Archive dans juillet 2020

« Si on ne peut pas rouvrir, on va mourir » : la colère des gérants de discothèques contre le gouvernement

Nouveau coup dur pour les discothèques : le Conseil d’Etat a estimé, lundi 13 juillet, que la fermeture prolongée des boîtes de nuit, décidée par le gouvernement, n’était pas « disproportionnée », rejetant un recours en référé du Syndicat national des discothèques et lieux de loisir (SNDLL).

Les discothèques espéraient pouvoir rouvrir le 10 juillet, ne serait-ce qu’en proposant un service de bar, mais le gouvernement avait invoqué un risque trop grand de dissémination du nouveau coronavirus.

« Eu égard au caractère clos des établissements en cause, à la nature d’activité physique de la danse ainsi qu’à la difficulté de garantir le port du masque ou le respect des règles de distanciation sociale dans un contexte festif, il n’apparaît pas » que l’interdiction d’exploitation édictée par le gouvernement « revêt (…) un caractère disproportionné », a estimé le Conseil d’Etat.

Une décision qu’a déplorée l’avocat du SNDLL, Me Henri de Beauregard :

« On laisse les bars faire la discothèque mais on refuse aux discothèques le droit d’exploiter en bar. »

« A l’heure ou l’on rouvre les stades, les salles d’entraînement aux sports de combat… cette décision témoigne aussi d’une forme de défiance à l’endroit des discothèques », a-t-il également regretté.

« La moitié des clubs vont disparaître »

Fermées depuis le début de la crise sanitaire et au bord de la ruine au moment où elles devraient faire le plein de vacanciers, les discothèques demandaient instamment leur réouverture.

« La moitié des clubs vont disparaître », soit environ 800 discothèques, si une réouverture n’est décrétée qu’en septembre et « 30 à 40 %, maintenant », a prévenu Matthieu Lebrun, porte-parole des gérants de discothèques de Normandie, venu protester dimanche 12 juillet avec quelque 200 autres professionnels à proximité du ministère de la santé, au centre de Paris.

« Ils nous ont laissé espérer une réouverture hypothétique début juillet. Là, il faut une date précise », dit-il, assurant que les établissements sont prêts à rouvrir en respectant un « protocole sanitaire strict » comprenant notamment l’usage obligatoire du masque et le respect de la distanciation.

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Les professionnels tablaient sur une réouverture le 10 juillet. Ils avaient été soutenus en ce sens par une centaine de députés. Mais mercredi, le ministre de la santé, Olivier Véran, a annoncé que les discothèques resteraient fermées, évoquant la Suisse, où un cas dans une discothèque a « conduit au confinement de 300 personnes, avec des risques de diffusion communautaire ».

Dans ce cas, « refermons les restaurants, refermons les bars, refermons les supermarchés ou les clubs de sport ! », s’insurge M. Lebrun, lui-même propriétaire d’une discothèque à Baudre, dans la Manche. « Beaucoup d’établissements ne peuvent plus tenir. Normalement la trésorerie pour une discothèque, c’est deux mois », fait valoir Alexandre Habibi de Groupe Paris Nuit, magazine du secteur.

« Si on ne peut pas ouvrir pour l’été, ça va pénaliser tous les établissements de la côte qui ne sont ouverts que l’été », poursuit-il, alors que les discothèques saisonnières « jouent, selon les organisateurs », 60 % à 70 % de leur chiffre d’affaires pendant la saison estivale.

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« Deux poids, deux mesures »

Tous les professionnels interrogés sur place se sont dits choqués par une Fête de la musique les uns sur les autres, la multiplication des soirées privées sans respect des gestes barrières et des concerts rassemblant des milliers de personnes non masquées, comme samedi à Nice. « Cela ne se passerait jamais chez nous ! », assure Thierry Fontaine, de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH). A l’image des carrés VIP, avec des box sécurisés, on ne pourrait pas avoir d’infections croisées.

« On ne comprend pas, il y a deux poids, deux mesures », s’émeut Aziz Sebhaoui, le représentant UMIH des patrons de discothèques des Pyrénées-Orientales, où une banderole a été accrochée aux grilles de la mairie de Prades, la ville du premier ministre, Jean Castex. « On offre une garantie de sécurité, ce qui n’est actuellement pas le cas des soirées privées, où on ne maîtrise rien du tout », comme dans les bars et restaurants devenus des discothèques déguisées, insiste Matthieu Lebrun à Paris.

« On nous interdit d’ouvrir alors qu’on est capable de respecter un protocole sanitaire strict comme n’importe quelle entreprise », la moyenne des établissements accueillant 200 à 300 personnes, soutient le DJ et directeur artistique de l’Eclipse (Lot-et-Garonne), Matt Perso. « Si on ne peut pas ouvrir on va mourir, car l’aide de l’Etat ne couvre pas du tout les charges. »

La star française David Guetta a apporté dimanche tout son soutien aux DJ, discothèques et au monde de la nuit, dans un message sur Twitter.

« Des clubs sont en danger, des emplois menacés, c’est une catastrophe économique qui s’annonce », a ajouté le DJ aux tubes planétaires Titanium ou Lovers on the Sun. Les clubs sont capables d’accueillir du public en toute sécurité, a-t-il plaidé. Les seuls qui se réjouissent ce sont les dealers qui louent des villas sur Airbnb pour écouler de la drogue, lâche avec amertume Thierry Fontaine.

Notre sélection d’articles sur le coronavirus

Le Monde avec AFP

Signature du Ségur de la santé, « un effort historique » en faveur de l’hôpital, selon le premier ministre

Olivier Véran et Jean Castex lors de la signature des accords du Ségur de la santé à Matignon à Paris, le 13 juillet.

Après plus de six semaines de négociation entre les syndicats et le gouvernement dans le cadre du Ségur de la santé, ce plan « massif » en faveur de l’hôpital, promis par Emmanuel Macron au plus fort de la crise du Covid-19, vient d’être signé, lundi 13 juillet, à Matignon.

Le premier ministre, Jean Castex, a salué ces accords salariaux, qui octroient 8,1 milliards d’euros aux personnels hospitaliers, évoquant un « moment historique » pour le « système de santé ». « Cet effort historique se veut d’abord une reconnaissance considérable à l’égard de celles et ceux qui ont été en première ligne dans la lutte contre cette épidémie », a déclaré le chef du gouvernement à l’issue de la cérémonie de signature.

Le chef de l’Etat a également salué sur Twitter une aide à ceux « qui ont tant donné pendant la crise ».

Le volet sur les carrières et les rémunérations, au cœur des discussions menées entre les organisations hospitalières et le gouvernement, a abouti à trois protocoles d’accord, validés par une majorité de syndicats.

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Salaires, primes, indemnités… Tour d’horizon des principales avancées actées par ces « accords de la santé ».

  • Personnels paramédicaux et non médicaux

Les personnels paramédicaux (infirmiers, aides-soignants, masseurs-kinésithérapeutes…) et non médicaux (techniciens, brancardiers, agents administratifs…) ont obtenu une enveloppe de 7,6 milliards d’euros pour améliorer leurs rémunérations.

Cette somme, qualifiée d’« historique » par le ministre de la santé, Olivier Véran, servira en majorité à financer une hausse de salaire dite « socle » pour l’ensemble des personnels des hôpitaux et des établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) publics, de 183 euros net mensuels. Cette augmentation, qui devra être votée en fin d’année dans le budget de la Sécurité sociale, se fera en deux temps : une première revalorisation de 90 euros « avec un effet rétroactif » au 1er septembre et une autre de 93 euros au 1er mars 2021.

L’accord prévoit également une « révision » des grilles de salaires pour certains métiers, qui devra être achevée avant le printemps. Selon le ministère, cela se traduira par une hausse de salaire de 35 euros net en moyenne pour les agents concernés.

De nouvelles majorations sont en outre envisagées pour les heures supplémentaires, tandis que des mesures seront prises pour développer l’intéressement collectif. Des « recrutements » sont enfin mentionnés, dont le nombre exact ne figure pas noir sur blanc. « On part sur une création de 15 000 postes », a cependant prévenu Olivier Véran dans un entretien accordé dimanche aux quotidiens du groupe Ebra.

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A noter que les salariés du secteur privé bénéficieront eux aussi d’une partie des 7,6 milliards d’euros, pour une revalorisation évaluée à 160 euros net par mois. Des discussions seront menées dans les établissements concernés pour en fixer les modalités.

  • Médecins hospitaliers

L’accord pour les médecins hospitaliers, signé par trois syndicats représentatifs sur cinq, porte sur un ensemble de seize mesures, pour une enveloppe globale de 450 millions d’euros. L’essentiel de cette somme servira à augmenter l’indemnité de « service public exclusif », versée aux praticiens qui s’engagent à ne travailler que dans les hôpitaux publics, qui ne peuvent pas, à l’évidence, pratiquer de dépassement d’honoraires.

Cette indemnité est aujourd’hui de 490 euros brut par mois pour un temps plein, portée à 700 euros pour ceux dont l’ancienneté est de quinze ans et plus. Elle passera à 1 010 euros pour tous les praticiens éligibles, avec une première étape en septembre et une seconde en mars 2021.

En parallèle, une « révision » des grilles de salaires est prévue à compter du 1er janvier 2021, avec fusion des trois premiers échelons et création de trois échelons supplémentaires en fin de carrière : 100 millions d’euros y seront alloués.

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Le texte inclut également des dispositions sur la formation et le statut des médecins, avec des visites médicales rendues obligatoires, et des mesures pour encadrer l’intérim avec un « respect strict » du « plafonnement des rémunérations ».

  • Internes et étudiants en médecine

Les internes, futurs médecins employés à l’hôpital dans le cadre de stages de fin de cursus, vont bénéficier d’une enveloppe de 124 millions d’euros ainsi que de mesures visant à assurer « un meilleur respect du temps de travail ».

Selon l’Inter-Syndicale nationale des internes (ISNI), principal syndicat d’internes, les 124 millions d’euros serviront à améliorer les indemnités versées aux jeunes praticiens, portées au niveau du smic horaire – une revendication de longue date des futurs médecins.

Une enveloppe de 55 millions d’euros a par ailleurs été débloquée pour les étudiants en médecine, tandis que les étudiants de filières paramédicales bénéficieront d’un coup de pouce à 20 millions d’euros.

Le Monde avec AFP

Une fraude très organisée au chômage partiel grâce à une usurpation de l’identité des entreprises

Les milliards d’euros débloqués par les pouvoirs publics pour soutenir l’économie ont ouvert l’appétit d’aigrefins. Vendredi 10 juillet, le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, a annoncé, dans un communiqué de presse, que ses services enquêtaient sur des fraudes à l’activité partielle (ou chômage partiel). Ce dispositif, mis en place à très grande échelle depuis la mi-mars pour prévenir les licenciements en cascade, s’est traduit par l’octroi d’aides financières massives, dont une partie – semble-t-il infime, à ce stade – a été détournée.

Les incriminations retenues par le parquet portent sur des chefs « d’escroqueries en bande organisée » et « de blanchiment en bande organisée de ces escroqueries ». Précision importante : ces infractions ne concernent pas des employeurs qui auraient touché des subsides tout en faisant travailler leurs salariés, théoriquement placés en chômage partiel. Elles renvoient, en l’espèce, à des « demandes frauduleuses de versement d’indemnités », qui ont été déposées en usurpant « la raison sociale et le numéro d’identification » d’entreprises existantes – alors même que celles-ci n’avaient jamais effectué une telle démarche.

Ces pratiques avaient été détectées, récemment, de deux façons différentes. En Occitanie, ce sont les services déconcentrés du ministère du travail et de l’emploi qui les avaient mises au jour : dans cette région, quelque 160 sociétés, au moins, ont été victimes d’une usurpation de leur raison sociale. Parallèlement, l’Agence de services et de paiement (ASP), qui octroie l’argent aux employeurs, avait constaté l’existence d’« une fraude massive au versement des indemnités » dans treize régions, selon le communiqué de M. Heitz.

Les agissements, similaires dans les deux cas, avaient été signalés aux procureurs de la République de Toulouse, le chef-lieu de l’Occitanie, et de Limoges – la ville où se situe le siège de l’ASP. Deux enquêtes distinctes avaient été ouvertes.

« Plus de 1 740 opérations frauduleuses » recensées

Le parquet de Paris a finalement décidé de se saisir de ces procédures, « au titre de sa compétence nationale en matière de la lutte contre la criminalité organisée de très grande complexité » (Junalco). Un choix motivé par le fait que les escroqueries ont été commises sur la quasi-totalité du territoire, selon un mode opératoire qui va nécessiter « une forte coopération internationale », une partie des fonds indûment captés s’étant évaporée au-delà de nos frontières.

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Ubisoft : « Management toxique au pays des jeux vidéo »

Le PDG d’Ubisoft, Yves Guillemot, à Los Angeles, en juin 2019.

Pertes & profits. Le paravent est tombé. Depuis des mois, et dans la foulée du mouvement #metoo, les rumeurs et témoignages se succèdent sur les pratiques de harcèlement, sexuel et moral, dans le petit monde du jeu vidéo. Les témoignages, de plus en plus nombreux sur Twitter, se font de plus en plus explicites. Parmi les cibles désignées, Ubisoft, champion français et dans les tout premiers mondiaux du secteur. A regret, la firme a dû admettre l’inadmissible : au-delà des cas isolés et sanctionnés depuis les premières accusations de la mi-juin, c’est tout un management, qualifié de toxique, qui est en cause. En conséquence, le PDG, Yves Guillemot, a choisi, dimanche 12 juillet, de décapiter lui-même la direction de son entreprise, en se séparant de son numéro deux et principal créatif, Serge Hascöet, de sa directrice des ressources humaines, du patron de la filiale canadienne et de plusieurs de ses concepteurs vedettes.

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A tel point que l’on est en droit de se demander comment l’entreprise se sortira de cette affaire. Car les racines de la crise sont profondes et touchent à la culture même de ce secteur. Depuis que les jeux sont en ligne et que chacun peut se mesurer à des inconnus du monde entier dans des parties qui peuvent être elles-mêmes visionnées par d’autres amateurs, les témoignages déferlent sur le comportement de beaucoup de joueurs, majoritairement masculins, à l’égard de leurs homologues féminines. Si le monde de la tech est un monde moderne, cool et machiste, celui des jeux vidéo l’est encore plus.

Une culture du secret et de l’étouffement

Par capillarité, cette ambiance remonte dans des entreprises dont les créatifs sont tous des passionnés. Face à ce phénomène, la complaisance des services de ressources humaines interroge. Dans le cas d’Ubisoft, les témoignages, confortés par l’enquête de Libération, le 1er juillet, décrivent une culture du secret et de l’étouffement. Celles qui se plaignent sont poussées vers la sortie. C’est aussi la limite d’une entreprise restée très familiale, peu ouverte à la représentation syndicale et qui préfère laver son linge sale en famille. Quand on emploie près de 20 000 personnes dans le monde, la direction des ressources humaines ne peut se contenter d’être la courroie de transmission de la direction, chargée d’éteindre les affaires gênantes pour protéger ses stars.

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D’autant que ces dernières, comme dans le football, sont conscientes de leur valeur et du fait que tout leur sera pardonné pour peu qu’elles apportent le succès. Bien sûr, tout cela repose pour l’instant sur des témoignages anonymes, aucune affaire n’est portée en justice. Mais ce soulèvement et la réaction violente de la direction de l’entreprise traduisent un malaise bien plus large, et un devoir d’exemplarité aussi.

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Dans le Calvados, le malaise social des éboueurs de la Coved

A Caen, en mars 2013.

« Une décision pleine de bon sens ». Voilà comment la CGT a salué, jeudi 8 juillet, le choix de la communauté de communes Cœur de Nacre (Calvados) de ne plus confier la collecte des déchets à la société Coved à partir du 1er janvier 2021. L’examen des appels d’offres pour ce marché public, renouvelé tous les cinq ans, est intervenu dans un contexte tendu dans plusieurs dépôts normands de l’entreprise.

Le 5 juin, l’un de ses éboueurs, Stéphano Patry, 47 ans, se donnait la mort chez ses parents, en tenue de travail. A ses pieds, la lettre de licenciement reçue la veille. L’entreprise lui reprochait son état d’ébriété pendant une collecte, mi-mai.

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Ses collègues ont aussitôt dénoncé une décision inique contre un salarié qui, en vingt-six ans de métier, « avait toujours bien fait son boulot ». Symbole pour eux d’une « gestion inhumaine » chez Coved, qui a remporté plusieurs marchés locaux de collecte en 2015. Depuis, 25 salariés sur un effectif de 33 ont quitté l’entreprise, selon les syndicats, un « turnover » signe d’un « climat délétère ».

Les éboueurs ont fait une première journée de grève le 19 juin, une seconde le 3 juillet. Le directeur général de Coved, Stéphane Leterrier, y a vu « une récupération lamentable, indécente et pathétique » du suicide de M. Patry, évoquant une manipulation des éboueurs par la CGT et un conflit très localisé.

« Réveillez-vous, les gars, ne vous laissez pas faire »

Mais le 3 juillet, le père et le frère de Stéphano Patry sont venus sans hésiter apporter leur soutien à ses collègues en grève au dépôt de Giberville. « S’habiller en tenue pour s’ôter la vie n’est pas anodin. Ça dit : vous m’avez poussé à bout et vous en assumerez les conséquences », témoigne Pablito Patry, dont les parents ont porté plainte contre Coved pour homicide involontaire – ce que confirme au Monde la procureure de la République de Caen, Amélie Cladière.

Leurs griefs ? Des équipements de protection qui font défaut, des véhicules en panne, des tournées seul derrière la benne plutôt qu’à deux

« C’est un message pour nous dire : réveillez-vous, les gars, ne vous laissez pas faire », estime également Donovan, rippeur de 24 ans. En 2017, après le rachat de Coved par la société Paprec, ses collègues et lui avaient déjà fait deux semaines de grève. En vain.

Leurs griefs ? Des équipements de protection qui font défaut, des véhicules en panne, des tournées seul derrière la benne plutôt qu’à deux : « J’ai fait 11 tonnes de déchets seul, hier, à la main. Quand tu rentres chez toi, le café n’a même pas le temps de couler que tu dors déjà ! » décrit Julien, 32 ans. Et les tournées qui s’allongent : « Avant, on faisait 5 h-13 h. Maintenant, même en faisant 5 h-15 h, on n’arrive pas à boucler les secteurs. » Les riverains déplorent des poubelles non ramassées. « Tout ça avec seulement vingt minutes de pause, qui, depuis Coved, ne nous sont même plus payées ! »

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Un salarié peut-il cumuler son activité avec celle de microentrepreneur ?

Cumuler un emploi salarié avec une activité de microentrepreneur peut etre possible sous certaines conditions.

Question à un expert

Puis-je, en tant que salarié, cumuler mon activité avec celle de micro-entrepreneur ?

Oui, il est possible, sous conditions, de cumuler un emploi salarié avec une activité de microentrepreneur (ancien autoentrepreneur) à titre complémentaire pour doper ses revenus et diversifier ses activités. Cela suppose un accord contractuel et l’octroi d’un congé ou d’une période de travail à temps partiel tout en répondant aux conditions d’ancienneté prévues dans la convention collective. L’employeur peut refuser cette demande, notamment au regard de la taille de l’entreprise.

Chaque revenu fait alors l’objet d’une imposition dans la catégorie à laquelle il se rattache : salaire pour le premier ; bénéfice industriel et commerciau (BIC) ou bénéfice non commercial (BNC) pour la seconde. Le microentrepreneur peut toujours opter pour le versement forfaitaire libératoire.

Il est alors calculé sur le chiffre d’affaires ou les recettes selon un taux spécifique : 1 % pour les ventes, 1,70 % pour les prestations BIC et 2,20 % pour les prestations BNC. Dans ce cas, les revenus du microentrepreneur ne sont pas soumis au prélèvement à la source, contrairement aux salaires.

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Socialement, il y a une double affiliation, au régime général des salariés et à celui de la sécurité sociale des indépendants. L’affilié est doublement redevable de certaines cotisations (allocations familiales, invalidité-décès, maladie, maternité, CSG…). Cependant, il n’est pas possible de cumuler les prestations !

Ainsi, il cotise doublement pour la retraite et ne pourra pas cumuler plus de quatre trimestres par an. A terme, il bénéficiera d’une pension de retraite au titre de son activité salariée et une au titre de son activité de microentrepreneur.

Pour le remboursement des frais de santé, c’est la caisse auquel il est affilié au titre de sa première activité de salarié qui en a la charge, sauf option contraire.

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Le parquet de Paris enquête sur des fraudes « massives » au chômage partiel

Le parquet de Paris a annoncé, vendredi 10 juillet, enquêter sur des fraudes « massives » au chômage partiel, qui ont occasionné « plus de 1,7 million d’euros » de préjudice.

Selon les premières investigations, « les demandes frauduleuses de versement d’indemnités se faisaient par télédéclaration en usurpant la raison sociale et le numéro d’identification Siret d’entreprises existantes qui ne demandaient pas à bénéficier des aides à l’activité partielle », explique dans un communiqué le parquet, qui s’est saisi lundi 6 juillet de deux enquêtes à l’initiative des parquets de Toulouse et Limoges.

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Ces enquêtes concernent des chefs « d’escroqueries en bande organisée » et « de blanchiment en bande organisée de ces escroqueries », précise le parquet.

Selon une source proche du dossier, les enquêteurs soupçonnent « une organisation criminelle d’avoir monté une fraude depuis l’étranger ».

Ces investigations ont été lancées à Toulouse et Limoges après la découverte de similitudes entre de nombreuses demandes d’autorisation d’activité partielle.

Flux financiers internationaux

A Limoges, le siège de l’Agence de services et de paiement (ASP) – chargée de gérer l’indemnisation de l’activité partielle – s’est rendu compte que treize des seize directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) étaient « confrontées à une fraude massive au versement des indemnités ».

Les premières investigations ont aussi permis d’identifier dans la région Occitanie plus de 160 entreprises victimes et plus de 110 comptes bancaires frauduleux.

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Toujours selon le parquet de Paris, plus de 1 740 opérations frauduleuses ont été identifiées sur l’ensemble du territoire national au nom de 1 069 sociétés demandant des versements de fonds sur plus de 170 comptes bancaires.

« Si plus de 1,7 million d’euros correspondant à des demandes frauduleuses auraient déjà été indûment versés par l’ASP, le versement de plus de 6 millions d’euros a pu être suspendu dès la découverte des infractions », précise le parquet.

De nombreuses investigations, qui s’annoncent « d’une très grande complexité et nécessitent une forte coopération internationale », devront notamment permettre d’identifier les flux financiers internationaux issus de ces « fraudes massives qui portent une atteinte importante aux finances publiques », ajoute le parquet.

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Dès le début du confinement et pour pallier l’arrêt d’activité, le gouvernement a élargi la possibilité de recourir au chômage partiel en France. Selon le ministère du travail, 7,2 millions de Français ont été en chômage partiel un ou plusieurs jours par semaine en mars, 8,7 millions en avril et 7,8 millions en mai.

A la fin de juin, la ministre du travail d’alors, Muriel Pénicaud, avait déclaré dans Challenges que les 3 000 premiers contrôles sur les demandes de chômage partiel avaient débouché sur « 850 suspicions de fraude » et quatre procédures pour « escroquerie ».

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Le Monde

Wells Fargo : « la banque retient son souffle »

Devant une agence Wells Fargo, à West Hollywood, en Californie, le 15 mai.

Pertes & profits. Combien de temps une pause peut-elle durer ? Aussi longtemps que l’on peut retenir son souffle. Pour Wells Fargo, cela aura tenu un trimestre. En mars 2020, la troisième banque américaine avait décrété une pause dans sa restructuration. A l’instar de ses collègues, elle avait reconnu que la situation sanitaire et économique justifiait de suspendre les plans de restructuration annoncés en 2019 et début 2020. Mais, aujourd’hui, la situation devient critique. Les pertes s’accumulent sur les crédits. Selon les analystes de Bloomberg, la banque pourrait annoncer un résultat net de 9 millions de dollars (8 millions d’euros) pour le deuxième trimestre, contre 6,2 milliards pour la même période en 2019. Alors le vernis craque. Selon Bloomberg, la banque se prépare à annoncer des milliers de suppressions d’emplois.

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Pris en étau entre la numérisation, qui fragilise la relation avec le client, et la baisse des taux, qui réduit la rentabilité de leurs opérations, les établissements bancaires changent de modèle économique et doivent réduire leurs coûts. D’où la cascade de restructurations annoncées ces dernières années. En 2019, une analyse de Wells Fargo projetait 200 000 disparitions de postes dans la banque américaine sur la décennie à venir.

L’érosion s’accélère

La situation est plus sévère en Europe, où les banques sont moins profitables et plus contraintes par la régulation. En 2019, plus de 50 000 suppressions de postes ont été annoncées sur le Vieux Continent, notamment de la part de Deutsche Bank et HSBC. Heureusement, la pyramide des âges aide à faire passer la pilule. En France, le nombre de départs dépasse désormais celui des embauches, qui tourne autour de 40 000 personnes par an. Mais l’érosion s’accélère.

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La crise ne va rien arranger à cette affaire. Les analystes s’attendent à une explosion des difficultés sur les prêts avec les faillites d’entreprises. Selon le Financial Times, les quatre principales banques américaines pourraient enregistrer pour 25 milliards de dollars de pertes sur crédit au deuxième trimestre. A cela s’ajoute l’accélération du comportement volage des clients. Selon une étude du cabinet Bain, les jeunes et les personnes aisées sont de plus en plus nombreux à changer d’établissement. Comme dans le cas du commerce en ligne, avec la crise sanitaire, le temps s’est accéléré brutalement. Selon l’étude, le taux d’attrition des plus jeunes a doublé en un an et pendant le confinement : « 50 % des clients ont réalisé des transactions à distance qu’ils effectuaient habituellement en agence et souhaitent conserver ce mode d’interaction. » Nous voilà désormais transportés en 2025, et les banques en ligne parviennent enfin à convaincre les utilisateurs.

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Alstom sacrifie son usine de Reichshoffen, vif émoi en Alsace

A l’usine Alstom de Reichshoffen( Bas-Rhin), en octobre 2019.

Pas question de rater une nouvelle union ; de revivre l’échec de la fusion Alstom-Siemens bloquée en 2019 par Bruxelles. Afin d’éviter de voir retoqué son projet de rachat (autour de 6 milliards d’euros) du canadien Bombardier Transport, dévoilé en février, l’industriel ferroviaire français Alstom a transmis, jeudi 9 juillet, à la Commission européenne plusieurs engagements censés lui éviter une position dominante sur certains marchés. Parmi ces concessions, la vente de son usine de trains régionaux de Reichshoffen (Bas-Rhin) provoque un vif émoi en Alsace.

Après avoir étudié le dossier plusieurs mois, la Commission vient donc de transmettre ses conclusions. Ses préoccupations concernent trois marchés où le poids du nouvel acteur (un nouveau numéro deux mondial à 15,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires) deviendrait problématique, selon elle : le matériel roulant à grande vitesse, la signalisation embarquée et surtout les trains régionaux, où Alstom-Bombardier pèserait, à terme, la moitié des ventes européennes et surtout 100 % du marché français.

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Alstom propose donc plusieurs remèdes en accord avec la maison mère de Bombardier Transport. Dans la grande vitesse, il s’agirait de se séparer de l’activité des V300 Zefiro de Bombardier, produits dans le cadre d’une coentreprise avec le japonais Hitachi, lequel apparaît comme un repreneur naturel. Concernant la signalisation, Alstom propose d’ouvrir à des tiers l’accès à sa technologie.

« Une douche froide pour les salariés »

Le gros sujet concerne donc les trains régionaux, avec la vente proposée d’une partie du site Bombardier d’Hennigsdorf, près de Berlin, et de l’ensemble des activités liées à la production des trains SNCF Régiolis (appelés « Coradia Polyvalent » dans le catalogue d’Alstom), dont l’assemblage final se fait à Reichshoffen, et qui occupe 780 salariés pour environ 400 trains à fabriquer d’ici à 2024.

Face à cette nouvelle inattendue, les réactions de stupeur et d’indignation n’ont pas tardé. « C’est une douche froide pour les salariés, qui ont été mis devant le fait accompli », estimait, jeudi 9 juillet, Daniel Dreger, délégué syndical CGT, à la sortie du CSE extraordinaire de l’entreprise. Guy-Dominique Kennel, sénateur LR du Bas-Rhin, a du mal à contenir sa colère : « On met en jeu un site avec une maind’œuvre extraordinaire et un carnet de commandes plein. Prendre une telle décision sans en avoir discuté au préalable est une pratique révoltante, c’est traiter les salariés comme du bétail. »

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Le groupe Beaumanoir reprend 40 % des salariés de La Halle

Devant l’entrepôt La Halle d’Issoudun (Indre), le 2 juin.

Le verdict est tombé. Sans surprise, le tribunal de commerce de Paris a décidé, mercredi 8 juillet, d’attribuer La Halle, enseigne placée en redressement judiciaire depuis le 2 juin, au groupe Beaumanoir. L’entreprise bretonne reprend 366 magasins et 2 520 salariés de la chaîne d’habillement qui exploite 820 boutiques en France. Le groupe, qui était le mieux-disant des 25 candidats à la reprise, a obtenu le soutien du gouvernement, notamment par le biais de l’obtention d’un prêt garanti par l’Etat. D’un montant de 41 millions d’euros, cet emprunt doit permettre à la société fondée par Roland Beaumanoir en 1985 de financer le rachat, les collections à venir et le plan de relance de l’enseigne. En tout, le groupe, qui emploie déjà 13 600 personnes dans le monde, assure vouloir investir 60 millions d’euros dans La Halle.

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« Nous avons pour cela conçu et proposé un projet global fort et engagé pour la marque qui va pouvoir bénéficier de tout notre savoir-faire et de nos technologies pour lui donner de vrais moyens de développement », a fait valoir Roland Beaumanoir, par communiqué, mercredi. Connu pour son enseigne Cache-Cache, ses jeans Bonobo et ses magasins Morgan, autre marque rachetée à la barre du tribunal, le groupe au 1,2 milliard d’euros de chiffre d’affaires avait précisé vouloir maintenir l’enseigne La Halle sur la majorité des points de vente repris. Et il entend transformer une trentaine d’entre eux en Vib’s, enseigne qui distribue plusieurs de ses marques en périphérie des grandes villes.

« L’ampleur inégalée de ces suppressions d’emplois »

Initialement, Beaumanoir s’était associé à la société Besson. L’enseigne de chaussures détenue par le groupe GPG fondé par Philippe Ginestet, repreneur de l’enseigne Tati en 2017, et Weinberg Capital s’était engagée à reprendre 42 magasins et 195 postes. Mais, finalement, les juges du tribunal de commerce de Paris ont choisi d’associer le groupe Beaumanoir à deux autres candidats : Chaussea, qui proposait la reprise de 181 magasins et 1 031 postes de travail et SuperChauss’34, intéressé par 23 points de vente, soit 150 employés. Le premier hérite finalement de 128 magasins, tandis que le second en décroche 14.

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Les élus du personnel de La Halle avaient précisément préconisé cette alliance pour « sauver davantage d’emplois ». En tout, d’après le décompte publié dans la décision du tribunal, ce sont près de 3 300 postes qui sont préservés grâce à ces trois repreneurs. « Près de 2 200 personnes seront licenciées », déplore Karim Cheboub, en soulignant « l’ampleur inégalée de ces suppressions d’emplois » dans le secteur de la distribution d’habillement. Faute de repreneur, les 289 salariés de l’entrepôt d’Issoudun (Indre) seront licenciés. A Châteauroux, le groupe Beaumanoir s’est engagé à reprendre 156 des 166 employés.

La décision du tribunal intervient après des semaines de négociations entre les administrateurs judiciaires et les repreneurs. Mise en redressement à la demande de son actionnaire, le groupe Vivarte présidé par Patrick Puy, La Halle a fait l’objet de nombreuses marques d’intérêt. Des chaînes d’habillement, mais aussi des enseignes alimentaires comme Lidl, Biocoop ou Franprix s’étaient manifestés. Sans succès. Elles pourraient cependant bénéficier de la cession ultérieure d’actifs.