Archive dans 2022

La feuille de paye n’est pas l’ennemie de l’innovation

Chronique. Les salaires ont connu une forte augmentation en Chine depuis plus de deux décennies : le salaire nominal moyen des travailleurs urbains a été multiplié par 13 entre 1998 et 2020. En moyenne, il est aujourd’hui plus élevé que dans la plupart des pays hors OCDE, ce qui conduit à poser la question des ressorts actuels et futurs de la croissance chinoise, qui avait reposé jusque dans les années 2000 sur un faible coût de la main-d’œuvre.

Or il apparaît que cette croissance des salaires a favorisé l’innovation, ce qui laisse supposer que cette dernière est aujourd’hui l’un des moteurs de la croissance du pays (Wage increase and innovation in manufacturing industries : Evidence from China, Junwei Shi et Hongyan Liu, Journal of the Asia Pacific Economy, septembre 2021). Plusieurs théories s’affrontent pour comprendre les conséquences d’une hausse des salaires sur l’innovation.

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En bref, cette hausse peut être un obstacle à l’innovation en réduisant la profitabilité des entreprises et leur capacité à investir dans les nouvelles technologies. Mais, alternativement, l’innovation peut être un effet de la hausse des salaires, suivant au moins deux canaux : d’une part, les entreprises peuvent introduire des technologies pour les substituer au travail, devenu trop cher ; d’autre part, elles peuvent chercher à maintenir l’emploi mais à augmenter sa productivité grâce à de nouvelles technologies.

La Chine n’est plus un pays à bas coût de main-d’œuvre

Les deux économistes, Junwei Shi et Hongyan Liu, ont analysé 37 secteurs manufacturiers entre 2002 et 2019, montrant qu’en moyenne le lien est positif entre croissance des salaires et innovation (mesurée par le nombre annuel de brevets déposés au niveau sectoriel). Ce résultat varie toutefois fortement dans le temps et suivant les secteurs.

Ainsi, les effets mesurés sont devenus significatifs et positifs seulement après 2008 et l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur les contrats de travail, qui, a permis d’uniformiser le rapport salarial, après une période de dérégulation du marché du travail dans les années 1990. De plus, les effets les plus forts sont mesurés dans les industries intensives en ressources primaires (mines et énergie) et, dans une moindre mesure, dans celles qui reposent sur la mobilisation du travail (textile) d’une part et des technologies (chimie, électronique) d’autre part. Ils ne sont en revanche pas significatifs dans les industries qui reposent sur l’accumulation du capital (sidérurgie).

Enfin, cette étude montre que le principal mécanisme sous-jacent est l’augmentation de la productivité du travail grâce aux technologies, et non une substitution de l’un par les autres. Ces résultats indiquent que la Chine n’est plus un pays à bas coût de main-d’œuvre et que la croissance des salaires a conduit à transformer le mode de développement de ce pays, du « Fabriqué en Chine » au « Conçu en Chine » sur la base de l’avancement des technologies.

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Un millier de vols annulés en France ce vendredi en raison d’une grève des aiguilleurs du ciel

C’est un vendredi noir qui se présage dans le ciel français. En raison d’un préavis de grève déposé par le plus important syndicat des aiguilleurs du ciel vendredi 16 septembre, « environ 1 000 vols [seront] annulés », a déclaré jeudi à l’Agence Fance-Presse une porte-parole de la direction générale de l’aviation civile (DGAC).

L’administration a précisé que ces annulations concernaient à la fois des mouvements d’avions au départ à l’arrivée du territoire français. En fonction de son ampleur, le mouvement social risque par ailleurs de provoquer des retards sur d’autres liaisons et pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble du trafic aérien européen.

Annulation de 420 vols de la compagnie Ryanair

Dès mardi, la DGAC avait demandé aux compagnies de réduire de 50 % leur programme de vols en métropole et outre-mer, après l’annonce de la grève. Malgré la mise en place d’un service minimum, « des annulations de vols et des retards significatifs sont à prévoir sur l’ensemble du territoire », avait ainsi prévenu la DGAC, en invitant « les passagers qui le peuvent à reporter leur voyage et à s’informer auprès de leur compagnie aérienne pour connaître l’état de leur vol ».

Pour éviter de trop fortes répercussions sur le trafic aérien européen, l’administration avait fait savoir qu’elle travaillait « avec le gestionnaire du réseau européen (Eurocontrol) afin de proposer aux compagnies aériennes des mesures de contournement de l’espace aérien national ». Le service minimum qui sera mis en place vendredi concernera des aéroports, mais aussi les cinq centres en route de la navigation aérienne, qui contrôlent les aéronefs transitant par l’espace aérien français et volant à plus de 6 000 mètres d’altitude.

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Après Air France, qui avait annoncé mercredi l’annulation d’environ 400 de ses 800 vols prévus vendredi, la compagnie low cost irlandaise Ryanair a fait savoir que la grève allait la contraindre à « annuler 420 vols (soit 80 000 passagers) survolant principalement la France ». Le premier transporteur aérien européen par le nombre de mouvements d’avions dénonce ainsi dans un communiqué une « grève injustifiée » et demande à l’Union européenne de « prendre des mesures immédiates pour protéger les survols de l’espace aérien français ».

Inquiétudes sur les salaires et sur le recrutement

Le Syndicat national des contrôleurs du trafic aérien (SNCTA, majoritaire), qui a appelé à cette grève, a expliqué avoir lancé ce mouvement pour manifester son inquiétude « au sujet du niveau actuel de l’inflation ainsi que des recrutements à venir ». « Alors que le projet de loi de finances 2023, en cours d’élaboration, arrive devant le Parlement en octobre, l’absence de garanties de la DGAC et des pouvoirs publics est inacceptable », ajoute l’organisation dans un communiqué.

Ces professionnels s’alarment en particulier du départ à la retraite prévu d’un tiers des ingénieurs du contrôle de la navigation aérienne de 2029 à 2035. « Au moins cinq ans séparent le recrutement de la qualification » et les capacités de formation sont « structurellement limitées », souligne le syndicat. Il faut donc, selon lui, anticiper ce « mur des départs » dès l’année prochaine, et budgéter des formations.

Ce préavis de grève a été maintenu après des « discussions de conciliation » en début de semaine, lors desquelles « aucune réponse [n’a été] apportée par la DGAC et les pouvoirs publics » aux revendications, ce qui constitue, selon le SNCTA, « une provocation envers la profession ».

Outre la journée d’action de vendredi, le syndicat a annoncé le dépôt « d’un deuxième préavis » qui s’étale « du mercredi 28 septembre au vendredi 30 septembre 2022 inclus ».

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Le Monde avec AFP

Sylvie Retailleau : « Nous devons reconnaître le droit de se tromper et de se réorienter après une année d’études »

La ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche veut « ouvrir la façon de réussir ses études, multiplier les passerelles » et annonce, dans un entretien au « Monde », le lancement en février 2023 d’une nouvelle plate-forme pour fluidifier les réponses aux candidats en master, dont la poursuite des études est parfois entravée.

Des salariés à la recherche du sens perdu

Le livre. Tout commence par un constat. Celui d’un « raz de marée ». « Aux Etats-Unis, depuis le printemps 2021, de 4 à 5 millions de salariés démissionnent chaque mois, un niveau sans précédent historique », expliquent Thomas Coutrot, statisticien et économiste, et Coralie Perez, socio-économiste, dans leur ouvrage, Redonner du sens au travail. Un phénomène aussi observé en France, « depuis les aides-soignantes et les employés de cafés-restaurants jusqu’aux magistrats ».

« Redonner du sens au travail. Une aspiration révolutionnaire », de Thomas Coutrot et Coralie Perez. Seuil, 160 pages, 13,50 euros.

Derrière ces départs, et les difficultés de nombreuses entreprises à recruter, « des salaires souvent bas, mais surtout des conditions de travail qui ne sont plus acceptées, du fait tout particulièrement d’un sentiment de perte de sens du travail ». « La crise du Covid est passée par là », jugent les auteurs. Elle aurait agi comme un révélateur, « pouss[ant] des millions de personnes à s’interroger » sur leur emploi et leur propre vie.

C’est précisément cette « perte de sens » que M. Coutrot et Mme Perez vont explorer au fil de leur essai. Quels en sont les ressorts ? Qui concerne-t-elle ? Quelles en sont les conséquences ? Quelles sont les tentatives menées par l’entreprise comme par les salariés pour « redonner du sens » ?

Pour ce faire, les auteurs questionnent notamment les statistiques, afin de mieux saisir le phénomène et d’écarter certains lieux communs sur le sujet. L’étude des données montre que les ouvriers sont tout aussi concernés par le sujet que les cadres. « Le sentiment d’inutilité, les conflits éthiques [ne pas être en accord avec ses propres valeurs éthiques et professionnelles] et l’impossibilité de développer ses aptitudes dans son travail font tout autant souffrir les salariés du bas de l’échelle que les autres », indiquent les auteurs.

Une hausse des conflits éthiques

De même, des enquêtes mettent en évidence que les professions en relation avec le public ou des clients trouvent davantage de sens à leur travail. Enfin, le recours massif au télétravail durant la pandémie a entraîné une hausse des conflits éthiques chez certaines professions.

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La financiarisation de l’économie, le management par le chiffre, les transformations digitales, la rigidité des process, les reportings incessants… Une conjonction de facteurs explique la perte de sens ressentie par les salariés. Des illustrations en sont données au fil des pages. On découvre des téléconseillers sous pression, dont le temps est toujours plus compressé pour répondre aux demandes des clients, des soignants qui doivent consigner toutes leurs activités et prendre en compte de multiples indicateurs, jusqu’au nombre de couches à distribuer aux résidents de maisons de retraite.

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« Contrairement à ce qu’affirme Fabien Roussel, il n’y a plus de séparation claire entre le monde du travail et celui des prestations sociales »

Le discours fracassant de Fabien Roussel opposant, lors de la Fête de L’Humanité, « la gauche du travail » à « la gauche des allocations » a créé une intense polémique. Inspirées par la rhétorique conservatrice de la critique du « cancer de l’assistanat » (Laurent Wauquiez) ou de la valorisation, symétrique et inverse, de « la France qui se lève tôt » (Nicolas Sarkozy), ces déclarations sont destinées à réarmer moralement des classes populaires laborieuses et menacées. Elles ont cependant le tort d’être fondées sur une idée fausse : contrairement à ce qu’affirme le dirigeant communiste, il n’y a plus de séparation claire entre le monde du travail et celui des prestations sociales.

En opposant « la gauche du travail » à « la gauche des allocations [et] des minima sociaux », Fabien Roussel occulte en effet un phénomène majeur : la porosité croissante entre le monde du travail et celui de l’assistance. Masquée par les positionnements volontairement clivants et binaires des discours politiques, cette réalité est aujourd’hui l’un des traits saillants de notre organisation sociale.

Depuis le début des années 2000, la dichotomie entre ce qui relève de l’assistance et ce qui relève du soutien au travail – notamment au travail précaire et mal rémunéré – ne tient plus. Avec la création de la prime pour l’emploi, en 2001, l’Etat a pris acte du fait que nombre de travailleurs et surtout de travailleuses modestes ne parvenaient plus à joindre les deux bouts malgré les salaires qui leur étaient versés par leurs employeurs privés ou publics : ils avaient du mal à acquitter ce que l’on appelle aujourd’hui leurs dépenses contraintes le logement ou la facture d’électricité, par exemple.

Profondes dynamiques

Pour pallier cette difficulté, l’une des lignes directrices de la politique sociale française a consisté à soutenir le revenu des travailleurs modestes – ce qui a eu pour conséquence d’entremêler le monde du travail et celui des allocations. En faisant de la prestation sociale un complément de salaire pour les salariés rémunérés jusqu’à un smic et demi, cette politique a peu à peu effacé la frontière entre ce qui tient du travail salarié et ce qui relève des prestations sociales. Créé en 2008, le revenu de solidarité active (RSA), qui a pérennisé les possibilités de cumul de revenus d’activité et de solidarité, et qui les a étendues à des emplois à temps très partiel, a renforcé ce phénomène.

Lire aussi la tribune (2010) : La France qui se lève tôt est malade, par Xavier Lacoste

En apportant un complément de revenu aux salariés modestes, la prime d’activité instaurée huit ans plus tard, en 2016, a contribué, elle aussi, à nourrir ce rapprochement entre le monde du travail et celui de l’assistance. Si elle a permis de soutenir des personnes en difficulté, elle a, en concentrant l’effort de redistribution sur les moins pauvres d’entre les pauvres, institutionnalisé une perméabilité grandissante entre l’univers des salariés et celui des allocataires des prestations.

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Pôle emploi lance une plate-forme à destination des décideurs locaux

Le ministre du travail, du plein emploi et de l’insertion, Olivier Dussopt, accompagné de la ministre déléguée chargée de l’enseignement et de la formation professionnels, Carole Grandjean, visite la Faculte des métiers à Evry-Courcouronnes (Essonne), le 7 septembre.

Au lendemain du lancement par le ministre du travail, Olivier Dussopt, d’une mission de « préfiguration » dans la perspective de la transformation de Pôle emploi en France Travail à l’horizon 2024, l’opérateur public présentait, mardi 13 septembre, une nouvelle source de données accessibles en ligne et à destination des acteurs locaux.

« Décrypter pour décider » : c’est sur ce slogan, martelé avec conviction par l’adjointe au directeur des études de Pôle emploi, Hélène Caillol, que l’opérateur public a misé pour accompagner le lancement de sa nouvelle plate-forme, Data emploi.

A travers cet outil, Pôle emploi a souhaité s’adresser aux décideurs en mettant en place un agrégateur de données, qui détaille les évolutions du marché de l’emploi au niveau local.

« Des informations accessibles immédiatement »

Ce projet « ne s’inscrit pas forcément dans le cadre de la mise en place de la future agence France Travail », précise Stéphane Ducatez, directeur général adjoint en charge du réseau. Il a vu le jour en réponse à la demande d’acteurs locaux, qui ne trouvaient pas toujours d’informations précises sur le marché du travail au niveau de leur territoire : « Nous avons des données très riches, mais jusqu’à présent on les diffusait par structure d’information », explique M. Ducatez.

En agrégeant les données de Pôle emploi et d’autres sources officielles, comme la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) du ministère du travail ou l’Insee, la nouvelle plate-forme vise à offrir aux décideurs « des informations accessibles immédiatement » via des « indicateurs simples ».

Lire aussi : Chômage en France : le nombre de demandeurs d’emploi a diminué de 0,8 % au 2ᵉ trimestre

Cet outil s’adresse aussi bien à un élu local désireux d’établir un état des lieux stratégique de l’emploi dans son département, qu’à un responsable territorial qui souhaite avoir des arguments pour convaincre une entreprise de s’implanter dans la région.

Ouverte à tous, la plate-forme, donne accès au détail des compétences, des métiers et des secteurs d’activité sur le territoire choisi. L’outil permet d’« analyser le profil des demandeurs emploi », de « déterminer si le secteur d’activité de l’entreprise est porteur pour le territoire » ou encore de savoir « quel secteur d’activité embauche le plus », fait valoir Stéphane Ducatez. Le site sera mis à jour trimestriellement.

« Pôle emploi indique avoir supprimé “plus de 20 000 offres frauduleuses en 2021” »

A travers ce dispositif, l’opérateur public peaufine son offre de services en direction des acteurs du marché de l’emploi. Aux critiques récurrentes quant à la fiabilité des annonces publiées sur le site de Pôle emploi, le directeur général adjoint chargé du réseau rétorque que « selon une étude menée par un cabinet indépendant, 95 % des annonces publiées sur le site de Pôle emploi sont conformes » au cadre légal.

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Les couteaux Opinel victimes de leur succès

A l’usine de fabrication d’Opinel, à Chambéry (Savoie), en juillet 2013.

Plus d’un siècle après ses débuts, en 1890, en Savoie, la marque Opinel vient d’ouvrir une nouvelle petite boutique à Annecy, où les acheteurs affluent en nombre, en ce samedi de début septembre. Les couteaux à la lame gravée de la Main couronnée – symbolisant notamment l’ancien duché de Savoie – s’y vendent comme des petits pains.

Lire aussi : Un jour, un objet : l’Opinel

« Notre marque est en croissance forte depuis une quinzaine d’années et, jusqu’ici, on arrivait à suivre, raconte Luc Simon, directeur général adjoint de l’entreprise. Mais il y a eu une grosse accélération depuis deux ans, soutenue notamment par l’engouement pour la randonnée ou pour les couteaux de table. »

La demande est telle qu’à Chambéry, où se trouve l’usine de fabrication, ou à Annecy certains présentoirs des boutiques sont vides. Quant au site Web de la marque, il affiche indisponibles de nombreux articles. « On coche toutes les cases des grandes tendances de la consommation, justifie Françoise Detroyat, la directrice marketing. Ce sont des produits made in France, et ils sont durables, robustes. »

Vues sur l’étranger

Si « le marché français continue aujourd’hui à bien se développer », la marque, qui vise les 33 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022, a des vues sur l’étranger. Déjà distribuée aux Etats-Unis et en Allemagne, la marque Opinel veut s’étendre au reste de l’Europe, mais aussi en Asie. Hors de question pour autant d’envisager multiplier les lieux de production. L’entreprise n’y a « aucun intérêt », considère Françoise Detroyat.

« Notre priorité est la pérennité plus que la croissance absolue », abonde Luc Simon. « La volonté de la famille Opinel est de continuer à tout fabriquer à Chambéry », ajoute Mme Detroyat, puisque le couteau Opinel est devenu « un ambassadeur de la Savoie dans le monde entier ». « D’autant que nous sommes extrêmement performants grâce à une mécanisation et une automatisation industrielle », précise la directrice marketing.

Lire aussi : Mort de Maurice Opinel, président de la marque de couteaux savoyards

A Chambéry, de nouvelles machines sont en train d’être installées dans l’usine pour faire face à la demande. Et la direction cherche à ce que l’entreprise devienne « plus séduisante comme recruteur ». Augmentation des salaires et possibilité de télétravail sont ainsi déjà prévues. En quinze ans, l’entreprise, qui compte aujourd’hui 160 salariés, a doublé ses effectifs.

Travailler à distance depuis l’étranger, une pratique qui se structure

Une terrasse ensoleillée, en arrière-plan la mer ou une piscine, des feuilles de palmier qui procurent un peu d’ombre et un individu – plutôt jeune – en bermuda et lunettes de soleil, assis devant un ordinateur portable… La légende précise que le télétravail peut se pratiquer partout, alors pourquoi pas dans un pays exotique ?

« Quitte à passer du temps devant un écran, autant que ce soit au soleil et les pieds dans l’eau ou dans son pays d’origine. »

Puisqu’il est possible de télétravailler à plein temps et à distance, les employés ont commencé à vouloir le faire depuis l’étranger. Et cette tendance s’accentue. Quitte à passer du temps devant un écran, autant que ce soit au soleil et les pieds dans l’eau ou dans son pays d’origine. Mais si l’affaire se révèle plutôt simple pour les « digital nomades », elle peut se révéler un véritable casse-tête pour les entreprises.

Pour un employé, partir travailler à l’étranger suppose de s’être mis d’accord avec son employeur et d’être en règle avec la législation en vigueur dans le pays d’accueil, notamment en matière de visa et de fiscalité selon la durée du séjour.

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Il ne suffit pas d’avoir un ordinateur portable, une bonne connexion Internet et un métier qui permet le télétravail. « Pour le salarié, il s’agit de savoir quelle protection sociale s’applique s’il part, par exemple, en Bolivie pour quatre mois avec l’accord de son employeur, et qu’il a un accident du travail. Là, on est dans le non-droit, car l’employeur n’est pas affilié aux organismes de protection sociale du pays d’accueil, souligne l’avocate MAdeline Cornic. Si le salarié est ressortissant d’un pays européen et qu’il réalise un minimum de 25 % de son travail dans un autre pays de l’Union européenne, soit plus d’une semaine par mois, le droit communautaire dit que le droit de cet autre pays s’applique et que l’employeur doit s’affilier et cotiser aux deux régimes de protection sociale. »

Une aide au recrutement

Autant dire que pour les entreprises françaises, déjà soumises à une législation sociale très développée, ces obligations peuvent être particulièrement lourdes à gérer. Malgré cela, elles acceptent, peu à peu, ce nouveau mode de travail à distance, car elles ont toutes du mal à recruter et les salariés demandent davantage de télétravail.

Pour certains métiers, accepter le travail depuis l’étranger les aide à recruter et à fidéliser leurs employés. « Pour cette raison, les TPE et les PME sont plus ouvertes à cette forme de travail, mais elles n’ont pas les moyens financiers et administratifs pour le gérer. Conséquence, elles demandent aux employés de devenir free-lance ou de passer par du portage salarial… Et quand ils se voient refuser cette possibilité, les employés quittent leur employeur et s’installent en free-lance », remarque Marjorie di Placido, coach spécialisée en télétravail.

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