Social : pas de trêve des confiseurs dans le secteur du commerce

Les revendications salariales s’invitent à la grande fête de la consommation cette année. En plein rush des achats de cadeaux de Noël, des employés d’enseignes commerciales ont franchi le tabou des grèves et manifestations pendant les fêtes, illustrant l’importance que prend le sujet des hausses de salaires et du pouvoir d’achat en ces temps de forte inflation.

Ainsi, dans l’après-midi du vendredi 23 décembre, une trentaine de salariées de la chaîne Sephora ont manifesté sur le parvis de La Défense (Hauts-de-Seine), face à la boutique du même nom. Elles répondaient à l’appel à la grève de la section CGT de Sephora. Le mouvement était somme toute modeste : de l’aveu même du syndicat, 80 salariés ont débrayé sur les 5 600 que compte le distributeur en France.

Voilà plus d’un an que ces personnels réclament la mise en place d’un 13e mois auquel ont droit « toutes les autres enseignes du groupe LVMH », affirme la CGT. Une revalorisation des salaires est également demandée, car « ils sont les plus bas du groupe », ainsi que l’abandon d’un accord sur la modulation du temps de travail.

« Sous-effectif »

« Quand on reçoit le bulletin de paye à la fin du mois, ça nous met un claque », lâche Ibtissam Difay, salariée de la chaîne depuis sept ans, au magasin d’Argenteuil puis à celui de Colombes. « On fait des journées à 21 000 euros de chiffre d’affaires, mais je suis payée 1 500 euros nets par mois, primes comprises », déplore-t-elle.

« Bernard Arnault est devenu l’homme le plus riche du monde. Il s’enrichit parce qu’il fait des économies sur le dos de ses salariés », harangue, micro en main, Jenny Urbina, déléguée syndicale CGT, pendant que les manifestants agitent drapeaux et pancartes.

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Une demi-douzaine de salariées du Sephora de Paris Saint-Lazare sont venues au rassemblement. Parmi elles, Elvan Kaya, maquilleuse. La jeune femme de 20 ans achève son CDD de six mois le 31 décembre, payé 1 300 euros nets, primes comprises. Elle a refusé le nouveau CDD qu’on lui proposait et dénonce « le sous-effectif » que, selon elle, connaît le magasin. « Pour un conseil maquillage complet, il faudrait consacrer quinze minutes par client, alors que nous sommes plutôt autour de sept minutes. On a l’impression de bâcler notre travail », explique-t-elle.

« Bernard Arnault est devenu l’homme le plus riche du monde. Il s’enrichit parce qu’il fait des économies sur le dos de ses salariés »
Jenny Urbina, déléguée syndicale CGT

En attendant, Elvan Kaya devra travailler samedi 24 décembre, comme « tous les salariés de la boutique », explique sa collègue caissière Garance Pierrard. Rien n’oblige la direction à accorder deux jours de repos successifs à un salarié, selon l’actuel accord sur le temps de travail. Comme le magasin sera fermé dimanche, Garance Pierrard devra passer le soir du réveillon à Paris. « Je passe Noël toute seule », regrette la jeune femme dont la famille réveillonnera en Mayenne.

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Assurance-chômage : premiers effets concrets de la réforme

Les syndicats auraient préféré que les faits leur donnent tort. La réforme de l’assurance-chômage, décidée en 2019 et mise en vigueur – en plusieurs étapes – jusqu’à la fin 2021, commence à produire ses effets. Ils sont synonymes de droits amputés et d’allocations en baisse pour une partie des demandeurs d’emploi. C’est ce que montre une note de l’Unédic, l’association paritaire qui gère le régime, dont les représentants des salariés et des employeurs ont pris connaissance, le 16 décembre.

L’étude en question s’intéresse aux incidences de mesures prises par décret sous le premier quinquennat d’Emmanuel Macron. Elles ont eu pour conséquence de durcir les conditions d’indemnisation. D’abord, les critères d’accès au système sont devenus plus exigeants, puisque les individus sont tenus d’avoir travaillé pendant six mois sur vingt-quatre (au lieu de quatre sur vingt-huit, avec la réglementation antérieure) pour toucher une prestation, et les droits à l’assurance-chômage ne sont rechargés qu’à partir d’un nombre d’heures six fois plus élevé qu’avant. Ensuite, l’allocation diminue à partir du septième mois pour les chômeurs de moins de 57 ans qui percevaient une rémunération égale ou supérieure à quelque 4 700 euros brut par mois quand ils étaient en activité. Enfin, le mode de calcul pour déterminer les montants versés a été modifié, dans le but d’inciter les salariés à rester sur un emploi durable.

L’Unédic souligne que les résultats de sa recherche doivent être interprétés avec prudence, notamment parce que les données exploitées portent sur une période allant jusqu’à la fin juin. Les dispositions incriminées continuent de monter en charge et il faudra « plus de recul » afin d’apprécier les « changements de comportement », qui sont escomptés parmi les travailleurs, du fait des nouvelles règles.

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Une fois ces précautions prises, les auteurs de la note expliquent que le nombre d’« ouvertures de droits » à l’assurance-chômage a fortement baissé (– 20 %), entre la mi-2019 et la mi-2022. Une telle tendance provient de la « conjugaison » de deux facteurs : des conditions d’accès plus strictes (six mois d’activité contre quatre auparavant), qui ont fermé les portes du régime à des milliers de chômeurs, et une conjoncture économique dynamique. La diminution s’avère plus marquée chez les moins de 25 ans (– 26 %), ainsi que chez ceux « ayant perdu un CDD » (– 30 %) ou un contrat d’intérim (– 37 %) – autrement dit les jeunes et les précaires.

« Puissants effets d’éviction »

Au total, le nombre d’allocataires a reflué de 275 000 entre juillet 2021 et juin 2022 (– 7 %). Là encore, l’évolution est plus nette pour les moins de 25 ans (– 12 %), mais cela peut avoir un « lien » avec le plan lancé en 2020 par le gouvernement pour soutenir les embauches dans cette tranche d’âge. Si l’on raisonne en pourcentages, la proportion d’« allocataires indemnisés » parmi les inscrits à Pôle emploi s’effrite, passant de 40,4 % en décembre 2021 à 36,6 % en juin 2022.

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Grèves SNCF : pourquoi un TGV ne peut pas rouler sans contrôleur

A la gare du Nord, à Paris, en 2016.

Les Français en font l’expérience à chaque nouvelle grève : il est interdit de faire circuler un TGV sans contrôleur à bord. Si la présence de ces près de 10 000 agents (effectif total pour TGV, Intercités et TER) est indispensable, c’est que leur rôle ne se limite pas à la simple vérification des billets. Ils sont ainsi les seuls à pouvoir parler avec le conducteur, isolé dans sa cabine de conduite.

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Mais ils sont aussi les seuls à être en contact avec les passagers. Et leurs tâches n’ont cessé de croître à mesure que les effectifs en gare ont été réduits : la fermeture progressive des guichets oblige davantage de voyageurs à faire appel à eux ; ils donnent le signal de départ au conducteur, ce qui incombait jusqu’à peu aux agents de sol en gare.

Garants de la sécurité

Dits aussi « chefs de bord », ils sont surtout les garants de la sécurité des voyageurs. En cas d’immobilisation du train pour cause d’obstacle ou d’accident, ils aident le conducteur. Ils sont aussi à la manœuvre lorsqu’il faut transborder les passagers d’une rame à une autre. Formés aux soins de premiers secours, ils sont les premiers à agir en cas de malaise voyageur. Les tâches de sûreté – comme réagir en cas d’attentat – figurent aussi dans leurs missions.

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De plus en plus sollicités, les contrôleurs sont aussi de plus en plus souvent seuls dans les trains, notamment lors des horaires matinaux ou de soirée. Cette situation est responsable d’un malaise grandissant. Au point que la direction de la SNCF a inscrit, dans ses propositions faites avant la grève de ce week-end de Noël, qu’ils seraient au moins deux par TGV d’ici trois ans.

Pour Fred, qui n’a pas souhaité donner son nom, chef de bord SNCF depuis une vingtaine d’années, c’est une avancée importante. « Si on est agressé physiquement par un usager, notre collègue peut alerter la police ferroviaire. » Hormis ces situations extrêmes, être deux peut permettre de désamorcer les situations de conflit. « On lâche prise et on laisse notre collègue reprendre le dialogue. Parfois, le courant passe mieux », conclut-il.

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Pénibilité au travail : la Cour des comptes critique la réforme sous le premier quinquennat Macron

Les pouvoirs publics et les entreprises ne prennent pas assez en considération le sort des personnes abîmées par leur activité professionnelle. C’est l’un des constats dressés par la Cour des comptes dans un rapport, publié mardi 20 décembre, au sujet des politiques « de prévention en santé au travail ». La haute juridiction suggère même que certaines initiatives prises au début du premier mandat d’Emmanuel Macron ont été contre-productives. Ses appréciations entrent en résonance avec la réforme des retraites actuellement portée par l’exécutif, l’une des priorités affichées étant de renforcer les actions en faveur des salariés qui exercent des métiers éprouvants physiquement.

Les auteurs du rapport reviennent sur des changements décidés en 2017 par le gouvernement d’Edouard Philippe. Celui-ci avait refondu le compte personnel de prévention de la pénibilité (C3P), créé sous la législature précédente et critiqué par le patronat, qui y voyait une « usine à gaz » impossible à faire fonctionner. Le dispositif incriminé avait pour ambition de mesurer l’exposition des salariés à dix « facteurs de risques professionnels » (températures extrêmes, travail de nuit, etc.) avec un système de seuils et de points offrant trois possibilités, à terme : partir à la retraite plus tôt, passer à temps partiel tout en conservant sa rémunération, suivre une formation.

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Finalement, le pouvoir en place, il y a cinq ans, avait choisi de retirer du mécanisme quatre facteurs (manutention à la main de charges, vibrations mécaniques, etc.) et de supprimer la cotisation afférente au dispositif. Au passage, le C3P avait été rebaptisé, devenant le C2P – pour compte professionnel de prévention – et effaçant le mot « pénibilité », dont M. Macron ne raffole guère quand il s’applique au travail.

Des pistes pour limiter la pénibilité

Bilan de ces transformations ? Il n’est pas fameux, à en croire la Cour des comptes. En 2019, le C2P avait été utilisé à 4 598 reprises depuis sa mise en place, « ce qui est très réduit ». Le chiffre a progressé sur la période récente, se rapprochant de la barre des 12 000, selon les données diffusées en octobre par le ministère du travail. Mais l’impact se révèle, à ce stade, extrêmement faible.

Une telle situation « peut s’expliquer par la montée en charge forcément progressive du dispositif », reconnaissent les auteurs du rapport. Cependant, enchaînent-ils, la logique initiale du compte était d’« inciter les employeurs à réduire l’exposition de leurs salariés à la pénibilité en faisant peser sur eux une cotisation spécifique ». « Or, cette ambition a été abandonnée dès 2017 », avec la disparition du prélèvement, ordonnée par le gouvernement d’Edouard Philippe. Dès lors, le C2P n’a « plus aucune vertu de prévention » et « n’est pas à la hauteur des objectifs qui lui étaient assignés ».

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Grève à la SNCF à Noël : le gouvernement s’insurge contre le mouvement des contrôleurs

2 TGV sur 5 devraient être annulés ce weekend, selon les prévisions de la SNCF.

Le gouvernement monte au créneau. Exprimant sa « colère pour les clients privés de vacances de Noël », le ministre français de l’économie, Bruno Le Maire, a exigé, jeudi 22 décembre sur Sud Radio, de la direction de la SNCF qu’elle résolve « dans les prochaines heures » la grève de contrôleurs qui a conduit à l’annulation de nombreux TGV durant le week-end de Noël, les 23, 24 et 25 décembre :

« Ce que nous attendons de la direction de la SNCF aujourd’hui, c’est qu’elle trouve une solution dans les prochaines heures, je dis bien dans les prochaines heures. C’est ça la responsabilité de la direction de la SNCF, elle a le soutien de l’Etat, elle doit trouver les voies et moyens de sortir de ce conflit. »

D’autres ministres se sont relayés dans les médias tôt ce matin, fustigeant cette grève, et appelant à « la responsabilité » des grévistes. « Ce n’est pas digne » et cela « abîme le droit de grève », s’est insurgé sur France 2 le ministre de la cohésion des territoires, Christophe Béchu :

« Je pense que décider de faire grève un 24 et un 25 décembre, cela abîme le droit de grève. Après les années que l’on a connues, il y a ce besoin de se retrouver. (…) 200 000 Français qui ne vont pas pouvoir prendre leur train pour passer Noël avec leurs proches, ce n’est pas digne »

Lire notre reportage : Avant la grève à la SNCF pour le week-end de Noël : « Je vais dépenser plus de 300 kg de CO2 pour faire 1 200 kilomètres »

« Vous avez une responsabilité »

« Travailler à la SNCF, ce n’est pas travailler n’importe où. Vous avez une responsabilité » vis-à-vis du public, a souligné le ministre, indiquant que le président de la SNCF « annoncera de nouvelles initiatives dans la matinée » sans donner plus de précisions. Et de regretter :

« C’est une situation perdante-perdante pour tout le monde. On a à la fois des Français qui vont être privés de trains, un mouvement qui n’est pas bon pour l’image de l’entreprise, mais qui n’est aussi pas bon pour les grévistes ni pour les revendications qu’ils portent ».

Alors que 2 TGV sur 5 devraient être annulés ce weekend, selon les prévisions de la SNCF, le ministre estime que l’enjeu, « c’est maintenant de faire en sorte qu’on ne se retrouve pas avec le même scénario la semaine prochaine » pour le weekend du Nouvel An.

Le mouvement de grève a été lancé par un collectif de contrôleurs hors de tout cadre syndical. Ce collectif s’est appuyé sur les syndicats pour porter ses revendications et déposer des préavis mais n’a pas réussi à trouver un accord avec la direction. Les syndicats ont donc ensuite maintenu leur préavis – sauf l’Unsa-Ferroviaire – tout en n’appelant pas à la grève.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés SNCF : le mouvement de grève des contrôleurs risque de perturber les week-ends de Noël et du Nouvel An

Une grève évaluée à une « centaine de millions d’euros »

Le ministre délégué aux transports, Clément Beaune, a quant à lui affirmé sur Franceinfo que la grève des contrôleurs SNCF coûterait « sans doute une centaine de millions d’euros à l’entreprise » publique, appelant à la reprise des discussions.

« Il y a heureusement des dizaines de milliers de cheminots (…) qui voient bien que c’est mauvais pour l’entreprise. Ça va coûter sans doute une centaine de millions d’euros à l’entreprise, on n’a pas besoin de ça en ce moment et donc il faut que chacun reprenne cette discussion. »

M. Beaune a toutefois balayé l’idée d’une éventuelle réquisition du personnel de la SNCF. « Il ne faut pas vendre des illusions », les réquisitions étant « encadrées juridiquement et même constitutionnellement », a-t-il dit.

« Le seul moyen de ne pas pénaliser les Français (…) c’est le dialogue social », a insisté le ministre des transports.

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Farandou espère un accord pour le week-end du Nouvel an

Depuis novembre, la SNCF peine à nouer le dialogue avec le collectif de contrôleurs à l’origine de ce mouvement social. Ils réclament une meilleure reconnaissance de la spécificité de leur métier et rejettent toute accointance avec les syndicats, même s’ils ont dû s’appuyer sur ces derniers pour déposer des préavis.

La direction a déjà proposé d’augmenter la « prime de travail » des chefs de bord (nom officiel des contrôleurs) de 600 euros par an, dont une partie intégrée au salaire en 2024, ainsi qu’une indemnité supplémentaire de 600 euros brut par an. Des propositions que les grévistes ont jugées insuffisantes.

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De son côté, le président de la SNCF Jean-Pierre Farandou en a lui aussi appelé à « la responsabilité des chefs de bord TGV » pour qu’ils ne maintiennent pas leur mouvement de grève le week-end du Nouvel an. « Pour ce week-end, c’est malheureusement trop tard (…) mais il n’y a pas de raison de punir deux fois les Français », a-t-il insisté sur RTL en évoquant le dernier week-end de l’année.

« Je ne comprends pas cette grève. Il n’y a aucun appel à la grève d’aucun syndicat », a-t-il ajouté, précisant qu’il les recevrait dès vendredi pour tenter de trouver une issue à la crise. « J’ai plus de 40 ans de maison, j’en ai vu des grèves, mais je n’en ai pas beaucoup vu le jour des départs comme ça », a conclu le patron du groupe public : « C’est quand même très inédit ». Il a enfin rappelé l’offre d’un bon d’achat équivalent au double du billet pour chaque voyageur dont le train a été annulé, une « première » en France.

Lire aussi : Grève à la SNCF : deux TGV sur cinq annulés pour le week-end de Noël, les voyageurs bénéficieront d’un bon d’achat équivalent à deux fois le montant de leur billet

Le Monde avec AFP

Les Etats-Unis reprennent goût à l’usine

L’entrepreneur en série, Ken Rosenblood, patron d’obVus Solutions, était en Chine en 2019. Ce patron américain voulait y produire des bureaux ergonomiques qu’on peut utiliser assis ou debout. Il avait passé commande pour deux conteneurs, capables de transporter 16 000 unités. Et puis il a entendu parler du Covid-19. Son fournisseur a fermé ses portes… et les a rouvertes en mars. M. Rosenblood espérait alors récupérer sa commande. Mais ce fut plutôt « le début de la grande odyssée », s’amuse-t-il.

Le dirigeant, qui aime tout contrôler, a suivi le trajet de ses conteneurs sur l’océan. Un jour, on lui disait qu’ils étaient « à Shanghaï en partance vers le Vietnam. Ensuite, c’était Pékin et la Corée du Sud ». Puis les prix du transport ont explosé. Le coût du conteneur a été quasiment décuplé, de 2 500 dollars avant la crise à 20 000 dollars. Celui du travail et des matières utilisées a lui aussi grimpé.

M. Rosenblood s’est dit qu’il serait plus judicieux de produire aux Etats-Unis, en automatisant au maximum la production pour réduire le coût du travail, comparativement très cher aux Etats-Unis. Il a acheté des machines en Chine, converti un showroom en usine à Rochester dans l’Etat de New-York et trouvé des fournisseurs… bref, il a organisé la production des trois cents composants de son bureau. Il emploie aujourd’hui quinze personnes dans son usine. L’écart de coûts entre l’Asie et les Etats-Unis s’est réduit à 10 %. Et il fabrique en trois semaines ce qui serait arrivé de Chine six mois plus tard.

Gros coup de pouce de Washington

Ce retour de la production aux Etats-Unis n’a pas été facile, mais évite les ruptures de stocks. Et permet de servir la clientèle américaine plus rapidement. Un choix qu’obVus Solutions n’est pas la seule entreprise à avoir fait. Un nombre croissant de groupes américains et étrangers s’installent sur le sol de l’Oncle Sam.

Scott Paul, président de l’Alliance for American Manufacturing (« alliance pour la production américaine »), constate la montée en puissance des projets locaux, s’appuyant sur les aides financières fédérales. Les lois sur la réduction de l’inflation, l’énergie propre et l’industrie des semi-conducteurs ont permis de lancer des investissements milliardaires à long terme.

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Ici le groupe First Solar s’installe en Alabama pour produire de l’énergie solaire en 2025. Sept cents emplois sont annoncés. Là, c’est Micron qui plante son drapeau à New-York pour fabriquer des semi-conducteurs, tandis qu’Intel choisit l’Ohio et que la Taiwan Semiconductor Manufacturing Company construit son usine en Arizona. Pendant ce temps-là, Archer Aviation promet de fabriquer ses avions électriques près de l’aéroport de Covington en Géorgie. Et le français Pernod Ricard étend sa production de whisky et de vodka à Fort Smith dans l’Arkansas.

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Compte personnel de formation : le reste à charge ne passe pas au sein de la majorité

Muriel Pénicaud, alors ministre du travail, lors de sa passation de pouvoirs au ministère, à Paris, le 7 juillet 2020.

Le compte personnel de formation (CPF) n’en finit plus de provoquer des remous au sein de la Macronie. Les critiques fusent dans le camp du chef de l’Etat, depuis que l’exécutif a décidé de faire payer les individus qui utilisent ce dispositif pour acquérir de nouvelles compétences. Parmi les voix qui s’élèvent, il en est une qui a retenu l’attention : c’est celle de Muriel Pénicaud, ministre du travail de mai 2017 à juillet 2020 – durant le premier mandat du président de la République. Dans un entretien au Journal du Dimanche (JDD) du 18 décembre, elle considère que le choix du pouvoir en place constitue « une erreur sociale et économique. Et donc politique ».

Sa prise de parole fait suite à un amendement au projet de loi de finances pour 2023 déposé par le gouvernement samedi 10 décembre. Il vise à instaurer « une participation du titulaire » du CPF, quel que soit le montant des droits dont celui-ci bénéficie. Autrement dit, un reste à charge est imposé aux actifs qui veulent suivre une formation en mobilisant leur compte. Deux catégories n’ont pas à mettre la main à la poche : les chômeurs et les personnes qui ont recours au CPF dans le cadre d’un projet élaboré avec leur patron.

Mme Pénicaud considère que de tels changements tournent le dos à la réforme du CPF, qu’elle avait portée, en 2019, conformément à la « vision transformatrice » d’Emmanuel Macron. A l’époque, cet outil avait été libéralisé en créant un système de crédit en euros – et non plus en heures – adossé à une plate-forme en ligne qui ouvre la voie à un large éventail de titres, diplômes et certifications. Le but était de donner « à chacun » la possibilité « de se former tout au long de la vie », indique-t-elle dans les colonnes du JDD.

« Un problème de méthode »

Si les demandeurs d’emploi ne sont pas mis à contribution, l’ex-ministre déplore qu’une telle exonération ne joue pas également pour les travailleurs percevant de bas salaires : « Un reste à charge de 20 % à 30 % est évoqué. C’est énorme ! Imaginez quand vous êtes au smic ! Même 50 euros, c’est 50 euros de trop. » Avec ce ticket modérateur, le gouvernement veut contrôler la dépense imputable au CPF, qui s’est envolée (6,7 milliards d’euros au cours des trois dernières années). Mme Pénicaud estime, elle, qu’envisager le dispositif « comme un coût, et non pas comme un investissement, est une erreur stratégique ».

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Le 13 décembre, lors d’une réunion du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale, plusieurs personnalités avaient déjà manifesté leur agacement, en interpellant vigoureusement Carole Grandjean, la ministre déléguée chargée de l’enseignement et de la formation professionnels, qui était présente. La démarche du gouvernement posait « un problème de méthode », confie Jean-René Cazeneuve, député du Gers et rapporteur général de la commission des finances, en regrettant que l’amendement incriminé soit sorti du chapeau durant un week-end, sans discussion approfondie en amont. Sur le fond, il approuve la mesure, qui « ne change pas l’esprit du CPF », selon lui, tout en contribuant à combattre les « abus » et les « fraudes ».

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Travail : « La crise de confiance est assez profonde pour ne pas en rajouter »

Le gouvernement vient de répondre positivement à une demande forte de la CFDT entre autres, d’organiser les « Assises du travail ». Emmanuel Macron et le gouvernement semblent envoyer un signe pour renouer avec le dialogue social, en mettant le travail au cœur de la discussion. Le travail, son organisation, les conditions de sa réalisation selon les professions, la place qu’il a dans la société et dans la vie de chacun et chacune, constituent un enjeu majeur.

Enjeu d’autant plus important que le travail et son environnement ont beaucoup changé ces dernières décennies. Ces transformations, ces évolutions sont venues bousculer les formes de travail, les statuts et contrats qui régissent notre rapport au travail mais également le rapport entre les relations entre la vie professionnelle et la vie personnelle…

Sous l’effet de la presque disparition des grosses unités au profit de petites entités, accélérée par les nouvelles technologies et notamment le numérique, le travail s’est éclaté. Il perd ainsi de son effet intégrateur dans des dynamiques collectives qui ont marqué la société industrielle, et pose des questions nouvelles quant à la relation entre individu et collectif, dans notre manière de faire société.

Le travail ce n’est pas qu’un emploi

De ce point de vue, aborder la question du travail est essentiel pour repenser aussi nos systèmes de protection sociale pour qu’ils répondent aux besoins d’aujourd’hui et soient acceptés par tous. Le travail, ce n’est pas seulement un emploi, ce sont des qualifications, des conditions et des organisations du travail qui ont des impacts sur la vie des hommes et des femmes, et évidemment sur notre système de protection sociale.

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  • Le déficit de formation en amont de la vie active rend difficile l’accès au travail de plusieurs milliers de jeunes chaque année, qui se retrouvent dans des situations de précarité difficile.
  • Le manque de formation dans les entreprises engendre des déqualifications pouvant conduire au chômage, et met des séniors en situation de fragilité extrême sur le marché du travail.
  • La faiblesse des politiques de préventions génère des maladies professionnelles, des accidents du travail, pouvant conduire à des affections de longue durée, des inaptitudes au travail qui se traduisent par des arrêts de travail long, des mesures d’invalidités.
  • Des conditions de travail difficiles usent ceux et celles qui les réalisent, rendant impossible l’exercice d’une activité prolongée au-delà de 55 ans ou 60 ans.
Lire aussi : Une nouvelle réforme de l’assurance-chômage « plus incitative et plus protectrice », promet le gouvernement
  • Les pressions, les injonctions contradictoires entre rentabilité et réponses aux besoins, peuvent conduire à transformer des métiers passionnants en galère générant une envie de partir le plus rapidement en retraite.

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Salaires dans l’énergie : accord chez RTE, pas de sortie de crise chez GRDF

Au terme d’une année de tensions, entre craintes de pénurie et mouvements sociaux pour des hausses de salaires face à l’inflation, les négociations annuelles obligatoires (NAO) s’achèvent dans les entreprises de l’énergie. Dernière à négocier, RTE (gestionnaire du réseau de transport d’électricité) a trouvé un compromis vendredi 16 décembre, avec les quatre organisations syndicales (CFDT, CFE-CGC, CGT, FO).

Lire aussi : La consommation électrique en France baisse depuis le mois de septembre

Après la signature mi-octobre par les partenaires sociaux de la branche des industries électriques et gazières (IEG) d’un accord revalorisant de 3,3 %, en deux temps (1 % rétroactif au 1er juillet, 2,3 % au 1er janvier 2023) le salaire national de base, socle du calcul de la grille des salaires, chaque entreprise devait négocier en interne des mesures complémentaires.

« Partout, on a accouché dans la douleur, résume Sébastien Michel, secrétaire fédéral de la CFDT Chimie-Energie. Vu le contexte, on pensait que les directions seraient compréhensives, mais pas du tout ! Il a fallu faire monter la tension pour parvenir à des résultats honorables ! »

« Une année dramatique »

Chez EDF, Enedis, RTE, GRDF, plusieurs semaines de grève ont ainsi précédé les accords. Celui signé chez EDF mi-octobre prévoit, en plus de l’accord de branche, une revalorisation pour tous de 2,3 % S’ajouteront augmentations individuelles et une prime de 2 600 euros bruts.

Chez Enedis (gestionnaire du réseau de distribution d’électricité), l’accord, unanime, mi-novembre, prévoit 4,6 % pour tous, des mesures individuelles et une prime. Chez Engie, le 9 décembre, trois organisations ont validé 2,3 % pour tous, et 2 % pour des mesures individuelles.

A RTE, ce sera aussi 2,3 % pour tous au 1er janvier, plus une prime mensuelle de 2,7 % du salaire qui sera remplacée par une augmentation de 2,3 % au 1er janvier 2025. Dans un communiqué, la direction des ressources humaines de RTE s’est félicitée « de cette réussite qui fait suite à un dialogue social nourri et constructif ».

La validation de l’accord intervient cependant au lendemain du licenciement de quatre agents de RTE pour une intervention informatique sur le réseau cet été dans le cadre d’un mouvement social.

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Cet acte leur a valu près de quatre-vingt-seize heures de garde à vue à la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure) et une convocation au tribunal correctionnel en février. Un niveau de sanction jamais vu, dénoncé par le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, dans une lettre ouverte à la première ministre, le 7 décembre.

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Chez Sanofi, un mois de conflit social qui laisse des traces

Le froid glacial n’a pas entamé leur détermination. Sur le site de production de Sanofi à Maisons-Alfort (Val-de-Marne), le thermomètre affiche un degré à l’extérieur en cette mi-décembre. Mais les salariés en grève, rassemblés devant l’entrée de l’entreprise, bouillonnent de colère. « On n’abandonnera pas, la direction va devoir tenir compte de notre ras-le-bol », lâche Barbara, 47 ans, immédiatement approuvée par son voisin.

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Depuis un mois, cette salariée débraye presque chaque jour aux côtés de ses collègues pour réclamer une revalorisation des salaires. « Après des années sans augmentation collective, nous avons péniblement obtenu 1 % l’année dernière. Une miette pour un grand groupe comme Sanofi, qui réalise plus de 37 milliards d’euros de chiffre d’affaires », s’indigne Christophe.

A quelques semaines de la retraite, le technicien de production, « trente-huit ans de maison », est venu soutenir ses compagnons pour son dernier « baroud d’honneur ». Emmitouflés dans d’épais manteaux, bonnet vissé sur la tête, ils sont une quinzaine ce jour-là à s’être donnés rendez-vous autour du barbecue installé sur le trottoir.

A la surprise des syndicats

« Ne vous fiez pas au nombre, beaucoup de salariés soutiennent notre combat », assure Frédéric Dos Santos. Et le délégué syndical de la CGT de rappeler le « feuilleton » du mouvement de grève « inédit » qui agite le premier groupe pharmaceutique français depuis quatre semaines. Le thermomètre social du fleuron tricolore s’est embrasé à l’occasion des négociations annuelles obligatoires (NAO) sur les salaires.

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Le 14 novembre, veille de la première réunion avec la direction, la CGT a appelé l’ensemble des syndicats (CFDT, FO, Sud, CFTC, CFE-CGC) et salariés de Sanofi dans l’Hexagone à se mettre en grève. Débutent alors les premiers piquets de grève. Le lendemain, une centaine de salariés manifestent devant le siège France du groupe, à Gentilly (Val-de-Marne). A la table des négociations, l’intersyndicale réclame une augmentation collective de 10 % pour 2023 pour répondre à l’inflation, une « prime Macron » de 10 000 euros et l’embauche des deux tiers des 3 700 salariés en contrats précaires (CDD, intérim, contrat d’apprentissage).

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« Depuis neuf ans, Sanofi avait quasiment coupé les vannes des augmentations collectives. Il n’y avait plus que des augmentations individuelles et par automaticité. Au vu de l’inflation pendant ce laps de temps, les salaires sont complètement à l’ouest », explique M. Dos Santos. Dans la foulée, la direction fait une première proposition, rejetée par les salariés. De nouveaux sites rejoignent la grève, qui s’installe dans la durée, à la surprise même des syndicats.

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