Archive dans juillet 2020

Pour les voyageurs d’affaires, la reprise ne s’annonce pas de tout repos

« De l’intention à la mise en œuvre, la planification d’un voyage d’affaires demeure parsemée d’embûches »

Avec l’assouplissement des restrictions sanitaires dans de nombreux pays et la reprise du trafic aérien, salariés et dirigeants vont-ils regagner les tarmacs des aéroports pour aller à la rencontre de leurs partenaires à l’étranger ? Deux sondages laissent croire à un prochain redémarrage des voyages d’affaires et des déplacements professionnels.

Le 4 juin, l’organisme d’assistance International SOS annonçait avoir constaté une « forte augmentation des demandes des organisations pour planifier la reprise de leurs déplacements » : dans le détail, 77 % des 273 professionnels interrogés en France par cette société, en mai 2020 (responsables des ressources humaines, managers voyage et sécurité), ont déclaré envisager un déplacement professionnel en Europe dans les trois prochains mois, et 65 % hors d’Europe.

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Fin mai, la Global Business Travel Association (GTBA), qui regroupe l’ensemble des acteurs de la chaîne, avait également prédit un redémarrage relatif des déplacements professionnels. Selon cet organisme, plus de la moitié de ses membres interrogés dans le monde envisagent de reprendre les voyages d’affaires, sans indiquer de délai.

Un redémarrage qui demeure théorique, tempère Michel Dieleman, président de l’Association française du Travel Management (AFTM) : « Pour le moment, on est encore dans l’expectative, fait-il valoir. La reprise est dans les têtes, mais elle reste difficile à mettre en œuvre car il y a encore beaucoup de points de blocages ».

Embûches

De l’intention à la mise en œuvre, la planification d’un voyage d’affaires demeure parsemée d’embûches. « La principale problématique, ce sont les fermetures de frontières », signale Jean-Jacques Richard, PDG d’Haxxom, un cabinet de conseil en sûreté et gestion de crise. Non loin de l’Hexagone, l’horizon devrait se dégager : la circulation est à nouveau libre au sein de l’espace Schengen, et depuis le 1er juillet, les ressortissants d’une quinzaine de pays non européens peuvent franchir les frontières de l’espace Schengen, sauf vers l’Italie et la Hongrie.

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Hors Union européenne, de nombreuses incertitudes demeurent. Les Etats-Unis ont restreint jusqu’à nouvel ordre l’entrée sur leur territoire des passagers en provenance d’Europe. Décision analogue de la Chine, à l’exception d’un vol affrété spécialement pour deux cents employés et parti de Francfort fin mai. De son côté, la Grande-Bretagne a mis en place une quatorzaine, qui s’applique entre autres aux voyageurs français.

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S’expatrier en 2020 reste possible

« Les mobilités intra-européennes sont maintenues et de nombreux pays hors Europe restent ouverts en imposant une quatorzaine à l’arrivée. »

Carnet de bureau. Les expatriés suivent la croissance comme le tournesol le soleil ; c’est bien connu, ils sont aussi sensibles au risque de guerre ou de pollution, mais comment réagissent-ils au Covid ? « Environ 90 % des salariés expatriés sont restés en poste pendant la crise, indique Alix Carnot, directrice associée d’Expat communication, spécialisée dans l’accompagnement des entreprises. Quant aux départs, ils sont extrêmement ralentis, mais pas totalement interrompus ».

« Dans l’industrie automobile, on a ralenti l’expatriation en Chine et en Inde dès le début de l’année à titre sanitaire », témoigne Olivier Angotti, avocat associé chez FTMS. Mais les expatriés dont la mobilité est prévue de longue date ne se désistent pas.

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A l’Agence française de développement (AFD), « tous les départs sont maintenus, sauf en Guyane. En 2020, on avait entre 60 et 70 salariés prévus en mobilité, dont plus de la moitié partant de France. Après le black-out de mi-mars à mi-juin, une dizaine de personnes sont parties, on a même réussi à expatrier quelques volontaires internationaux qui étaient jusqu’alors en télétravail, mais on est contraints par les programmations de vol », témoigne Stéphane Hlusko, responsable expatriation et protection sociale de l’AFD.

Sur la stricte base du volontariat

Les mobilités intra-européennes sont maintenues et de nombreux pays hors Europe restent ouverts en imposant une quatorzaine à l’arrivée. « La dernière famille qu’on a accompagnée est partie le 14 juillet pour Singapour, confirme Mme Carnot. Mais certaines destinations sont complètement bloquées, comme l’Amérique. Il n’y a plus de mobilité avec les Etats-Unis jusqu’en janvier 2021 et les entreprises ont du mal à s’y résoudre ».

C’est le principe de précaution qui a guidé le fonctionnement des entreprises : diagnostic de santé avant le départ, test PCR pour certains, respect des règles de sécurité sanitaire, et information renforcée des salariés. « Il y a une réelle inquiétude dans les grandes entreprises à se rendre responsable de la contamination d’un collaborateur. La première mesure consiste à s’assurer que le salarié a conscience du risque inhérent à la destination choisie », explique Olivier Angotti.

Le Covid-19 a incité les entreprises à faire partir leurs salariés sur la stricte base du volontariat, quelles que soient les nécessités de l’organisation, et sans leur famille. « Un directeur de grand hôtel peut prendre son poste seul dans un premier temps », illustre M. Angotti. « Pour les jeunes familles, on a tendance à leur recommander de décaler leur départ », renchérit Stéphane Hlusko pour l’AFD. Il n’y a pas tellement de refus de mobilité, juste une crainte de rester coincé à l’étranger. Pour les expatriés en Amérique du Sud, le retour en France pour les congés d’été 2020 est plutôt compromis.

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Moins travailler pour moins licencier ?

« Tout repose sur le dialogue social »

Droit social. Après avoir consacré des milliards d’euros à l’activité partielle entre mars et juin afin d’éviter une hécatombe d’emplois, l’Etat cherche légitimement à éviter une explosion des licenciements et du chômage fin 2020. A côté de l’activité partielle classique, la loi du 17 juin 2020 a donc créé un dispositif spécifique, plus favorable : « l’activité partielle pour les employeurs faisant face à une baisse durable d’activité [APLD] ».

Sont visées par l’APLD les entreprises traversant un trou d’air de six mois à deux ans (aéronautique, automobile, avec leurs nombreux sous-traitants), sans toutefois être au bord du dépôt de bilan. Idée : en attendant que l’activité reprenne, garder les compétences, si possible en les formant. Bref, une flexibilité interne donnant-donnant-donnant : grâce à l’allocation versée par l’Etat, le salarié percevrait 70 % de sa rémunération brute (84 % du net), avec un reste à charge pour l’employeur se voyant rembourser 56 % selon le projet de décret.

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Tout repose sur le dialogue social : un accord collectif majoritaire, signé après un diagnostic partagé sur la situation économique et les perspectives d’activité de l’entité en cause (établissement, entreprise, voire groupe). Il définit les activités concernées et les engagements en termes d’emploi ou de formation. Enfin, un suivi employeur-syndicats signataires tous les trois mois, le tout sous le regard exigeant de l’administration. Du sur-mesure.

Mieux adapté à Airbus qu’à la Boucherie Sanzot

Et pour ne pas exclure du système des PME dépourvues de négociateurs habilités, un accord de branche étendu leur permettra de reprendre dans un document unilatéral le modèle y figurant. Encore faut-il que les branches d’activité s’en saisissent rapidement… Comme d’habitude en droit français, le système est mieux adapté à Airbus qu’à la Boucherie Sanzot.

Comme en matière de plan de sauvegarde de l’emploi, l’administration devra enfin valider l’accord collectif, ou homologuer le document unilatéral de l’employeur, avec à chaque renouvellement semestriel la transmission d’un bilan sur l’emploi et la formation. Normal, si l’on veut éviter les fraudes (du gonflement des salaires au discret télétravail), mais aussi ne pas subventionner des entreprises moribondes.

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Délicate sélection, qui commence par exclure celles devant réduire leurs horaires de plus de 40 %. Ce qui limite aussi la note finale, tout comme le plafond d’indemnisation de l’activité partielle, fixé à 4,5 smic. Reste à savoir quel va être l’impact sur les autres mécanismes de restructuration de ce régime, dont le financement repose d’abord sur la collectivité. Le coût de l’activité partielle est estimé à 32 milliards d’euros pour 2020.

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Les dérives de l’engagement

« Les métamorphoses de l’emprise dans les organisations », sous la direction de Vincent de Gaulejac et Jean Vandewattyne. « Nouvelle revue de psychosociologie », Editions Erès, 264 pages, 26 euros. A paraître le 13 août.

Le livre. C’était en 1979. Un groupe de sociologues et de psychosociologues examinait le système d’emprise conçu dans les multinationales, en mettant l’accent sur l’extension du pouvoir de la sphère économique aux sphères politique, idéologique et psychologique, à travers l’analyse des mécanismes à l’œuvre au sein d’IBM.

Cette entreprise se singularise alors par son usage de dispositifs de gestion qui se révéleront au cœur de la révolution managériale entamée dans les années 1980, et fait en ce sens partie de l’avant-garde du système capitaliste.

Quarante ans plus tard, les recherches ont montré la persistance mais aussi le développement et la diffusion de cette forme particulière d’exercice du pouvoir. Plus que jamais, « le discours managérial utilise les notions d’autonomie, de responsabilité ou encore d’implication pour mobiliser les “talents” à l’œuvre dans le secteur privé mais aussi dans le secteur public et, parfois même, dans le tiers secteur », constatent Vincent de Gaulejac et Jean Vandewattyne dans Les Métamorphoses de l’emprise dans les organisations.

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Ce dossier est la dernière pièce d’un triptyque ; la première est la réédition en 2019 de L’Emprise de l’organisation, initialement parue en 1979 et où on retrouve le sociologue Vincent de Gaulejac. La deuxième a pris la forme d’un colloque organisé à l’université de Mons, en septembre 2019, sur les « Formes contemporaines de l’emprise : travail, organisation, management et marché ».

Résistance et luttes sociales

En 2020, le travail a profondément changé, ainsi que la société et les individus qui la composent par rapport à ceux de 1980. « Rendre compte des métamorphoses de l’emprise dans les organisations implique aussi de s’ouvrir à la question du dégagement, de la déprise, pour le dire autrement encore, de la résistance, voire de l’émancipation, qu’elle soit de nature individuelle ou collective. »

Bon nombre de travailleurs montrent des signes manifestes de prise de distance par rapport aux anciennes sirènes organisationnelles et managériales. La résistance et les luttes sociales n’ont cessé, tant dans le travail qu’en dehors. Le dossier se compose de quinze articles qui déclinent « différentes figures ou formes de l’emprise actuelle, que ce soit en lien avec des organisations ou secteurs d’activités particuliers ou encore avec le travail ou son absence ». Agnès Vandevelde-Rougale explore les formes de résistance face au discours managérial moderne ; Marc Loriol analyse l’affaiblissement des collectifs et l’emprise des logiques comptables ; Gilles Herreros montre que les pĥénomènes d’emprise observés dans les organisations hypermodernes se retrouvent dans des associations de l’économie sociale et solidaire.

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Restauration : une reprise à petit feu

Au restaurant La Coupole à Paris, le 15 juin.

Boulevard du Montparnasse à Paris. La brasserie La Coupole, une institution du 14arrondissement de la capitale, a rouvert ses portes le 15 juin. Toute proche, La Rotonde n’a, elle, accueilli ses premiers clients que début juillet. Il est vrai que l’établissement rendu célèbre par le dîner donné par Emmanuel Macron pour fêter sa victoire au premier tour de l’élection présidentielle, touché par un incendie en janvier, s’est refait une beauté. Mais, en face, la devanture du Bar à huîtres, au 112 du boulevard, reste close et son banc d’écailler ne séduit plus les yeux des promeneurs.

Un exemple du retour en activité progressif des bars et restaurants en France. Depuis le 2 juin, le gouvernement a donné son feu vert à leur réouverture sur l’ensemble du territoire avec un bémol en Ile-de-France, où, dans un premier temps, seules les terrasses étaient autorisées. La région francilienne a dû attendre le 15 juin, et le passage en zone verte, pour pouvoir de nouveau accueillir ses clients en salle.

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Fin juin, le syndicat GNI (Groupement national des indépendants Hôtellerie et Restauration), a donné un coup de sonde pour établir un premier bilan du retour aux fourneaux de la restauration. Sur le panel des cafés-bars ayant répondu au questionnaire, neuf sur dix se déclaraient ouverts. Et seuls 5 % affirmaient préférer attendre septembre pour franchir le pas. A l’exemple du Sarah Bernhardt, une brasserie installée place du Châtelet, à proximité immédiate du Théâtre de la Ville.

Cédric Giacinti, patron de la chaîne de restauration rapide Subway, estime, lui, à trois le nombre de ses succursales encore à l’arrêt sur un total de 400. Dont deux installées devant des universités respectivement à Rennes et à Paris. Les responsables de ses franchises attendent le retour des étudiants pour redémarrer.

Une mise à l’arrêt forcée

Globalement, la réouverture des bars et restaurants est donc massive et généralisée sur tout le territoire. Pour autant, même si les cuisines ont, dans l’ensemble, remis les gaz, la vitesse de reprise est très variable selon les établissements. Les cuisines de la restauration tournent de façon très hétérogène.

« Je peux dire que mon chiffre d’affaires en juin est le double de celui de l’année dernière », déclare en une boutade Hubert Jan. Son établissement, le Bistrot Chez Hubert, à Fouesnant dans le Finistère, ferme habituellement deux semaines en juin. Rien de comparable cette année, où il a rouvert le 5 juin après la période de mise à l’arrêt forcée. Comme tous les restaurants, le Bistrot Chez Hubert avait dû fermer le 14 mars à minuit, une décision annoncée le jour même par le gouvernement désireux de juguler la pandémie de Covid-19 en imposant le confinement. Au redémarrage, les clients, fidèles, étaient au rendez-vous.

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« L’hôpital va continuer à se casser la figure » : après les accords du Ségur, des soignants de nouveau dans la rue

Manifestation de soignants pour dénoncer l’insuffisance des accords du Ségur de la santé, à Paris, le 14 juillet.

« Ségur = imposture. » De nouveaux slogans se sont ajoutés, mardi 14 juillet, à ceux désormais habituels dans les rangs des soignants mobilisés ces derniers mois pour réclamer plus de moyens pour l’hôpital public. Au lendemain des accords du Ségur de la santé, des milliers d’infirmières, d’aides-soignantes, de manipulateurs radio… ont défilé à Lyon, Toulouse, Bordeaux, Paris, à l’appel de plusieurs syndicats et collectifs, dont la CGT, SUD, Solidaires, le Collectif inter-hôpitaux, pour dire leur insatisfaction face à ces accords signés à Matignon avec plusieurs syndicats majoritaires (FO, CFDT, UNSA).

Pour les manifestants, le compte du Ségur n’y est pas. « Ce n’est pas à la hauteur, cela fait plus d’un an qu’on demande 300 euros, et ce n’est que justice, c’est un rattrapage », défend Yann Duvinage, masseur-kinésithérapeute à l’hôpital de Saint-Maurice (Val-de-Marne), dans le cortège parisien, qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes, depuis la place de la République jusqu’à celle de la Bastille.

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Ce soignant, élu CGT, rappelle, comme nombre de ses collègues, que cela fait une décennie que les salaires de la fonction publique hospitalière sont gelés. « L’hôpital va continuer à se casser la figure, dénonce-t-il. Il n’y a rien dans le Ségur pour augmenter le nombre de lits : comment imaginer qu’on est prêts pour une seconde vague ? On va se retrouver avec le même bricolage si le Covid-19 repart, sauf que le monde hospitalier est à bout. »

« C’est de l’enfumage, on est des héros »

Le texte signé le 13 juillet, portant sur le volet des revalorisations salariales et des carrières et salué comme un « accord historique » par le premier ministre, Jean Castex, prévoit une enveloppe globale de 8,1 milliards d’euros, qui doit notamment permettre une augmentation de 183 euros net pour les personnels paramédicaux (infirmiers, aides-soignants) et non médicaux (agents techniques et administratifs) d’ici à mars 2021.

Manifestation de soignants à Paris, le 14 juillet.

« J’avais l’espoir qu’on obtiendrait des choses, j’y ai cru, dit Pierre, jeune infirmier qui travaille depuis un an et demi à l’hôpital Saint-Louis, à Paris. Mais c’est totalement insuffisant et j’ai perdu l’espoir, maintenant qu’ils ont donné quelque chose, la population va croire que c’est bon, alors que pas du tout. »

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« On n’est pas des marchands de tapis », s’énerve Marie, infirmière en psychiatrie à Rouen, venue grossir les rangs du cortège parisien. « C’est de l’enfumage, on est des héros, mais on n’a toujours rien sur les lits, quasiment rien sur les postes », dit-elle, à propos des 10 000 à 15 000 postes promis par le premier ministre. « Mais l’après-Covid-19 en psychiatrie, c’est pire que le Covid-19, raconte-t-elle. Les patients, après être restés confinés, nous arrivent dans un état lamentable, dénutris… J’avais une femme hier de 1 mètre 65, 40 kilos, terrorisée par l’idée de ressortir. »

« Macron asphyxie l’hôpital »

En cette période de congés estivaux, la situation de l’hôpital inquiète, après ce que beaucoup appellent une « parenthèse » du Covid-19, pendant laquelle des moyens ont pu être débloqués plus facilement. « Ça a recommencé comme avant, ils veulent du chiffre, de l’activité, mais il n’y a toujours pas les effectifs suffisants dans les services », dit Elisabeth, manipulatrice radio au CHU de Lille.

Dans son étage, c’est la bataille pour préserver le temps de nettoyage des machines et instruments entre les patients. « Avec la crise, les collègues sont fatigués, il y a aussi des gens en arrêt », souligne-t-elle, choquée de voir nommé comme premier ministre Jean Castex, l’un des artisans du système de « tarification à l’activité » dans les hôpitaux au début des années 2000, à l’origine de « la destruction du service public », juge-t-elle.

Quelques heures plus tôt, lors de la cérémonie du 14-Juillet sur la place de la Concorde, placée par Emmanuel Macron sous le signe de l’hommage aux soignants, une banderole géante s’est envolée pour dénoncer la situation de l’hôpital, portée par des ballons. « Derrière les hommages, Macron asphyxie l’hôpital », pouvait-on y lire. Deux personnes ont été brièvement interpellées pour « survol d’une zone interdite ».

Pour Mireille Stivala, secrétaire générale CGT-Santé, difficile de recevoir cet hommage du président de la République. « Quand on sait que la reconnaissance de la maladie professionnelle du Covid-19 pour nos agents a été conditionnée à la sévérité de la pathologie et qu’on n’a toujours aucun chiffre sur le nombre de soignants contaminés, décédés, ce n’est pas possible », dit -elle. Pour la responsable, le bilan de la crise et des responsabilités est « totalement éludé ».

« Un scandale d’Etat »

Au-delà de la déception sur les salaires et les moyens, de nombreux manifestants font part de leur colère face à ce qu’ils ont vécu ces derniers mois.

« Si on a transféré des patients à l’autre bout de l’Europe, ça montre bien que l’hôpital n’est pas en capacité de tenir », pointe Rachida Abdelli, aide-soignante encartée à FO, en désaccord avec son syndicat qui a signé le Ségur. « On n’a soigné que les “Covid”, on n’a pas pu soigner les autres, des gens sont morts chez eux, insiste-t-elle. Nous, on gardait les masques chirurgicaux pendant huit heures, c’est un scandale d’Etat. »

A Paris, la manifestation a été marquée par des heurts sporadiques entre les forces de l’ordre et des manifestants en fin de cortège sur la place de la Bastille. Les gendarmes ont fait usage de gaz lacrymogène.

Parmi les manifestants, certains venaient d’un rassemblement organisé par des « gilets jaunes » devant l’inspection générale de la police afin de dénoncer les violences policières, en présence de certaines figures du mouvement blessées lors de manifestations.

Olivier Véran répondra aux « attentes » des personnels de santé la semaine prochaine

Les personnels soignants ont « encore des attentes », malgré les revalorisations salariales annoncées lors du Ségur de la santé, a reconnu mardi 14 juillet le ministre de la santé, Olivier Véran, qui a promis d’y répondre la semaine prochaine par de nouvelles mesures « non salariales », notamment sur l’« organisation de l’hôpital ». Après la signature des accords salariaux lundi, « un temps d’explication est nécessaire », a-t-il estimé à l’issue d’une visite au SAMU de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne).

Olivier Véran a par ailleurs minimisé l’ampleur de la mobilisation des soignants, qu’il a estimée à « quelques centaines de soignants à Paris ». Les accords salariaux ont été signés « avec des syndicats représentatifs », ce qui n’était « pas arrivé depuis des années », a-t-il fait valoir. « Ça ne veut pas dire que tout le monde est forcément d’accord, [mais] que les avancées ont été reconnues par la majorité des personnes qui représentent le personnel. »

« Créer une prime de déménagement pour redonner de l’élan à l’emploi des jeunes »

Tribune. Mardi 14 juillet, le Président de la République a esquissé son plan d’aide à l’emploi des jeunes. Si on ne connaît que les contours de la politique, deux points sont d’ores et déjà actés : le plan sera massif – on parle d’au moins de deux milliards d’euros – et visera essentiellement à faire baisser le coût du travail et à améliorer la formation des jeunes.

Le gouvernement a raison d’aider les jeunes de la génération coronavirus. Le fait est bien connu des économistes du travail, les jeunes appartenant à des cohortes touchées par des crises économiques souffrent d’un stigmate qui les suit tout au long de leur carrière professionnelle : ils sont moins payés, accumulent moins de patrimoine et ont globalement une trajectoire plus chaotique sur le marché du travail.

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Pourtant, si la question du coût du travail et de la formation sont importantes, réduire la question du chômage à ces dernières conduit à passer à côté d’une caractéristique essentielle du marché du travail, sa dimension spatiale. Les évolutions du marché du travail dans les pays développés depuis les années 1990 fournissent un éclairage intéressant sur les possibilités offertes par le télétravail dans le monde post corona.

Difficulté d’accès des villes pour les jeunes

Avec l’arrivée d’internet, nombre d’observateurs ont annoncé la fin des avantages comparatifs des grandes villes et l’avènement d’une société où les distances n’importeraient plus. Mais c’est le phénomène inverse qui s’est produit. Au cours des trois dernières décennies, les créations d’emploi ont principalement eu lieu dans les grandes villes. La France ne fait pas exception : depuis 2007, les trois quarts des créations d’emploi se concentrent dans 15 aires urbaines.

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Or, en plus d’être créatrices d’emplois, les grandes villes permettent à ceux qui les fréquentent de bénéficier d’un gain de productivité qui les suit toute leur vie, comme l’ont montré les études économiques. En Espagne par exemple, les travailleurs qui sont passés par les grandes villes bénéficient d’une meilleure trajectoire professionnelle (« Learning by Working in Big Cities », Jorge De La Roca et Diego Puga, Review of Economic Studies n° 84, 2017).

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Pourtant, l’accès aux grandes villes est de plus en plus difficile pour les jeunes actifs, principalement à cause d’un marché du logement tendu qui obère toute possibilité de mobilité. Dans ces conditions, si diminuer le coût du travail et améliorer leur formation permettra aux jeunes des villes dynamiques de s’insérer plus facilement sur le marché du travail, cela ne bénéficiera que faiblement aux jeunes des territoires les moins dynamiques.

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Chez Engie, polémique autour d’une application « anti-Covid »

« Cette affaire relance le vif débat autour du respect des libertés publiques, suscité par l’application de tracking StopCovid »

Alors que le risque d’une résurgence de la pandémie occupe tous les esprits, certains employeurs ont recours à des dispositifs qui promettent d’évaluer en quelques secondes l’état de santé des collaborateurs, afin de limiter les risques de contagion sur leur site. Mais le déploiement de telles solutions, qui mettent en jeu les données personnelles, suscite de vives polémiques. Confrontée au risque d’atteinte à la vie privée de ses collaborateurs, Engie en a récemment fait les frais.

Séduit par l’application Copass, le fournisseur d’énergie a décidé, comme plusieurs autres entreprises, d’expérimenter ce dispositif. Lancée conjointement par le Crédit agricole et l’entreprise Onepoint fin avril, cette solution repose sur un questionnaire de santé visant à déterminer le niveau de risques des salariés face au Covid. En fonction des réponses de chaque collaborateur, l’application émet un code QR qui lui indique le protocole à suivre : retour (ou non) dans l’entreprise, orientation vers un test de dépistage…

Application « a priori » obligatoire

En pleine crise du Covid-19, ce projet échappe d’abord au radar de Nicolas Blanc, élu CSE chez Engie et délégué national CFE-CGC au numérique : « On nous a présenté cette expérimentation noyée dans la masse du plan de continuité d’activité », se désole-t-il. Etudiant le dossier plus en profondeur, il finit par tomber sur une étude d’impact réalisée par Onepoint. « Selon cette étude, l’application devrait être “a priori” obligatoire pour les salariés », s’insurge Nicolas Blanc.

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Consulté par Le Monde, le document précise en effet que « la mise en place du questionnaire pourrait être considérée obligatoire [sic] » à condition, toutefois, que celle-ci soit mise en place en collaboration avec les partenaires sociaux. Pour justifier le fait d’imposer ce questionnaire aux salariés, le document invoque la nécessité, pour l’employeur, de protéger la santé et la sécurité de ses salariés. Cette dernière obligation figure effectivement dans le code du travail.

L’étude relève aussi que le simple consentement du collaborateur ne pourrait suffire aux yeux de la loi, car il est susceptible d’être « vicié » au regard du lien de subordination qui existe entre le salarié et son employeur.

Caractère intrusif

Cette découverte fait bondir Nicolas Blanc. Au-delà de l’obligation potentielle faite aux salariés de répondre à ce questionnaire de santé, le délégué syndical dénonce le caractère intrusif de ce type d’outils : « De telles applications risquent d’ouvrir une brèche quant au respect de la vie privée et à l’utilisation qui est faite des données personnelles du salarié. » Pour parer aux critiques, Copass précise que le questionnaire est transmis « uniquement au corps médical », et non à l’employeur. D’autant que le traitement des données de santé se voit sévèrement encadré par la CNIL.

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« Les conférences scientifiques en ligne offrent un potentiel de diffusion, d’ouverture et de socialisation inouï »

Tribune. La crise du Covid-19 a bousculé le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche. En un temps record, enseignants et chercheurs ont été contraints de télétravailler massivement et à numériser leurs cours, leurs recherches et leurs tâches administratives. Les conférences scientifiques, rendez-vous incontournables de la recherche, n’ont pas été épargnées.

La plupart des conférences du printemps et de l’été 2020 ont été annulées ou reportées à l’automne, malgré le risque d’une seconde vague. Peu d’entre elles ont fait le choix de se tenir « à distance » ; souvent par peur des difficultés techniques et organisationnelles, mais aussi parce qu’une conférence implique une dimension sociale très forte, que les organisateurs ont souvent craint de perdre.

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Des conférences ont cependant fait le choix de la numérisation, comme celles du Group for Research on Organizations and the Natural Environment (Gronen), du European Group for Organization Studies (EGOS), ou de l’Association internationale de management stratégique (AIMS). Le défi était de taille. Ces conférences peuvent en effet rassembler des milliers de scientifiques du monde entier pour une courte période de trois à cinq jours. Les journées y sont longues, souvent douze heures d’affilée, et les échanges intensifs.

Repenser les modalités d’échange scientifique

Comment recréer, à distance, ces espaces de discussion et d’échange vitaux pour la confrontation des résultats, et donc pour l’avancement de la connaissance ? A l’AIMS, nous avons choisi d’organiser la conférence 2020 en ligne pour deux raisons principales. Nous tenions d’abord à maintenir coûte que coûte la conversation scientifique ; nous ne voulions pas d’année blanche, notamment pour les jeunes chercheuses et chercheurs, qui ont particulièrement besoin de ces échanges. Ensuite, nous souhaitions conserver une forme de convivialité, qui fait partie de l’identité de cette association et de sa communauté, et permet que les débats de fond se développent sereinement.

Nous avons dû, en moins de deux mois, repenser entièrement les modalités d’échange scientifique ainsi qu’une partie du contenu de la conférence. Nous étions convaincus que, comme dans une conférence présentielle, le succès ne se jouerait pas uniquement sur la possibilité de présenter des articles et d’obtenir des retours. C’est pourquoi nous avons tenu à maintenir des sessions plénières et réfléchi aux moyens d’incarner une forme de convivialité, malgré la lassitude due aux longues heures seul devant l’écran.

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Nathalie Bondil, la directrice française du Musée des beaux-arts de Montréal, congédiée

Nathalie Bondil, à New York aux Etats-Unis, en octobre 2013.

Le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) a annoncé, lundi 13 juillet, mettre fin immédiatement au contrat de sa directrice générale et conservatrice, la Française Nathalie Bondil, invoquant notamment des accusations de harcèlement psychologique.

Le conseil d’administration a expliqué dans un communiqué avoir pris « à regret » cette décision au sujet de Mme Bondil. Cette diplômée de l’Ecole du Louvre était arrivée au MBAM en 1999 et le dirigeait depuis 2007.

« Depuis l’an dernier, le musée a vu plusieurs départs d’employés-clés et a été mis au courant de témoignages troublants d’employés faisant état d’une détérioration évidente du climat de travail », précise le communiqué.

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Un environnement de travail « toxique »

Alerté à l’automne par le syndicat, le conseil d’administration dit avoir mandaté une firme extérieure pour « établir un diagnostic indépendant ». Le rapport préparé par cette firme évoquait un environnement de travail qualifié de « toxique » par « certains employés », selon le conseil.

« Au cours des derniers mois, les tentatives maintes fois répétées par le conseil d’administration de trouver une solution à cette situation devenue intolérable se sont butées à l’inflexibilité de Mme Bondil et à son déni de plusieurs conclusions pourtant sans appel du rapport », selon le communiqué.

En outre, « les allégations de harcèlement psychologique au sein de la direction de la conservation du musée persistent », selon le communiqué. Le conseil invoque « le refus catégorique » de Mme Bondil d’accepter un compromis pour « mettre fin immédiatement à son emploi », plutôt qu’à la fin de son contrat, en juin 2021.

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La ministre de la culture du Québec « estomaquée »

« Madame Bondil a contribué de façon significative au développement du musée », reconnaît le conseil, qui qualifie de « regrettable » la fin d’une « association remarquable de plus de vingt et une années ».

« Il est toutefois triste de constater que le visage humaniste du musée instauré par madame Bondil ne trouvait pas écho à l’intérieur même de ses murs », affirme le président du conseil, Michel de la Chenelière, qui assurera l’intérim en attendant la nomination d’un successeur.

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Jeudi, Mme Bondil avait reçu le soutien de la ministre de la culture du Québec, Nathalie Roy, « estomaquée » par cette affaire.

« Nathalie Bondil est une sommité mondiale dans le monde muséal et une femme directrice générale, qui plus est qui fait un travail remarquable au MBAM, avait-elle déclaré au quotidien La Presse. Je ne comprends pas pourquoi le conseil d’administration voudrait se priver de ses services alors que les grands musées de ce monde se l’arrachent. »

Mme Bondil n’avait pas publiquement réagi à son éviction lundi après-midi.

Le Monde avec AFP