Les personnels hospitaliers restent mobilisés, onze mois après les premières grèves

Le personnel médical quitte l’hôpital de Caen lors d’une manifestation, le 3 février.
Le personnel médical quitte l’hôpital de Caen lors d’une manifestation, le 3 février. SAMEER AL-DOUMY / AFP

Onze mois après les premières grèves dans des services d’urgences parisiens, les personnels soignants inquiets de la dégradation de l’hôpital public continuent de se faire entendre.

Pour la troisième fois en quatre mois, ils se rassembleront vendredi 14 février à Paris et dans une cinquantaine de villes à travers le pays pour demander « la réouverture de lits » et « le recrutement de personnels en nombre suffisant et avec des salaires décents ». Une journée décrite comme celle de la « remobilisation » par Hugo Huon, le président du Collectif Inter-Urgences, après plusieurs semaines d’un agenda social écrasé par la grève contre la réforme des retraites.

Sur le terrain, les médecins font désormais vivre le mouvement qui avait été lancé par les paramédicaux. Depuis le 27 janvier, les hôpitaux du pays vivent ainsi au rythme des démissions – très symboliques – de chefs de service de leurs fonctions administratives, les soins et l’enseignement étant toujours assurés. Près de 1 200 d’entre eux avaient brandi cette menace le 14 janvier si le gouvernement refusait d’ouvrir des négociations budgétaires. Selon les derniers chiffres du Collectif Inter-Hôpitaux (CIH), près de 780 ont effectivement envoyé leur lettre de démission, non sans quelques tensions dans certains établissements.

« Notre directrice pensait qu’on bluffait, qu’on ne passerait pas à l’acte, raconte Cécile Vigneau, responsable – démissionnaire – du service de néphrologie au CHU de Rennes, où une cinquantaine de médecins ont sauté le pas le 27 janvier. Elle nous a dit qu’elle ne comprenait pas qu’on ait démissionné de nos charges avant de voir si les mesures de la ministre portaient leurs fruits. »

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« On est loin du compte »

La ministre de la santé, Agnès Buzyn, qui a repoussé à la mi-mars sa prochaine rencontre avec des représentants des médecins démissionnaires, estime qu’il faut désormais laisser le temps au plan d’urgence annoncé le 20 novembre 2019 par le gouvernement d’entrer pleinement en vigueur. Celui-ci comprend notamment des primes pour certaines catégories de soignants, des budgets pour l’amélioration de la qualité de vie au travail et une reprise par l’Etat d’un tiers de la dette des établissements de soins publics, soit 10 milliards d’euros en trois ans.

« Tant que ces mesures concrètes ne sont pas visibles dans le quotidien des soignants, ils resteront dans le niveau d’insatisfaction que l’on connaît parce qu’ils veulent que ça change tout de suite », a lancé Mme Buzyn lors de ses vœux à la presse le 28 janvier, estimant que, parmi les médecins démissionnaires qu’elle avait rencontrés, « tous n’avaient pas perçu l’ampleur des mesures prises par le gouvernement ».

Dans les hôpitaux, les premiers fonds issus du plan gouvernemental ont reçu un accueil mitigé. « Grâce à notre mobilisation, notre hôpital a reçu 500 000 euros pour du matériel et améliorer les conditions de travail, témoigne Renaud Chouquer, médecin réanimateur et responsable d’unité, démissionnaire à Annecy. On va peut-être acheter un lève-malade quelque part, de nouveaux brancards ailleurs, mais c’est loin de changer la vie des soignants. Avec ce plan, on va voir de tous petits effets, alors qu’il nous faut de gros changements. On est loin du compte. »

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« Ce qu’on demande, ce sont des embauches »

Internes en grève, le 17 octobre 2012, devant le ministère de la santé à Paris.
Internes en grève, le 17 octobre 2012, devant le ministère de la santé à Paris. FRANCOIS GUILLOT/AFP

Une perception partagée par Cécile Vigneau, au CHU de Rennes. « Notre service de néphrologie va recevoir 15 000 euros pour améliorer la qualité de vie au travail et l’accueil des patients, détaille-t-elle. On va peut-être repeindre une salle d’attente, mais cela ne va pas améliorer radicalement notre quotidien. Nous, ce qu’on demande, ce sont des embauches, que les arrêts de travail soient remplacés à 100 % et pas à 60 %. »

« On va peut-être repeindre une salle d’attente, mais cela ne va pas améliorer radicalement notre quotidien », note Cécile Vigneau, responsable du service de néphrologie au CHU de Rennes.

Alors que le gouvernement semble avoir fermé la porte à tout nouveau geste budgétaire, les organisateurs du mouvement affichent, eux, leur détermination. « Il ne faut pas que le gouvernement ait la moindre illusion : ça ne pourra pas s’arrêter », a fait valoir jeudi 13 février Renaud Péquignot, du Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes réanimateurs (SNPHAR-E) lors d’une conférence de presse des quatorze organisations, syndicats et collectifs appelant à la journée de mobilisation du 14.

La campagne des élections municipales de mars est le prochain objectif des hospitaliers en colère. « On va prendre date avec les candidats par rapport à la crise sanitaire en cours et à venir », annonce le docteur François Salachas, neurologue à la Pitié-Salpêtrière et membre du CIH. A la direction du collectif, on assure par ailleurs réfléchir à la mise en place d’actions « encore plus bloquantes » dans les semaines à venir.

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