gauche, le grutier présente un balcon de la mauvaise taille, destiné à la travée de droite. L’équipe de trois cordistes décide alors de changer l’ordre d’installation et Mickaël Beccavin amorce une translation sur la travée de droite.

Pourquoi ce choix plutôt que d’attendre les deux derniers balcons de gauche, comme le prévoyait le programme du jour ? Ni le dossier – dont même le ministère public déplorera qu’il n’ait pas été confié à un juge d’instruction – ni l’audience – lors de laquelle aucun témoin de l’accident n’a été entendu – ne le diront. Mais Sébastien Gimard, gérant de la société Sud Acrobatic, aura cette phrase, quelques minutes après son arrivée à la barre, qui marquera l’audience : « Apparemment, tout le monde était pressé sur ce chantier. »

Suspendu à une seule corde

Pour travailler sur la droite, Mickaël Beccavin doit s’accrocher sur un autre jeu de longes qui descend du toit, en prenant garde de toujours être tenu par deux cordes, une de travail, l’autre de sécurité. Mais, pour une raison inconnue, il ne s’est trouvé suspendu qu’à une seule. Celle-là a-t-elle alors rompu, ou était-elle déjà coupée lorsqu’il s’y est accroché ? Lorsque le cordiste a commencé sa descente en rappel, il est tombé dans le vide. Il avait 39 ans. Une fille de 9 ans. Un père, une mère, un frère, une sœur, une ex-compagne – tous les cinq présents à l’audience, traumatisés.

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« La concertation entre employeurs et travailleurs a amélioré la résilience de l’économie à la brutalité de la crise »

Tribune. Des centaines de milliers de saisonniers traversant l’Europe saisie par la pandémie pour venir aider aux récoltes ont dû faire face à une mosaïque de règles frontalières incohérentes. Des pêcheurs européens ont été immobilisés dans l’Atlantique en raison de la fermeture des ports de débarquement au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Des employés de commerce des grandes villes ont été agressés par des clients en raison de pénuries de certains biens de consommation et des mesures obligatoires de distanciation sociale.

Des imprimeurs ont été confrontés à des pénuries de solvants à cause de l’explosion de la demande de gel hydroalcoolique. Des techniciens en télécommunications ont même été harcelés parce que, disait la rumeur des réseaux sociaux, la 5G favoriserait la pandémie ! Comment employeurs et travailleurs ont-ils géré de telles situations, parfois totalement inattendues ?

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L’Institut syndical européen s’est penché sur les négociations sociales entre représentants d’employeurs et de travailleurs au niveau européen. Quelque trente secteurs d’activité économique, allant de l’hôtellerie-restauration aux services de sécurité privée en passant par le tourisme, le transport, l’agriculture et la pêche, le spectacle vivant, etc., ont été passés au peigne fin, à la lumière des mesures prises ou demandées à l’Europe et aux gouvernements pour tenter de surmonter les conséquences concrètes de la pandémie dans leur secteur (« “Union sacrée ? Les partenaires sociaux sectoriels face à la crise du Covid-19 en Europe », Christophe Degryse, rapport de l’ETUI 2021-4).

Une gestion sectorielle

Il est vrai que la gestion de la pandémie par les autorités publiques a été principalement sectorielle. La plupart des mesures prises depuis plus d’un an portent sur l’ouverture ou la fermeture des écoles, des commerces, des restaurants et des cafés, des administrations publiques, de la culture, du tourisme…

Bien malgré eux, ces secteurs constituent la principale variable d’ajustement à la pandémie. Et les interdépendances créent des effets dominos. Par exemple, employeurs et travailleurs de la pêche maritime fournissent près de 50 milliards de repas par an aux Européens ; lorsque, en début de pandémie, ils avertissent la Commission européenne que les navires de pêche risquent de devoir arrêter leurs opérations, on prend conscience que la priorité sera de trouver les conditions d’un maintien à tout prix de l’activité économique.

Comment adapter en quelques jours les chaînes d’approvisionnement, les services de transport, la logistique, l’activité portuaire − sans laquelle 75 % des marchandises auraient été purement et simplement bloquées en Europe au printemps 2020 ? L’analyse du dialogue social sectoriel européen en temps de pandémie apporte plusieurs enseignements.

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Le mauvais chiffre du chômage en avril provoque un débat sur la politique de Joe Biden

Le président Joe Biden, en conférence de presse sur le chômage, à Washington, le 7 mai 2021.

La déception a été immense vendredi matin : l’économie américaine n’a créé que 266 000 emplois au mois d’avril, soit quatre fois moins que le million d’emplois attendus par les économistes. Ainsi, le taux de chômage est remonté de 6 % à 6,1 % aux Etats-Unis, selon les chiffres publiés vendredi 7 mai par le département du travail.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, l’économie américaine a perdu 8,2 millions d’emplois et le pays compte 9,8 millions de chômeurs pour un taux de participation à l’emploi en légère hausse, de 61,7 %. « Nous savions que ce ne serait pas un sprint, ce serait un marathon. Franchement, nous avançons beaucoup plus rapidement que je ne l’aurais cru », a déclaré dans la foulée le président américain Joe Biden. « La montée est raide et nous avons encore un long chemin à parcourir. »

L’allocation fédérale controversée

La contreperformance d’avril a donné lieu à de nombreuses explications. Il y aurait d’abord une pénurie d’offre de travail. Trois arguments conjoncturels sont également avancés : la persistance de l’épidémie due au coronavirus, même si un Américain sur trois est complètement vacciné ; les écoles, pas complètement rouvertes – ce qui pose des problèmes de garde d’enfant, comme l’a expliqué la secrétaire au Trésor, Janet Yellen, dépêchée en urgence dans la salle de presse de la Maison Blanche ; et l’allocation fédérale de 300 dollars (246 euros) par semaine pour les chômeurs, qui doit durer jusqu’en septembre.

Le sujet de l’allocation fédérale fait l’objet de vives controverses. La chambre de commerce américaine, qui s’oppose depuis le début à cette mesure, estime qu’elle incite de nombreux travailleurs à ne pas accepter d’emploi. « L’aide de 300 dollars fait qu’un récipiendaire sur quatre gagne plus au chômage qu’il ne gagnait en travaillant », a accusé son vice-président Neil Bradley.

Le Montana et la Caroline du Nord ont d’ailleurs annoncé qu’ils allaient supprimer cette aide fédérale fin juin, en raison de la pénurie de main-d’œuvre. Jason Furman, professeur à Harvard et ancien conseiller économique de Barack Obama, a estimé sur CNN que cette allocation était utile au pire de la crise, en 2020 et en janvier 2021, lors de la deuxième vague de l’épidémie, mais l’était beaucoup moins pour cet été. Le président Biden a, lui, rejeté ce qu’il a appelé « des propos vagues selon lesquels les Américains ne veulent tout simplement pas travailler ». « Les données montrent que davantage de travailleurs recherchent un emploi et que beaucoup ne peuvent pas le trouver », a-t-il déclaré.

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Des collectifs des travailleurs des plates-formes ne veulent pas entrer dans le moule du syndicalisme traditionnel

Les longues heures passées à auditionner des collectifs de livreurs à vélo, chauffeurs VTC, travailleurs indépendants et des organisations syndicales, ont finalement accouché d’un texte de loi. Sur les recommandations de la mission Mettling, chargée de poser les jalons du dialogue social entre les travailleurs des plates-formes et leurs employeurs, une ordonnance publiée le 22 avril crée un « droit au syndicalisme » pour les chauffeurs VTC et les livreurs, qui voient aujourd’hui leurs conditions de travail dictées unilatéralement par les plates-formes et leurs algorithmes.

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Dès 2022, ces catégories de travailleurs pourront élire leurs représentants tous les deux ans (puis tous les quatre ans), à partir du moment où les électeurs justifient d’au moins trois mois d’exercice. Le vote se fera par voie électronique, selon des modalités qui restent à définir.

Pourront être élus des syndicats professionnels, mais aussi des collectifs de travailleurs indépendants, à condition qu’ils répondent à certains critères (ancienneté, influence, audience…). Le texte crée aussi une Autorité des relations sociales des plateformes d’emploi (ARPE), chargée de superviser le scrutin et de veiller à la protection des représentants. Ainsi, les plates-formes ne pourront pas rompre arbitrairement le contrat commercial qui les lie aux élus.

Les tarifs et les algorithmes en débat

Un premier pas vers la structuration du dialogue social, saluent les syndicats et les collectifs qui se battent depuis des mois aux côtés des travailleurs des plates-formes. Sans se priver d’émettre des réserves sur le fond du texte. « L’ordonnance s’est bornée à définir le périmètre des élections, sans entrer dans le détail du contenu du dialogue social, s’inquiète Hind Elidrissi, cofondatrice et porte-parole d’Indépendants.co. Il ne faudrait pas laisser les plates-formes décider des sujets qui seront abordés, comme la couleur du sac des livreurs ! »

Selon la porte-parole d’Indépendants.co, deux sujets de discorde se dégagent : les tarifs fixés unilatéralement par les plates-formes et le fonctionnement obscur des algorithmes décidant des courses. Jérôme Pimot, lui, ne mâche pas ses mots : le fondateur de Clap, le collectif des livreurs autonomes de Paris, voit dans cette institutionnalisation du dialogue social une relative perte de temps. « On se détourne du véritable sujet, à savoir les conditions de travail des livreurs. Le temps de mettre en place les élections et de négocier, ils ne verront les résultats que dans quelques années ! »

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Assurance-chômage : les syndicats peu emballés par le « big-bang » du Medef

Un « big bang ». C’est ainsi que Geoffroy Roux de Bézieux a qualifié, jeudi 6 mai, sa proposition pour refonder la gouvernance et le financement de l’assurance-chômage. Lors d’une renconte en visioconférence avec l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS), le président du Medef a mis sur la table un schéma en « trois blocs » afin de revenir à un dispositif où « chacun a sa responsabilité ». Une initiative qui ne doit rien au hasard : elle intervient quelques jours avant le lancement d’une concertation sur le sujet entre le ministère du travail et les partenaires sociaux. Pour l’heure, aucune date n’est fixée. « Nous, on est prêts (…). Du coup, on s’est dit : “On va mettre ça dans l’atmosphère, pour démarrer le débat” », a expliqué M. Roux de Bézieux.

Pour le numéro un du Medef, le régime, géré depuis le début de la VRépublique par les syndicats et par le patronat au sein de l’Unédic, « ne fonctionne plus » : il est devenu « hybride et déresponsabilisant ». Sous l’effet de réformes gouvernementales engagées en 2008 et durant le quinquennat d’Emmanuel Macron, les pouvoirs publics s’immiscent de plus en plus dans le pilotage et la définition des règles du système d’indemnisation des demandeurs d’emploi, au point que celui-ci est de moins en moins paritaire.

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En outre, a souligné M. Roux de Bézieux, l’assurance-chômage « n’a fait qu’accumuler de la dette » au cours des douze dernières années : elle devrait s’élever à 64 milliards d’euros fin 2021, du fait notamment des dépenses massives liées au chômage partiel que l’Unédic couvre en partie depuis le début de la crise sanitaire.

« Règle d’or » budgétaire

Aujourd’hui, le Medef entend sortir d’une situation ambiguë « où l’Etat décide mais fait semblant de demander leur avis aux partenaires sociaux ». Dans cette optique, il a donc imaginé une organisation qui comprendrait « un régime de solidarité géré et financé par l’Etat, un régime assurantiel géré et financé par les partenaires sociaux et un service public de l’emploi géré et financé par l’Etat ». M. Roux de Bézieux avait déjà fait cette proposition, en 2018, dans une interview aux Echos : à l’époque, il avait aussi évoqué l’hypothèse d’un compartiment « supplémentaire pour les indépendants et les chefs d’entreprise qui ne sont pas assurés aujourd’hui par les cotisations ». Des idées similaires avaient, par ailleurs, été développées par sa prédécesseure, Laurence Parisot, en 2007.

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