Repris par les quotidiens, Presstalis devient France Messagerie et se restructure

Dans les locaux de la SAD, à Marseille, pendant la troisième semaine d’occupation, le 25 mai.

Presstalis est sauvé. Le tribunal de commerce de Paris a entériné, mercredi 1er juillet, l’offre de reprise faite par les quotidiens français sur le premier distributeur de la presse en France. « Dès demain, France Messagerie devra travailler sans relâche pour pérenniser son modèle économique », a annoncé, dans un communiqué, Louis Dreyfus, président du directoire du Monde et représentant des quotidiens.

L’entreprise, née après la seconde guerre mondiale, va changer de visage. Rebaptisée « France Messagerie », elle n’emploiera plus que 269 personnes, contre un peu plus de 900 avant sa mise en redressement judiciaire, le 15 mai. Depuis, ses filiales régionales (la SAD et la Soprocom) ont été liquidées, entraînant la suppression de 512 postes. Un plan portant sur la réduction de 130 postes supplémentaires va encore être mené. La distribution sur tout le territoire n’est pas complètement rétablie : elle reste encore perturbée à Marseille. Louis Dreyfus promet de « poursuivre les discussions pour lever les derniers blocages ».

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127 millions d’euros

Si la restructuration est aussi importante, c’est que les magazines et les quotidiens, qui étaient jusque-là actionnaires de Presstalis, n’ont pas réussi à s’entendre sur le sauvetage de l’entreprise.

De nombreux magazines ont préféré rallier le concurrent, les Messageries lyonnaises de presse (MLP). A l’image de CMI (Marianne, Elle, Télé 7 jours), dont le propriétaire, Daniel Kretinsky, est actionnaire indirect et minoritaire du Monde. Prisma (Voici, Femme Actuelle…) et Reworld (Biba, Marie France…) ont réduit de moitié le montant des ventes au numéro transitant par le distributeur et ne sont plus actionnaires de la structure.

Alors que Presstalis distribuait 75 % de la presse française, représentant plus de 1 milliard d’euros de ventes en kiosque, France Messagerie devra se contenter de 600 millions d’euros. « Mais c’est beaucoup plus que les 375 millions à 380 millions d’euros que nous visions », fait-on valoir au sein de France Messagerie.

Remettre à flot France Messagerie va coûter 127 millions d’euros. L’Etat a prévu d’injecter 80 millions d’euros, une somme qui s’ajoute aux 95 millions versés ces derniers mois dans Presstalis. Cette nouvelle enveloppe servira notamment à payer les 38 millions d’euros liés aux plans sociaux. Les 47 millions d’euros restants, financés par les éditeurs, seront consacrés en partie à d’autres départs : en 2022, les effectifs pourraient tomber à 215 salariés, selon le jugement du tribunal de commerce consulté par Le Monde.

France Messagerie n’est qu’une première étape : compte tenu de la baisse continue des ventes du papier, l’idée est, d’ici trois ans, soit de rapprocher France Messagerie des MLP, soit de l’adosser à un autre acteur de la logistique. En attendant, les éditeurs français ont perdu 139 millions d’euros de créances – les ventes réalisées avant le redressement judiciaire – dans la faillite de Presstalis.