« La réforme de l’assurance-chômage est injuste, absurde et indécente »

Tribune. Nous, associations et organisations syndicales de salariés, avions vigoureusement réagi contre la réforme de l’assurance-chômage, lorsqu’elle avait été annoncée en juin 2019 par le gouvernement. Du fait de la crise sanitaire, certains points de cette réforme avaient été opportunément mis en sommeil et les plus optimistes d’entre nous pouvaient les croire abandonnés. Le gouvernement vient pourtant d’annoncer sa mise en œuvre au 1er juillet 2021. Cette entrée en vigueur, alors même que la crise sanitaire est loin d’être terminée et que ses conséquences sociales, déjà lourdes, ne vont aller qu’en s’accentuant, est à la fois injuste, absurde et indécente.

Injuste, parce qu’elle va frapper des personnes déjà fragilisées, qui comptent parmi celles qui ont été les plus touchées par la crise sanitaire et sociale. Selon les chiffres de l’Unédic, dès le 1er juillet 2021, 1,15 million de personnes vont voir leurs droits baisser drastiquement, en moyenne de 17 %, et jusqu’à 40 % pour les 400 000 les plus précaires. Les plus touchés seront justement celles et ceux qui ont des contrats courts ou espacés.

A une date encore non précisée, d’autres mesures devraient durcir l’accès aux droits, notamment par un relèvement du seuil d’accès à l’indemnisation, en exigeant une période de six mois travaillés, contre quatre aujourd’hui. Là encore, les plus touchés seront les travailleurs précaires, en particulier les jeunes de moins de 26 ans.

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Absurde, notamment parce qu’elle intervient au pire moment. Les analyses du conseil scientifique du Conseil national de lutte contre l’exclusion sont éloquentes : elles montrent, d’une part, que les personnes les plus pauvres − notamment les personnes au chômage − ont été les plus durement touchées par les conséquences sociales de la crise sanitaire ; d’autre part, que de multiples couches de la société ont basculé ou vont basculer dans la pauvreté, la crise agissant comme un « descenseur social » ; enfin, que la force de notre système de protection sociale a évité une catastrophe pire encore.

Et c’est à ce moment, alors que nous sommes encore au cœur de la troisième vague de l’épidémie, que le gouvernement va, par son action même, accentuer les effets de la crise et faire plonger dans la pauvreté des personnes qui auraient pu rester la tête hors de l’eau si l’on avait maintenu le dispositif d’assurance-chômage.

Processus de stigmatisation

Indécente, enfin. Avant même la crise sanitaire, le pouvoir d’achat des ménages les plus pauvres avait déjà diminué, du fait notamment du gel des allocations-logement, des prestations familiales et du RSA ; les inégalités sociales s’étaient sensiblement creusées. La crise a accentué ce phénomène, les ménages les plus aisés pouvant épargner, quand les 10 % les plus pauvres ont dû le plus souvent s’endetter.

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Covid-19 : les restaurateurs se préparent plutôt à la réouverture globale du 9 juin

La terrasse du « Café du Trocadéro », à Paris, le 11 mai 2021.

Les Français, où qu’ils soient sur le territoire national, pourront bien s’attabler en terrasse, mercredi 19 mai. Le premier ministre, Jean Castex, l’a confirmé dans un entretien accordé au journal Le Parisien, mardi 11 mai. Il a également corroboré les grandes lignes de la réouverture, en trois temps, des bars et restaurants.

Les patrons de bars et restaurants connaissent désormais toutes les règles du jeu. Dans un premier temps, ils pourront accueillir leurs clients en terrasse, à condition toutefois de limiter le nombre de convives à six par table. Et de respecter une jauge fixée à 50 % du nombre de places assises potentielles. Sans oublier que le service devra s’arrêter avant 21 heures, nouvel horaire du couvre-feu. La salle intérieure devra rester fermée.

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Une véritable soupape pour les consommateurs pressés de renouer avec leurs bars et restaurants de prédilection. La profession, quant à elle, demeure prudente. D’abord parce que seulement un quart des établissements possèdent une terrasse. La météo est aussi une donnée très aléatoire pour cette réouverture en plein air. Enfin, elle privilégie l’offre de bar, plus simple à mettre en place que la restauration.

Feuille de route clairement dessinée

« La terrasse avec une jauge à 50 % n’est pas un modèle économique. Nous savions que l’ouverture du 19 mai allait être compliquée. Nous allons réfléchir avant de faire revenir le personnel en chômage partiel. Pour ma part, je ferai revenir mon équipe le 9 juin, avec l’ouverture du restaurant », réagit Hubert Jan, président du syndicat UMIH-Restauration et propriétaire du restaurant Chez Hubert à Fouesnant, dans le Finistère.

Le 30 juin, couvre-feu et jauges seront levés. Seul le service au bar restera interdit

En effet, le 9 juin marquera le deuxième temps de la réouverture. A cette date, les terrasses ne seront plus soumises à une jauge et les salles de restaurant pourront s’ouvrir avec une capacité limitée à 50 %. Le nombre de convives restera limité à six par table. Et le couvre-feu reculera encore, passant à 23 heures. De quoi assurer le service du dîner et donner le véritable coup d’envoi d’une reprise graduelle de la restauration.

Enfin, trois semaines plus tard, le 30 juin, couvre-feu et jauges seront levés, marquant alors le troisième temps de la réouverture des bars et restaurants. Seul le service au bar restera interdit. Dans cette épure, confirmée par M. Castex, il n’est plus question d’éventuelles restrictions par zones géographiques en fonction de la situation sanitaire.

Avec cette feuille de route clairement dessinée, chaque établissement va maintenant peaufiner sa vitesse de reprise et de rappel des troupes. Certains pourraient même attendre septembre pour rouvrir. En particulier à Paris, si le retour des touristes étrangers s’avère trop timoré cet été.

Vers des quotas de dirigeantes dans les grandes entreprises

La députée du parti République en mouvement (LREM), Marie-Pierre Rixain, s’exprime lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale à Paris le 6 mars 2019.

Un pas de plus en faveur de la parité dans les entreprises. Mardi 11 mai, les députés devaient engager l’examen en première lecture de la proposition de loi (PPL) pour « accélérer l’égalité économique et professionnelle ». Porté par la députée (LRM, Essonne) Marie-Pierre Rixain, le texte a notamment pour objet d’introduire des quotas de femmes pour les postes à hautes responsabilités dans les sociétés d’au moins 1 000 personnes. Avec une telle disposition, « nous allons dans le sens de l’histoire », confie la parlementaire macroniste, en affirmant sa volonté de briser le « plafond de verre » qui bloque encore trop souvent la carrière de travailleuses.

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Le mécanisme mis au point par Mme Rixain repose sur l’instauration d’un seuil, appelé à évoluer dans le temps. En 2027, la proportion de femmes parmi les « cadres dirigeants et les cadres membres des instances dirigeantes » ne pourra pas être inférieure à 30 %. Ce ratio sera porté à 40 %, trois ans après. Les employeurs concernés qui restent en dessous de ce taux s’exposeront à une « pénalité financière » susceptible d’aller jusqu’à 1 % de la masse salariale. Le montant sera fixé par l’administration, en prenant en considération l’état de santé de l’entreprise, les efforts que celle-ci a déployés pour se conformer à ses obligations et les « motifs de sa défaillance ».

Une nouvelle étape

Lors des débats en commission des affaires sociales, le 5 mai, Mme Rixain avait réécrit sa copie. La précédente version de sa proposition de loi prévoyait des quotas sur les « 10 % de postes à plus forte responsabilité ». Mais cette formulation présentait l’inconvénient d’être « sujette à interprétation » et de « ne pas donner de mode d’emploi » précis pour atteindre la cible visée, explique la députée LRM. C’est la raison pour laquelle elle a redécoupé « le périmètre » de la mesure en donnant une définition des instances dirigeantes, le but étant de construire un dispositif « simple et opérationnel ».

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L’élue macroniste se place clairement dans la filiation de la loi dite « Copé-Zimmermann » de janvier 2011, qui a contribué à féminiser les conseils d’administration et les conseils de surveillance. Il s’agit, aujourd’hui, de franchir une nouvelle étape, en s’attaquant aux fonctions managériales les plus élevées. A l’heure actuelle, « les femmes ne représentent que 17,5 % des membres des comités exécutifs », selon l’exposé des motifs de la PPL.

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Amazon met un pied dans le Territoire de Belfort

Cela ressemble à un jeu du chat et de la souris. Voire une partie de poker menteur. Après des mois de spéculation et de polémiques sur la possible arrivée d’Amazon dans le Territoire de Belfort, l’entreprise américaine va officialiser l’ouverture d’un site, à l’Aéroparc de Fontaine, mardi 11 mai ou mercredi 12 mai, a appris Le Monde. Toutefois, il ne s’agit « que » d’une agence de livraison du « dernier kilomètre », où les chauffeurs viennent chercher les colis pour les acheminer jusqu’aux clients. Ce genre de bâtiment de 10 000 mètres carrés environ est beaucoup plus petit que le type de grand entrepôt de stockage également prévu sur l’Aéroparc… Un projet qu’Amazon refuse toujours de confirmer ou de démentir.

« Je me félicite de l’ouverture de cette agence du dernier kilomètre à Fontaine : elle va créer 300 emplois, soit 80 CDI pour gérer le site (chez Amazon) et 230 chauffeurs (chez des prestataires) », se réjouit Damien Meslot, le maire (Les Républicains) de Belfort. Pour l’élu, l’arrivée d’Amazon marque une étape supplémentaire dans la stratégie de diversification de la région de Belfort, tournée vers l’industrie. L’agglomération d’un peu plus de 100 000 habitants reste marquée par la suppression, mi-2019, de plusieurs centaines d’emplois par General Electric. Le plan social, qui touche à sa fin, a contribué au déclin démographique de la ville.

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Mais l’officialisation de l’arrivée d’Amazon à l’Aéroparc n’est-elle pas un gros indice confirmant que l’entreprise américaine sera bien l’opérateur du grand entrepôt en projet sur le même site ? Pourquoi, alors, M. Meslot a-t-il affirmé plusieurs fois qu’il n’y avait pas de projet de ce type avec l’entreprise américaine ? « J’ai toujours dit qu’il n’y avait pas de projet à Belfort, je n’ai pas parlé de Fontaine », sourit M. Meslot. L’élu joue clairement sur les mots. Voire réécrit l’histoire, puisqu’il avait déclaré en novembre à France 3 qu’il n’y avait pas « d’implantation prévue à ce jour sur le Territoire de Belfort ».

Débat récurrent

Contacté, Amazon officialise l’agence de livraison mais pas un projet de grand centre de distribution. « Nous venons d’ouvrir un entrepôt à Metz et avons confirmé plusieurs agences de livraisons en 2021. Nous restons dans le rythme annoncé d’un grand site et 8 à 10 agences par an. On nous prête souvent de nombreux projets mais ces bâtiments complexes sont souvent portés par des développeurs, qui les proposent ou les louent à différentes entreprises. »

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Dans le Nord, la promesse d’une usine de confection de jeans bon marché

Le Denim Center pourrait ainsi assurer environ 6 % des jeans vendus par l’enseigne Pimkie.

Des jeans fabriqués en France en vitrine de Jules et de Pimkie pour un prix allant de 40 à 60 euros ? Fashion Cube espère être en mesure de le proposer dès 2022. Le pôle d’enseignes d’habillement détenu par l’Association familiale Mulliez (2,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires) a annoncé lundi 10 mai vouloir inaugurer une usine de confection de jeans, le Fashion Cube Denim Center, au quatrième trimestre de l’année 2021, à Neuville-en-Ferrrain, près de Tourcoing (Nord).

Cette usine, qui mobilisera 3,5 millions d’euros d’investissement, dont 800 000 apportés par la région Hauts-de-France et Métropole européenne de Lille, devrait produire 180 000 unités au cours de sa première année d’exploitation et 400 000 par an, à terme.

Production marginale mais « significative »

Aux enseignes Pimkie, Jules, Orsay, Grain de malice et Bizzbee (environ 2 000 magasins), elle fournira des modèles plus chers que ceux qui proviennent habituellement d’Asie ou de Turquie. Sans toutefois les forcer à pratiquer le prix de vente de 100 à 150 euros des marques de jeans fabriqués en France par 1083 et Atelier Tuffery, pionniers de la relocalisation de la production de jeans dans l’Hexagone.

Le Denim Center pourrait ainsi assurer environ 6 % des jeans vendus par l’enseigne Pimkie. Bien que marginale, cette production est toutefois « significative », prétend Christian Kinnen, responsable du projet, car « cela démontre qu’il est possible de fabriquer un jean en France pour un prix de revient accessible ». Pour comprimer ses coûts, l’usine aura recours à l’automatisation de certaines tâches, dont la confection des poches, les coutures de décor et la pose de la ceinture et des passants, en sus des phases de coupes, assurées elles aussi par des machines. Initialement, Fashion Cube espérait produire des tee-shirts. « Mais les technologies ne sont pas encore suffisamment mûres », rapporte M. Kinnen.

D’ici à 2030, l’usine pourrait créer ses vêtements en ne faisant appel qu’à des matières recyclées ou réutilisées

Le distributeur s’est donc rabattu sur le denim, autre pièce-clé du vestiaire des Français. En outre, il a choisi la production d’un vêtement dont beaucoup pourfendent l’impact environnemental : le jean fait appel à des toiles de coton tissées à l’étranger, et les délavages et traitements qu’il subit sont gourmands en eau. Le Fashion Cube Denim Center aura recours « au laser et à l’ozone pour délaver » les pantalons, précise M. Kinnen, qui assure que la consommation en eau sera de « quarante fois » inférieure à celle d’autres usines de production de jeans.

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« Télérama » condamné pour le licenciement abusif d’un journaliste accusé de harcèlement sexuel

Le magazine Télérama a été condamné en avril pour avoir licencié « sans cause réelle et sérieuse » le journaliste Emmanuel Tellier, renvoyé en 2019 à la suite d’accusations de harcèlement sexuel, qu’il a toujours contestées, a appris, mercredi 5 mai, l’Agence France-Presse, confirmant une information du Canard enchaîné.

« Bien que la bonne foi des salariées victimes ne peut être mise en doute, la véracité et la réalité des propos reconstitués des années plus tard ne reposent sur rien d’objectif et de certain », a estimé le conseil de prud’hommes de Paris dans son jugement.

Emmanuel Tellier avait été licencié en mai 2019 pour faute simple, en même temps que son collègue Aurélien Ferenczi, renvoyé lui pour faute lourde, au terme d’une enquête menée par la direction des ressources humaines du groupe Le Monde, maison mère de l’hebdomadaire.

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Elle faisait suite à des signalements visant les deux journalistes, pour des faits pouvant être assimilés à des agissements sexistes et du harcèlement sexuel, recueillis par une cellule d’écoute mise en place après l’affaire Weinstein. Les deux hommes avaient contesté vigoureusement les faits qui leur étaient reprochés et saisi tous deux les prud’hommes.

« Indicible sentiment d’injustice »

L’avocate de M. Tellier, Lucile Brandi Sommerer, s’est félicitée dans un communiqué de ce jugement qui « vient rappeler opportunément que nul ne peut être déclaré coupable sans preuve et que cela s’applique également aux employeurs dans l’exercice de leur pouvoir de sanction ». Emmanuel Tellier a, lui, souligné sur Twitter que cette décision n’effaçait pas « le chagrin et l’indicible sentiment d’injustice » qu’il ressentait.

De son côté, la direction de Télérama a rappelé dans un communiqué qu’elle avait « pris la décision de licencier Emmanuel Tellier en mai 2019 pour des faits de harcèlement sexuel », à l’issue d’une « enquête rigoureuse et contradictoire », car « l’obligation de sécurité de l’employeur vis-à-vis des salariés nécessite que ce type de comportement soit sanctionné et les victimes absolument protégées ».

« Le conseil de prud’hommes, s’il a estimé que les faits rapportés par les salariés étaient sérieux, a néanmoins considéré que l’enquête réalisée et les témoignages des salariés ne constituaient pas “un commencement indirect de preuve” » et a donc jugé le licenciement abusif, mais « cette motivation étant juridiquement très discutable, la direction de Télérama a décidé de faire appel », ajoute la direction de l’hebdomadaire.

Par ailleurs, les prud’hommes ont rejeté plusieurs griefs soulevés par M. Tellier, qui demandait notamment la « nullité » du licenciement, et ne lui ont accordé qu’une partie des indemnités réclamées.

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Le Monde avec AFP

Liberty Steel envisage de vendre ses sites de Saint-Saulve et Hayange

Ce sont les suites prévisibles de l’histoire qui s’écrit depuis le 8 mars et la faillite de Greensill, principal partenaire financier du britannique Gupta Family Group Alliance (GFG Alliance) : l’argent commence à manquer pour faire fonctionner les sites français du groupe. En cessation de paiements, trois fonderies d’Alvance, branche aluminium de GFG, situées dans l’Indre et la Vienne, ont été placées en redressement judiciaire le 23 avril. Elles comptent quelque 850 salariés.

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A son tour, Liberty Steel, la branche acier du conglomérat, a confirmé, samedi 8 mai, s’être mise en quête de repreneurs pour l’aciérie Ascoval de Saint-Saulve (Nord) et pour Liberty Rail (ex-France Rail Industry) à Hayange (Moselle), respectivement 270 et 430 salariés. Le Monde évoquait déjà, le 28 avril, la possibilité qu’Ascoval change d’actionnaire. Une première alerte avait retenti un mois plus tôt pour l’aciérie, lorsque le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, avait annoncé le déblocage d’un prêt de 20 millions d’euros « pour payer les salaires, la fourniture nécessaire pour faire tourner l’usine et garantir qu’il n’y ait pas de rupture d’activité », promettant aux salariés de ne « jamais les laisser tomber ».

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Mais, en échange, l’Etat a exigé de GFG Alliance de mettre également 20 millions d’euros sur la table avant le 31 mai pour financer la croissance du besoin en fonds de roulement. Or, il y a peu de chance que GFG et Liberty, en grande fragilité financière, trouvent l’argent d’ici là. La vente est désormais une option examinée au grand jour. « Liberty Steel France, qui comprend Liberty Ascoval et Liberty Rail Hayange, a connu une réduction significative du soutien à son fonds de roulement depuis l’effondrement de Greensill Capital », explique la société Liberty Steel Group dans une déclaration transmise au Monde. Tout en se disant confiante pour trouver de nouveaux financements, Liberty Steel indique « par prudence » se mettre « à explorer des options de vente pour ces entreprises ».

Trouver de nouveaux clients

Un énième rebondissement dans la vie des deux sites que les salariés accueillent avec lassitude, huit mois seulement après leur rachat par Liberty Steel à la barre du tribunal de commerce. Ceux d’Ascoval sortaient alors d’une interminable quête d’un repreneur fiable, depuis la mise en vente du site par Vallourec en 2015. Pour ceux d’Hayange, si la cession se concrétise, ce sera le quatrième changement d’actionnaire en onze ans.

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« Le chemin de la reprise sera long » dans la zone euro

L’Irlandais Philip Lane, économiste en chef de la Banque centrale européenne (BCE), lors d’une conférence à l’occasion du Fortune Global Forum, à Paris, le 18 novembre 2019.

L’Europe pourrait soutenir son économie bien plus largement si, comme les Etats-Unis, elle allait plus loin dans l’intégration budgétaire, explique Philip Lane, économiste en chef de la Banque centrale européenne (BCE). Dans une interview au Monde, il souligne que, si le plan de relance européen de 750 milliards d’euros soutiendra la reprise ces cinq prochaines années, les gouvernements devront maintenir leurs aides pendant de longs mois encore.

Après la violente récession enregistrée début 2020, le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro a de nouveau chuté fin 2020 et début 2021. Comment va l’économie aujourd’hui ?

Plutôt que de suivre les chiffres de croissance trimestrielle, il vaut mieux comparer avec le niveau d’activité de 2019. Aujourd’hui, nous nous situons probablement 4 % ou 5 % en dessous. C’est une contraction considérable. Lors d’une récession classique, le recul est plutôt de 2 % ou 3 %.

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Je pense que nous sommes désormais, en mai et juin, à un tournant conjoncturel. Désormais, l’économie va croître rapidement, mais en partant d’un bas niveau. Cela signifie que, même avec une croissance dynamique sur le reste de l’année, la zone euro ne retrouvera son niveau de PIB de 2019 qu’au printemps de l’année prochaine. Sur le marché du travail, le taux de chômage devrait retrouver son niveau de 2019 en 2023 seulement. Le chemin sera long. Il nécessitera un effort prolongé sur le plan budgétaire et monétaire pour soutenir la reprise.

Quelles cicatrices la pandémie de Covid-19 laissera-t-elle sur l’économie ?

Il y a des raisons d’être optimiste. Comparée à la décennie qui a suivi la crise financière de 2008, la pandémie sera un événement qui durera deux ou trois ans. La récession sera plus courte et les cicatrices pourraient rester limitées. Mais il y a aussi des sources d’inquiétude. Les fermetures liées au confinement n’ont pas seulement affecté l’économie. L’éducation et la santé ont aussi été perturbées, ce qui aura des conséquences durables. Les effets de la pandémie sont également très concentrés dans certains secteurs : l’hôtellerie et le tourisme, notamment, qui seront durablement pénalisés.

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Le monde d’après ne sera plus le même. Il y aura des changements structurels, il y aura des perdants et des gagnants. Ceux qui travaillent dans les centres-villes et fournissent des services pour les espaces de bureaux ou ceux qui travaillent dans le secteur des voyages, par exemple, seront plus touchés que ceux qui peuvent poursuivre leurs activités en télétravail, comme dans les technologies de l’information.

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L’argot de bureau : le « kaizen » ou l’éloge de la régularité

Au terme d’une période des fêtes honteuse, faite d’excès alimentaires et d’une flemme incommensurable, Théobald profite du Nouvel An pour prendre de bonnes résolutions : lire un livre par semaine, faire cent pompes par jour, tout plaquer pour monter un élevage de chèvres… Ce cher Théobald ne le sait pas, mais il vient de commettre un odieux kaikaku : des changements drastiques, brusques, qui ne survivront pas à leur annonce. C’est l’exact opposé du kaizen.

Lorsque l’on songe à une mode de management japonaise, le kaizen revient souvent. Il trouve ses racines dans les usines Toyota des années 1950. Assemblage des deux signes nippons kai, « changement », et zen, « meilleur », le kaizen est souvent traduit comme l’« amélioration continue ». Par extension, le kaizen consiste à savoir s’analyser pour s’améliorer : il cherche l’optimisation des méthodes de travail pour une meilleure productivité.

Cet état d’esprit s’accompagne d’une vision très pratique : des actions simples permettent d’entretenir le chemin vers le « mieux », à condition qu’elles aient lieu quotidiennement, à petits pas, sans mettre la charrue devant les bœufs. Comme lorsque Djibril, du service commercial, décide enfin de classer les dossiers empilés en tour de Pise sur son bureau. Ou quand Sonia, de la direction, remplace son champ de pense-bête par une grande ardoise murale visible par tout l’open space. Les petits ruisseaux font les grandes rivières, dit le proverbe.

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Le kaizen, qui classe les changements par ordre de priorité, débute souvent par l’élimination du gaspillage et le repérage des erreurs évidentes. « Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas », disait Lao Tseu. Dans notre chasse aux déchets indésirables, on trouve trois catégories.

« Muda », « mura », « muri »…

Il y a d’abord les muda, les activités qui n’ont pas de valeur ajoutée : déplacements inutiles entre deux postes de travail qui pourraient être côte à côte, temps d’attente imprévus au service RH. Puis viennent les mura, ces irrégularités dans les processus : par exemple, quand deux salariés font la même tâche, car la hiérarchie s’est emmêlé les pinceaux. Sans oublier le versant compétences, les muri : ces difficultés surviennent quand un salarié n’a pas les outils ou la formation nécessaires pour accomplir une tâche, un peu comme si l’on demandait à un chef d’animer une visioconférence depuis un Minitel.

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« La désindustrialisation a des conséquences économiques, sociales et politiques profondes »

Vincent Aussilloux est directeur du département économie de France Stratégie. Il est le coauteur d’une étude sur « Les politiques industrielles en France », en novembre 2020.

Peut-on avoir une économie compétitive sans industrie forte ?

Si on définit l’industrie dans son périmètre traditionnel, qui correspond à la production de marchandises, oui il existe des économies performantes dans lesquelles le secteur manufacturier s’est très affaibli. C’est, par exemple, le cas des Etats-Unis où la part de l’industrie dans l’économie a beaucoup baissé même si elle reste supérieure à la France.

Mais à la grande différence de la France, les Etats-Unis ont développé des activités productives qu’on ne compte traditionnellement pas dans l’industrie, notamment tout le secteur du numérique hors la production de matériels et d’équipements. Les Etats-Unis ont su développer tout une économie des plates-formes, notamment les Gafam [Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft], qui ont fortement tiré la croissance américaine et creusé l’écart avec les niveaux de vie en Europe (+ 50 % par rapport à la France en PIB courant par tête).

A part des pays fortement dotés en ressources naturelles, il y en a peu qui arrivent à avoir des niveaux de vie élevés et en croissance sans une industrie forte ou, au moins comme les Etats-Unis, sans un secteur des services très inséré dans l’économie internationale. Certains pays se sont spécialisés dans les services financiers internationaux comme le Royaume-Uni, le Luxembourg ou Hongkong, mais on connaît les limites et les risques d’une économie qui repose trop sur la finance.

En quoi une économie qui repose sur l’industrie est-elle plus solide ?

L’industrie est porteuse de gains de productivité, qui sont la principale source de la hausse des niveaux de vie, d’emplois de qualité répartis sur le territoire et d’innovations. Elle compte pour plus de 70 % des dépenses privées en recherche et développement [R&D] du pays, alors qu’elle ne compte plus que pour 10 % de l’emploi total et 13 % du PIB.

En outre, un déficit commercial comme celui de la France dans le secteur manufacturier engendre un déficit d’emplois important, alors même que le pays connaît un taux de chômage structurellement élevé.

A contrario, quels sont les risques liés à la désindustrialisation ?

En France, les régions les plus touchées par la désindustrialisation dans les dernières décennies, notamment dans une partie du Grand-Est, ont perdu beaucoup d’emplois, ce qui a fortement affecté les niveaux de vie et le dynamisme économique de ces territoires. La désindustrialisation, qui n’a pas été compensée par un essor suffisant des services à forte valeur ajoutée, a donc des conséquences économiques, sociales et politiques profondes.

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