En redressement judiciaire, Bio c’ Bon aiguise les appétits

La devanture d’un magasin Bio c’ Bon à Paris, le 8 septembre.

Jusqu’à présent, Thierry Chouraqui était resté très discret. Autant, affirmeront certains, que l’entreprise qu’il dirige, Bio c’ Bon. Troisième acteur de la distribution spécialisée de produits biologiques derrière Naturalia et Biocoop, le réseau a été placé, à la surprise générale, en redressement judiciaire le 2 septembre par le tribunal de commerce de Paris. Sortant de son silence « pour rétablir la vérité au regard de tout ce qui a été dit », M. Chouraqui justifie, auprès du Monde, cette décision par le besoin de protéger l’enseigne en France et ses 1 035 salariés.

« En raison des évolutions du marché du bio ces trois dernières années, et notamment de l’arrivée massive des grands groupes de distribution alimentaire sur ce segment, nous devions nous adosser, à un moment donné, à un groupe plus important pour pouvoir continuer le développement », explique le dirigeant. D’autant que « de nombreux mouvements sociaux sont venus mettre à mal les centres-villes, où nous sommes très implantés. Les “gilets jaunes”, en novembre 2018, puis les grèves contre la réforme des retraites, fin 2019, ont eu un impact sur notre chiffre d’affaires ». A cela se sont ajoutés des couacs d’approvisionnement dus à une nouvelle plate-forme logistique, le tout provoquant une « légère baisse du chiffre d’affaires en 2019, à 146 millions d’euros ».

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« Pour assurer la pérennité du groupe, des négociations exclusives ont été conclues en juin avec le groupe familial Zouari », souligne Thierry Chouraqui. Mais les discussions pour céder une participation majoritaire dans Bio c’ Bon à cet important franchisé du groupe Casino, qui, en janvier 2020, s’est offert 44,5 % de Picard, se sont interrompues quelques semaines plus tard. « Tenu à une certaine confidentialité », M. Chouraqui reconnaît que « dans un système de négociation classique, cela peut prendre un peu de temps ».

« Assurer la pérennité de l’enseigne »

Et du temps, Bio c’ Bon n’en avait plus. Le chiffre d’affaires du premier semestre continuait de décliner, aggravé par l’épidémie de Covid-19. « Beaucoup de gens ont fait leur confinement à la campagne, et principalement nos clients. L’activité que nous avons connue avec le Covid a été très difficile, et il fallait faire vite pour assurer la pérennité de l’enseigne. On a donc décidé de passer sous la protection du tribunal pour enclencher un processus de cession par mise en concurrence. »

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« Pourquoi vouloir limiter uniquement les salaires des footballeurs et pas d’autres activités qui fonctionnent sur les mêmes principes économiques ? »

Tribune. Cette rentrée est marquée par un florilège de critiques à l’encontre du sport professionnel : le Tour de France serait « machiste et polluant », distribuant des « goodies aux chômeurs », les Jeux olympiques Paris 2024 seraient « une opération de prestige pharaonique » dilapidant l’argent public…

Politiques et intellectuels, chacun y va de son refrain, souvent sans bien maîtriser les dossiers. Dernière en date, une tribune du Monde d’Olivier Caremelle, adjoint au maire de Lille, qui, lui, s’attaque au football : « Tout, aujourd’hui, dans le football moderne, transpire l’indécence ». Ces propos méritent que l’on s’y attarde (Le Monde du 20 septembre).

Sur le « poids de l’argent dans le football », précisons que malgré une forte croissance depuis les années 1990, le football reste, encore aujourd’hui, plutôt un petit business comparé aux autres secteurs d’activité : le chiffre d’affaires (CA) des cinq plus gros championnats européens est légèrement inférieur à celui de la Française des jeux ; le budget global de la Ligue 1 est inférieur au chiffre d’affaires de son sponsor officiel, Uber Eats.

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Que représente le CA du football dans le produit intérieur brut (PIB), aujourd’hui en France ? En comptant large, à peine 0,2 %… Regardé par des milliards de supporteurs, le football produit finalement des revenus bien inférieurs à toutes les passions qu’il suscite.

« Les joueurs sont des esclaves »

Pour « le monde du football d’après », Olivier Caremelle propose alors deux mesures : « Interdire définitivement l’achat ou la vente de joueurs, pratique curieuse, ressemblant à la vente d’esclaves » ; et « décider d’une limitation des salaires (…). Une somme de 30 000 euros maximum représentant déjà plus de vingt fois le smic. »

Sur la première proposition, un rappel historique est nécessaire. Les transferts ne sont apparus véritablement en France qu’au début des années 1970, lorsque les contrats à « durée librement déterminée » ont remplacé les « contrats à vie » ; d’autre part, ces mutations ne sont véritablement développées qu’à partir du milieu des années 1990, avec d’un côté le célèbre « arrêt Bosman », de l’autre la forte croissance de l’économie du football.

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Du début du professionnalisme en France, en 1932, jusqu’à la fin des années 1960, les joueurs professionnels étaient embauchés « à vie » par leur club. Une fois le contrat signé, ils ne pouvaient plus changer de club, sauf si celui-ci donnait son accord (Kopa a ainsi pu être transféré du Stade de Reims au Real Madrid, en 1956). En 1963, Kopa prend la tête d’une fronde contre ce contrat, déclarant : « Les joueurs sont des esclaves ». Le droit de circuler « librement » entre clubs ne leur a été formellement reconnu qu’en 1969, après les revendications de Mai 1968 : « Le football aux footballeurs ».

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L’hôtellerie française face « au plus grand plan social de son histoire »

Manifestation pour dénoncer les licenciements dans l'hôtellerie, devant le siège d’Accor à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), le 8 septembre.

Après l’été de la débrouille vient l’automne de la désolation pour l’hôtellerie française. Elle a jusqu’alors écopé, jonglé entre la réception et les fourneaux, renoncé aux contrats saisonniers, usé du chômage partiel et réduit son recours aux sous-traitants. Il y a eu, pour les mieux placés, un bel été en forme de sursis. Mais la reprise est morose, en particulier en Ile-de-France, à l’arrêt depuis six mois. Cela laisse le temps de se plonger dans les comptes et le code du travail.

« L’hôtellerie française est en train de connaître le plus grand plan social de son histoire », s’alarme le Groupement national des indépendants (GNI-HCR), qui conclut, d’après une enquête menée début septembre, à un chiffre de 30 000 emplois menacés d’ici fin 2020. Déjà, le premier semestre a vu la disparition de 46 900 emplois, selon l’Insee. Il est probable qu’un quart des postes du secteur aura disparu cette année. Un choc brutal pour ce vivier d’emplois non délocalisables et en croissance régulière depuis le début du siècle.

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La saignée devrait se poursuivre en 2021, lorsqu’il s’agira de rembourser les dettes et que le chômage partiel ne sera plus compensé intégralement par l’Etat. A ces chiffres, il faut ajouter le non-recours à l’emploi saisonnier cet été, difficile à mesurer à ce jour. Et la casse chez les sous-traitants, présents aussi bien dans l’hôtellerie économique que dans les quatre-étoiles.

La plupart d’entre eux se voient refuser la prise en charge du chômage partiel par l’Etat, n’étant pas associés au secteur de l’hôtellerie-restauration. Les licenciements pour faute grave se multiplient chez Acqua, qui travaille exclusivement dans l’hôtellerie et a perdu 80 % de son chiffre d’affaires. Le groupe Azurial, dont 300 salariés sont spécialisés dans le nettoyage des hôtels, envisage de se séparer d’une cinquantaine d’entre eux.

« On a tapé sur tous les services »

C’est une hémorragie silencieuse, loin des plans sociaux de l’industrie. Dans l’hébergement, la part importante de contrats courts (22,2 % de CDD en 2017), le recours à la sous-traitance et l’important taux de rotation des salariés rendent les suppressions de postes plus aisées. Ces leviers ont déjà été activés. Les propriétaires d’hôtel commencent à passer à la case licenciements.

Les syndicats rapportent une recrudescence de ruptures conventionnelles à l’initiative des employeurs, malgré le rôle d’amortisseur joué par le dispositif d’activité partielle

Les personnels de réception et les femmes de chambre, quand ils sont employés directement, sont les premiers à en souffrir. « Avec des taux d’occupation à 20 % ou 30 % plutôt que 70 % ou 80 %, on a tapé sur tous les services : femmes de chambre, réception de jour comme de nuit, restauration, explique Franck Trouet, du GNI-HCR. Beaucoup d’hôteliers ont repris par eux-mêmes la réception. Ce sont des licenciements économiques individuels et de petits licenciements collectifs [procédure utilisée pour licencier moins de dix personnes] qui ne donnent pas lieu aux fameux PSE [plans de sauvegarde de l’emploi] dont on parle dans les médias. » Les syndicats rapportent aussi une recrudescence de ruptures conventionnelles à l’initiative des employeurs, malgré le rôle d’amortisseur joué par le dispositif d’activité partielle.

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Chômage : une baisse en août qui ne corrige pas la violence de la crise

Sur le marché du travail, la situation s’améliore, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’elle soit resplendissante – bien au contraire. En août, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité (catégorie A de Pôle emploi) a diminué de près de 175 000 sur toute la France – outre-mer compris, sauf Mayotte – pour se situer à 3,872 millions, selon les données diffusées, vendredi 25 septembre, par la Dares, la direction chargée des études au ministère du travail. C’est le quatrième mois d’affilée de baisse – le recul étant d’une ampleur quasi identique à celui observé en juillet (− 4,3 %).

Toutes les tranches d’âge sont concernées par ce mouvement de repli, en particulier les moins de 25 ans : − 6,77 % en métropole (contre − 4,6 % pour les 25-49 ans et − 3 % pour les personnes d’au moins 50 ans). Un phénomène qui découle peut-être des mesures annoncées, aux mois de juin et de juillet, en faveur de cette partie de la population : aides financières versées aux employeurs qui embauchent un individu de moins de 26 ans, primes pour les entreprises recourant à des apprentis, etc. En août, quelque « 180 000 jeunes ont été recrutés », a déclaré, vendredi, la ministre du travail, Elisabeth Borne. Un ordre de grandeur supérieur de « 9 % » à celui d’il y a un an, selon elle.

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La réduction du nombre de demandeurs d’emploi relevant de la catégorie A « constitue une bonne nouvelle, après la très forte augmentation enregistrée au début du confinement », commente Gilbert Cette, professeur associé à l’université d’Aix-Marseille. Il s’agit d’une diminution « significative – surtout pour les jeunes – et régulière » depuis la mi-mai, complète Philippe Martin, président délégué du Conseil d’analyse économique (CAE) et professeur à Sciences Po. « C’est le signe que le marché du travail est bien reparti, ajoute-t-il. Je ne pense pas qu’on anticipait une évolution aussi favorable. Ça corrobore les bonnes statistiques de la consommation. » Autrement dit, le dynamisme de la demande des ménages a conduit des entreprises à faire appel à de la main-d’œuvre supplémentaire pour pouvoir répondre à leurs clients.

D’ailleurs, les déclarations d’embauche de plus d’un mois (hors intérim) ont progressé de près de 10 % en août, « revenant ainsi à [leur] niveau d’avant la crise sanitaire », d’après une étude diffusée, mercredi 23 septembre, par l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (ACOSS) – la structure qui coiffe le réseau des Urssaf. Parallèlement, les sociétés de travail temporaire remontent, peu à peu, la pente : la chute d’activité qu’elles ont subie en août s’est atténuée par rapport à celle mesurée en juillet, selon le « baromètre » de Prism’emploi, une organisation qui représente les employeurs du secteur.

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En Espagne, le statut d’autoentrepreneur des livreurs à vélo revu par la Cour suprême

Un livreur de la plate-forme Glovo, à Madrid, le 30 avril 2020, pendant le confinement décrété par les autorités espagnoles pour lutter contre la pandémie de Covid-19.

En Espagne, Deliveroo, Glovo, Uber Eats et autres plates-formes de livraison à domicile peuvent trembler. Après des décisions contradictoires émises par des tribunaux de première instance du royaume sur la nature des relations professionnelles qui unissent un livreur et la plate-forme pour laquelle il travaille, la Cour suprême s’est finalement prononcée sur la question.

Pour le haut tribunal espagnol, il ne fait pas de doute que les conditions fixées relèvent de la définition du « contrat de travail ». La plate-forme barcelonaise Glovo « n’est pas un simple intermédiaire dans la réservation de services entre commerces et livreurs. C’est une entreprise qui prête des services de livraison et messagerie, en fixant les conditions essentielles pour la prestation de ce service », a-t-il avancé dans un communiqué diffusé mercredi 23 septembre. En conclusion, la personne à l’origine de la plainte, qui avait un statut d’autoentrepreneur, doit être requalifiée en salarié.

Le texte complet de la sentence ne sera communiqué que dans les prochains jours, mais déjà, la Cour argumente sa décision, en rappelant que la plate-forme de livraison « est titulaire des actifs essentiels pour la réalisation de l’activité », en l’occurrence l’application informatique de gestion des commandes, et qu’elle « se sert de livreurs qui ne disposent pas d’une entreprise propre et autonome, lesquels prêtent leurs services en étant intégrés dans l’organisation du travail de l’employeur ». Une définition qui contredit le discours des plates-formes, lesquelles définissent leurs travailleurs comme des indépendants ayant la possibilité de choisir librement leurs horaires et le nombre d’heures qu’ils souhaitent effectuer.

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Pour que cette décision fasse jurisprudence, il est encore nécessaire que la Cour suprême se prononce de manière similaire une seconde fois. Ce qui ne devrait pas tarder. Des dizaines de plaintes ont été examinées par les tribunaux ces dernières années, et depuis qu’en novembre 2018, un tribunal de Valence a été le premier en Europe à requalifier comme « salarié » un « faux autoentrepreneur », la majorité des jugements sont allés dans le même sens.

« Une nouvelle forme d’esclavage »

De plus, depuis 2019, la justice espagnole a donné raison à trois reprises à la Sécurité sociale, qui exigeait de Deliveroo que la plate-forme s’acquitte des cotisations de livreurs travaillant pour elle à Valence, Madrid et Saragosse. Dans la capitale du royaume, pour 500 coursiers, la facture s’élevait à près de 1,2 million d’euros. Selon l’association Adigital, le pays compte près de 14 000 livreurs…

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Face à la crise, Latécoère taille dans ses effectifs en France

Des employés de Latécoère manifestent devant l’usine de Périole, à Toulouse, en septembre 2016.

Latécoère a choisi la manière forte. Vendredi 25 septembre, lors d’un comité social et économique (CSE), la direction de Latécoère a présenté aux représentations syndicales un plan de restructuration de grande ampleur. Au total, l’équipementier aéronautique envisage de supprimer 475 postes sur les 1 500 que compte l’entreprise en France. Des coupes avaient déjà été annoncées dans la vingtaine de sites situés à l’étranger où un millier de postes ont déjà été supprimés.

Les réductions d’effectifs communiquées vendredi sont plus importantes que celle effectuée en 2016 à l’occasion du plan de restructuration qui prévoyait la suppression de 236 emplois. A l’issue du processus, seulement une douzaine de personnes avaient alors été licenciées.

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Cette fois, c’est l’ampleur de la crise liée au Covid-19 qui contraint Latécoère à tailler dans ses effectifs. Selon les syndicats, la branche aérostructure (fabrication de tronçons de fuselage et portes pour les A320 d’Airbus et les 787 de Boeing, notamment) serait la plus touchée, avec la suppression de 345 emplois sur un effectif global de 827. La branche spécialisée dans les systèmes d’interconnexion (câblage, meubles électriques et équipements embarqués) serait également concernée, avec 130 emplois supprimés sur plus de 650 postes.

La direction s’engage à ne fermer aucun des neuf sites déployés sur le territoire français

Mais, d’ores et déjà, la direction s’engage à ne fermer aucun des neuf sites déployés sur le territoire français. En revanche, la petite unité de production Latelec, installée à Labège, près de Toulouse, sera stoppée. Seules les fonctions administratives y seront maintenues.

« Nous avons été obligés d’agir pour que Latécoère puisse continuer à vivre », se défend auprès du Monde Thierry Mootz, directeur général délégué. « On est bien conscients de prendre des décisions fortes et difficiles, reconnaît-il, mais le groupe, déjà dans une situation financière délicate depuis la crise en 2010, a enregistré une baisse de 40 % de son chiffre d’affaires depuis le début de la crise due au Covid-19. On n’espère pas un retour à la normale avant 2025. »

Consternation des syndicats

Du côté des syndicats, c’est la consternation. « C’est de la folie furieuse », s’emporte Florent Coste, délégué syndical CGT. « C’est juste énorme. On est totalement abasourdis par l’ampleur du désastre. » Un sentiment partagé par Stéphane Faget, secrétaire syndical FO, assommé par ce « coup de massue ». « Bien sûr, on suivait tout ce qui se passait pour la filière aéronautique. Mais on espérait passer à travers les gouttes », déplore M. Faget.

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La gratuité, un appât pour relancer le spectacle vivant

Le Collectif Ès, en sortie de résidence, à la Maison de la danse de Lyon, le 12 septembre.

« J’aimerais que ça dure toute l’année ! », s’emballe Jean-Michel Ribes, directeur du Théâtre du Rond-Point, à Paris (8e). Après six mois d’abstinence, son rendez-vous de rentrée Le Rond-Point dans le jardin, du 8 au 27 septembre, ouvre pour la première fois sa saison en plein air avec des événements gratuits rassemblant une cinquantaine de stars du spectacle vivant.

Samedi 19 septembre, dès 17 heures, le public faisait la queue pour la lecture de Pierre Arditi, prévue à 18 h 30. « C’est un tel plaisir de revoir enfin des pièces, s’enthousiasment Claire et Christelle. Sans compter que ça se passe dehors et que c’est libre d’accès. » Si soixante spectateurs peuvent s’asseoir dans la petite enceinte située derrière le théâtre, les badauds s’agglutinent autour. « On a 200 personnes par jour en moyenne, précise Ribes. On est tellement heureux ! On retrouve une forme de catharsis qui fait du bien ! »

Le même jour, le Théâtre national de Chaillot à Paris (16e) entamait son week-end de performances gratuites. « Revenir au théâtre dans une situation générale dégradée oblige à trouver des idées, commente Didier Deschamps, le directeur. La gratuité est plus facile pour attirer les gens et leur montrer que la vie reprend dans les salles aussi. » Dès 19 h 30, l’atmosphère grimpe pour le battle orchestré par le chorégraphe hip-hop Ousmane Sy : 700 personnes plongent dans le groove sous l’œil vigilant des ouvreurs, qui n’ont laissé personne tomber le masque.

« Vital d’être solidaire »

Gratuit ! Le mot claque. Dans le contexte de la pandémie, la reprise dans les théâtres après six mois de parenthèse est une aventure acrobatique quotidienne. Faire revenir le public pour les uns, avoir envie de s’enfermer masqués dans les salles pour les autres, est le challenge. Quitte à bouleverser le fonctionnement, la gratuité devient un levier. « A période anormale, dispositifs inhabituels, affirme Emmanuel Demarcy-Mota, aux manettes du Théâtre de la Ville et du Festival d’automne, à Paris. Nous traversons une époque difficile, c’est le moment ou jamais de changer nos habitudes. »

Lire l’entretien (en septembre 2020) : Emmanuel Demarcy-Mota : « Il y a un désir important d’art, de théâtre, d’imaginaire »

Dominique Hervieu (Maison de la danse) : « Il m’a semblé important de montrer que les institutions culturelles sont attentives à la précarité des gens, dont beaucoup ont perdu du pouvoir d’achat »

Dans la foulée de la réouverture libre d’accès du Théâtre de la Ville, à Paris (4e), lundi 22 juin, le lancement du Festival d’automne, les 5 et 6 septembre, était gratuit avec une ribambelle de propositions théâtre et musique. « Parallèlement au fait de retrouver les spectateurs, il m’a paru vital d’être solidaire des jeunes artistes isolés qui n’ont pas travaillé depuis des mois, poursuit le metteur en scène. L’application rapide de cette solidarité est, entre autres, la gratuité : c’est une façon de dire que tout n’est pas question d’argent, surtout en ce moment, et que nous devons être capables de nous réunir à nouveau. »

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Restauration : Courtepaille, en difficulté depuis le Covid-19, repris par Buffalo Grill

L’enseigne de restaurants de grillades Courtepaille, mise en difficulté par la pandémie de Covid-19, sera reprise par son concurrent Buffalo Grill, dont l’offre a été préférée à celle du Groupe Bertrand, a annoncé, vendredi 25 septembre, le tribunal de commerce d’Evry (Essonne).

Le tribunal a jugé « mieux disante » l’offre de Buffalo Grill, sur le plan tant social, avec « la reprise de 2 208 salariés », que financier, avec « un prix de cession de 17 millions d’euros » pour Courtepaille. L’enseigne, qui compte quelque 4 000 emplois, avait été placée en redressement judiciaire le 29 juillet.

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Le repreneur choisi « et son management présentent également un savoir-faire » reconnu dans le secteur, a estimé le tribunal, avec une offre proposant un « business plan plus ambitieux à la fois dans son périmètre et dans ses objectifs de retour à la rentabilité fondé sur un projet similaire (…) à celui appliqué apparemment avec succès à Buffalo Grill », indique le jugement, révélé par l’Agence France-Presse (AFP).

L’actionnaire de Buffalo Grill, le fonds TDR, a, en outre, « su consentir des efforts financiers déterminants dans un passé récent » et a ainsi démontré « qu’il était capable de fournir un effort significatif » pour soutenir l’enseigne, durement affectée, comme tout le secteur, par la crise sanitaire.

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Un soulagement pour les syndicats

Propriété du fonds britannique ICG depuis 2011, Courtepaille avait été placé en redressement judiciaire le 29 juillet par le tribunal de commerce d’Evry-Courcouronnes (Essonne), après une chute d’activité due au Covid-19 et le refus d’un prêt garanti par l’Etat (PGE).

L’enseigne de restaurants familiaux, née en 1961, a vu son chiffre d’affaires, de 190 millions d’euros en 2019, chuter de 40 % depuis le début de l’année.

Du côté syndical, l’heure était au soulagement. « La CGT est complètement satisfaite de ce jugement. Il y aura moins de licenciements. Buffalo était notre candidat préféré. Pour nous, le critère premier a toujours été l’emploi » a ainsi déclaré à l’AFP Pascal Zoublir, délégué CGT de l’entreprise.

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Le Monde avec AFP

« Délocalisation » : la première fois que « Le Monde » l’a écrit

Des salariés de Bridgestone devant le site de Bethune, le 17 septembre 2020, au lendemain de l’annonce de la fermeture de l’usine.

Nul syndicaliste en colère ni ouvrier désemparé ou élu local impuissant. Loin du choc provoqué par la fermeture annoncée de l’usine Bridgestone de Béthune, les premières occurrences du terme « délocalisation » dans Le Monde ne s’accompagnent d’aucune condamnation. Au contraire, elles semblent même parée de vertus. Question de contexte. Nous sommes le 8 décembre 1959, les « trente glorieuses » n’en sont qu’à leurs débuts et il n’est question ni de plan social, ni de transfert de production à l’étranger.

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C’est une tout autre problématique qui agite alors la France : l’asymétrie entre Paris et le « désert français ». Pour rétablir l’équilibre, suggèrent certains, pourquoi ne pas faire migrer une partie des forces de production vers la province ? L’idée paraît séduisante, à défaut d’être aisée à mettre en œuvre. « Techniquement les délocalisations sont (…) très difficiles », constate Maurice Le Lannou, qui cite les travaux de géographes selon lesquels la région parisienne présente « un agrégat d’activités industrielles, toutes reliées aux autres activités parisiennes et solidaires ».

Le textile retourne sa veste

Lorsqu’il est employé le 2 mai 1973, délocaliser signifie bien, cette fois, implanter des usines dans des pays où la main-d’œuvre est bon marché. Mais, là non plus, nulle connotation négative. L’économiste Charles-Albert Michalet invite les entreprises françaises à devenir des multinationales. Il constate « le manque d’intérêt des entrepreneurs français pour l’investissement dans les pays en voie de développement, si ce n’est dans le secteur traditionnel de la production des matières premières ». « Le bas niveau des coûts salariaux ne retient l’attention que d’une minorité d’entre eux », semble-t-il regretter. Pourtant, l’évolution de l’économie mondiale ne laisse, selon lui, pas d’autre option : l’industrie française « doit suivre la voie américaine et passer par le développement de la production dans le tiers-monde ».

Le concept mettra du temps à convaincre. D’abord parce que l’aventure paraît risquée. Même l’industrie textile traîne des pieds, soucieuse de préserver ses emplois. « La mode est aujourd’hui à la délocalisation. Étonnant revirement du secteur de l’habillement, qui jusque-là se montrait plutôt réticent devant la sous-traitance à l’étranger, rappelle Dominik Barouch, le 29 août 1986. Même évolution de la part des pouvoirs publics qui multiplient aujourd’hui les mesures pour faciliter la tâche aux industriels. Hier on accusait le travail à l’étranger de supprimer des emplois à l’intérieur de l’Hexagone. Aujourd’hui on se demande si la France n’a pas plus perdu que gagné à avoir voulu à tout prix employer ses nationaux. »

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L’équipementier aéronautique Latécoère veut supprimer 475 postes en France

Un site de production de Latécoère, à Gimont, près de Toulouse.

Pour s’adapter à la crise provoquée par l’épidémie de Covid-19 et son impact sur le secteur de l’aéronautique, l’équipementier Latécoère a annoncé vendredi 25 septembre qu’il comptait supprimer 475 postes en France, soit près d’un tiers de ses effectifs français.

Le projet de plan de sauvegarde de l’emploi « conduirait à la suppression de 475 postes sur les 1 504 que compte le groupe en France au 31 juillet 2020 afin d’adapter ses effectifs au volume d’activité et aux prévisions de lente reprise du trafic aérien », annonce dans un communiqué Latécoère, dont le chiffre d’affaires s’est effondré de 38 % au premier semestre.

« Ce projet doit permettre d’assurer l’avenir de Latécoère dans un contexte de crise profonde. Il s’agit notamment d’adapter l’outil de production pour répondre aux enjeux stratégiques du groupe et assurer le maintien de son empreinte industrielle en France sur le long terme », justifie l’entreprise.

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Le Monde avec AFP

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