Réhabiliter l’économie : la troisième voie

« Défaire le capitalisme, refaire la démocratie. Les enjeux du délibéralisme », d’Eric Dacheux et Daniel Goujon. Erès, 360 pages, 29,50 euros.
« Défaire le capitalisme, refaire la démocratie. Les enjeux du délibéralisme », d’Eric Dacheux et Daniel Goujon. Erès, 360 pages, 29,50 euros.

Le livre. Le monde change, mais la science économique évolue peu. Depuis Adam Smith (1723-1790) et sa théorisation du fonctionnement de la société industrielle naissante, le noyau dur de la science économique est toujours le même : impératif de croissance, utilitarisme et recherche du profit.

Alors que les crises économique, écologique et démocratique n’ont jamais été aussi patentes, nous restons prisonniers de cadres de pensée hérités du XVIIIe siècle. « Rien ne justifie pourtant cet immobilisme théorique », soulignent Eric Dacheux et Daniel Goujon dans Défaire le capitalisme, refaire la démocratie : les enjeux du délibéralisme (Erès). Montrer que l’on peut penser différemment l’économie est le premier objectif de cet essai.

« Préparer la transition vers une société post-capitaliste plus démocratique et plus écologique demande que l’on change de logiciel intellectuel », estiment le professeur des universités en sciences de l’information et de la communication à l’université Clermont Auvergne et le maître de conférences en sciences économiques à l’université Jean-Monnet de Saint-Etienne.

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La crise de 1929 et la crise de 2008 ont révélé les failles de la construction libérale de l’économie. Le cadre théorique du XVIIIe siècle est en déphasage avec la réalité économique présente, qui se caractérise par la financiarisation, la montée de l’immatériel, la numérisation… « Toutes ces évolutions historiques devraient conduire à abandonner l’idée que le marché est le meilleur facteur d’allocation des ressources. »

« Tout devient marchandise »

La domination du capitalisme génère trois crises : politique, économique et écologique. Convergentes, ces crises sont le signe de la transformation de nos sociétés démocratiques en « une société où chacun est en concurrence contre tous, où tout devient marchandise, y compris la nature ». Sous couvert d’adaptation au réel, l’ordre économique détruit toute pensée alternative.

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Contre cette tendance lourde, des citoyens développent des initiatives proposant des modalités économiques alternatives : la preuve que la démocratie n’est pas la face politique du capitalisme. « Au contraire, c’est en revitalisant la démocratie que l’on peut lutter contre les crises du capitalisme. »

L’ouvrage s’appuie sur les critiques traditionnelles faites au capitalisme, mais repose surtout sur l’analyse des réponses données aujourd’hui par les citoyens aux maux qu’ils subissent. « Un cadre théorique en résonance avec les théories passées, mais qui s’ancre profondément dans la réalité du terrain », afin de sortir des fausses alternatives que sont capitalisme ou communisme, marché ou Etat, globalisation ou repli identitaire.

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