Derrière les agendas Oxford, la situation ubuesque des salariés licenciés de la papeterie Lecas Industries

Dans le rayon de fournitures scolaires d’un supermarché avec, dans les mains, un cahier Oxford.

C’est la saison des agendas scolaires dans les supermarchés. Lecas Industries, usine de soixante-huit salariés à Nersac (Charente), fabriquait jusqu’en 2024 ceux des marques Oxford et L’Etudiant, ou siglés Harry Potter et Naruto, commercialisés par le groupe Hamelin, l’un des leaders européens de la papeterie implanté à Caen – il est derrière les cahiers Conquérant. Intégrée au groupe, l’entreprise Lecas Industries est redevenue une filiale en 2021, Hamelin restant son client quasi unique. L’arrêt de ses commandes, en septembre 2024, a signé la fermeture de la société.

Dix mois plus tard, ses salariés sont en ce milieu d’été dans une situation ubuesque : licenciés, leur plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) suspendu, sans revenus. « Si ça continue, je vais devoir vendre ma maison, je ne peux plus rembourser mon emprunt », témoigne l’un d’eux (les salariés s’expriment sous le couvert de l’anonymat). « Je puise dans mes économies, mais ça commence à être critique », confie un autre. Ils doivent tenir une assemblée générale, lundi 28 juillet.

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Les ruptures conventionnelles dans le viseur du gouvernement

Astrid Panosyan-Bouvet, la ministre chargée du travail, à Paris, le 16 juillet 2025.

Le gouvernement veut réguler une forme de divorce jugée très coûteuse pour la collectivité : les ruptures conventionnelles. La procédure, qui offre la possibilité à un patron et à son salarié de mettre un terme à leur relation d’un commun accord, est très utilisée – un peu trop, même, aux yeux du pouvoir en place : des dévoiements se produisent, selon lui, et finissent par peser sur les finances de l’assurance-chômage. C’est pourquoi il demande aux syndicats et au patronat de revisiter le dispositif dans le cadre de la négociation sur le régime d’indemnisation des demandeurs d’emploi, annoncée le 15 juillet.

Créée en 2008, la rupture conventionnelle a rencontré un succès grandissant dans les entreprises. En 2024, quelque 515 000 contrats à durée indéterminée ont pris fin ainsi (soit environ 200 000 de plus en une décennie). Le mécanisme est très apprécié du fait de sa simplicité et des garanties qu’il apporte : homologation du compromis entre les deux parties par l’administration, absence – presque totale – de contestations devant les prud’hommes, versement d’une indemnité au salarié qui, de surcroît, est éligible à l’allocation-chômage…

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Pernod Ricard veut supprimer 17 % des effectifs de son siège

Un bar à Marseille, le 5 septembre 2024.

Pernod Ricard veut réduire ses effectifs. Un projet de restructuration a été annoncé mi-juin. Depuis, les salariés du numéro deux mondial des spiritueux découvrent l’ampleur de la purge au gré des annonces dans les filiales respectives. Le siège du groupe, implanté à côté de la gare Saint-Lazare, à Paris, n’est pas épargné. Il devrait perdre près de 17 % de ses effectifs, selon les informations communiquées en interne. Soit près de 140 suppressions de postes sur un nombre de salariés estimé, selon les données du rapport annuel du groupe, à 821. Ces départs, qui toucheraient essentiellement des cadres, devraient se faire sur la base du volontariat, après négociation.

Bousculé par un reflux de ses ventes, en particulier en Chine et aux Etats-Unis, Pernod Ricard avait dévoilé, mi-juin, un projet de réorganisation baptisé « Tomorrow 2 ». L’objectif est de regrouper l’ensemble de ses marques en deux divisions dénommées respectivement « Gold » et « Crystal ». La première chapeauterait tous les alcools nécessitant un vieillissement, comme le cognac Martell, le whisky irlandais Jameson, et les autres whiskys comme Chivas Regal ou Ballantine’s, mais aussi les champagnes comme Perrier-Jouët. Quant à la seconde, elle rassemblerait les alcools sans vieillissement à l’instar de la vodka Absolut, du gin Beefeater, du rhum Havana Club sans oublier les fameux apéritifs Lillet, Pastis 51 et Ricard.

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La justice valide une demande d’expertise des risques psychosociaux au sein de l’UFC-Que Choisir

C’est une procédure de plus en plus courante au sein d’entreprises où le dialogue social est dans l’impasse : comme d’autres employeurs avant elle, la direction de l’association de consommateurs UFC-Que choisir avait saisi la justice cet hiver pour qu’elle annule une demande d’expertise des risques psychosociaux votée par son comité social et économique (CSE). Elle a été déboutée mardi 22 juillet par le tribunal judiciaire de Paris.

Constatant la souffrance manifestée par les salariés d’un des départements de l’association, celui de l’action politique (25 personnes, quatre services distincts), le CSE de l’UFC-Que choisir avait voté, le 3 décembre 2024, le recours à l’expertise d’un cabinet extérieur pour établir un diagnostic et avancer des solutions.

Le code du travail prévoit en effet que le CSE peut faire appel à un organisme expert habilité « lorsqu’un risque grave, identifié et actuel, révélé ou non par un accident du travail, une maladie professionnelle ou à caractère professionnel est constaté dans l’établissement ».

Les débats lors de l’audience en référé du 10 juin avaient donc porté sur l’existence, ou non, de ce « risque grave ». Il appartenait au CSE de faire valoir des « éléments objectifs le caractérisant » rappelle ainsi le jugement, dont Le Monde a pris connaissance.

Le tribunal a examiné en détail chacun des arguments du CSE et des preuves pour les étayer. Certains n’ont pas été jugés probants. Ainsi, les taux d’absentéisme des dernières années « restent à des niveaux raisonnables, sans dépasser un seuil d’alarme », indique le jugement, qui ne retient pas non plus l’argument d’une charge de travail trop importante. Le turn-over n’est pas « globalement préoccupant » au niveau du département concerné quoiqu’il « nécessite une attention », particulièrement sur l’origine des départs au sein d’un de ses services qui a connu un taux de turn-over de 43 % en 2022, et encore « un taux préoccupant » de 25 % en 2024.

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« Full Corporate Bullshit » : du « team building » au « reporting », des mots aux maux de l’entreprise

Le bullshit ? « Cette expression désigne assez élégamment tous ces effets de manche jargonnants destinés à noyer la pathétique vacuité des discours professionnels sous un enrobage de mots vagues et chatoyants. » La définition est signée Fix, dessinateur à l’humour mordant et « consultant repenti ». Et elle désigne précisément ce qui fait le cœur de son nouvel ouvrage. Après avoir publié plusieurs bandes dessinées sur « les extraordinaires aventures de la vie de bureau » dans la série Chief Bullshit Officer (Diateino, 2022, 2023 et 2024), l’auteur a ainsi décidé de porter un regard critique et moqueur sur les mots de l’entreprise dans un dictionnaire illustré, Full Corporate Bullshit (Diateino, 356 pages, 24,90 euros).

De « disruptif » à « reporting », de « N + 1 » à « bienveillance », il propose au lecteur, en quelque 200 entrées, une plongée acide dans le quotidien des salariés d’une organisation où les responsables souhaitent que l’esprit corporate règne en maître.

C’est en premier lieu, pour l’auteur, l’occasion de moquer les tics de langage tout en superficialité qui fleurissent dans les open spaces. Qu’est-ce que le « mindset » ? « Comme un paradigme, mais plus branché. Avec un petit accent californien et une chaîne en or », explique Fix. Il s’attaque, quelques pages, plus loin aux « roadmaps », à l’« effet waouh » ou encore aux « kick-off », qui ont ringardisé les « réunions de lancement ».

Il s’amuse aussi des formules de politesse qui mettent fin aux e-mails : l’expression « Cordialement », jugée trop banale, « peut être avantageusement remplacée de nos jours par des créations plus poétiques et personnalisées, comme “Bonne journée” (si vous voulez montrer que vous êtes une personne sympa) [ou] ‘‘Belle journée’’ (si vous voulez montrer que vous êtes une personne poétique et positive) ».

Regards lourds et corps fatigués

L’auteur croque également avec gourmandise les us et coutumes de l’entreprise. Tel le « call » : « Attendre un “appel téléphonique” (…) fleure bon la naphtaline (…). “Avoir un call”, au contraire, vous impose comme quelqu’un d’important, qui a des choses importantes à faire, avec des gens importants. » Quant au « team bulding », il y voit « un ensemble de pratiques coercitives et humiliantes visant à vous rapprocher de vos collègues (…) avec sourire obligatoire, et sous le regard vigilant de vos supérieurs ».

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L’emploi des seniors atteint un niveau record en 2024

Astrid Panosyan-Bouvet, ministre chargée du travail et de l’emploi, dans une agence France Travail, à Paris, le 4 février 2025.

Un record battu et une barre symbolique franchie. En 2024, les seniors n’ont jamais été aussi présents sur le marché de l’emploi. La proportion de personnes de 60 à 64 ans occupant un poste est passée au-dessus de 40 %, atteignant 42,4 % – un niveau inégalé depuis qu’il est mesuré (soit depuis 1975). C’est ce que montre une note publiée, mercredi 23 juillet, par la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère du travail. Un résultat susceptible de donner du baume au cœur du gouvernement puisqu’il cherche précisément à développer l’activité dans cette tranche d’âge.

L’enquête diffusée mercredi s’avère particulièrement intéressante car elle indique que la progression de l’emploi chez les sexagénaires « peut s’expliquer par l’entrée en vigueur de la dernière réforme des retraites ». Promulguée à la mi-avril 2023, celle-ci avait pour objectif de prolonger les carrières professionnelles en jouant sur deux paramètres : relever graduellement de 62 à 64 ans l’âge légal d’ouverture des droits à une pension pour les personnes nées à partir du 1er septembre 1961 et augmenter la durée de cotisation requise pour une retraite à taux plein chez certaines générations.

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Chez Les Républicains, quelques rares voix plaident pour favoriser l’immigration de travail

Le ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau, parle à la ministre du travail, Catherine Vautrin, à l’issue de la présentation des orientations retenues pour enrayer le déficit public pour le budget de 2026, à Paris, le 15 juillet 2025.

Ils ont rivalisé de mots doux pour elle. Pendant la campagne pour la présidence du parti Les Républicains (LR), le ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau, et le député de la Haute-Loire Laurent Wauquiez ont érigé Giorgia Meloni, présidente du conseil italien, issue du postfascisme, en modèle pour la droite française. « Elle a réussi à rassembler et les choses se passent bien », souligne alors, le 15 mai sur LCI, le futur vainqueur, M. Retailleau. Son rival vante, lui, le redressement économique et « la lutte contre l’assistanat » opérée par la dirigeante du parti italien Fratelli d’Italia.

Mais silence radio au moment de commenter le décret triennal signé fin juin par Mme Meloni pour autoriser l’entrée de 500 000 travailleurs étrangers entre 2026 et 2028. « Nous faisons face à une situation très différente, la baisse démographique a été beaucoup plus rapide [en Italie] que chez nous », esquivait le locataire de la Place Beauvau, interrogé à ce sujet, sur France Inter le 1er juillet. « La situation des deux pays est très différente », répète aussi l’entourage de Laurent Wauquiez.

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Budget : la monétisation de la cinquième semaine de congés payés attise la colère des syndicats

Le premier ministre, François Bayrou, et la ministre chargée du travail et de l’emploi, Astrid Panosyan-Bouvet, lors de la présentation des orientations retenues pour enrayer le déficit public pour le budget de 2026, à Paris, le 15 juillet 2025.

On ne touche pas impunément aux grandes avancées sociales de l’ère Mitterrand. Le gouvernement vient d’être copieusement réprimandé pour avoir évoqué la possibilité de « monétiser » la cinquième semaine de congés payés instaurée en 1982, à l’époque où la gauche voulait « changer la vie ». Présentée, mardi 15 juillet, dans le cadre des orientations budgétaires pour 2026, cette piste inspire de vives critiques aux syndicats. « Elle fait partie du musée des horreurs », a fustigé, jeudi sur France Inter, Marylise Léon, la secrétaire générale de la CFDT, sur un ton inhabituellement virulent pour la responsable cédétiste.

L’idée à l’origine de la controverse s’inscrit dans un double objectif : encourager l’augmentation de la durée d’activité des salariés tout en améliorant le montant de la fiche de paie. Les personnes se verraient ainsi accorder la faculté de travailler davantage en renonçant à un ou plusieurs jours de repos, moyennant une majoration de leur rémunération et sous réserve que l’employeur soit d’accord. Un mécanisme similaire existe déjà – le rachat de congés liés à l’introduction des 35 heures. Son impact semble ne pas être très bien connu, à ce stade.

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VTC : pour la première fois, la Cour de cassation refuse de requalifier des chauffeurs comme « salariés » d’Uber

Photo d’illustation.

Les chauffeurs de véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC), qui sont sur le papier des indépendants, doivent-ils être considérés comme des salariés ? Si cette question traverse les tribunaux depuis plusieurs années, la Cour de cassation apportait depuis 2020 une réponse claire, réitérée notamment en janvier 2023 et en mars : oui, car plusieurs indices prouvent qu’il existe un lien de subordination entre les conducteurs et leurs plateformes, et que ces dernières exercent un pouvoir de contrôle, de direction et de sanction sur les premiers.

Deux arrêts de la haute juridiction datés du 9 juillet changent la donne : suivant des jugements de la cour d’appel de Paris, ils considèrent que ce lien de subordination n’existe pas, et que les deux conducteurs, travaillant en l’occurrence pour Uber, sont bien des indépendants. Les décisions, que Le Monde a pu consulter, insistent sur le fait que le géant américain aurait fait évoluer ses pratiques, notamment à la suite de la loi d’orientation des mobilités de 2019.

Contactée, l’entreprise américaine y voit une « reconnaissance de l’évolution de ses fonctionnalités », et l’aboutissement d’un travail amorcé justement après le premier arrêt de la Cour de cassation, en 2020. Les évolutions pointées par les cours d’appel et de cassation sont la transmission au chauffeur du prix et de la destination avant qu’il réalise une course, ce qui n’était pas le cas auparavant, la fin des sanctions temporaires si un chauffeur refuse des courses, et l’absence d’exclusivité de non-concurrence, qui signifie qu’un travailleur peut cumuler plusieurs applications.

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