Assurance-chômage : le gouvernement met la dernière main à sa réforme

Emmanuel Macron et le gouvernement ont tenu parole. Conformément à la ligne qu’ils affichent depuis le début de l’été, le nouveau dispositif, qui durcit les règles de calcul de l’allocation-chômage, va – sauf coup de théâtre – entrer en vigueur le 1er octobre. Un projet de décret allant dans ce sens a été transmis, jeudi 16 septembre, aux partenaires sociaux. Il reprend, presque mot pour mot, le contenu d’un autre décret, en date du 30 mars, dont l’application avait été partiellement suspendue par le Conseil d’Etat, à la suite d’un recours de plusieurs syndicats, hostiles à cette réforme. Un énième épisode dans ce chantier engagé il y a quatre ans et que l’exécutif peine à mener à son terme.

Les mesures incriminées portent sur le salaire journalier de référence (SJR). Ce paramètre, qui sert à déterminer le montant de l’indemnisation allouée aux demandeurs d’emploi, va être fixé en vertu de nouvelles dispositions car celles qui prévalaient jusqu’à maintenant favorisent le recours aux contrats courts au détriment des contrats plus longs, selon la ministre du travail, Elisabeth Borne. « Dans certains cas, vous pouvez gagner plus en étant au chômage qu’en travaillant », soutient-elle dans un entretien au Parisien du vendredi 17 septembre.

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Pour les salariés enchaînant de petits boulots et des périodes d’inactivité, les sommes versées chaque mois par l’assurance-chômage seront désormais plus faibles, tout en pouvant être attribuées plus longtemps. Le but est d’encourager la reprise d’un emploi pérenne mais aussi de répondre aux difficultés de recrutement rencontrées par de nombreuses entreprises. « Que ceux qui peuvent travailler davantage le fassent ! », lance Mme Borne dans les colonnes du Parisien. Derrière cette déclaration tranchée, il y a aussi l’idée que jusqu’à présent, le système d’indemnisation enfermait certains chômeurs dans des métiers mal payés et précaires.

« On va attaquer »

Prévus dans un décret du 30 mars, ces changements auraient dû s’appliquer à partir du 1er juillet mais ils avaient été contestés par sept syndicats, dont la CFDT, la CGT et FO, à l’occasion d’un recours en référé devant le Conseil d’Etat. Sans remettre en cause « le principe de la réforme elle-même », la haute juridiction avait suspendu, le 22 juin, les dispositions relatives au SJR, car celles-ci affectent des individus travaillant dans des secteurs où les « incertitudes » économiques sont fortes – selon la formule utilisée dans un communiqué. En d’autres termes, le Conseil d’Etat avait considéré que les conditions n’étaient pas réunies pour instaurer des mécanismes qui sont censés « favoriser la stabilité de l’emploi ».

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Sans les travailleurs européens, la vie bousculée des sociétés britanniques

Des étagères de stockage de caisses de vin après la mécanisation de l’entrepôt d’Europa Worldwide à Corby, au Royaume-Uni, le 10 septembre 2021.

A l’arrière de la principale rue commerciale de Corby, près d’un magasin définitivement fermé, l’agence d’intérim Echo Personnel a affiché dans sa vitrine, en lettres énormes : « On recrute. Salaires compétitifs. » A l’intérieur, pourtant, Julie – qui a souhaité garder l’anonymat – désespère. « On ne trouve personne à embaucher en ce moment. Aujourd’hui, j’avais donné rendez-vous à dix-sept candidats. Seuls cinq sont venus. »

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Dans cette cité ouvrière des Midlands, au centre de l’Angleterre, ravagée dans les années 1980 par la fermeture de l’aciérie, la pénurie de main-d’œuvre est perceptible partout. Depuis une vingtaine d’années, l’endroit est devenu un centre de logistique, avec de nombreux entrepôts qui servent l’explosion du commerce en ligne dans le pays. Une forte immigration d’Europe de l’Est s’est installée dans la ville, essentiellement de Pologne et de Roumanie, comme le rappellent les épiceries Polski Sklep et Baltic Super Market situées juste en face de l’agence d’intérim, elle-même dirigée par une Lettone.

La grande rue piétonne dans le centre de la ville-nouvelle de Corby (Royaume-Uni), le 10 septembre 2021.

La pandémie de Covid-19 et le Brexit ont mis à mal cet équilibre économique. Comme partout dans le monde, les confinements et déconfinements successifs ont complètement désorganisé le marché du travail. Au Royaume-Uni, cependant, la sortie de l’Union européenne (UE) accentue le problème.

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Lors du premier confinement, au printemps 2020, de nombreux jeunes Européens sont rentrés chez eux, préférant passer ce moment difficile en famille. Beaucoup ne sont pas revenus, et ils ne peuvent pas être remplacés par une nouvelle vague d’immigration, puisqu’il faut désormais obtenir un permis de travail pour s’installer outre-Manche. Julie exaspère : « Les gens ici ont voté Brexit [à 64 % à Corby] parce qu’ils pensaient que les Européens leur prenaient leur emploi. Mais maintenant, ils refusent de faire leur travail. »

« On a fermé des pans entiers de l’économie » 

Personne ne sait exactement combien d’Européens ont quitté le Royaume-Uni depuis la pandémie, faut de décompte officiel à la frontière. En extrapolant à partir des statistiques du marché de l’emploi, l’économiste Jonathan Portes, de l’université King’s College de Londres, a fait sensation, en janvier, en estimant que jusqu’à 1,3 million de personnes étaient parties. Il a nettement revu son calcul à la baisse, mais évoque tout de même des « centaines de milliers » de départs.

« Ce n’est pas surprenant. On a fermé des pans entiers de l’économie, qui étaient justement ceux où la population immigrée était surreprésentée », explique-t-il. La tendance générale n’est pas à l’hémorragie : ces centaines de milliers de départs sont à comparer aux six millions d’Européens qui ont demandé le settled status, ce statut qui leur donne le droit de rester vivre et travailler au Royaume-Uni après le Brexit, dont un million de Polonais et autant de Roumains. Il s’agit néanmoins d’un renversement de tendance majeur.

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Renault lance un plan de restructuration prévoyant 2 000 départs et 2 500 embauches d’ici à 2024

Le stand Renault au Salon de l’automobile de Munich, le 11 septembre 2021.

Renault a lancé, jeudi 16 septembre, des négociations avec les syndicats en vue d’un « accord social triennal » 2022-2024 qui impliquerait un grand nombre de départs, mais aussi des embauches, avec la « volonté de positionner la France au cœur des activités industrielles et de recherche et développement [du groupe] », en y installant « des technologies d’avenir », a précisé le constructeur dans un communiqué.

Le groupe automobile « envisage la production de neuf nouveaux véhicules en France à l’horizon 2025 », « dont une majorité 100 % électrique ». Outre les « 500 créations nettes d’emplois », en embauchant notamment des « compétences-clés », Renault prévoit pour ses salariés « 10 000 formations et reconversions sur l’ensemble des métiers », a-t-il ajouté.

Des annonces « dans le bon sens »

Les négociations doivent se poursuivre jusqu’à la fin de l’année, ont déclaré les syndicats. « Pour l’instant, on ne sait pas comment seront réalisés les départs », a précisé Mariette Rih, déléguée Force ouvrière (FO), en souhaitant qu’il n’y ait « aucun départ contraint ». Mais « les annonces faites vont dans le bon sens » pour « l’empreinte industrielle de Renault en France », a-t-elle estimé.

La CFDT « n’acceptera aucun licenciement sec », a prévenu le syndicat. « Le projet présenté est ambitieux, c’est positif », mais « le point noir, c’est l’ingénierie avec de nouvelles suppressions de postes », a regretté Jean-François Nanda, délégué CFDT, qui plaide pour un étalement des départs « sur la période de l’accord ».

« On se positionnera quand on aura tous les éléments au cours de la négociation, par exemple sur le temps de travail. Les populations cols blancs sont les plus impactées par les départs [envisagés] », a souligné Guillaume Ribeyre, délégué CFE-CGC. « Tout est conditionné à l’aboutissement d’un accord », a-t-il relevé.

L’ingénierie et les fonctions support fortement touchées

L’ingénierie et les fonctions support ont déjà payé un lourd tribut à la restructuration de Renault, dans le cadre du plan d’économies détaillé en mai 2020. Sur les 4 600 suppressions d’emplois annoncées alors pour la France (parmi 15 000 suppressions au total dans le monde), 1 500 concernaient l’ingénierie, et 1 000 les fonctions de support.

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Le plan de départs volontaires ouvert pour ces salariés, par le biais d’une rupture conventionnelle collective (RCC), n’est pas encore terminé. Les 2 100 suppressions de postes dans les usines ont été réalisées par départs naturels (retraite…).

Dans son projet présenté jeudi, la direction prévoit 2 000 embauches pour les usines françaises et « plus de 5 000 parcours de formation et reconversion », selon son communiqué.

Pour l’ingénierie, la direction évoque « 1 600 départs potentiels » et « 400 recrutements sur de nouvelles compétences clés, comme les data sciences ou la chimie des batteries », ainsi que 3 000 formations ou reconversions. Dans les fonctions de support, il y aurait 400 départs, 100 recrutements de « compétences-clés » et 2 000 formations ou reconversions.

Cap sur l’électrique

« Sous réserve d’un accord », note la direction, le plan prévoit d’affecter notamment au pôle ElectriCity, qui sera créé en 2022 dans les Hauts-de-France, la fabrication de la future Renault 5 électrique, et la version électrique du modèle Nouveau Kangoo.

En Seine-Maritime, l’usine de Dieppe produirait un nouveau véhicule Alpine, celle de Sandouville fabriquerait le Nouveau Trafic électrique, tandis que le « futur moteur électrique 100 kW » reviendrait à l’usine de Cléon. Le modèle qui remplacera le Master et « un véhicule pour un partenaire » seraient produits à Batilly (Meurthe-et-Moselle).

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« Le projet vise notamment à faire de la France le cœur du véhicule électrique pour Renault Group, en augmentant son activité industrielle dans ce domaine », a relevé la direction.

Eté morose pour le marché automobile européen

Après un printemps encourageant, le marché automobile européen a rechuté en juillet et en août, selon des chiffres publiés, jeudi 16 septembre, par l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA).

Les 823 949 immatriculations de voitures neuves dans l’Union européenne en juillet représentent une chute de 23,2 % par rapport à la même période de 2020. C’est la France qui a enregistré, durant ce mois, la baisse la plus forte (– 35,3 %).

Parmi les principaux constructeurs, le groupe Renault a particulièrement souffert (– 39,5 % de véhicules et 2,5 points de part de marché en moins par rapport à juillet 2020), devant Stellantis (Peugeot, Fiat, Citroen, Opel-Vauxhall, – 24,3 %) et le leader européen Volkswagen (– 20,9 %).

En août, la baisse est de 19,1 %, avec 622 993 immatriculations. Stellantis enregistre une baisse de 29,7 %, avec 2,7 points de part de marché en moins par rapport à août 2020. Le groupe Renault a, quant à lui, observé une chute de 20,6 % sans trop perdre de parts de marché. Volkswagen reste largement numéro un, avec 163 995 véhicules immatriculés mais une chute de 15,9 %.

La reprise se fait attendre avec, en cause, les effets de la crise sanitaire et ceux de la pénurie mondiale de semi-conducteurs. Le secteur garde toutefois la tête hors de l’eau sur les huit premiers mois de l’année grâce aux belles performances du printemps, avec une hausse de 11,2 %, soit 6,8 millions de voitures particulières neuves mises sur les routes.

Le Monde avec AFP

Hausse de salaire et prime pour les sages-femmes à partir de janvier, annonce Olivier Véran

Lors d’une manifestation de sages-femmes, à Strasbourg (Bas-Rhin), le 8 mars 2021.

Le ministère de la santé a annoncé, jeudi 16 septembre, que les sages-femmes travaillant à l’hôpital recevront à partir du mois de janvier une prime de 100 euros net et une hausse de salaire d’environ 100 euros brut par mois.

Ces revalorisations, qui seront incluses dans le budget de la Sécurité sociale pour 2022, ont été dévoilées jeudi soir par le ministre de la santé, Olivier Véran, à l’occasion d’une réunion avec les syndicats de sages-femmes.

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Elles représenteront une dépense supplémentaire de 40 millions d’euros par an, a précisé le cabinet du ministre à l’Agence France-presse (AFP). Les trois quarts des 23 500 sages-femmes en bénéficieront, pour un gain mensuel équivalent à l’augmentation de 183 euros net déjà accordée à tous les personnels hospitaliers fin 2020 dans le cadre du Ségur de la santé. L’annonce fait office d’un rattrapage partiel pour la profession, oubliée de la refonte des grilles salariales négociée pour les infirmières et les aides-soignantes, entre autres.

« Les sages-femmes ont pu se sentir mises à l’écart », reconnaît l’entourage du ministre. De fait, elles sont descendues cinq fois dans la rue depuis le début de l’année, pour réclamer reconnaissance et effectifs.

Annonces accueillies froidement par la profession

Toutes leurs revendications n’ont cependant pas été satisfaites. La demande d’un statut sur-mesure a ainsi été écartée, M. Véran préférant « conforter leur statut médical au sein de la fonction publique hospitalière », notamment à travers cette « revalorisation significative ». Leurs compétences seront néanmoins étendues à de nouveau domaines, comme l’endométriose, et le ministère entend faciliter la création des « maisons de naissance » gérées par des sages-femmes.

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Des annonces accueillies froidement par le Conseil national de l’ordre des sages-femmes, qui estime dans un communiqué qu’elles ne répondent pas « aux enjeux de la profession ».

« En ne traitant pas en profondeur les causes du malaise des sages-femmes, l’attractivité de la profession semble durablement compromise. En ignorant les problématiques croissantes d’effectifs dans les maternités, la question essentielle de la sécurité et de la qualité de la prise en charge des patientes et des nouveau-nés reste en suspens. »

L’instance qui avait déjà alerté les pouvoirs publics sur la pénurie de sages-femmes et l’épuisement de ces professionnelles, s’alarme « des conséquences de ces annonces sur le devenir des maternités ».

Le Monde avec AFP

Emmanuel Macron lance un plan pour mieux protéger les indépendants

Le président Emmanuel Macron à Nice, le 14 septembre 2021.

Après les enseignants et les policiers… les indépendants. Le président Emmanuel Macron participait, jeudi 16 septembre, aux rencontres annuelles de l’Union des entreprises de proximité (U2P), l’une des principales organisations professionnelles du secteur, à la Maison de la Mutualité, à Paris, pour présenter un « plan indépendants. »

Objectif : mieux protéger les quelque 3 millions d’artisans, commerçants et autres professions libérales « de la création de leur entreprise à la transmission », mais aussi leur simplifier les démarches administratives et juridiques au quotidien, explique l’exécutif. Le rendez-vous se veut symbolique : Alain Griset, ministre délégué aux PME, qui est du déplacement au côté du ministre de l’économie, Bruno Le Maire, occupait le poste de président de l’U2P jusqu’à son entrée au gouvernement, en juillet 2020.

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En s’adressant aux indépendants, le chef de l’Etat vient au chevet d’une partie de la population marquée par les soubresauts du quinquennat. Aux manifestations des « gilets jaunes » et grèves de la fin 2019 qui ont pesé sur les chiffres d’affaires, ont succédé la crise sanitaire, ses confinements successifs et autres fermetures administratives. Ces dix-huit derniers mois ont mis en évidence aussi bien le caractère incontournable de ces travailleurs que la fragilité de leur statut. Emmanuel Macron le sait bien. Il est décidé à « prendre le pouls de ces entreprises si importantes pour notre économie et notre quotidien, qui doivent être le relais et les bénéficiaires du plan de relance », indique son entourage.

Aller « au-delà des réponses de crise »

« Macron s’est occupé d’un certain nombre de victimes de la crise : entreprises, salariés. Il est logique qu’il s’adresse aussi à des gens durement éprouvés par le Covid et, auparavant, par les “gilets jaunes” », souligne Brice Teinturier, directeur général délégué de l’institut Ipsos. A sept mois du scrutin présidentiel, c’est aussi une pierre dans le jardin de ses adversaires politiques. « Les indépendants votent traditionnellement plutôt pour LR, et désormais en partie pour le RN. Les annonces de Macron s’inscrivent dans sa stratégie d’asphyxie de ces partis. Cette catégorie peut jouer comme un marqueur de droite », analyse M. Teinturier.

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Fruit de nombreuses discussions entre Bercy et les différents représentants de ce secteur hétéroclite, ce plan avait été annoncé par le président de la République le 13 janvier, lors de la réception des maîtres boulangers à l’Elysée pour l’Epiphanie, pour aller « au-delà des réponses de crise » afin « qu’on utilise la crise comme un levier pour continuer de simplifier, d’aider et de stabiliser » ces professions. Il répond ainsi principalement à des problématiques fiscales, sociales ou administratives d’ordre structurel.

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Pouvoir d’achat : la hausse automatique du smic jugée insuffisante par les syndicats

Bien qu’elle soit relativement significative, la hausse du smic est loin de répondre aux attentes des syndicats. Alors que la ministre du travail, Elisabeth Borne, a annoncé, mercredi 15 septembre, une revalorisation de 2,2 % à compter du 1er octobre, la plupart des organisations de salariés jugent cette décision insuffisante. Relancée depuis plusieurs semaines par la flambée du prix de certains produits, la question du pouvoir d’achat continue d’occuper une place centrale dans le débat qui s’ouvre en vue de l’élection présidentielle, mais aussi à l’échelon de nombreuses entreprises et de plusieurs branches professionnelles.

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La Confédération française démocratique du travail (CFDT) a pris acte de l’arbitrage rendu, mercredi, par le gouvernement, tout en estimant qu’il « ne change[ait] pas la situation des travailleurs de la deuxième ligne ». Sur le plateau de RMC-BFM-TV, Laurent Berger, le numéro un de la centrale cédétiste, a regretté, jeudi, qu’« il n’y ait pas une incitation beaucoup plus forte à avoir des négociations », en particulier dans la fonction publique mais aussi dans les secteurs dont la main-d’œuvre est faiblement payée et a été particulièrement exposée à l’épidémie de Covid-19. « On donne des aides publiques à ces entreprises. Contraignons-les à négocier des accords (…) de revalorisation des salaires », a-t-il ajouté, s’il s’avère que les employeurs concernés refusent d’ouvrir des discussions.

Les autres centrales dites « réformistes » expriment également de la déception. L’augmentation du smic « ne réglera pas les problèmes de pouvoir d’achat des plus fragiles et de revalorisation des salaires que nous portons », confie Laurent Escure, le leader de l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA). Sur Twitter, la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) a lancé, mercredi, qu’elle « continuera de militer pour (…) un coup de pouce supplémentaire », allant au-delà du + 2,2 % à partir du 1er octobre.

Revalorisation automatique

Quant aux syndicats qui appellent à manifester et à faire grève, le 5 octobre, afin d’obtenir – entre autres – de meilleures rémunérations pour les travailleurs, ils sont plus déterminés que jamais. La journée nationale d’action interprofessionnelle, programmée dans moins de trois semaines, sera l’occasion de « tirer l’oreille » au pouvoir en place, selon la formule de Philippe Martinez, le secrétaire général de la Confédération générale du travail (CGT). « Il faut que cette mobilisation du 5 octobre soit réussie, afin de remettre sur le devant de la scène le thème des salaires », renchérit Yves Veyrier.

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Obligation vaccinale : 3 000 personnels d’établissements de santé non vaccinés ont été suspendus, selon Olivier Véran

Hôpitaux, maisons de retraite, soignants libéraux, aides à domicile, pompiers, ambulanciers… L’obligation vaccinale contre le Covid-19 est entrée en vigueur mercredi et concerne 2,7 millions de professionnels. Mais une minorité n’a toujours pas reçu de première dose.

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« Quelque 3 000 suspensions (…) ont été signifiées à du personnel des établissements de santé ou médico-sociaux qui n’étaient pas encore rentrés dans un parcours de vaccination » contre le Covid-19, a annoncé jeudi 16 septembre Olivier Véran, le ministre de la santé, sur RTL. Il a ajouté que « la continuité des soins a[vait] été assurée ».

« Très peu de blouses blanches »

Selon lui, « un grand nombre de ces suspensions ne sont que temporaires » et concernent « essentiellement du personnel des services supports », « très peu de blouses blanches ». Le ministre a ajouté : « Beaucoup d’entre eux ont décidé de se faire vacciner, voyant que l’obligation était une réalité », précisant qu’il y avait eu « quelques dizaines de démissions à ce stade ».

Le nombre avancé par le ministre pourrait toutefois être sous-estimé, d’après les premiers chiffres recueillis par l’Agence France-Presse (AFP), qui a recensé près de 1 500 suspensions rien que dans une quinzaine d’hôpitaux publics. L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), principal groupe hospitalier français, a ainsi fait état jeudi de 340 agents suspendus. La presse locale a par ailleurs rapporté des sanctions plus fréquentes dans le Sud : 450 au CHU de Nice, 100 à Perpignan, autant au centre hospitalier des Alpes du Sud (Briançon-Gap-Sisteron) et à l’hôpital psychiatrique d’Avignon. S’y ajoutent 76 suspensions au CHU de Brest, 54 dans les hôpitaux de Champagne-Sud (Troyes), 40 à Cahors, 37 à Saint-Nazaire, 26 à Angers, une quarantaine à Rouen, une trentaine à Pau et Alès ou encore une vingtaine à Angoulême.

Les chiffres sont appelés à évoluer dans les prochains jours, si certains salariés choisissent finalement de se faire vacciner mais aussi en fonction des retours de personnels actuellement en congés ou en arrêt maladie et qui pourraient à leur tour être suspendus.

D’après Santé publique France, qui se base sur des échantillons de l’Assurance-maladie, au 12 septembre 89,3 % des soignants avaient reçu au moins une dose dans les structures accueillant des personnes âgées dépendantes (Ehpad, unités de soins longue durée). Les contrevenants, qui ne justifient pas d’une première injection, d’une contre-indication vaccinale ou d’une contamination récente, « ne peuvent plus exercer leur activité », selon la loi du 5 août.

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Le Monde avec AFP

Les atouts des « Transitions collectives »

Politique de l’emploi

« Côté salariés, le dispositif se veut sécurisant : le salarié – volontaire – suit une formation, prise en charge pendant vingt-quatre mois maximum, sur un métier émergent ou dans un secteur qui peine à recruter. »

[La politique de l’emploi s’appuie sur des dispositifs créés au fil des besoins, qui restent parfois méconnus longtemps après leur création. Quelle est leur efficacité contre le chômage ? Elle n’est pas toujours évaluée. Le Monde lance une série d’articles sur les aides à l’emploi, pour tenter d’estimer ce qu’on en sait – leur objectif initial, leurs résultats.]

Déployé depuis janvier 2021, en pleine crise sanitaire, dans le cadre du plan de relance, le dispositif de « transition collective » (appelé communément « TransCo ») vise à favoriser la reconversion de salariés dont les emplois sont menacés vers des métiers porteurs « de manière sereine, préparée et assumée », pour reprendre le descriptif officiel du site du ministère de l’économie. Il se veut une réponse au double défi de révolution industrielle et de pénurie de certains métiers.

Contrairement au projet de transition professionnelle (PTP), dispositif assez similaire mais qui reste à l’initiative du salarié, « TransCo » repose sur une évaluation globale des ressources humaines au sein de l’entreprise et du territoire. Il n’a pas pour objectif un reclassement en interne, mais bien une reconversion en externe. A travers TransCo, les employeurs sont invités à anticiper les mutations structurelles de leur activité, de façon à éviter la casse humaine d’un plan de licenciement.

L’argument du gouvernement pour convaincre les entreprises de l’intérêt de ce dispositif, doté de 500 millions d’euros sur deux ans est que, dans le cadre de TransCo, l’Etat prend en charge tout ou partie de la formation et du salaire des collaborateurs concernés.

Acteur de son reclassement

Côté salariés, le dispositif se veut sécurisant : le salarié – volontaire – suit une formation, prise en charge pendant vingt-quatre mois maximum, sur un métier émergent ou dans un secteur qui peine à recruter. Pendant cette période, sa rémunération est maintenue. Ensuite, deux solutions s’offrent à lui : soit il choisit de quitter son entreprise à la suite de sa reconversion, soit il demande à revenir. L’employeur doit alors le réintégrer au même poste ou à un poste équivalent. Ce dispositif suppose donc une démarche volontaire du salarié : le but est qu’il devienne acteur de son « reclassement ».

Si un plan de sauvegarde de l’emploi ou de rupture conventionnelle collective est engagé, l’entreprise n’est pas éligible

Côté employeurs, si le dispositif se veut encadré par une multitude d’acteurs institutionnels présents sur le territoire, ses modalités sont assez souples. L’entreprise qui souhaite mettre en œuvre le dispositif TransCo doit lister les métiers fragilisés dans un accord type de gestion des emplois et des parcours professionnels (GEPP, ex-GPEC), négocié au niveau de l’entreprise. Celles de moins de 300 salariés peuvent se contenter de dresser une liste des emplois menacés. Un modèle d’accord est disponible sur le site du ministère du travail.

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« L’Enfer numérique » : la face cachée de nos e-mails

Le livre. Le 2 octobre 1971, l’humanité est soudainement projetée dans l’ère de l’immédiateté. L’ingénieur américain Ray Tomlinson (1941-2016) envoie le premier e-mail sur Arpanet 1, un réseau informatique prisé des scientifiques et des militaires américains.

Après les routes pavées de l’Antiquité et les chemins ferrés de l’ère industrielle, quelles infrastructures rendent nos actions numériques quotidiennes désormais possibles ? Que se passe-t-il lorsque vous envoyez un e-mail ? Quelle est la géographie des clics ? Quels défis écologiques et géopolitiques charrient-ils à notre insu ? C’est le sujet de L’Enfer numérique. Voyage au bout d’un like (Les liens qui libèrent), de Guillaume Pitron.

« L’Enfer numérique. Voyage au bout d’un like », de Guillaume Pitron, Editions Les liens qui libèrent, 304 pages, 20 euros.

Pendant deux ans, le journaliste a suivi, sur quatre continents, la route de nos e-mails, de nos likes et de nos photos de vacances. Son ouvrage nous conduit dans les steppes de la Chine septentrionale à la recherche d’un métal qui fait fonctionner nos smartphones, mais aussi dans les vastes plaines du cercle arctique où refroidissent nos comptes Facebook, et dans l’un des Etats les plus arides des Etats-Unis, pour enquêter sur la consommation d’eau de l’un des plus grands centres de données de la planète, celui de la National Security Agency (NSA).

« Nous avons découvert qu’Internet a une couleur (le vert), une odeur (de beurre rance), et même un goût, salé comme l’eau de mer. Il émet également un son strident, semblable à celui d’une immense ruche. Bref, nous avons fait l’expérience sensorielle de l’univers numérique, prenant par là même la mesure de sa démesure. »

4 % des émissions globales de CO2

Pour envoyer un simple like, nous déployons ce qui sera bientôt la plus vaste infrastructure jamais édifiée par l’homme, un royaume de béton, de fibre et d’acier, un inframonde constitué de datacenters, de barrages hydroélectriques et de centrales à charbon, tous unis dans une triple quête : celle de puissance, de vitesse et… de froid.

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L’industrie numérique a beau vanter son tribut positif à la préservation de la planète compte tenu des fabuleux leviers d’optimisation de nos méthodes agricoles, industrielles, « servicielles » qu’elle permet, la réalité est moins enchantée : la pollution numérique est colossale, et c’est même celle qui croît le plus rapidement. Elle est d’abord due aux milliards d’interfaces constituant notre porte d’entrée sur Internet, mais provient également des données que nous produisons à chaque instant.

Les chiffres sont édifiants : l’industrie numérique mondiale consomme tant d’eau, de matériaux et d’énergie que son empreinte est le triple de celle d’un pays comme la France ou l’Angleterre. Les technologies numériques mobilisent aujourd’hui 10 % de l’électricité produite dans le monde et rejetteraient près de 4 % des émissions globales de CO2, soit un peu moins du double du secteur civil aérien mondial.

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« La pollution digitale met la transition écologique en péril et sera l’un des grands défis des trente prochaines années. » Une course est désormais engagée : d’un côté, les entreprises du numérique déploient leur formidable puissance financière et d’innovation pour optimiser et « verdir » Internet. De l’autre, des réseaux et communautés de défricheurs pensent qu’un autre numérique, plus sobre, responsable et respectueux de l’environnement est possible.

Par quelles technologies de l’information voulons-nous en effet être accompagnés vers l’avenir ? Fabriquées selon quels procédés et avec quels matériaux ? Souhaitons-nous un réseau central, constitué de lourdes infrastructures permettant des gains énergétiques d’échelle, ou plutôt éclaté afin de relocaliser la transmission des données, grosse consommatrice d’électricité ? Le voulons-nous neutre et dérégulé, ou bien partial, voire liberticide, car n’autorisant que la production de data jugée essentielle ? Devra-t-il être payant ou gratuit ? « Nos rues de l’avenir seront probablement une hybridation de ce large éventail de solutions qui fermentent aujourd’hui aux quatre coins du monde. »

« L’Enfer numérique. Voyage au bout d’un like », de Guillaume Pitron, Editions Les liens qui libèrent, 304 pages, 20 euros.

« Doubler » les salaires des enseignants : oui… mais comment faire ?

Anne Hidalgo, à l’occasion de la publication de son livre « Une femme française », à Nancy, le 15 septembre 2021.

Dans les « salles des profs », les premières réactions ont été sceptiques. Mais, trois jours après que la maire (PS) de Paris, Anne Hidalgo, candidate à l’élection présidentielle, a annoncé son souhait de faire du « doublement » des salaires des enseignants une « priorité », on ne parle plus que de « ça » – et de la faisabilité d’un tel engagement – entre enseignants syndiqués.

La virulence des réactions politiques à cette proposition a contribué à imposer le sujet dans le débat public. « L’élection présidentielle ne peut pas être une Foire du Trône de la démagogie », a réagi, lundi 13 septembre, dans les colonnes du Parisien, le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer. Le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, s’est demandé si « le PS avait aussi perdu sa culture de gouvernement », quand Yannick Jadot, candidat à la primaire écologiste, a étrillé une mesure que « même les plus radicaux » des responsables syndicaux n’ont « jamais demandée ».

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Dans les rangs socialistes, aussi, des critiques ont fleuri. « Il n’y a rien de pire que de commencer par une mesure catégorielle », a réagi le maire du Mans et ancien ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, qui réclame une primaire face à Anne Hidalgo au sein du PS.

En la matière, pourtant, Anne Hidalgo s’inscrit bien dans l’héritage politique de son parti : depuis 1965 et la première campagne présidentielle, tous les candidats de la gauche ont inclus l’éducation et son budget, par le biais de la problématique des postes ou de celle des salaires – parfois, les deux – dans leurs promesses de campagne.

Pas un mot sur les moyens

Que propose, concrètement, Mme Hidalgo ? « Pour l’honneur des enseignants », l’un des sous-chapitres de son livre Une femme française (L’Observatoire, 18 euros, 250 pages), publié mercredi, donne son diagnostic sur la profession et ses objectifs. Mais rien, ou très peu, de sa méthode. « Enseignant tend à devenir l’un de ces métiers de service dévalorisé, écrit-elle. C’est pourquoi, à mes yeux, seul un grand mouvement de revalorisation des salaires est à même d’enrayer cette mécanique mortifère. Il s’agit là d’un choix politique fondamental. »

Et la désormais candidate d’annoncer : « Je crois possible, sur la durée d’un quinquennat, de multiplier par deux au moins le traitement de toutes les personnes au contact avec les élèves. Ou, pour commencer, d’aligner a minima le salaire des nouveaux professeurs sur le salaire médian des titulaires d’un bac + 5. »

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