« Que sait-on du travail ? » : les métiers du secteur médico-social, sous-payés et dominés par le temps partiel contraint

« Que sait-on du travail ? » : les métiers du secteur médico-social, sous-payés et dominés par le temps partiel contraint

1 137 euros : c’est le salaire mensuel moyen dans quatre métiers du secteur médico-social, selon l’enquête Conditions de travail 2019 du ministère du travail : les agents des services hospitaliers, les aides-soignants, les aides médico-psychologiques et les aides à domicile.

La même année, la rémunération moyenne de l’ensemble des salariés du privé était de 1 906 euros. Si ces métiers, qui représentent un million d’emplois, sont devenus stratégiques pour maintenir l’autonomie des personnes, à domicile ou en établissement, ils demeurent insuffisamment reconnus.

Cet écart de salaire pourrait se justifier, par exemple, par les 78 % d’aides à domicile exerçant à temps partiel (un quart d’entre elles effectuant même moins de dix-sept heures par semaine)… Mais « le temps partiel ne signifie pas une faible emprise du travail sur la vie des salariées », rappellent les quatre chercheurs Annie Dussuet, François-Xavier Devetter, Laura Nirello et Emmanuelle Puissant : il arrive aux aides à domicile, qui exercent dans de multiples lieux, de commencer leur journée à 7 heures 30 et la finir à 19 heures 30, tout en n’ayant que cinq ou six heures comptabilisées comme du « travail effectif ». Le temps partiel est donc plus que contraint.

Dans leur contribution au projet de médiation scientifique « Que sait-on du travail ? » du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (Liepp), diffusé en collaboration avec les Presses de Sciences Po sur la chaîne Emploi du site Lemonde.fr, ces quatre sociologues et économistes expliquent les difficultés persistantes de ces professions au-delà de leur rémunération par l’échec des politiques publiques actuelles. Avec le développement d’une nouvelle gestion publique mettant l’accent sur la « performance », l’irruption d’indicateurs chiffrés a consacré la standardisation des tâches, et s’est « éloignée de la finalité du service ».

« Ce processus d’industrialisation et de rationalisation de l’activité découle directement des modalités de tarification de ces activités médico-sociales par les pouvoirs publics, qui tendent à ne reconnaître (et donc financer) que le seul temps de travail considéré comme “productif” », pointent du doigt les chercheurs.

Une forme de maltraitance

Les conséquences de cette rationalisation sont doubles : les travailleurs – à 90 % des femmes – sont à la fois exposés aux pénibilités industrielles et tertiaires, c’est-à-dire le port de charges lourdes, mais aussi les relations complexes avec les usagers, et perdent le sens de leur travail, car ils reconnaissent parfois que suivre les « standards » relève d’une forme de maltraitance.

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LJD

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