Les accusations contre Taha Bouhafs rejaillissent sur « Le Média »

Le journaliste au Media Taha Bouhafs à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), samedi 7 mai 2022.

Le Média est-il en train d’affronter la quatrième crise de son histoire ? Avec les accusations d’agressions sexuelles dont Taha Bouhafs est la cible, son employeur voit la sincérité de son engagement féministe contesté par plusieurs anciennes collaboratrices.

Le pure-player réputé proche de La France insoumise a pourtant pris soin de prendre ses distances, dès mercredi 11 mai, avec son reporter, en congés sans solde depuis quelques jours en raison de sa candidature – désormais caduque – aux élections législatives de juin. « Les faits reprochés à Taha Bouhafs sont en totale contradiction avec les valeurs féministes et progressistes que notre coopérative défend depuis sa création, notamment au travers de son engagement éditorial », écrit ainsi la direction du site, promettant de « prendre les mesures qui s’avéreront nécessaires » pour retrouver une certaine cohérence.

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Cette déclaration a immédiatement fait bondir Virginie Cresci, journaliste au Média entre 2018 et 2019, qui a raconté sur Twitter, et pour la première fois publiquement, y avoir été traitée de « menteuse » et de « féminazie » plusieurs fois par son supérieur hiérarchique. « Il n’y a pas d’engagement féministe au Média. Cessez d’instrumentaliser cette cause et soyez dignes », a, à son tour, rétorqué Maud Le Rest, pigiste pour le site entre février et août 2021, sur le réseau social.

Cette dernière témoigne en effet d’une certaine difficulté à voir les sujets ayant notamment trait aux violences faites aux femmes retenus. Motifs invoqués, selon les situations et selon plusieurs témoins contactés par Le Monde : le peu d’audience qu’ils étaient supposés provoquer, ou encore le manque de moyens financiers de l’entreprise, qui obligeait à d’autres arbitrages. A l’époque, la jeune femme venait de répondre à une offre d’emploi spécialisé sur les questions de féminisme et de genre. Mais sa collaboration s’était limitée à des piges, alors que Taha Bouhafs venait, de son côté, de bénéficier d’un emploi pérenne : au Média, aucune journaliste femme ne bénéficie d’un CDI (sur treize salariés, dont deux femmes, selon sa responsable administrative et financière).

« Nous ne sommes pas une organisation masculiniste »

En juin 2021, le rapport de stage d’une étudiante de l’IUT de journalisme de Lannion (Côtes-d’Armor), qui avait fréquenté la petite rédaction pendant plusieurs mois, soulignait cruellement : « La place des femmes est précaire et contraire aux valeurs “féministes” que Le Média cherche tant à avoir. Le Média est dirigé par des hommes, pour des hommes, et ne permet pas d’avoir un traitement correct des contenus LGBTQIA +, progressistes et féministes. » La présentatrice Nadiya Lazzouni et une cheffe d’édition de l’émission matinale, Lisa Lap, assurent au contraire au Monde ne pas travailler dans un climat sexiste.

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