« Les femmes qui peuvent télétravailler, même lorsqu’elles ont des enfants, s’en sortent mieux économiquement »

Chronique. La pandémie de Covid-19 a fortement aggravé les inégalités économiques entre les femmes et les hommes. Dans la plupart des pays développés, les femmes ont vu le nombre d’emplois et d’heures de travail se réduire davantage que pour les hommes. Dans les pays en développement, c’est encore pire, du fait de la surreprésentation des femmes dans le secteur informel, sans aucun amortisseur social. Le télétravail lui-même a pu accroître ces inégalités. Mais il peut aussi, paradoxalement, limiter ces inégalités.

Deux principales raisons expliquent cette aggravation des inégalités femmes-hommes : les femmes étaient en première ligne des secteurs les plus affectés par la pandémie et les confinements (restauration, hôtellerie, culture) ; la fermeture des écoles et des crèches a forcé l’un des parents – généralement la mère – à réduire ses heures de travail marchand. Les économistes ont même forgé un néologisme, la « fémi-cession », pour désigner une récession affectant plus fortement l’emploi féminin plutôt que masculin (The shecession (she-recession) of 2020 : Causes and consequences, Titan Alon, Matthias Doepke, Jane Olmstead-Rumsey, Michèle Tertilt, VoxEU-CEPR, 22 septembre 2020).

Grandes oubliées des plans de relance

Cette « fémi-cession » touche surtout les femmes précaires, peu éduquées et dont le travail ne peut être effectué à distance, précisent les mêmes auteurs (« From Mancession to Shecession : Women’s Employment in Regular and Pandemic Recessions », 2021, National Bureau of Economic Research). Les femmes gagnent déjà en France 16,3 % de moins en moyenne que les hommes à temps de travail égal, d’après les dernières données de l’Observatoire des inégalités. Et elles sont les grandes oubliées de la plupart des plans de relance. Aux Etats-Unis, par exemple, le plan d’infrastructures de 1 000 milliards de dollars allouera 3 dollars pour un emploi masculin pour chaque dollar alloué à un emploi féminin…

En revanche, les femmes qui peuvent télétravailler, même lorsqu’elles ont des enfants, s’en sortent mieux économiquement.

Pour l’instant. Car si elles ont pu conserver leur emploi, leur productivité a été diminuée par la présence des enfants à la maison. D’après des données néerlandaises analysées par les auteurs, les femmes ont passé les trois quarts de leur temps de télétravail à s’occuper simultanément des enfants, soit 30 % de plus que leurs conjoints. Et les enfants les ont interrompues deux fois plus que les pères pendant le télétravail – il suffit d’être mère de famille pour le savoir… Par exemple, la part des autrices dans les articles publiés dans les revues de recherche économique est passée de 20 % à 12 % pendant la pandémie ! (« The Unequal Effects of Covid-19 on Economists’Research Productivity », Noriko Amano-Patiño, Elisa Faraglia, Chryssi Giannitsarou et Zeina Hasna, Document de travail n° 22, Cambridge-INET, 2020).

Il vous reste 35.77% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.