Malgré la crise, le robinet des dividendes reste ouvert

« Le choix de maintenir le versement de dividendes peut paraître cynique, voire incohérent en période de crise. Il s’agit toutefois d’une stratégie payante pour s’attirer les bonnes grâces des investisseurs. »

La consigne était claire. « Les entreprises qui ont besoin de trésorerie aujourd’hui, en particulier les grandes entreprises, et qui demandent l’aide de l’Etat, ne peuvent pas, ne doivent pas verser de dividendes », avait décrété en mars Bruno Le Maire sur BFMTV. Alors que les pouvoirs publics engageaient des milliards d’euros pour tirer les entreprises de la crise due au coronavirus, le ministre de l’économie avait ajouté, catégorique : « Nous veillerons à ce que ce soit respecté. »

Ces appels à la modération n’ont pas été entendus de tous. Parmi les entreprises du SBF 120, un indice qui englobe les 120 premières entreprises françaises cotées en Bourse, près de la moitié ont fait le choix d’annuler le versement de dividendes cette année. Dans l’aéronautique et l’hôtellerie, secteurs touchés de plein fouet par la crise, Air France, Accor ou encore Airbus ont logiquement décidé de ne pas verser de dividendes.

A l’unanimité, les grandes banques françaises ont fait une croix sur le versement de coupons. Il faut dire que la Banque centrale européenne (BCE) avait exigé ce geste des établissements bancaires, afin de préserver leur trésorerie. De grands groupes industriels, tels qu’Alstom ou Thales, y ont aussi renoncé.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le gouvernement impose le blocage partiel des dividendes pour les entreprises qui auront bénéficié d’aides publiques pendant l’épidémie

Mais contre vents et marées, d’autres sociétés ont décidé de maintenir le versement de dividendes. Alors que leur montant se décide généralement au printemps, une trentaine avaient alors décidé de le revoir à la baisse ; près de vingt l’ont maintenu inchangé. Des sociétés dans des secteurs qui se portent bien, comme Ipsen (pharmaceutique) ou L’Oréal (cosmétiques). Mais aussi des entreprises qui ont finalement annoncé des plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) ou des fermetures de sites, telles Total, Elior et Verallia (qui est sortie du SBF 120 en juin).

En actions et non en cash

Malgré l’annonce de son « plan de transformation », Verallia a choisi de maintenir le versement de ses dividendes en 2020, « au regard de sa bonne performance dans le monde ». La société réfute le chiffre de 100 millions avancé par la CGT, faisant valoir que 87 % des dividendes versés l’ont été en nouvelles actions Verallia et non en cash. Quant au recours au chômage partiel, « ce n’est qu’après avoir utilisé au maximum les congés des salariés, le compte épargne temps et les RTT que Verallia a mis en place des mesures d’activité partielle », tente de justifier la société.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Après la suppression de l’ISF, les revenus des 0,1 % les plus riches ont explosé en France

Du côté de la grande distribution, l’assemblée générale de Carrefour avait décidé en mai de maintenir le versement du dividende, tout en divisant par deux son montant. Six mois plus tard, le géant de la grande distribution a placé une large majorité de ses salariés au chômage partiel : 78 000 sur un total de 95 000 en France.

Il vous reste 53.52% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.